Le roi Arthur, mythe ou réalité ?

 

La légende et l’écrit

Tout d’abord, il ne faut pas perdre de vue que les légendes arthuriennes, telles qu’on se les représente aujourd’hui, sont surtout les héritières d’une vaste littérature qui est loin d’être homogène, et qui n’a pas non plus été écrite à la même époque.

Les premières traces des légendes arthuriennes apparaissent dans des textes gallois. Durant tout le moyen-âge, les mythes autour d ’Arthur se développent et sont repris par les ecclésiastes, les envahisseurs comme les locaux : par exemple, lorsque Guillaume le conquérant s’impose comme le roi d’Angleterre, il n’hésite pas à se servir de la figure d’Arthur pour justifier son pouvoir aux yeux du peuple conquis et pour s’attirer la sympathie des Gallois.

Au XIIe siècle, Chrétien de Troyes, un poète français, contribue à rendre la légende plus célèbre en lançant la mode de la littérature arthurienne. A partir de cette époque, les romans de chevalerie reprenant les légendes arthuriennes fleurissent. Arthur y est alors un symbole de l’unité bretonne, mais c’est aussi un symbole chrétien important puisqu’il incarne la courtoisie, la vertu et la justice. D’ailleurs, l’une des quêtes d’Arthur est de retrouver le saint Graal, c’est-à-dire la coupe qui a permis de recueillir le sang du Christ.

Ça c’est pour ceux qui auraient des doutes !

Pourtant, même si on ne cessera pas vraiment d’écrire sur Arthur jusqu’à aujourd’hui, nous n’avons aucune preuve de son existence, tout comme on n’a aucune preuve que Camelot ait existé. Concernant le Royaume de Logres, son nom n’apparait qu’au XIIe siècle sous la plume du clerc gallois Geoffroy de Monmouth et il est tiré du gallois médiéval Lloegyr signifiant tout simplement “Angleterre”.

Contexte historique

La légende du roi Arthur apparait donc vraisemblablement au tout début du moyen-âge, lorsque les germains envahissent la Grande-Bretagne, qui étaient à l’origine, rappelons-le, avant tout peuplée par des celtes.

En moins de deux siècles, la population du sud-est de l’Angleterre passe d’une culture romano-bretonne, parlant majoritairement en langue celte, à une culture anglosaxone, parlant majoritairement en langue germanique. Les peuples celtes sont alors confinés en Ecosse, au pays de Galles et en Cornouailles, alors que durant la même période, beaucoup décident d’émigrer sur le continent, en Armorique.

Ces émigrés bretons, ce sont les ancêtres de nos bretons à nous, ceux qui vivent entre Brest et Rennes !

Enfin quand je dis “à nous”, c’est une façon de parler hein, parfois la Bretagne c’est un peu un pays à part…

Ainsi, Arthur est une figure de résistance culturelle, puisqu’elle emprunte énormément au folklore lié à la société bretonne, non sans une certaine forme de nostalgie, mais c’est aussi et surtout une figure de résistance militaire : Arthur est le chef de guerre militaire qui réussit à fédérer tous les celtes, qu’ils soient continentaux ou insulaires, contre l’envahisseur germain.

 

Qui a servi de modèle pour Arthur ?

Concernant la personne qui a effectivement servi de modèle pour créer ensuite la légende, on a des idées mais encore là, aucune preuve.

Selon plusieurs hypothèses, Arthur serait à la base un chef gallois ou romain, voire même plusieurs chefs différents. Certains pensent plutôt qu’il s’agit d’un personnage totalement construit, un peu comme le célèbre bourrin Beowulf.

Quoi qu’il en soit, selon l’hypothèse galloise, Arthur serait un gallois né au Ve siècle qui aurait repoussé les invasions anglo-saxonnes au début du VIe. Selon plusieurs auteurs du moyen-âge, ce gallois aurait été un riche se serait payé sa propre troupe de mercenaires et qui l’aurait mise au service des chefs bretons. Toujours selon cette hypothèse galloise, Arthur n’aurait par contre jamais été roi, il n’aurait été que chef de guerre.

Selon l’hypothèse romaine, qui est finalement assez similaire, la légende d’Arthur serait tirée de la vie de Lucius Artorius Castus (Loutsious Artorious Castous), préfet romain de York ayant commandé une légion chargée de se battre contre les Calédoniens durant le 2e siècle avant de partir pour l’Armorique ou l’Arménie. Il peut Egalement être inspiré de Riothamus, un breton romanisé ayant porté le titre de “roi des bretons”, sans que l’on sache vraiment ce que ce titre ait impliqué, ayant combattu contre les wisigoths au 5e siècle. Finalement, certains historiens voient dans le roi Arthur une synthèse de ces deux figures.

Pour être tout à fait clair, tout ça ce ne sont que des suppositions puisqu’une fois encore, il n’existe aucune preuve qui permette de façon certaine de relier Arthur à l’une de ces figures. Il semble donc que la figure du roi Arthur soit un mélange d’’inspiration et de pas mal de bobard.

Pour aller plus loin :

La Légende arthurienne, Paris, Robert Laffont, « coll. Bouquins », 1989 (ISBN2-221-05259-5)

Geoffroy de Monmouth, Histoire des rois de Bretagne, Paris, Les Belles lettres, coll. « La Roue à livres », 2004 (ISBN2-251-33917-5)

romans de chevalerie (XIIIe siècle, romans arthuriens), chrétien de Troyes au XIIe siècle

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