6e bataille de l’Isonzo

 

Mes chers camarades, bonjour.

Dans la vidéo précédente, nous parlions de la situation de l’Italie durant la première guerre mondiale, une situation souvent mal comprise et associées à de nombreux préjugés.

Nous avions évoqué rapidement la situation sur le terrain, le front italo-autrichien, et nous avions brièvement parlé de la bataille d’Isonzo. Aujourd’hui, Je vous propose de faire un focus sur cet évènement important de la guerre.

Des offensives qui piétinent

Avant de commencer un petit rappel des faits : l’Italie rentre en guerre en 1915 contre l’Autriche-Hongrie suite à plusieurs différends diplomatiques, alors que des minorités italiennes vivent sous le joug autrichien. Dès le début des hostilités, le front italo-autrichien s’aligne à l’est sur un obstacle physique de taille : le fleuve Isonzo, lequel est surplombé par des montagnes peu accessibles Sur le front, les positions faciles à défendre, mais difficiles à attaquer. Pourtant, pour les italiens, cette barrière naturelle est une quasi-obligatoire pour prendre la ville autrichienne mais italophone de Trieste, que les italiens souhaitent annexer depuis un moment déjà.

Au début, j’ai mentionné la bataille de l’Isonzo, mais il n’en existe pas qu’une, puisqu’il y en a eu douze!

La première bataille de l’Isonzo commence le 23 juin 1915 et se termine deux semaines plus tard. Cette dernière était censée par les italiens être la seule : l’objectif était de prendre Gorizia et de franchir le fleuve. Si l’Italie avait pour cela trois fois plus d’homme que l’Autriche-Hongrie, c’est un échec. La 2e et 3e bataille de l’Isonzo suivent peu après et elles ont les mêmes objectifs de conquête : cependant, elles aussi échouent. Durant la 4e bataille, les italiens se résignent et pilonnent finalement la ville de Gorizia qu’ils avaient tenté de conquérir jusque-là.

Rapidement, nous arrivons à la 6e bataille, et chaque camp a déjà perdu beaucoup d’hommes alors que le front n’a presque pas bougé.

Acte VI. La bataille de Gorizia

La 6e bataille de l’Isonzo, aussi appelée bataille de Gorizia, est cruciale : elle débute le 4 août 1916 alors que l’armée austro-hongroise a réduit ses effectifs sur le long de l’Isonzo, et ce afin de renforcer l’offensive sur le trentin plus à l’ouest. En effet, ce sont au total quatre divisions de la 5e armée austro-hongroise et plusieurs batteries d’artillerie qui sont déplacées, fragilisant alors mécaniquement les défenses de la ville de Gorizia.

Dans le même temps, le général italien Luigi Cardona fait le parti inverse : considérant le front de l’Isonzo comme étant le front principal, il fait venir le long de l’Isonzo des renforts et des équipements depuis le Trentin. Pour cela, il utilise le chemin-de-fer, rapide et efficace.

Le 6 août 1916, l’artillerie pilonne les positions austro-hongroises de Gorizia. Après plusieurs heures de bombardement intensif, l’armée au sol intervient. Deux zones sont alors le théâtre d’affrontement : les collines à l’ouest de l’Isonzo, proches de Gorizia, et le village de Doberdò del lago. Si l’armée austro-hongroise fait preuve de résistance au premier endroit, les Italiens l’emportent dans le second, sécurisant alors les axes routiers reliant la ville convoitée de Gorizia à la côte adriatique. Les Austro-Hongrois, dépassés à cause des renforts italiens, battent en retrait le 7 au soir.

Le 8 août, deux jours seulement après les premiers tirs d’artillerie sur la ville, le 28e régiment de l’armée italienne rentre dans Gorizia. L’Italie y établit alors une tête de pont, ce qui lui permet de consolider son avancée.

La bataille ne s’arrête pas ici : une deuxième phase, qui durera au total une semaine, débute le 10 août 1916.

Durant cette dernière, les Italiens vont tenter de gagner davantage de terrain alors que les Austro-Hongrois reculent jusqu’en territoire slovène. Le général Cardona, qui voit dans le succès de la conquête de Gorizia une victoire stratégique, essaye de pousser encore plus loin vers l’est. Cependant, l’armée italienne peine à ravitailler en équipement la rive-est de l’Isonzo récemment conquise, et ce à cause du manque de ponts. Cet handicap en moyens profite alors aux austro-hongrois qui disposent du temps nécessaire pour renforcer leur 2e ligne défensive. Finalement, cette deuxième phase ne permet pas de prendre vraiment plus de territoire et elle se termine le 17 aout 1916, mettant un terme à la bataille de Gorizia.

Si la sixième bataille de l’Isonzo est une victoire militaire pour l’Italie, cette dernière ayant permis de booster le moral des troupes, c’est au prix d’un grand nombre de pertes humaines et matérielles.

Quoiqu’il en soit, l’Italie occupe à la suite de cette bataille sa première ville autrichienne, laquelle est de surcroît italophone, et ce qui est dans les faits une conquête mineure est présentée à l’époque par la presse italienne comme une avancée incroyable, la propagande ira même jusqu’à présenter Enrico Toti, un volontaire tué le 6 août durant la bataille, comme un héros de guerre à glorifier. Sur la scène internationale, en revanche, cette bataille n’émeut pas plus qu’une autre.

Pour résumer, l’Italie perd beaucoup d’homme pour une conquête qui n’est finalement pas si conséquente sur le plan territorial. En revanche, les italiens se dotent de héros, se dotent d’une nouvelle ville, et leur moral monte en flèche : c’est d’ailleurs suite à cette bataille que l’Italie se sent en mesure de rivaliser avec l’Allemagne, et elle lui déclare la guerre le 28 août 1916.

Épisode écrit par Romain Filstroff

Pour aller plus loin

– Emilio Faldella, La grande guerra : le battaglie dell’ Isonzo, 1915-1917, Nordpress, Chiari, 2004

– http://www.14-des-armes-et-des-mots.fr/page/fr/place/isonzo/

– http://data.bnf.fr/12222515/gorizia__bataille_de__1916_/

– http://data.bnf.fr/12222515/gorizia__bataille_de__1916_/

– Dictionnaire de la grande guerre : https://goo.gl/jDYm76

https://it.wikipedia.org/wiki/Sesta_battaglia_dell%27Isonzo

http://encyclopedia.1914-1918-online.net/article/gorizia_battle_of

https://it.wikipedia.org/wiki/28%C2%BA_Reggimento_%22Pavia%22

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