La naissance de la poésie – Mythologie Nordique

 

Chers camarades bien le bonjour !

Aujourd’hui on va déguster le plus délicieux des breuvages, l’hydromel ! Et ce qui est bien avec l’hydromel, c’est que ce n’est pas difficile à produire : un peu de salive, du sang et du miel suffisent !

Bref on va parler d’Odin, de poésie et d’alcool…

Le Skaldskaparmal

Avant de commencer à vous narrer cette improbable aventure, précisons une fois de plus que les sources sont limitées en ce qui concerne les mythes nordiques. Comme d’habitude dans ce format on va donc faire honneur à Snorri Sturluson, le célèbre poète islandais, qui a lui seul à écrit une grosse partie de ce qui nous sert aujourd’hui à comprendre la mythologie scandinave. Ce mythe est tiré du Skaldskaparmal, qui est la seconde partie de l’Edda de Snorri.

Kvasir, le savoir à portée de main !

A l’origine, la première guerre de l’univers oppose deux groupes de dieux, les Ases, les plus connus qui regroupent Odin, Thor et compagnie, et les vanes, des dieux plus anciens liés à la fertilité et à la sagesse. Les forces étant particulièrement équilibrées de chaque côté, les dieux se rendent bien vite compte qu’il est impossible de remporter le conflit.

Ils décident alors de faire la paix, et pour symboliser ça, ils crachent tous ensemble dans une grande cuve. Et c’est là que ça devient intéressant !

Afin que ce symbole de paix puisse perdurer, les dieux décident de transformer leur salive ainsi agglutinée en homme, et cet homme c’est Kvasir ! Si sa naissance est peu ragoutante, le bonhomme jouit malgré tout d’un formidable don : il connaît tout sur tout et toute question qui lui est posée ne peut être laissé sans réponse. Grâce à sa formidable connaissance, il parcourt le monde et enseigne la science aux hommes.

La création de l’hydromel poétique

Une aubaine qui suscite quelques jalousies puisque certains aimeraient pouvoir se procurer ses pouvoirs. Deux nains, Fjalar et Galar, invitent ainsi notre savant à venir à sa rencontre, mais loin de vouloir apprendre de Kvasir, les deux frères préfèrent l’assassiner afin de récupérer son sang dans deux grandes cuves et un chaudron. A ce sang, ils ajoutent du miel afin de créer une savoureuse boisson qui permet à toute personne qui la boit de définir à la fois savant et poète : l’hydromel poétique est né.
Les deux compères, amateurs de larcins, attirent plus tard un couple de géant à eux. Tandis qu’ils provoquent la noyade du mari, ils jettent une meule de moulin sur la tête de la pauvre femme qui meurt et sombre au fond de l’eau. Le fils de ses géants, Suttung, est bien décidé à venger ses parents en capturant les nains et en les attachant à un récif bientôt immergé par la marée. Les nains, suppliant pour leur vie, finissent alors par offrir à Suttung l’hydromel poétique pour se faire pardonner du meurtre de ses parents.

Et bon joueur, il accepte bien évidemment !

La ruse d’Odin

Suttung connaît bien la valeur de l’hydromel, il décide donc de le cacher au coeur d’une montagne et désigne sa fille Gunnlod pour le protéger. Mais l’avidité du dieu Odin ne peut pas lui permettre de laisser le breuvage à des géants. Il faut qu’il le récupère par tous les moyens possibles !

Odin se déguise alors et se dirige vers l’exploitation agricole du frère du géant Suttung, Baugi. Une fois sur place, il fait la connaissance des esclaves de Baugi, occupé à faucher le foin et leur propose d’aiguiser leur faux avec une pierre à aiguiser. L’outil du mystérieux protagoniste fonctionne si bien qu’il propose alors aux serviteurs de lui acheter. Odin sait que les esclaves n’ont pas beaucoup d’argent, il leur indique donc qu’il la vendra au prix indiqué par celui qui est intéressé. Le dieu malicieux envoie alors la pierre en l’air et les ouvriers se précipitent dessus avec leur faux à la main, s’entretuant jusqu’au dernier.

Alors qu’Odin n’a toujours pas vu Baugi, il se porte à sa rencontre et le trouve bien triste de ne plus avoir de serviteurs pour l’aider aux champs. Sans lui révéler sa véritable identité, il se présente sous les traits de Bolverk et lui propose alors de travailler à la place des esclaves pendant tout l’été, exigeant pour seul salaire une seule gorgée de l’hydromel poétique. Baugi accepte en précisant toutefois que l’hydromel appartient à son frère et qu’il n’est pas sa propriété. Baugi et Bolverk vont donc à la rencontre du géant Suttung, et Baugi lui expose la problématique. Bien évidement Suttung refuse catégoriquement et Baugi se retrouve bien dans l’embarras. Odin lui propose alors de mettre en place un stratagème pour subtiliser l’hydromel à son frère et Baugi, qui a vraiment besoin de main d’oeuvre, accepte. Au terme de l’été, Baugi aide donc Odin a creuser un trou dans la montagne afin qu’il puisse accéder au breuvage. Odin se transforme ainsi en serpent et se faufile par le chemin étroit qui lui a été ouvert, tombant nez à nez avec la fille du géant Suttung, Gunnlod.

Loin de se démonter, Odin propose à la belle trois nuits de sexe endiablé en l’échange de trois gorgés d’hydromel.

Et elle accepte, peut être parce qu’il est beau gosse, je sais pas….

Néanmoins, chaque nuit passé avec elle, ce n’est pas une gorgée qu’il boit, mais tout d’abord le chaudron entier la première nuit, puis les deux cuves, une par nuit restante. Il ne reste désormais plus une seule goutte du breuvage et Odin, repus, se transforme en aigle pour s’échapper le plus rapidement possible de ces montagnes afin de rejoindre les Ases.

Suttung, aperçoit l’aigle suspect et se change lui même en aigle pour le poursuivre. Ne parvenant pas à le rattraper, il ne peut qu’observer Odin qui retrouve ses camarades et qui vomit tout l’hydromel qu’il avait ingurgité dans de grandes cuves qu’ils lui avaient préparé.

Le divin nectar est ainsi accessible aux dieux qui s’en régalent mais également aux hommes qui s’en montrent digne. Ces derniers, quand ils boivent l’hydromel, maîtrisent dès lors l’art de la poésie.

Le pouvoir des Skalds

Poésie que l’on appelle également, chez les poètes scandinaves, la boisson d’Odin !
Néanmoins l’histoire ne s’arrête pas là puisque l’on raconte que pendant sa fuite, Odin, ayant peur de se faire rattraper par le géant Suttung,  n’a pas pu se retenir de lâcher quelques gouttes d’hydromel par son arrière train.

Et je dis arrière train pour ne pas dire anus.

Bref, cet hydromel là est laissé de côté et tout le monde peut en boire ce qui donne naissance aux poètes médiocres.

Qui eux, visiblement, sont près à boire n’importe quoi…

 

Pour en savoir plus sur la naissance de la poésie :

Les ases, c’est qui ? : https://fr.wikipedia.org/wiki/Ases

Traduction du Skaldskaparmal (source principale du récit) via internet http://songerune.eklablog.com/edda-de-snorri-skaldskaparmal-c489349

La transcription du Skaldskaparmal (si vous parlez islandais^^) :
http://www.heimskringla.no/wiki/Sk%C3%A1ldskaparm%C3%A1l

Traduction du Skaldskaparmal (source principale du récit) dans un livre : L’Edda : Récits de mythologie nordique par Snorri Sturluson, François-Xavier Dillmann, 1991, EditionsGallimard

Quelques précisions : https://books.google.fr/books?id=SPImnmy3utkC&pg=PA75&lpg=PA75&dq=hydromel+po%C3%A9tique&source=bl&ots=x9SYPEEbvN&sig=7uB7jLEY2qVsLBVnB7IyA8-JMOk&hl=fr&sa=X&ved=0ahUKEwiLqZjkruXOAhWKWBoKHZGDDcEQ6AEIQDAF#v=onepage&q=hydromel%20po%C3%A9tique&f=false

Les photos du manuscrit au complet  : http://www.am.hi.is:8087/VefHandritalisti.aspx

Les liens wiki qui vont bien :

https://fr.wikipedia.org/wiki/Hydromel_po%C3%A9tique

https://fr.wikipedia.org/wiki/Guerre_entre_les_Ases_et_les_Vanes

https://fr.wikipedia.org/wiki/Kvasir

https://fr.wikipedia.org/wiki/Suttungr_(mythologie)

Illustrations :

https://commons.wikimedia.org/wiki/NKS_1867_4to

https://commons.wikimedia.org/wiki/S%C3%81M_66

http://www.kb.dk/permalink/2006/manus/738/dan/92+recto/

 

 

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