Comment utiliser les pigeons dans l’histoire ?

Mes chers camarades bien le bonjour !

Aujourd’hui on se retrouve ici, dans le village du Louroux, pour un petit reportage sur les pigeons, Oui, les pigeons, et leurs pigeonniers aussi appelés colombiers. Et croyez bien que c’est non seulement intéressant mais aussi très rigolo. Par exemple on appelle les éleveurs de pigeon des colombophiles, moi je sais pas vous, mais je trouve ça rigolo…

Des fientes aux missiles

Bref ! Les pigeons sont élevés depuis l’Antiquité mais à la base ils servaient plutôt à produire de l’engrais, de très bonne qualité, notamment pour le vin. Au Moyen Âge, on continue d’ailleurs d’utiliser les pigeons pour ça et leur fiente était tellement précieuse qu’elle comptait pour une véritable source de revenu qu’on pouvait déclarer sur les contrats de mariage, si si ! Et quand on sait qu’un pigeon peut produire entre 2 et 3 kilos de fiente par an à lui tout seul, on se dit que ça devait faire un paquet de fiente à gérer…

Pigeons allemands
Des Allemands utilisant des pigeons pour communiquer durant la Première Guerre Mondiale, par Albert Reich

On se servait également des pigeons pour faire passer des messages. Dans l’antiquité on a des récits qui nous racontent qu’ils étaient utilisés pour annoncer le vainqueur des jeux olympiques. Mais l’utilisation du pigeon voyageur elle se démocratise surtout dans le monde musulman, notamment à Bagdad. Pendant ce temps là en Europe le pigeon voyageur on connait pas et c’est par l’intermédiaire des croisades, qui permettront aux occidentaux de faire quelques découvertes bien sympathiques, que cette utilisation du pigeon deviendra plus courante en France notamment. Le principal problème étant que le pigeon, bien qu’assez fiable, ne soit capable de retourner que chez lui, dans son propre pigeonnier. Du coup ils ne faisaient les trajets que dans un sens. Par exemple un pigeon pouvait être envoyé d’un champ de bataille vers son état-major, là où il était habitué à vivre, mais il ne pouvait pas faire l’inverse. Pour communiquer entre les villes ou entre plusieurs positions, on faisait donc tourner les pigeons puisque si un pigeon élevé au point A est bougé au point B, il ne faut pas qu’il s’habitue trop au point B sous peine de voir ce point B devenir son nouveau chez lui. Du coup le point A bah il en aura pas grand chose à faire… Un peu plus tard on va palier à ce problème en mettant la nourriture du pigeon à un endroit différent de là où il peut se reposer, de son chez lui. On arrive alors à lui faire faire des aller-retour sur des distances de près de 150 km, ce qui est plutôt pas mal faut bien le dire. En tout cas le pigeon voyageur a plutôt une belle carrière car il sert à partir du Moyen Âge de moyen de transport privilégié pour faire passer des messages, y compris en temps de guerre, et on en utilisera pendant la première et même pendant la seconde guerre mondiale. En 1915 à Lille, les allemands punissait ainsi de mort toute personne qui détenait un pigeon chez elle. Pour en finir avec l’utilisation guerrière du pigeon, sachez qu’il a même existé des projets assez farfelus, comme le “Project Pigeon” qui, durant la WW2, devait permettre de développer un missile dirigé par des pigeons. La prochaine fois que vous croiserez un pigeon unijambiste pensez y, ils sont plus dangereux que ce qu’il n’y paraît.

Durant le Moyen Âge, même si c’est également le cas avant, le pigeon est également utilisé pour autre chose : la bouffe. Mais attendez hein, c’était un pas un plat de pécore, ça valait cher du pigeon et c’était pour les grandes occasions ! L’administration du roi en engloutissait quelques centaines tous les jours au XIIIe siècle, ce qui est pas mal. Avec le temps d’ailleurs le pigeon va se démocratiser dans les assiettes au point qu’à la fin du XIXe siècle, il n’y a pas si longtemps donc, une ville comme Paris pouvait taper la barre des 2 millions de pigeons par an. Avec des chips à la betterave ça devait être super bon. Et si vous vous demandez comment on arrivait à assurer une telle demande de viande de pigeon, dites vous qu’un couple de pigeon, pendant la saison de reproduction, soit la moitié de l’année, ça pond deux oeufs toutes les 5 semaines ! Quand on voit qu’ici il y a 4000 nid, on se dit que ça devait demander une sacré logistique…

Les pigeonniers

En ce qui concerne l’utilisation des pigeonniers, là aussi il y a des choses à dire, toujours intéressantes et toujours rigolotes !

Tout d’abord les pigeonniers en France avant le Moyen Âge on a pas vraiment de trace et c’était surtout réservé aux seigneurs, à ceux qui avaient des terres. Autour de moi, vous pouvez voir des trous creusés dans la paroi de ce pigeonnier. Chaque trou, qu’on appelle aussi des boulins, correspond à un petit nid où deux pigeons vont se loger et plus on est riche, plus on a de terres, plus on a besoin de pigeon, plus on a de trous, plus le pigeonnier est grand, etc. Il fallait compter, en gros, 66 acres pour un boulin, soit un carré d’un peu plus de 1600m sur 1600m, ça a donné lieu à des situations assez amusantes lors des mariages par exemple. Bah oui, parce que quand tu es en train de négocier pour marier ton fils ou ta fille, tu exposes un peu tes richesses et si tu montres un pigeonnier avec beaucoup de boulins, de trous, ça montre que tu as beaucoup de terre et donc beaucoup de revenus. Et dans ces cas là, rajouter quelques boulins de plus, ni vu ni connu, ça permet de se faire passer pour un peu plus riche que l’on est vraiment. Quand tu réussis ton coup c’est que tu l’as bien pigeonné le papa d’en face et ouais, parce que l’expression “se faire pigeonner” ça vient en partie de là !

Quoi qu’il en soit le pigeonnier c’est important d’en prendre soin et de bien le concevoir pour qu’il soit efficace dans sa tâche. Il en existe de toutes sortes, des triangulaires, des carrés mais les plus imposants, comme ici, sont souvent rond. C’est souvent plus pratique pour installer des échelles et aller récupérer les bébés pigeons quand ils sont nés.Le pigeonnier on le construit surtout sur des hauteurs pour qu’il soit bien visible et un peu éloigné des habitations pour éviter de pourrir les toits avoisinants. D’ailleurs au départ les pigeons c’était une vraie plaie pour les paysans puisque des nuées d’oiseaux s’abattaient sur leurs champs pour se nourrir et il était interdit pour eux de les tuer ou de les attraper sans se voir infliger une grosse amende. D’autant que eux, les roturiers, ne pouvait pas avoir de pigeonnier, en principe. Avec l’abolition des privilèges dans la nuit du 4 août 1789, les colombiers prennent du plomb dans l’aile, comme leurs pigeons c’est le cas de le dire puisqu’on peut désormais les tirer lors de certaines périodes. De plus, pour protéger les récoltes, les pigeons doivent être enfermés les ⅔ de l’année. Bientôt les gros colombiers sont laissés à l’abandon car trop cher et trop contraignant à entretenir pour le peu de bénéfice qui en est retiré et progressivement, même si il reste de nombreux colombophiles dans notre pays, la pratique est généralement abandonnée.

 

J’espère que ce petit épisode sur les pigeons vous aura appris des choses, honnêtement j’ai moi même été très surpris d’apprendre tout ça ! A plus !

Laisser un commentaire