Un bâtard sur le trône

 

Bonjour camarade !

Un bâtard ?

Avant de commencer, je pense que l’on doit peut-être définir ce qu’est un « bâtard » au sens premier du terme, et qu’est-ce que ce statut de « bâtard » implique pour celui qui le porte.

Si le mot bâtard peut aujourd’hui servir d’insulte, il désigne à l’origine un enfant né hors-mariage. Le terme « bâtard » est alors à la fois utilisé pour les enfants issus d’un adultère, pour les enfants des personnes ne pouvant normalement pas se marier, comme les prêtres ou les nonnes, mais aussi pour les enfants issus de leurs parents légitimes avant que ses derniers ne se jurent fidélité devant Dieu.

Ainsi, on peut être un « bâtard » même si on est issu de ses deux parents. Un bâtard n’est pas forcément l’enfant d’une maîtresse ou d’un amant !

C’est en tout cas la définition de ce mot au Moyen Âge. Il semblerait par ailleurs que ce mot soit d’origine germanique et qu’il ait à la base désigné l’union entre un homme et sa deuxième femme de rang inférieur. Le mot aurait pris une connotation péjorative en français de part la condamnation de la polygamie des germains par les chrétiens.

Des situations très variables

Il faut bien comprendre qu’être un enfant considéré comme « bâtard » selon la définition qu’on lui donne au Moyen Âge n’est pas forcément un problème, tout dépend de la manière dont la succession se fait dans un pays ou un autre.

Chez les Romains par exemple, il n’est pas nécessaire d’être le fils naturel d’un empereur pour lui succéder : Jules César fait par exemple d’Auguste son successeur après l’avoir adopté à titre posthume, c’est-à-dire qu’il l’a adopté par testament après sa mort.

Arnulf de Carinthie
Arnulf de Carinthie passa de fils illégitime à Empereur ; mieux vaut bâtard que jamais !

Et même si on se focalise sur le Moyen Âge, période qui marque l’avènement de la religion chrétienne et du système féodal, il n’est pas rare de voir des bâtards atteindre les plus hautes sphères du pouvoir, ne serait-ce que parce que certains états ont ce qu’on appelle une monarchie élective : ainsi, même si on est issu d’un adultère ou de relations hors-mariage, il n’est pas impossible de devenir roi ou même empereur. C’est par exemple le cas d’Arnulf de Carinthie, bâtard de Carloman de Bavière, qui est élu roi de Germanie en 887 avant de devenir empereur d’occident en 896.

Chez les Francs, le célèbre Charles Martel, grand-père de Charlemagne, est également un bâtard. En effet, il est issu d’un deuxième mariage que son père Pépin le Jeune, qui était alors comme beaucoup de germain de l’époque polygame, avait contracté alors que son premier mariage était encore valable. Aux yeux de l’Église chrétienne, seul le premier mariage est valable : Charles est donc de fait un bâtard. Quand Pépin le jeune meurt, c’est Charles qui est désigné pour reprendre le trône, ce qui n’est pas sans poser de problèmes.

Sa première femme vit assez mal la situation, puisque pour elle, Charles est un bâtard et il ne peut pas monter sur le trône. Non, c’est son petit-fils qui doit être au pouvoir. D’ailleurs, pour s’en assurer, elle fait enfermer le jeune Charles. Ce dernier finit par s’évader, puis il mène une rébellion et récupère son trône, virant au passage ceux qui soutiennent sa belle-mère.

C’est un problème similaire de polygamie qui fait que Guillaume le Conquérant est aussi considéré à son époque comme un bâtard, alors qu’il est le seul fils de son père Robert le Magnifique et que ce dernier était bel et bien marié à la mère de Guillaume. Cependant, il ne s’agit pas du premier mariage de Robert, rendant l’union invalide aux yeux de l’Église.

La plupart du temps, les bâtards peuvent être légitimés par leurs parents, c’est-à-dire qu’ils sont reconnus comme des enfants “naturels”, leurs conférant tous les titres qu’ils auraient pu avoir s’ils n’étaient pas nés hors-mariage, même s’ils restent souvent marqués par le pêché qui est à l’origine de leur naissance.

Ainsi, les bâtards de monarques sont souvent reconnus comme des princes qui obtiennent des titres prestigieux, comme des titres de comte ou de duc, voire d’archevêque ou de cardinal si ces derniers sont rentrés dans les ordres. En France, on pourrait par exemple parler de Charles de Valois, fils légitimé du roi Charles IX, qui devient comte d’Auvergne puis duc d’Angoulême ; ou encore de César de Bourbon, fils légitimité d’Henri IV, qui devient duc de Vendôme.

En France, le champion des bâtards, ça sonne drôlement bien, est certainement Louis XIV, qui aurait eu pas moins de dix-sept bâtards connus, dont huit ont été légitimés. Louis XIV met en place une véritable politique matrimoniale pour ces derniers puisqu’ils les fera marier aux autres branches des bourbons, et ce pour deux raisons : donner à ses bâtards légitimés une position favorable à la cour tout en réduisant le prestige et donc les possibilités des branches rivales. Hey…pas con hein.

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Épisode écrit par Romain Filstroff

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