Les redoutables dynasties

Lorsque plusieurs monarques d’une même famille se succèdent – qu’ils soient ducs, comtes, rois ou même empereurs – on parle alors de dynastie. Le monde en a connu de très nombreuses, et je voulais revenir avec vous sur 4 redoutables dynasties qui ont particulièrement marqué l’histoire. Préparez votre cerveau, ça va aller dans tous les sens !

Les Habsbourg

L’origine de la dynastie des habsbourg est associée au château de Habsbourg, qui n’est à l’origine qu’un avant poste militaire, aujourd’hui situé en Suisse dans le canton d’Argovie. Ce château est fondé vers l’an 1020 par Werner de Strasbourg, un guerrier et évêque alsacien ; Werner est dans l’histoire surtout connu pour avoir fondé la troisième cathédrale de Strasbourg en 1015, laquelle partira en fumée en 1176.

Il est difficile de remonter plus loin que le grand père de Werner, Gontran le riche, comte d’Alsace, l’origine de ce dernier étant incertaine. Certaines sources lui prêtent une origine mérovingienne tandis que d’autres l’associent aux ducs de haute-lorraine.

Quoiqu’il en soit, Werner 2e du nom, un des neveux de Werner de Strasbourg, prend le titre de comte de Habsbourg. A partir de son règne, la dynastie commencera à renforcer son pouvoir dans la région, puisque suite à une politique efficace de mariages et de rachats, les habsbourg étendent leur domaine à une bonne partie du territoire suisse actuel.

Le XIIIe siècle sera décisif dans la montée en puissance de la famille: il verra notamment naître Rodolphe de Habsbourg en 1218, lequel est souvent considéré comme celui qui a réussi à imposer la maison autrichienne parmi les plus grandes de son temps.

En effet, Rodolphe est malin : alors que le Saint-Empire est plongé dans une crise politique, il arrive à se faire roi de Germanie et des Romains en 1273. Il renonce à être couronné empereur, puisqu’il lui faut pour cela aller à la rencontre du pape à Rome, ce qu’il considère comme une perte de temps. Du temps qu’il préférera dédier à des choses plus productives comme faire la guerre contre son rival Ottokar II, roi de Bohème, et conquérir la Carinthie, la Styrie, la Carioniole et le duché d’Autriche. Rien que ça.

Pour les habsbourg commence alors un long règne sur l’Autriche qui ne s’arrêtera qu’au XXe siècle.

Après une période plutôt calme, durant laquelle les habsbourg arrivent à faire élire plusieurs fois leur monarque comme empereur du saint-empire, plusieurs héritages viennent considérablement renforcer la puissance de la famille. Au XVe siècle, sous le règne de Maximilien Ier, les habsbourgs récupèrent la Bourgogne, l’Espagne et la Hongrie. Commence alors une longue période de domination de la maison autrichienne sur l’Europe : pour les 3 siècles à venir (XV-XVIIIe), les Habsbourg, non content d’être à la tête des duchés d’Autriche et de Bourgogne ou encore à la tête des royaumes d’Espagne, de Naples et de Sicile, seront à chaque fois reconduit sur le trône du Saint-empire. Ils seront aussi très fréquemment à tête de la Hongrie, de la bohème et de la Croatie, ils seront même momentanément à la tête du royaume du Portugal et du royaume de Jérusalem.

L’empire personnel de Charles Quint, probablement le plus connu de tous les habsbourgs, est situé sur tous les continents. Après la mort de ce dernier, notons que les Habsbourgs se divisent en deux branches : les habsbourgs d’Espagne et les Habsbourgs d’Autriche, les premiers héritant de la partie ouest de l’empire et les seconds de la partie est.

Au début du XVIIIe, la situation change un peu, puisque la maison des Habsbourgs d’Espagne disparait en 1700, laissant sa place aux bourbons, et la maison des Habsbourgs d’Autriche n’a plus d’hériter mâle. Marie-Thérèse d’Autriche – une femme donc – monte alors sur le trône en 1740. Cette dernière est mariée au duc de Lorraine, et de leur union nait alors la dynastie des Habsbourg-Lorraine.

Marie-Thérèse d’Autriche aura avec son mari le Duc de Lorraine pas moins de 16 enfants, qu’elle arrivera habillement à placer dans toutes les cours d’Europe par la magie du mariage, si bien qu’aujourd’hui la plupart des familles royales européennes la possèdent dans leurs ancêtres directs. 16 enfants…je crois que j’ai du respect pour cette femme…

Les Habsbourg-Lorraine, contrairement à leur nom, n’auront jamais de domination sur la Lorraine. Leur histoire en tant que famille régnante se termine à la fin de la première guerre mondiale, à la suite de laquelle l’empire d’Autriche-Hongrie est démantelé et son empereur condamné à l’exil, un exil qui est toujours en vigueur pour ses descendants n’ayant pas renoncé à leurs titres et n’ayant pas prêté allégeance à la république.

Wittelsbach

Vous n’avez très certainement jamais entendu parler des Wittelbach. Pourtant, c’était l’une des familles les plus puissantes d’Europe centrale, des débuts jusqu’à la fin du saint-empire.

Elle dirigera la marche d’Autriche de sa création au Xe jusqu’au XIIIe siècle, date à laquelle elle cède sa place aux habsbourgs.

La maison de Wittelsbach commence en tant que tel à partir du XIe, lorsque Othon de Scheyern (schaïeurne) fait l’acquisition du chateau de Wittelsbach. Son petit-fils, lui aussi prénommé Othon, reçoit en 1180 de l’empereur Frédéric Barberousse lui-même le duché de Bavière. A partir de cette date et jusqu’à la première guerre mondiale, les Wittelsbach ne quitteront jamais plus le trône de Bavière. Un siècle plus tard, ils récupèrent également le Palatinat du Rhin à la tête duquel ils resteront là aussi jusqu’à la première guerre mondiale.

Petite précision de circonstance: le saint-empire était à l’époque une monarchie éléctive : 7 grands électeurs décidaient de quel empereur pouvait monter sur le trône, et 2 de ces électeurs étaient justement les monarques à la tête du palatinat et de la bavière, tenus par les Wittelsbach.

Durant l’histoire de cette dynastie, ce sont plusieurs territoires justement doté de ce droit de vote qui passeront sous sa domination, comme l’archeveché de cologne, sous la coupe des Wittelsbach de 1583 à 1761, ou encore le Brandebourg au XIVe siècle. Ils arriveront d’ailleurs à plusieurs reprises à placer l’un des leurs à la tête du saint-empire.

Si les Wittelsbach ont une puissance incontestée dans le saint-empire, puisque leur famille donnera plusieurs princes de Liège et comtes du Tyrol, de Hollande, de Zélande ou encore plusieurs ducs de Brême, leur influence va également au-delà : en effet, ils arriveront également à se hisser au plus haut niveau de certains états européens importants. Même s’ils n’y restent jamais bien longtemps, on compte un roi de Hongrie (1305), deux rois de Suède (1441–1448 / 1654–1720), un roi  de Danemark-Norvège (1440), un roi de Grèce (1832-1862), deux antirois de Bohème (1619/1742) qui soient associés à la dynastie des Wittelsbach.

Cette dynastie est certes moins puissante que celle des Habsbourg ou encore des bourbons, c’est malgré tout c’est une dynastie qui a su rester de manière pérenne à la tête de deux états clés du saint-empire – le palatinat et la bavière – du milieu du moyen-âge jusqu’à l’époque moderne. On leur doit de nombreux chateaux, comme notamment le Neuschwanstein qui est certainement le chateau le plus connu d’Allemagne, ou encore certaines figures comme Elizabeth de Wittelsbach, plus connu sous le nom de “Sissi l’impératrice”.

Ottoman

L’histoire des ottomans débute lorsqu’une tribu turque issues des steppes d’Asie centrale migre vers l’Anatolie et vient s’installer sur les ruines du sultanat de Roum en 1281.

Le chef de cette tribu guerrière, Osman Ier, donnera le nom à la dynastie des Ottomans : en effet, son nom en arabe est Utman (Oute-mane), que l’on a francisé en “Ottoman”.

En moins de deux siècles, les ottomans transforment leur tribu nomade en empire redoutable : ils réduisent à néant ce qu’il restait de l’empire byzantin, et sous Mehmed II dit “le conquérant”, ils posent leur capitale à constantinople alors renommée Istamboul, asservissent la Serbie, la Grèce et la Bulgarie, puis la Hongrie, l’Albanie et vassalisent la Crimée et la Valachie.

Au XVe siècle, Les ottomans semblent inarrêtable, régnant sur un empire se situe à cheval sur l’Europe et l’Asie et dont les contours peuvent faire penser à l’empire romain d’orient.

Selim I, petit fils de Mehmed II, agrandira considérablement l’empire Ottoman, puisqu’il conquiert alors le proche-orient, l’Egypte, l’Algérie et une bonne partie de l’Arabie. Ainsi, à sa mort, lorsque son fils Soliman le magnifique monte sur le trône et devient à son tour sultan, l’empire Ottoman va de Belgrade à La mecque selon l’axe nord-sud, de Algers à Jérusalem selon l’axe est-ouest.

Soliman le magnifique élargira à son tour la portée de l’empire, prenant la Hongrie, la Libye et l’Irak. Ce dernier cependant échoue dans sa conquête de l’Autriche alors sous domination de des Habsbourg.

A la mort de ce dernier, l’empire entre en décadence. La dynastie ottomane se maintient cependant à la tête de la Turquie, de laquelle elle est indissociable, jusqu’à la fin de la première mondiale. en 1924, le dernier  calife ottoman est renversé par la révolution nationaliste alors menée par le maréchal Atatürk. Tous les membres de la dynastie ottomane sont condamnés à l’exil. Aujourd’hui, on compte encore quelques 77 descendants de la dynastie ottomane, dont 25 princes, 16 sultans et 3 sultanes. Ils vivent alors en Amérique, en Angleterre, en Egypte ou encore en Jordanie.

Ces membres qui ont été isolés les uns des autres pendant des décennies ont pu se réunir grace à… facebook. En effet, c’est grace au réseau social sur lequel ils ont créé un groupe qu’ils ont pu renouer le contact. Comme quoi, la technologie, ça a du bon!

Quoiqu’il en soit, le règne des ottomans est singulier et ce pour plusieurs raisons. tout d’abord, outre le fait qu’ils aient réussi à passer d’une tribu de guerriers à un empire en un temps record, un empire sur lequel ils ont régné près de 8 siècles, la dynastie ottomane n’est pas forcément comparable en tout point aux dynasties européennes dont nous avons parlé précédemment.

Tout d’abord, l’empire ottoman est certes musulman, il est comporte en son sens de nombreux peuples qui exercent de nombreuses religions : la politique religieuse est alors très tolérante, on laisse une grande autonomie aux peuples conquis, et plutôt que de faire table rase du passé, les ottomans s’inspirent de l’empire Byzantin qu’il a conquis.

Y’en a certains qui ferait bien de s’en inspirer…

Ensuite, cette dynastie n’agrandit pa s son territoire par mariage mais surtout par conquête. D’ailleurs, à partir du XIVe siècle, les sultans ottomans rechignent à prendre pour épouses les femmes de haute-lignée, et iront même jusqu’à arrêter de prendre des femmes tout court, se satisfaisant alors des esclaves de leur harem, qu’elles soient musulmanes ou chrétiennes, prisonnière de guerre ou butin de guerre. De même, leurs propres filles ne servaient pas toujours à conclure d’alliances par mariage avec d’autres empires ou royaumes, elles étaient souvent mariées à d’autres esclaves pour éviter l’apparition de rivaux qui pourraient alors avoir l’envie de s’emparer du trône.

Si les femmes semblent avoir une place toute particulière dans l’histoire de la dynastie ottomane, notons que durant le siècle qui suit la mort de Soliman le magnifique, le harem, qui peut regrouper jusqu’à 600 femmes, joue un rôle politique considérable, à tel point que l’on parle même de “sultanat des femmes” pour désigner cette période.

Yamato

Allons maintenant du côté de l’empire du soleil levant, le Japon, à la rencontre d’une dynastie assez spéciale…

Selon la légende, la famille impériale japonaise commence lorsque Jimmu fait construire le premier palais au japon en 660 avant notre ère, et Jimmu serait lui-même un descendant de la déesse du soleil Amaterasu. Cependant, le premier empereur dont l’existence est avéré est Ōjin, qui régna durant le IVe siècle, ce dernier étant selon la traditionnellement considéré comme le quinzième empereur.

Le rôle de l’empereur au japon est historiquement assez différent du rôle que peut avoir eu un roi ou un empereur européen. A plusieurs reprises dans l’histoire, l’empereur n’a d’ailleurs aucun pouvoir sur la péninsule, ce dernier revenant au Shogun, qui administre le palais au nom de la famille impériale. Ce dernier doit cependant être approuvés par l’empereur en fonction.

Au Japon, traditionnellement, l’empereur est surtout un chef religieux ou symbolique – puisqu’il est le chef de la religion shinto –  son rôle est alors comparable à celui du pape chez les catholiques.

Cependant, en 1867, l’empereur Meiji, âgé d’à peine 15 ans, met fin au shogunat, impose comme culte d’état la religion shinto dont il est le chef religieux aux détriments du bouddhisme qui était venu de Chine, et s’approprie tous les pouvoirs. Il fait déplacer la capitale à Edo qui prend le nom de Tokyo et il ouvre le pays aux occidentaux. L’ère Meiji correspond à un grand changement dans la société japonaise, puisque non content de transformer le régime en monarchie absolue, régime qu’il fera évoluer en monarchie constitutionnelle en 1889, il modernise le pays en mettant fin à certaines traditions ancestrales. Les samourais cèdent leur place à une armée inspirée du modèle allemand, les katanas cèdent leurs places aux fusils et les costumes traditionnels cèdent leurs places aux uniformes inspirés des français. Certains samourais tenteront de faire de la résistance, mais ils seront térassés à la bataille de Shiroyama.

L’empereur s’impose alors comme la figure principale du pays. Sous le règne de Meiji, on passe en quelques années d’un japon médiéval à un japon moderne. Un japon capable de battre la Russie en 1905 a Tsushima durant la guerre russo-japonaise, une véritable humiliation pour le tsar et pour tous les européens.

A partir de ce moment, le Japon se rêve puissance coloniale, et l’empereur Meiji annexera d’ailleurs la Corée en 1910.

Ses successeurs, Taisho puis Shōwa – ce dernier étant aussi connu sous le nom de Hirohito – continueront sur cette lancée. La famille renforce son autorité tout en continuant sa politique d’ouverture : le Japon se libéralise et le suffrage universel est introduit en 1925. Shōwa voyagera même en Europe, faisant de lui le premier empereur à quitter le sol japonais.

Le règne de Shōwa est aussi profondément marqué par la montée du nationalisme et du pouvoir militaire. De nombreux coups d’état sont tentés jusqu’à ce que les militaires s’emparent du pouvoir en 1937. A partir de là, le Japon envahit la Chine, signe un pacte avec l’allemagne nazie et s’engage dans la seconde guerre mondiale, auquel les américains mettent fin en détruisant Hiroshima et Nagazaki.

L’Empereur Showa restera  cependant sur le trône jusqu’en 1989, date de sa mort, il renonce cependant à ses pouvoirs et le pays se dote d’une nouvelle constitution en 1947, qui définit le rôle de l’empereur comme étant purement honorifique. L’empereur reste cependant très populaire, une popularité qu’il conserve encore aujourd’hui.

La dynastie Yamato est exceptionnelle, ne serait-ce que parce qu’elle a un règne ininterrompu de la naissance du Japon jusqu’à nos jours. Elle est à ce titre la plus vieille au monde, puisqu’elle a au moins 1600 ans, et selon la tradition, peut être même 2600 ans. Traditionnellement, on considère d’ailleurs Akihito – l’empereur actuel du Japon – comme étant le 125e empereur de cette dynastie incroyable.

Ces 4 dynasties au parcours incroyables sont loin d’être isolées, on aurait également pu parler des Tudors, au règne court mais ô combien intéressant, ou encore des Tomanov de Russie, des Carolingiens en France ou des Ming en Chine.

Pour aller plus loin :

Histoire des Habsbourg (Henri Bogdan, 2005, Editions Tempus Perrin)

Les Maisons royales et souveraines d’Europe (Christian Cannuyer, 1989, Editions Brepols Publishers)

Le divan d’Istanbul : Brêve histoire de l’Empire Ottoman (Alessandro Barbero, 2014, Editions Payot)

Hiro Hito, l’empereur ambigu (Edward Behr,1989, Editions Robert Laffont)
http://www.courrierinternational.com/article/2013/12/12/grandeur-et-misere-des-derniers-ottomans
http://www.histoiredumonde.net/Liste-des-Sultans-Ottoman.html
https://clio.revues.org/10375
http://www.medmem.eu/fr/notice/INA00253
http://www.universalis.fr/encyclopedie/islam-histoire-de-mahomet-a-la-fin-de-l-empire-ottoman/
http://www.cartesfrance.fr/histoire/cartes-royaume-capetiens/carte-royaume-capetiens-1180.html

les liens Hérodote et Wiki pour aller plus dans le détail :

https://www.herodote.net/Henri_IV_1553_1610_-synthese-258.php
https://www.herodote.net/30_avril_1598-evenement-15980430.php
_%281257-1310%29
https://fr.wikipedia.org/wiki/Werner_de_Habsbourg
https://www.herodote.net/1273_a_1918-synthese-31.php
https://de.wikipedia.org/wiki/Karl_Habsburg-Lothringen
https://www.herodote.net/2_fevrier_962-evenement-9620202.php
https://www.herodote.net/Marie_Therese_-article-461.php
https://www.herodote.net/elisabeth_de_Wittelsbach_1837_1898_-synthese-1954.php
https://www.herodote.net/2_fevrier_962-evenement-9620202.php
https://de.wikipedia.org/wiki/Wittelsbach
https://fr.wikipedia.org/wiki/Harem
https://www.herodote.net/shogun_shogunat-mot-478.php
https://www.herodote.net/9_novembre_1867-evenement-18671109.php
https://www.herodote.net/11_fevrier_660_avant_JC-evenement–6600211.php
https://www.herodote.net/1603_a_1867-synthese-166.php

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