Une brève histoire du Berry

 

Tout à une histoire. Oui, tout. Notre territoire garde la trace, matérielle ou non, laissée depuis des centaines et des milliers d’années par les générations qui nous ont précédé. Cette histoire, elle est riche, insolite, inattendue, toujours passionnante. Aujourd’hui, je vous propose la découverte de ces traces de vie, de ces tranches d’histoire, à travers un voyage au cœur même de la France, dans le Berry.

Le Berry ? Mais c’est quoi le Berry ? A l’oreille, ça sonne familier comme le nom d’une région, et pourtant aucune trace du Berry sur les cartes modernes représentant notre territoire. Et bien c’est ça qui est intéressant ici, le Berry, c’est une ancienne province qui avait une existence administrative jusqu’à la révolution française et aujourd’hui encore, alors que techniquement elle n’existe plus sur le papier, le Berry conserve une identité forte à travers son histoire, à cheval sur le département de l’Indre et du Cher.

Nos ancêtres les Bituriges… et les autres

Statère (Bituriges Cubes)
Pièces de monnaie (stratère) des Bituriges Cubes, qui vivaient dans ce qui deviendra le Berry.

La capitale de cette province, c’est Bourges, et ça ne date pas d’hier. Il y a bien longtemps, durant l’Antiquité, se trouvait à la place de cette charmante ville Avaricum, la capitale des Bituriges, un peuple gaulois qui donne plus tard son nom à la province. En 52 avant notre ère, les Bituriges embrassent la rébellion contre César aux côtés de Vercingétorix. Les combats dans la région sont nombreux et quand l’imperator renforce sa présence dans la région, ils se soumettent à la volonté de Rome. Les villes évoluent, se transforment, la civilisation gallo-romaine prend son envol et aujourd’hui encore on peut en voir les traces, notamment au Musée d’Argentomagus, un véritable site archéologique témoignant de l’évolution d’un oppidum, une agglomération fortifiée, en ville romaine beaucoup plus structurée.

Ce territoire des Bituriges il évolue ainsi pendant des années jusqu’à son intégration au IXe siècle par le roi Pépin 1er d’Aquitaine au duché d’Aquitaine. A cette époque, il faut rappeler que le territoire qui compose aujourd’hui la France, n’est pas exactement réparti de la même façon. La plupart des territoires composant notre pays font alors partie de l’Empire Carolingien, initié par Pépin le Bref puis dirigé par son fils Charlemagne, qui s’étend également sur une partie de l’actuelle Italie, de l’Allemagne, de la Belgique, des Pays bas, de la Suisse, de l’Autriche…Bref…un grand truc donc le duché d’Aquitaine n’est qu’une partie.

Aujourd’hui, on peut visiter en se baladant dans le Berry des édifices qui ont été construit durant cette période où le Duché d’Aquitaine remontait jusqu’à Bourges.  Dans le Cher, on trouve ainsi l’Abbaye de Noirlac, dont la construction débute au milieu du XIIe siècle pendant le règne de Louis VII de France et de la célèbre Aliénor d’Aquitaine. Outre le fait qu’il faut bien le dire, l’Abbaye en jette carrément plein la figure, elle représente surtout la puissance et l’influence de l’ordre cistercien, dont la figure emblématique est sans aucun doute l’abbé Bernard de Clervaux. Un ordre monastique qui étend son influence dans toute l’Europe et qui caractérise bien le rôle très fort de l’église à cette époque. Cette puissance de l’église, elle se ressent également en contemplant la cathédrale Saint-Etienne de Bourges, véritable chef d’oeuvre d’architecture gothique dont la construction débute à la fin du XIIe siècle. Une nef immense, une voûte incroyable, des vitraux à couper le souffle et de riches sculptures qui ornent sa façade et qui illustrent le jugement dernier. Bref, un monument qui mérite bien aujourd’hui sa place au patrimoine mondial de l’UNESCO et qui a su s’enrichir, à travers les âges, de nouvelles curiosités. Comme l’Horloge Astronomique de Bourges, offerte par le roi Charles VII en 1424 et qui est aujourd’hui la plus vieille horloge astronomique de France.

Jusqu’à présent, nous nous sommes égaré du côté de traces du passé qui remontent avant le XIVe siècle et ce qu’il faut bien avoir à l’esprit c’est que finalement le Berry avant ça, ça n’existe pas en tant que tel. Et vu que l’on traite aujourd’hui d’une région qui en tant que telle n’existe plus, on est finalement dans une sorte d’inception où l’on traite de l’histoire d’un truc qui n’existe plus alors qu’il n’existait pas encore, si vous voyez ce que je veux dire…

Bref ça reste des traces du passé qui font le patrimoine d’aujourd’hui puisque le Berry même si ce n’est plus une province c’est toujours un terroir, une culture, un ensemble lié par son histoire. Mais alors du coup, quand est ce le Berry devient véritablement une province du Royaume de France ?

Création d’un duché

Bien que Bourges et ses environs soient déjà rattachés au domaine royal dès le début du XIIIe siècle, la création de ce duché n’est effective qu’en 1360 par Jean II le Bon, roi de France. Nous sommes alors en pleine guerre de Cent Ans et les habitants du Berry viennent de subir des raids anglais mené par le terrible Prince Noir, Edouard de Woodstock, fils du roi d’Angleterre Edouard III. La province, tout comme de nombreuses autres, a été pillé et réduite en cendres, laissant un souvenir amer aux Berrichons, le tout dans un contexte diplomatique très tendu.

Château de Sarzay
Vue actuelle du château de Sarzay.

Ce climat de guerre incessant provoque forcément des changements dans la société française de l’époque, et ça se manifeste clairement à travers l’architecture de certaines structures défensives comme le château de Sarzay. S’il ne reste aujourd’hui que cette bâtisse impressionnante dotée de 5 Tours, le château de Sarzay est à l’origine une forteresse qui compte près de 38 tours de défense, de deux murs d’enceintes, de trois pont-levis et des douves qui vont avec, bref, un lieu d’habitation capable de tenir un siège face à l’ennemi qui n’est pas très loin puisque la région du Poitou est sous domination anglaise.

Des places fortifiés, on en retrouve un peu partout dans le Berry, comme ici au château d’Ainay le Vieil, lui aussi équipé d’un grand mur d’enceintes de tours et de meurtrières. Mais si ce lieu est connu, c’est surtout parce qu’il a abrité un des plus grands marchands que la France ai connue, la super star du Berry, Jacques Cœur !

Jacques Cœur, c’est l’histoire d’un homme qui, fils d’artisan, a su se hisser au plus haut du pouvoir. Né à la fin du XIVe siècle, il est à la fois armateur, banquier et négociant, ce qui lui permet de développer son commerce dans toute la méditerranée et principalement vers le proche orient. Devenant rapidement très riche et très réputé, il rentre au service du roi Charles VII en 1439 au poste d’argentier. Il crée ainsi plusieurs impôts afin de renflouer les caisses du royaume et participe grandement à la stabilisation financière de la France pendant la fin de la Guerre de Cent Ans. Si quelques controverses entourent tout de même le personnage, Charles VII fait d’ailleurs de lui un noble pour le remercier de ces services.

Dès lors Jacques Cœur prend pour devise une des maximes les plus connues de l’histoire : “à cœur vaillant rien d’impossible !” Et ouais ! ça vient de là !

Jacques Cœur endosse alors le rôle de conseiller auprès du roi en plus de continuer ses missions au service de la couronne et ses activités marchandes. Sa richesse devient tellement énorme qu’il prête à tous les nobles, à tous les marchands et même au roi. Il investit dans de nombreux biens immobiliers et son pouvoir s’étend de plus en plus. Il gagne d’ailleurs tellement d’argent qu’il se paye le luxe de construire son propre palais ici, dans sa ville natale, à Bourges, en 1443.

Un palais qui lui coûte 100 000 écus d’or, qui prend une dizaine d’années à être construit et qu’il n’habite finalement jamais puisqu’il meurt en 1456, après être tombé en disgrâce auprès du roi. En effet accusé d’avoir détourné l’argent de la couronne pour son compte et porté préjudice au roi, il est condamné à mort, parvient à s’enfuir, trouve refuge auprès du pape et succombe à la maladie durant une expédition contre les turcs.
Drôle d’histoire non ? En tout cas il n’y a pas que la religion, la guerre et l’économie qui font parti de l’histoire du Berry. Il y a également l’artisanat qui est toujours bien implanté et qui nous réserve quelques surprises improbables au détour d’un village, comme ici, à la Borne.

La Borne, c’est un petit village qui bénéficie d’une situation un peu particulière. Au cœur de la forêt, il est bâti sur un filon de grès qui en a fait sa réputation. En effet à partir du XVIe siècle, les potiers de tous horizons trouvant ici une très bonne matière première et des conditions idéales pour s’installer transforment le hameau en un véritable atelier de production de poterie. Et depuis, ça ne s’arrête plus ! Cela fait près de 500 ans que les potiers sont toujours ici, ayant abandonné la poterie traditionnelle au profit de la céramique mais participant toujours à entretenir l’incroyable réputation de la Borne, l’irréductible village de Potiers !

Entre Talbot et les époux Lerat, autant vous dire qu’il y a du beau monde qui est passé ici, laissant leur trace dans la construction d’un art souvent méconnu et pourtant très intéressant. !

Pas si loin d’ici, on trouve d’autres personnages haut en couleur qui pratiquaient une certaine forme d’art…et parmi eux, le champion des champions, le célèbre homme politique Talleyrand !
Ayant vécu ici, au château de Valençay entre 1803 et 1837, Talleyrand c’est sans doute l’incarnation de la carrière politicienne parfaite. Certains y voient là un maître de la diplomatie et de la gestion des affaires, d’autres le qualifient plutôt comme un retourneur de veste professionnel.

Mais pourquoi est ce que Talleyrand peut être considéré ainsi ? Et bien là, il suffit d’évoquer la liste des postes qu’il a occupé dans les différentes administrations et vous allez voir, c’est impressionnant…Tout d’abord député sous l’Ancien Régime, président de l’Assemblée nationale et ambassadeur pendant la Révolution française, ministre des Relations extérieures sous le Directoire, le Consulat puis sous le Premier Empire, président du gouvernement provisoire, ambassadeur, ministre des Affaires étrangères et président du Conseil des ministres sous la Restauration, ambassadeur sous la Monarchie de Juillet. On a donc un homme qui a littéralement traversé la tempête en occupant un bon poste à peu près partout, auprès du roi, du peuple, de l’empereur, bref, quoi qu’on en dise, ça reste un pro !

Durant la révolution de 1789, un des axes principaux sur lequel travaille l’assemblée constituante est la transformation de l’administration française. Toutes les provinces sont ainsi dissoutes et le territoire est redistribué en départements, districts, cantons et communes. Le Berry disparaît ainsi de la carte au profit de l’Indre et du Cher.

Mais c’est évident, si les frontières du Berry s’effacent, comme celle de nombreuses provinces, la culture, le terroir qui lui sont liés, eux, restent bien ancré dans la région à tel point qu’aujourd’hui encore beaucoup d’habitants du coin se considèrent davantage comme des berrichons, plus de deux siècles plus tard !

Georges Sand, qui vécut près d’une dizaine d’années avec Frédéric Chopin dans cette maison, était d’ailleurs très attaché à ce terroir. Cela se ressent d’ailleurs dans son écriture, elle qui a publiée près de 70 romans. Une féministe engagée, libre, assumant son look d’homme jusqu’à endosser un patronyme masculin et fédérant autour d’elle, au cœur du Berry, de nombreux artistes et intellectuels de son temps.

Merci d’avoir partagé avec moi cette expédition à travers le Berry, j’espère que cet épisode vous a fait un peu voyager non seulement à travers cette province mais aussi à travers l’histoire. Laissez un pouce vers le haut si vous avez aimé et n’oubliez pas de vous abonner pour ne pas louper les prochaines vidéos. A la prochaine !

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