Nos ancêtres sont-ils vraiment gaulois ?

 

Chers camarades bien le bonjour,

aujourd’hui on se retrouve pour un épisode un peu hors format, j’avais simplement envie de réagir à l’actualité car depuis quelques temps il y a pas mal de non sens qui sont sortis dans les médias. Genre l’Afrique n’est pas encore rentrée dans l’histoire ou le fait qu’il faudrait qu’on arrête de questionner le passé pour se tourner vers l’avenir en remaniant l’histoire racontée à l’école…je dois l’avouer, c’est le genre de truc un poil agaçant pour toute personne qui s’intéresse un minimum à l’histoire. Cette petite vidéo, je la fais donc un peu à l’arrache en espérant pouvoir apporter quelques éclaircissement sur la dernière illumination de notre ancien président Nicolas Sarkozy qui a affirmé le lundi 19 septembre 2016 que “Dès que l’on devient français, nos ancêtres sont gaulois”.

Qui sont les gaulois ?


Alors je l’admets, moi même il m’est arrivé très ponctuellement de faire références aux gaulois pour évoquer l’avant, c’est une habitude que nous avons tous pris à l’école et qui trouve ses racines dans la propagande de la IIIe république, issue elle même de sales habitudes héritées de la renaissance. Une propagande encore trop souvent ancré dans nos petites têtes et aussi dans la mienne il faut l’avouer. Il n’y a donc pas à avoir honte, il faut juste corriger cette idée reçue et dans le cas d’un homme politique qui a beaucoup d’influence, éviter de raconter des cracks pour servir sa propre propagande idéologique.

Reprenons donc tout depuis le début : Nos ancêtres sont gaulois. A cette affirmation on pourrait opposer plus d’une question, les gaulois c’est quoi ? C’est qui ? Où est ce qu’ils habitaient ? A partir de quand parle t’on de gaulois ? Est ce une nation ? Un peuple ? Ou simplement un nom sous lequel on regroupe tout un tas de populations qui n’ont pas grand chose à voir entre elles ?

A vrai dire, les gaulois c’est surtout une appellation un peu fourre tout pour désigner une bonne partie des peuples celtes. Et rien que sur le territoire que l’on appelle aujourd’hui France il y avait près d’une centaine de peuples différents. Si on compte les celtes d’europe de l’est, de Bretagne qui aujourd’hui la Grande Bretagne, de l’Irlande, de l’Allemagne et compagnie, on dépasse les deux-cents facile ! Alors oui, il y avait des alliances qui se nouaient entre les peuples celtes qui habitaient sur ce que César et les romains appelaient la Gaule. Mais ces alliances, elles n’étaient pas gravé dans le marbre, ça ne faisait pas d’eux un peuple à part entière et la meilleure façon de s’en rendre compte c’est que lorsque César est venu poutrer quelques récalcitrant gaulois il a fait appel à d’autres gaulois. Des peuples gaulois qui affrontaient d’autres peuples gaulois donc ! Parmi ces peuples gaulois, Vercingétorix nous évoque un des grands personnages de notre histoire. Et pourtant Vercingétorix, c’était un Arverne avant tout, pas un gaulois, et le territoire Arverne vous savez ce que ça représente ? C’est principalement le Cantal et le Puy de Dome, ça nous fait une belle jambe hein ? Sans parler du fait que les gaulois n’ont presque pas laissé de traces dans la langue française d’aujourd’hui ! En français, on a plus de mots qui nous viennent des langues scandinaves que de mots qui nous viennent des langues celtiques de Gaule, c’est dire !

Qui sont vraiment nos ancêtres ?

Si on ne peut pas tous se rassembler sous la bannière gauloise, sous quelle bannière se rassembler dès lors ? Les Francs avec leur célèbre chef Clovis ? Mais les francs ça n’était pas que des mecs sur le territoire de ce qui est aujourd’hui la France. Ca englobait des hommes et des femmes qui était aussi en Allemagne, en Belgique et même aux pays-bas. Le royaume géré par les francs s’étendait bien au delà de nos frontières actuelles et d’ailleurs ce territoire ne s’appelait même pas France. Ils parlaient d’ailleurs une langue germanique et pas une langue romane. Un Franc de l’époque aurait donc beaucoup plus de facilités à parler avec un néerlandais d’aujourd’hui qu’avec un français.

Le mot royaume de France n’apparaît sur les documents officiels qu’à partir du début du XIIIe siècle même si la notion de France est un peu plus ancienne. Et quand bien donc ! Qu’est ce qui peut représenter la France ? Durant tout le Moyen-Âge nos frontières n’ont pas cessé de bouger, permettant un brassage des cultures et des populations. Bordeaux n’est ainsi française que depuis cinq siècles seulement. Avignon depuis 1791, à peine plus de deux siècles. L’alsace et la Lorraine, qu’en est-il ? Et la corse…non la corse on va pas en parler…Mais on peut parler des dom-tom peut être ? En Martinique ils sont français non ? Est ce que leurs ancêtres sont pour autant gaulois ? Les martiniquais doivent ils alors se revendiquer de culture gauloise sans quoi on les considérait comme étranger ?

L’histoire de notre pays est finalement très complexe et les très nombreux événements qui ont participé à la construction de ce qu’est notre pays aujourd’hui ne peuvent pas être simplement regroupées au sein d’une chronologie propre et lisse. Il y a eu énormément d’évolutions aux niveaux des frontières, des populations qui ont fréquenté le territoire, et ça continue encore, à tel point que comme le dit l’archéologue et Historien Dominique Garcia dans une interview pour le point “Être français en 2016 ne veut pas dire la même chose qu’être français en 1962”.

Pourquoi se revendiquer Gaulois ?

Alors pourquoi ce besoin de toujours vouloir remonter la filiation française ? Pourquoi construire cette histoire plus lisse, plus comestible peut être, pourquoi renforcer ces stéréotypes dans un discours politique aujourd’hui ? Pour les mêmes raisons que ce récit national, qui prend ses racines à la renaissance et qui explose sous la IIIe république, a eu son succès. On a besoin de s’identifier, de se rassembler, de se dire que finalement on est pas des mauvais et qu’au contraire on est peut être même les plus forts. C’est ainsi qu’on passe des gaulois aux francs, de Charles Martel à Jeanne d’Arc, c’est ainsi qu’on légitime le pouvoir d’un pays en mettant en valeur ses racines puissantes et profondes, des racines que nous devrions tous avoir en commun et qui nous soudent contre quelqu’un, quelque chose, un ennemi, quel qu’il soit.

Finalement ce récit,qui n’est pas bon, est là pour légitimer la notion de nation, une nation française qui serait bien plus ancienne qu’elle ne l’est réellement, trouvant sa force au cœur même de l’histoire. Une nation gauloise, un truc beau, grand, indestructible. Si nos ancêtres c’est les gaulois, c’est qu’on est là depuis longtemps, qu’on est fort, qu’ensemble rien ne peut nous arrêter.

Il n’y a pourtant rien de plus faux car si il est incontestable que ces peuples gaulois, tout comme les francs, sont une partie de notre histoire, ils le sont également pour d’autres peuples qui ne font aujourd’hui pas parti de la France. Ces ancêtres ne sont pas exclusifs à la France et pour une bonne partie d’entre nous ils ne sont simplement même pas des ancêtres car notre pays est depuis toujours soumis à ce mélange culturel, aux échanges avec le monde.

Devenir français est ce que ça doit signifier être obligé d’oublier ses racines ? Je ne le pense pas. Notre pays se nourrit de notre diversité et c’est ce qui en fait sa richesse.

Français, qui sommes nous ?


A défaut de vouloir rassembler les français sur une appartenance à tel ou tel peuple, sur une filiation du droit du sang, qui n’existait même pas chez les peuples gaulois, pourquoi ne pas les rassembler autour de valeurs communes comme la tolérance, le partage, la communication avec l’autre. Une solidarité entre citoyens qui permettrait à notre état de devenir bien plus fort d’une certaine manière ? Que l’on soit de droite ou de gauche, il est séduisant de se servir de l’histoire pour légitimer ses propos, il faut que nous en ayons tous conscience afin de ne pas renforcer des stéréotypes qui ne feront que nous diviser.

Pour aller plus loin :

http://www.lepoint.fr/politique/nos-ancetres-les-gaulois-une-invention-de-la-renaissance-20-09-2016-2069904_20.php

https://fr.wikipedia.org/wiki/Liste_des_peuples_celtes

http://www.lemonde.fr/big-browser/article/2016/09/20/les-profs-d-histoire-qui-detricotent-les-raccourcis-politiques-en-ligne_5000891_4832693.html

http://www.inrap.fr/magazine/Bienvenue-chez-les-Gaulois-/Accueil#L’émergence des villes

http://www.slate.fr/story/123671/nos-ancetres-les-gaulois-une-mythologie-politique-et-raciale

http://utm.utoronto.ca/~w3cevans/fre372/HistoireVocabulaire_Latin_Gaulois_Francique.pdf

One thought on “Nos ancêtres sont-ils vraiment gaulois ?

  1. Bonjour,
    Je souhaiterais un peu compléter (contrebalancer) ce que vous développez ici. C’est vrai que l’histoire est assez souvent au coeur du débat et qu’elle peut être instrumentalisée (Nicolas Sarkozy sait très bien ce qu’il fait et ce qu’il dit…). Néanmoins, il me semble que s’opposer à tout prix sur le fond au prétexte que l’usage n’est pas bon, est tout à fait contreproductif. Et puis l’histoire scolaire n’est pas parfaite, cela reste une construction et cela s’insère aussi dans une volonté politique et dans une époque, dans un paradigme et des mentalités, quoi qu’on en pense.

    D’abord je ne pense pas qu’il faille fondre les gaulois dans un « magma informe » Celte. S’ils se désignaient en partie ainsi, il apparaît que les gaulois sont quand même un « type » particulier de Celtes qui se distingue par son art, sa religion et une langue. Bien évidemment, parler d’Etat et de nation à leur égard est anachronique, mais selon Jean-Louis Brunaud, cet ensemble formait un embryon de peuple. Il a d’ailleurs écrit un livre clair (« Nos ancêtres les gaulois ») que j’ai résumé ici. http://www.blogactualite.net/2017/03/la-cause-des-gaulois.html

    Par ailleurs, si les héritages gaulois sont bien faibles, ils demeurent certains (paysages ruraux par exemple). Aussi, vous occultez la dimension démographique de la question de l’ancestralité, alors que le premier sens du mot « ancêtre » est généalogique. A ce titre, les populations rassemblées sous le vocable « gaulois » (qu’il soit artificiel ou non) sont bien nos ancêtres. Pas les seuls, évidemment, mais jusqu’à un passé récent (en gros le début du XXème siècle), ces populations formaient le socle de la population française. Bien évidemment, la démographie est très lacunaire sur le sujet, mais j’ai tenté de me renseigner là-dessus à partir de quelques quantifications (http://www.blogactualite.net/2016/09/nos-ancetres-les-gaulois-oui-et.html). Car les fameux brassages que vous évoquez nécessitent d’être quantifiés. Si culturellement, ils sont indéniables (si bien que la culture gauloise disparut à cause d’une minorité de romain, puis ensuite de minorité de francs…), ils sont démographiquement moins importants et surtout relatifs par rapport à une population « de base » relativement importante en Gaule. Aussi, on peut dire que l’Europe occidentale fut très figée en terme de circulation pendant toute la féodalité, l’ancien régime et même jusqu’au XXème siècle. Le brassage démographique quantitativement significatif est assez récent, si bien qu’aujourd’hui, on ne peut plus vraiment être certain que les gaulois sont majoritairement nos ancêtres (Jean-Louis Brunaud dit bien qu’il est difficile d’en connaître la part exacte).

    Voilà, ma petite contribution à ce sujet.

    Cordialement

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