D’un camp à l’autre (Italie et Grande Guerre)

 

Mes très chers camarades avides d’archives et de savoir, bien le bonjour ! Aujourd’hui on va un peu parler de l’Italie. Loin des clichés qui leur collent parfois à la peau.

Alliances européennes - 1914
Carte des deux alliances majeures à la veille de la Première Guerre Mondiale : la Triplice et la Triple-Entente.

Au début du XXe siècle, l’Italie est engagée au sein de la Triplice avec l’Allemagne et l’Autriche-Hongrie, une alliance militaire et diplomatique qui est censée à l’origine prévenir le revanchisme français et l’expansionnisme russe. Néanmoins, Lorsque la première guerre mondiale éclate, la rentrée en guerre de l’Italie ne coule pas de source : la Triplice est avant tout une alliance défensive, alliance qui a pour une partie des Italiens de l’époque été mise à mal par l’attitude de l’Autriche-Hongrie vis-à-vis de la Serbie, puisque toute action ou revendication militaire doit se faire avec l’accord de chacun des membres de la Triplice. De plus, la Grande-Bretagne, située dans le camp adverse, est pour l’Italie le premier importateur de charbon, et de manière générale, une grosse partie des matières premières italiennes sont importées de l’étranger. A tout cela, ajoutons qu’en cas de victoire de la Triplice, les italiens ont peur de ne pas obtenir de compensations de guerre suffisantes, et Antonio Salandra, président italien du conseil des ministres à l’époque, ira même jusqu’à dire que dans le meilleur des cas, l’Italie ne deviendrait que le “premier vassal de l’empereur”. Une situation qui n’est pas avantageuse pour le jeune royaume italien, qui cherche à s’imposer comme l’une des grandes puissances européennes et qui vivrait donc mal d’être dépassée par ses compères germaniques.

Pour toutes ces raisons, et bien d’autres encore qu’il serait fastidieux de décrire ici, l’Italie est tiraillée : certains veulent rentrer en guerre tandis que d’autres s’y opposent. Du fait de l’instabilité politique et de la crise sociale qui agite le pays à l’époque, le gouvernement décide finalement de proclamer la neutralité le 2 aout 1914.

D’une neutralité à un engagement… dans le camp d’en face

Le scénario d’une neutralité italienne est envisagé par les austro-hongrois, qui espèrent alors que la Russie reste elle aussi neutre, pensant que le conflit sera localisé aux Balkans. Cependant, dans la semaine qui suit la proclamation de neutralité italienne, la plupart des pays européens sont engagés dans ce conflit.

L’Italie cherche alors à négocier pour une entrée dans le conflit aux côtés de ses anciens alliés, mais l’Autriche-Hongrie refuse toute discussion si l’Italie ne rentre pas tout d’abord en guerre. Le conflit diplomatique s’intensifie entre les deux parties alors que les austro-hongrois cherchent à mettre les italiens dans une position difficile : en leur demandant de rentrer sans conditions dans une guerre qu’ils ne peuvent mener, leur armée étant dans un état déplorable, ils entendent bien à ce que ces derniers refusent. L’Autriche-Hongrie peut alors clore toute discussion, et donc écarter l’Italie des négociations de paix pour éviter de partager le gâteau.

Le 23 octobre, contre toute attente, les italiens profitent de l’anarchie en Albanie pour intervenir à Vlora, l’un des ports albanais les plus importants. Ils discutent aussi avec la Roumanie, elle aussi restée à l’écart du conflit.

L’Allemagne, ayant peur que la situation ne dégénère, s’immisce dans les discussions entre l’Italie et l’Autriche-Hongrie. Le ton monte, l’Italie exige qu’on lui cède le Trentin et Triestre, territoires autrichiens mais de langue italienne, et l’Allemagne propose même d’en compenser la perte en cédant à l’Autriche-Hongrie une partie de la Silésie, c’est-à-dire l’un de ses propres territoires. Les négociations se poursuivent, et même lorsque l’Italie lâche du lest, l’Autriche-Hongrie refuse de discuter.

Pendant ce temps-là, l’Italie discute aussi avec la Triple-Entente, qui en mars 1915 gagne du terrain sur sur le front est. Malgré une Russie qui cherche à défendre ses intérêts dans les Balkans, les négociations sont plus faciles et un accord est trouvé le 16 avril 1915 : il s’agit du Pacte de Londres.

8 jours plus tard, l’Italie rentre donc en guerre aux côtés de la France, du Royaume-Uni et de la Russie contre l’Autriche-Hongrie. Cette entrée en guerre sera perçue comme une trahison par cette dernière, et ce retournement de situation sera utilisé à des fins de propagande par les autrichiens pour motiver les troupes.

L’Italie en guerre

Les Italiens se mobilisent alors sur leur frontière au nord et débutent les hostilités avec les austro-hongrois en bombardant Cervignano dei Friuli, sous domination austro-hongroise. Rapidement, le front s’installe le long du fleuve Isonzo à l’est et sur les montagnes du stelvio au nord : la guerre de mouvement passe à une guerre de position, et des tranchées prennent place dans la roche et les glaciers. De nombreuses tentatives sont effectuées de part et d’autres pour percer le front adverse, mais la plupart se soldent par des échecs.

En 1917, le front Est disparaît avec la sortie de guerre de la Russie, l’Autriche-Hongrie peut alors mobiliser toutes ses troupes sur le front italien alors que l’Italie est économiquement au bord de l’effondrement.

Italie en 1919
… et la situation après les gains territoriaux.
A l'entrée en guerre, les frontières de l'Italie diffèrent des frontières actuelles.
A l’entrée en guerre, les frontières de l’Italie diffèrent des frontières actuelles.

A la poussée austro-hongroise s’ajoute à cela la mobilisation de l’Allemagne face à l’Italie. Le 24 octobre 1917, la Triplice arrive à percer l’armée italienne à Caporetto, cette dernière étant presque mise hors de combat. Avec le concours de leurs alliés, les italiens arrivent à contenir l’avancée austro-hongroise le long du Piave. Un an jour pour jour après la défaite de Caporetto, une ultime offensive italienne est lancée contre les troupes austro-hongroises, et bien que la situation soit complexe, le succès est au rendez-vous. Suite à cela, les négociations pour l’armistice débutent et cette dernière est signée le 3 novembre 1918. Par le traité de Versailles, l’Italie obtient le Trentin et Trieste, qu’elle revendiquait à l’Autriche-Hongrie avant les hostilités. Elle obtient aussi l’Istrie, le Sud-Tyrol autrichien, la ville de Zadar et quelques îles de l’Adriatique. L’Albanie, pourtant revendiquée par l’Italie, gagnera son indépendance.

A la sortie du conflit, l’Italie a perdu beaucoup d’hommes et son économie est catastrophique. Politiquement parlant, la situation est très compliquée et la contestation sociale, renforcée par la crise économique mondiale en 1920, donne de plus en plus de pouvoir aux extrémistes et aux nationalistes, Mussolini à la tête d’entre-eux. Ce dernier deviendra président du conseil à peine deux ans plus tard après sa célèbre marche sur Rome. Débute alors la période fasciste, qui ne se terminera qu’à la fin de la seconde guerre mondiale.

 

Épisode écrit par Romain Filstroff

Pour aller plus loin

  • Antonio Londrillo, Viaggio nella storia 3, pp. 252-253
  • Benedetto Croce, Storia d’Italia dal 1871 al 1915, Adelphi, 1991
  • Antonio Salandra, La neutralità italiana, 1914. Ricordi e pensieri, Milano, Mondadori, 1928.
  • Antonio Salandra, L’intervento. 1915. Ricordi e pensieri, Milano, Mondadori, 1930.

Laisser un commentaire