Histoire des luttes pour les droits des ouvriers

Si la notion de travail est relativement récente dans notre histoire, on peut convenir ensemble sans trop se tromper qu’il y a belle lurette que l’Homme avec un grand H utilise ses petites mains et son petit cerveau pour accomplir des tâches en vue de se nourrir, d’améliorer son quotidien ou encore de fabriquer des petits arcs avec des petites flèches pour piquer l’assiette du voisin et se faire une petite bouffe. Très tôt cependant ce travail est sujet à subordination, c’est à dire que certains bossent tandis que d’autres dirigent, planifient, chapotent, glandouillent, à vous de voir. Si on va différencier aujourd’hui le travail “salarié” à proprement parlé de l’esclavage que j’ai traité dans d’autres épisodes, on va se poser quelques minutes pour retracer un peu l’histoire de cette relation de subordination, de ces conditions de travail et surtout des luttes qui ont permit de faire progresser l’environnement des travailleurs. Et tout ça principalement sur la France histoire de pas trop s’éparpiller!

Le travail, c’est quoi ?

Tout d’abord, définissons ce qu’est le travail. C’est le fait qu’un homme ou une femme, produise, créé ou entretienne quelque chose. Ça c’est la définition du dico Larousse, je me suis pas foulé. Mais ce qui m’intéresse aujourd’hui c’est la notion de travail rémunéré parce que si tu gagne rien en bossant c’est que tu te fais avoir quelque part, c’est l’esclavage. Le monde du travail est très complexe mais globalement on peut faire une grosse généralité, il y a d’un côté les gens qui travaillent pour eux même et de l’autre des gens qui travaillent pour d’autres personnes. Dans tous les cas le résultat souhaité c’est d’avoir une contrepartie et si aujourd’hui c’est de la money jadis ça pouvait très bien être de la nourriture par exemple.

 

Un mouvement social pendant l’Antiquité Egyptienne

Prenons le cas egyptiens des ouvriers de Deir El Medineh au XIIe siècle avant notre ère. Des ouvriers parfaitement qualifiés, et pour la plupart carrément privilégiés par rapport au reste de la population, qui sont embauchés par les fonctionnaires du Pharaon Ramsès III pour construire et décorer des temples funéraires et des monuments dans la vallée des rois. Ces ouvriers artisans, occupant des postes à divers degrés de compétences, touchent chacun un salaire différent en nature, puisque c’est de la nourriture ou des vêtements, mais un salaire tout de même. Ainsi ceux qui ne gagnent pas beaucoup peuvent se nourrir eux et leurs familles et ceux qui gagnent plus peuvent faire du troc pour obtenir des services, des biens, etc…

Une organisation qui tient la route jusqu’à une certaine crise économique qui secoue le pays, qui vide les greniers, et qui par conséquence ne permet pas de payer les ouvriers comme il se doit. Corruption des fonctionnaires et mauvaise qualité de la nourriture qui se fait de plus en plus rare viennent à déclencher le mécontentement des artisans. Commence alors une longue lutte avec des périodes de pauses pendant lesquelles les ouvriers cessent de façon collective de travailler pour revendiquer leurs droits et imposer leurs conditions à leurs supérieurs hiérarchiques. Si il y a eu quelques menaces de répressions, cet élan collectif a finalement permis aux artisans d’obtenir gain de cause et de voir les salaires versés à temps, preuve que la mobilisation peut permettre de créer un poids dans une négociation qu’un individu seul ne peut pas avoir.

Bon, on est pas encore dans les luttes de prolétaires puisque ces ouvriers étaient déjà dans le haut du panier hein, mais le fait qu’ils soient privilégiés ne rend pas moins leur démarche tout à fait légitime et intéressante. On a donc une action collective, qui vise clairement une autorité, les fonctionnaires et le vizir qui chapeaute la région ainsi que des revendications comme le paiement des salaires. En gros on a ici la définition de ce qu’est un mouvement social et peut être le premier mouvement social documenté de l’histoire de l’humanité.

Cependant au delà de ce regroupement ponctuel et éphémère pour défendre l’intérêt d’un groupe subordonnée existe t-il des droits qui pourraient protéger ces travailleurs ? A priori non.

 

Un système de corporation hérité de la Rome Antique

Dans la rome antique on a bien des artisans qui se regroupent entre eux pour former des commerces mais les conditions de travail sont gérés directement par ces établissements. Pas de loi, pas de droit pour tous, si un citoyen travaille pour un commerce il doit se plier à la volonté de son ou de ses gérants. Et globalement jusqu’au XIIe siècle on n’en sait pas vraiment plus sur les conditions dans lesquels les ouvriers évoluent dans l’entreprise puis qu’il n’existe aucun document légal traitant de ça. On se doute que les artisans se sont regroupés en corporations de métiers qui avait leur propre fonctionnement, leurs propres règles. Et justement en 1268 paraît un ouvrage rédigé par Etienne Boileau, prévôt de Paris : Le livre des métiers.

A cette époque  se pose en effet un problème à Paris, la multiplication des commerces et des métiers entraînent de nombreux conflits et dans la mesure où les règles appliqués à chaque métier sont transmises de manière orale il est bien compliqué de pouvoir trancher en cas de litige entre deux partis. Etienne Boileau entreprend alors de consigner toutes ces règles dans un énorme recueil des règlements des métiers parisiens. On y trouve donc pour chaque métier les droits et devoirs à respecter, les taxes à régler à l’état, les amendes, les autorisations administratives, les coutumes même mais concernant le statut des ouvriers qui travaillent directement sous les ordres d’un supérieur pas grand chose il faut bien le dire.

On a donc des protections mises en place pour des entités, commerce ou artisanat, mais pas pour les individus au service de ces entités. De plus, les règles sont avant tout locales et chaque ville à ses propres corporations et ses propres règlements, ce qui ne favorise pas vraiment la compréhension d’une norme générale.

Ce qui est sûr c’est que les corporations fonctionnent toutes sur le même principe. Dans chaque établissement il y a des maîtres, propriétaires des moyens de production et représentants direct de la corporation. En dessous d’eux on trouve les compagnons, la main d’oeuvre ou la force ouvrière dirons nous. Puis encore en dessous les apprentis qui apprennent le métier en vue de devenir compagnon. Problème majeur, les maîtres sont très souvent fils de maîtres et les compagnons n’ont aucun moyen de pouvoir accéder à la propriété de l’outil de production sauf si ils ont un lien de sang avec un membre de cette “caste”. On pourrait alors se dire qu’il suffisait au compagnon de quitter son poste pour tenter de monter un truc dans son coin. Mais deux choses s’opposent à ça. Tout d’abord l’économie entière fonctionne sur le système de corporations, si le compagnon ne peut pas avoir le statut de maître, il n’aura pas l’autorisation de créer son établissement. Ensuite, le livre des métiers d’Etienne Boileau dont nous avons parlé tout à l’heure nous expose noir sur blanc qu’un ouvrier ne peut pas quitter son maître sans son accord. En gros c’est un peu le piège et l’ouvrier ne peut que se conformer au désir de sa hiérarchie.

 

Le Compagnonnage, premier regroupement ouvrier

C’est dans ce contexte que naît ce qui deviendra le compagnonnage. Les compagnons se réunissent ensemble, par métier et parfois entre plusieurs villes pour échanger leur savoir, se former et constituer une petite force d’opposition leur permettant notamment de négocier des tarifs directement avec leur patron.
Vers la fin du Moyen-Âge et durant tout l’Ancien Régime, le compagnonnage prend de l’importance et fait un peu jazzer. Le pouvoir tente de condamner plusieurs fois ces rassemblements et même l’église s’y met. Mais rien n’y fait et au XVIIIe siècle il représente une force d’opposition non négligeable, permettant d’exercer une pression sur les corporations en contrôlant les embauches, en provoquant des grèves. etc. Bref, un vrai rassemblement ouvrier qui “pèse dans le game” comme on dit chez nous. Et la on arrive au grand chamboulement, la révolution française !

 

 

La Revolution française et « l’égalité »

Le révolution du peuple, enfin, qui se libère de la tyrannie de…non non non, on va pas s’exciter…la révolution en 1789, c’est une révolution bourgeoise en fait et si il y a des améliorations tout à fait notables dans pas mal de domaines, niveau boulot y’a quelques hics… La revendication des révolutionnaires, à savoir que tous les citoyens doivent être égaux, est prise au pied de la lettre. Il faut donc libérer le travail et ça passe par la suppression des corporations qui pouvaient légèrement abuser de leur position pour exploiter les honnêtes travailleurs, chose qui se concrétise à travers le décret d’Allarde en mars 1791. Youpi, les ouvriers ont vaincu, les compagnons ont désormais une force plus importante ! Non…
Toujours sur ce principe d’égalité entre citoyen, est pondu en juin 1791 la loi Le Chapelier, qui interdit les organisations ouvrières, le compagnonnage et la grève. Formidable non ? On est tous égaux maintenant, on est tous une grande famille ! Bon, certains restent toujours propriétaires de leurs outils de productions hein bien évidemment alors que les autres n’ont que leurs petites mains pour travailler !
On peut rajouter que l’article 1781 du Code Civil, qui sort en 1804, prévoit qu’en cas de litige sur le paiement du salaire entre un ouvrier et son patron c’est le patron qui aura toujours raison sur la simple preuve qu’il le dit. Oui, oui.

L’industrialisation, le travail de masse

Et c’est ainsi que nous arrivons , vers la fin du XVIIIe et surtout le début du XIXe en France à une époque de boom économique, une sorte de nouvelle révolution, industrielle celle là. Les manufactures se multiplient, les grandes industries explosent et avec tout ça la condition des ouvriers, qui sont issus de la paysannerie et qui forment une nouvelle classe sociale, ne va pas vraiment en s’améliorant. Les machines se développent et produisent à un rythme effréné, pas de problème pour les entreprises qui en profitent pour embaucher une main d’oeuvre supplémentaire qui peut rester continuellement à côté de ces machines qui elles ne s’épuisent pas. De nombreux métiers ne demandent plus une force physique minimum pour accomplir la tâche, on embauche alors plus de femmes et surtout des enfants, très tôt pour mettre tout le monde au boulot. Et il y a du peuple pour bosser on peut se permettre de tirer sur la corde. Des journées de 12 à 15h de travail par jour parfois plus avec un seul jour de repos par semaine, un salaire de misère qui sert à peine à se nourrir, pas de vacances, une sécurité au travail toute relative avec des machines non protégés qui provoquent des accidents à la pelle. D’ailleurs si tu te blesse parce que ton vêtement s’est pris dans un engrenage et t’as arraché la moitié de la main, c’est de ta faute mon gars, bah oui, du coup t’es pas payé et c’est ta famille qui va s’occuper de toi entre deux heures de sommeil.

Bref, on va le dire clairement, c’est la merde et les ouvriers n’ont pas le droit de se réunir pour protester.

Certains tentent de se soulever et de protester contre les mauvaises conditions de travail et les baisses de salaire, c’est le cas notamment des Canuts, des ouvriers des métiers de la soie,  en 1831 à Lyon. Un soulèvement qui n’arrive pas à faire plier le pouvoir et qui est reconduit en 1834 où il est violemment réprimé, entraînant la mort de plusieurs centaines de personnes.

C’est dans ce contexte que certaines personnes, politiques, économistes, etc…commencent à s’inquiéter de cette frénésie productrice et des dérives qu’elle engendre. Le 22 mars 1841, après moult débat une première loi relative au travail des enfants voit le jour, pour les entreprises de plus de 20 salariés, pour les autres on s’en fou… Elle interdit d’employer des jeunes de moins de 8 ans et fixe des durées maximales de travail par jour à savoir 8h jusqu’à 12 ans et 12h jusqu’à 16ans. On peut rajouté à ça le fait que le travail de nuit est désormais interdit aux enfants.

C’est en soit une évolution, une première marche qui permet d’améliorer la condition des enfants. Enfin presque…puisque c’est des notaires qui doivent aller contrôler bénévolement que la loi est appliquée dans les entreprises…Donc en fait bah…y’a pas de contrôle puisque les notaires sont souvent potes avec les chefs d’entreprises… !

Les grands progrès de la révolution de 1848

Le 22 février 1848, la révolution éclate à nouveau en France, les ouvriers se soulèvent avec la garde nationale et la petite bourgeoisie : ils s’élèvent contre la monarchie et pour protester contre les conditions très difficiles de travail. Dans certains secteurs, beaucoup d’ouvriers perdent leur travail du fait de l’industrialisation et à cette époque il n’existe pas d’indemnités prévus pour les gens qui ne travaillent pas. C’est la disette, les maladies se propagent, bref, c’est pas la fête.

Cette révolution provoque la chute de Louis-Philippe et l’avènement de la 2nd république. Le 28 février est créé la commission du gouvernement pour les travailleurs, première administration du travail en France. Dans la foulée on plafonne la journée de travail à 10h maximum sur Paris et 11h à la campagne. On créé également les ateliers nationaux qui ont pour objectif de donner directement du travail aux ouvriers parisiens au chômage. Les choses semblent pouvoir s’améliorer quand soudain…BIM la bourgeoisie ! Encore eux…Et oui pendant que tout le monde était content les bourgeois se plaçaient de nouveau aux endroits stratégiques du pouvoir pour continuer à chapoter leurs trucs et les ouvriers, eux, n’avait pas de représentation, n’avait pas vraiment leur place dans l’exécution de ce pouvoir. Montrant leur mécontentement et se heurtant au fait que les bourgeois bah ils aiment pas trop que les gens soient payés à pas faire grand chose, en juin 1848, soit près  de quatre mois après leur ouverture, les ateliers nationaux sont fermés, les progrès de février passent à la trappe et tous les jeunes gens entre 18 et 25 ans sont envoyés de force dans l’armée pour partir à la conquête de l’Algérie.

 

Second Empire et IIIe République

 

Le 2 décembre 1852, l’empire est rétabli, Napoléon III en prend la tête. Il sait qu’il lui faut l’appui des ouvriers pour mener à bien ses projets et il cherche à les séduire en proposant plusieurs réformes qui vont dans leur sens.

Le 25 mai 1864, il supprime le délit de coalition, les ouvriers peuvent se rassembler mais toujours pas faire grève. En septembre de la même année se créé l’association internationale des travailleurs à Londres, qui ouvre vers une coordination à l’échelle de l’Europe des mouvements ouvriers.

Sous la IIIe république, 10 ans plus tard est créé des postes d’inspection du travail. La protection des enfants est renforcée et les femmes ne peuvent plus travailler à la mine.
1884 marque une grande étape dans le droit du travail. La loi Waldeck Rousseau abroge la loi Le Chapelier, celle qui interdit les organisations ouvrières. Les syndicats naissent, pour les travailleurs mais aussi pour les patrons, leur permettant de se regrouper vraiment pour créer des forces d’oppositions. Chacun est libre d’en créer un ou d’adhérer à un parti existant d’ailleurs

En 1891, Paul Lafargue, le gendre de Karl Marx invite à la grève générale et revendique une hausse des salaires ainsi que des journées de 8h maximum. L’initiative est réprimée dans le sang et les ouvriers sont dispersés.

 

La naissance du syndicalisme

En 1895, la Confédération Générale du Travail, la CGT, voit le jour et avec elle dans les années qui suivent on assiste à la naissance d’un véritable syndicalisme révolutionnaire. En gros ils sont profondément anti-capitaliste et leur but c’est de faire des grosses actions pour lutter contre le patronat et pour l’amélioration des conditions de travail les travailleurs. Et pendant une vingtaine d’années ils font être chaud patate.

Le 10 mars 1906, une énorme explosion endommage près de 110km de galeries souterraines dans une mine du nord de la France. C’est la catastrophe de Courrières qui tue près de 1100 mineurs. Après trois jours de recherches les secours abandonnent tout espoir et stoppent leur action. Pour tant près de 13 mineurs sortent de la mine près de 20 jours plus tard, ayant été laissé à l’abandon dans le noir, c’est un véritable miracle qu’ils aient pu trouver la sortie. Un quartozième mineur est également retrouvé 4 jours plus tard.

Les conditions de vies très durs des mineurs, ainsi que la gestion catastrophique de cette crise avec ces hommes que l’on a abandonné, conduit à une immense grève générale sur tout le bassin minier français. Près de 60 000 mineurs font grève. La pression est intense, l’argent vient à manquer pour les ouvriers et l’état mobilise près de 30 000 soldats pour contenir l’action des grévistes. Les arrestations sont nombreuses et des altercations éclatent, provoquant même un mort dans le rang des gendarmes. C’est à la suite de cette mobilisation que la loi du 13 juillet 1906 établit le repos hebdomadaire pour les employés et les ouvriers.
Les années suivantes vont être marqués par de nombreuses loi qui vont permettre d’améliorer les conditions de travail et la protection des ouvriers. On créé ainsi une loi sur les accidents du travail, obligeant l’employeur a prendre en charge  les risques, on instaure la journée de repos obligatoire, on rédige le premier code du travail, la journée de travail passe à 8h ainsi que des semaines de 48h après la première guerre mondiale et on donne le pouvoir au syndicat de saisir la justice pour défendre les intérêts des salariés.  On développe également les assurances sociales et on oblige le patron à respecter un préavis de licenciement tout en donnant le droit à la justice de dédommager le salarié en cas de licenciement abusif.

 

Les énormes mouvements de grève lancés par les syndicats débouchent en 1936 sur les accords de Matignon. La CGT et la confédération générale du patronat établissent ensemble une nouvelle base sociale sur laquelle ils peuvent s’entendre. Pour la première fois les salariés bénéficient de 2 semaines de congés payés par an. Les semaines sont réduites à 40h de travail et des délégués représentant le personnel sont créés pour dialoguer avec la direction.

Les acquis sont absolument énormes et la mobilisation du peuple, bien au delà des espérances des syndicats, permet de poser les bases de nos droits modernes.

Vers la fin de la seconde guerre mondiale de grandes grèves ouvrières frappent Paris. Toujours sous occupation allemande, les travailleurs se procurent des armes et occupent leurs ateliers. Leur aide sera précieuse dans la libération de Paris.

Après le conflit, qui voit forcément une stagnation des évolutions du côté des droits des travailleurs, est créée une véritable sécurité sociale. On impose des cotisations sociales aux patrons et aux salariés pour financer les salaires des inactifs, garantissant ainsi une sécurité à tous basée sur la solidarité.

 

L’après guerre et les trente glorieuses

En 1946, la constitution garantie de manière formelle le droit de grève, la liberté syndicale et le droit au travail. On rentre alors dans ce qu’on appelle la période des trente glorieuses. La situation économique de la France est au beau fixe et la situation des ouvriers va considérablement s’améliorer.

Les conventions collectives, bien qu’existantes depuis quelques années maintenant, posent les bases solides des acquis sociaux dans chaque domaine, chaque corps de métier. On gagne une 3ème semaine de congés payés et on durcit les conditions de licenciement pour protéger les salariés notamment en exigeant une raisons valable et sérieuse de la part de l’employeur.

Avancée également très importante dans ces années là, la création du SMIG, le Salaire Minimum Interprofessionel Garanti, qui est l’ancêtre du smic et qui garanti de fait un salaire minimum pour tous peu importe son métier.

Les évènements de Mai 68, qui soulèvent une grande partie de la jeunesse contre le gouverment, permettent une hausse globale des salaires ainsi qu’une 4ème semaine de congés payés. En 1981 on obtient notre 5ème semaine de congés payés mais également bien d’autres avancées comme la mise en place du CDI et la semaine de 39h. 39h qui passeront à 35h en l’an 2000 avec la loi Aubry.

La « menace » de la Flexibilite

Cependant depuis les années 80/90, un nouveau mot vient chambouler et titiller un peu ces droits, ces acquis que notre peuple à obtenu : la flexibilité. Au nom de la compétitivité et du profit, les usages ont progressivement changé dans les entreprises et la situation actuelle n’est plus du tout aussi favorable qu’au début des années 80 par exemple. De nombreuses dérogations sont venus apporter des modifications radicales dans le monde du travail. La même loi Aubry qui a posé les 35h a créé le “forfait jour” d’abord, réservé au cadre puis étendu à certains salariés en 2005, un forfait qui permet d’être payé sur la base de nombres de jours de travail effectués par an et plus sur le nombre d’heures effectuées dans la semaine. Si le cadre salarié est soumis aux règles légales du repos journalier comme les 11h consécutives par exemple et le plafond légal de jours travaillés est de 218 jours par an il en résulte des abus certains avec des personnes qui travaillent 12 ou 13h par jour. Et il faut ajouter à cela d’autres dérogations qui peuvent augmenter ce nombre de jour travaillé par an, quand l’entreprise respecte ce plafond bien entendu car certaines ne le font pas.

Pour les salariés non cadre la situation se dégrade également, le chômage augmente et de plus en plus on incite les gens à créer leur propre emploi, à devenir indépendant pour justement libérer les entreprises du salariat. Une personne isolée et en dehors du cadre salariale est forcément toujours plus flexible. Elle a non seulement du mal à ce mobiliser si ça se passe mal mais en plus grâce aux contrats précaires on peut s’en débarrasser plus facilement qu’une personne en CDI alors que cela était la norme il y a quelques décennies encore. L’intérim se développe énormément à partir des années 80 et les missions sont très souvent précaires avec des contrats qui peuvent seulement s’étaler sur une journée. L’auto-entreprise est également un statut très favorable créé pour permetter aux gens de se lancer tout seul. C’est bien mais ça renforce la précarité car un employeur préférera payer la prestation d’un auto-entrepreneur que d’employer un salarié. Ca lui coutera moins cher et de l’autre côté la contrepartie du prestataire c’est qu’il n’a plus du tout de sécurité de l’emploi, mais aussi une sécurité sociale toute relative et au rabais ainsi qu’une absence d’indemnisation chômage en cas de perte d’activité. Les CDD, contrats à durée déterminé, sont également fleurissants quand ce n’est tout simplement pas une offre de stage qui est proposé.

 

Des mobilisations fortes possibles ( CPE/CNE)

De plus en plus le code du travail est laissé de côté au sein même des entreprises et les employés, par peur de perdre leur emploi, acceptent des conditions qu’ils n’auraient jamais accepté avant. Et c’est cette peur qui nous empêche de se révolter contre ça. Et pourtant, une mobilisation forte et collective peut avoir un impact. En 2005/2006 nous avons eu ainsi une jolie proposition de la part de monsieur Villepin avec les contrats CPE et CNE. Le CPE a été botté en touche et le CNE n’a vécu que trois ans et ça grâce à la mobilisation de tous. Pour rappel, le CNE permettait de pouvoir licencier le salarié sans aucune justification de la part du patron et ça jusqu’à deux ans après la signature du contrat. Le CNE qui a été déclaré contraire au droit international par l’Organisation internationale du travail en 2007.

La loi EL KHOMRI

Vous me voyez venir avec mes gros sabots j’en suis sûr. Il y a peu de temps, un projet de loi a été proposé par Madame la Ministre El Khomri. Ainsi parmi les évolutions notables qui sont proposés, les accords d’entreprises, c’est à dire les accords directement passés entre le salarié et le patron auront un peu plus de poids que les conventions collectives qui protégeaient de manières globale les salariés. Concrètement ça veut dire que si une convention collective nous dit qu’une heure supplémentaire est payé 20% en plus mais que le patron va voir son employé en lui disant “Non en fait c’est 15%” et bien le salarié qui veut faire des heures supplémentaires sera payé 15% de plus.

Mais allons un peu plus loin, le projet de loi propose aussi de plafonner les indemnités de départ. En gros aujourd’hui quand vous êtes licencié vous toucher une prime de licenciement qui correspond à votre ancienneté. Et bien là cette prime est plafonné et les entreprises, les grosses entreprises ne devront par exemple verser que 15mois de salaire comme indemnité à un employé qui aurait plus de 20 ans dans la boite. On ne pourra plus aller au dessus de 15 mois donc les licenciements abusifs seront plus facile pour des grosses boites qui peuvent payer.

Mais allons encore plus loin. Si la boite pour laquelle vous travaillez est en difficulté ou si elle veut conquérir de nouveau marché, ce qui est le cas de beaucoup d’entreprises en fait, elle pourra vous demander d’augmenter votre temps de travail tout en baissant votre salaire et ça pendant une durée de 5 ans. Un bel effort de guerre ! Et si vous n’êtes pas d’accord ? Pas de problème, c’est la porte et pas avec un licenciement économique qui ouvre de bons droits, non, non. Avec un licenciement pour motif personnel, garantissant une ouverture à des droits minimum par la suite. Chouette hein ?

Au delà des salariés, le projet de loi s’attaque aussi aux syndicats. Aujourd’hui quand une entreprise veut proposer un accord à ses salariés la question est étudié par les syndicats. Si les syndicats représentant plus de 30% des voix validaient l’accord, c’était bon, sauf si les syndicats qui représentent 50% des voix si opposent. En gros si une minorité dit oui et la majorité non, tant pis pour l’accord, ça ne passe pas. Avec le projet de loi, si les syndicats minoritaire qui représente 30% des salariés disent oui, et bah ça passe comme un lettre à la poste !

Allez, une dernière pour la route, si vous êtes artisan, petit patron, indépendant comme moi il y a aussi un petit truc qui peut vous intéresser parce que vous aussi vous avez des organisations patronales qui peuvent défendre vos droits. Actuellement la loi dit que dans ces organisations, une entreprise est égal à une voix lors d’un vote. Avec le projet de loi, ce qui comptera le plus c’est surtout le nombre de salarié dans la société donc une entreprise avec plus d’employés à plus de poids de vote dans ces organisations patronales. En gros, les organisations genre MEDEF sont très heureuses puisqu’elles gagnent encore un peu plus de pouvoir tandis que les Artisans, les professions libérales, font la gueule, normal non ?

Ce projet loi suscite une grosse levée de bouclier et c’est bien normal. Mettre en application tout ça c’est encore une fois précariser le travail. Nous l’avons vu, l’évolution et le maintien de nos acquis passent par une mobilisation, une mobilisation qui peut faire peur quand on est seul ou quand on a peur de perdre son emploi, mais une mobilisation qui peut nous empêcher dans un futur à court terme et à long terme de devoir encore plus baisser la tête et approuver des conditions qui ne sont pas normales. Vous avez le droit de faire entendre votre voix, vous pouvez temoigner vous même sur twitter ou facebook avec le hashtag #onvautmieuxqueca, vous pouvez aussi faire des temoignages vidéos que vous postez sur youtube en mettant le hastag dans le titre, vous pouvez aussi rejoindre la chaine Youtube du collectif “onvautmieuxqueca” pour comprendre un peu mieux les tenants et les aboutissants de cette lutte, comment faire grève, comment témoigner anonymement, comment se mobiliser pour ensemble faire bouger les choses. Ce projet de loi n’est que la goutte qui fait déborder le vase, et si il a été reporté pour être un peu modifié avant de revenir vers nous en mode “j’ai changé” il faudra continuer à ce mobiliser pour le contrer. Cette mobilisation peut aller plus loin, elle peut permettre à toutes et à tous d’envisager un avenir plus serein, elle peut permettre d’amorcer une réflexion plus globale sur le travail et sur nos droits. Descendons ensemble dans la rue pour vous faire entendre, pour montrer qu’ensemble on pèse, qu’on représente quelque chose. Descendons dans la rue pour leur montrer qu’on vaut mieux que ça…

 

 

Pour aller plus loin :

Dossier thématique du Louvre sur les ouvriers de Deir El Medineh : http://www.louvre.fr/sites/default/files/medias/medias_fichiers/fichiers/pdf/louvre-dossier-thematique-deir-medineh.pdf

Papyrus de la grève (musée de Turin), traduction en Anglais ici :
http://www.reshafim.org.il/ad/egypt/texts/turin_strike_papyrus.htm
Livre des métiers d’Etienne Boileau rédigé en 1268 dans une édition datant de 1879 : http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k110190t

La révolte de 1848 :
http://www.herodote.net/22_fevrier_1848-evenement-18480222.php

La loi du 13 juillet 1906 et le repos hebdomadaire :
http://travail-emploi.gouv.fr/IMG/pdf/Loi_du_13_juillet_1906.pdf

Les grèves de 1936 :
https://www.cairn.info/revue-le-mouvement-social-2002-3-page-33.htm

Pour revenir sur le sujet dans sa globalité :

Jacques Le Goff (préf. Philippe Waquet), Du silence à la parole, Une histoire du droit du travail des années 1830 à nos jours, Presses universitaires de Rennes, coll. « L’univers des normes »,‎ 2004

Le forfait jour :
http://www.lemonde.fr/emploi/article/2015/09/22/pres-de-la-moitie-des-cadres-sont-au-forfait-jours_4767299_1698637.html

Le CNE :
https://fr.wikipedia.org/wiki/Contrat_nouvelles_embauches

 

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