Les alsaciens pendant la Première Guerre Mondiale

 

Cette vidéo est issue d’un partenariat avec le CNC.

L’un des objectifs de guerre des français durant la première guerre mondiale, c’est de récupérer l’Alsace et la Moselle qui avaient alors été perdue durant la guerre de 1870. Dans cet épisode, revenons justement sur la situation de cette région pas tout à fait comme les autres, tiraillée entre deux camps qui comptent bien se l’arracher.

l’Alsace à la déclaration de guerre en 1914

Lorsque la guerre éclate, l’Alsace est alors sous la coupe de l’empire allemand, puisqu’elle forme avec la moselle le Reichsland Elsaß-Lothringen, un territoire au statut particulier puisque c’est le seul de tout l’empire à être directement administré par le Kaiser.

L’allemand est la seule langue officielle de la région, même si le français y est encore très largement parlé. D’ailleurs, nombreuses sont les familles mixtes où l’on parle français, allemand et alsacien, si bien que la population est souvent tiraillée entre son identité germanique et son attachement à la France.

Cependant l’empire allemand, qui compte bien renforcer son pouvoir dans son nouveau territoire, fait construire de nombreux bâtiments modernes à Strasbourg, qui se dote entre autres choses d’une nouvelle gare, d’une nouvelle université et même d’un palais impérial. La ville, qui triple sa superficie, doit devenir la vitrine de l’empire allemand qui entend bien s’en servir pour montrer sa puissance industrielle, culturelle et intellectuelle à toute la région mais aussi à la France rivale. Côté français, la perte de l’Alsace a laissé un goût amer.

Début de la grande guerre

Lorsque la guerre éclate, plusieurs milliers d’alsacien passent la frontière pour s’engager dans l’armée française, tandis que la plupart sont enrôlés dans l’armée allemande par le Kaiser. Les habitants de la région sont alors engagés dans un conflit où la notion d’ennemi et d’allié est assez floue et la double identité des alsaciens suscite une certaine paranoïa de la part des allemands comme des français : il n’est alors pas rare que les alsaciens soient accusés d’espionnage de la part des uns comme des autres, et ceux qui sont suspectés de francophilie sont verbalisés quand ils ne sont pas sommairement exécutés. Ces affaires ne sont pas sans rappeler celles de la 3e république, puisque le traumatisme de la perte de l’Alsace conduisit en France à la célèbre affaire Dreyfus, dans laquelle un militaire juif d’origine alsacienne avait été accusé d’espionnage. L’empire allemand envoie également de nombreux soldats lorrains et alsaciens sur le front russe pour éviter que ces derniers désertent, pactisent ou sympathisent avec l’ennemi. Quoiqu’il en soit, durant toute la première guerre mondiale, toutes ces composantes font naitre progressivement en Alsace un sentiment germanophobe. Alors que vers la fin de la guerre les allemands envisagent de proposer aux alsaciens l’autonomie, une véritable propagande est mise en place en France pour défendre le projet d’une Alsace française. On cherche à identifier les alsaciens et les lorrains des allemands parmi les prisonniers de guerre, et ce afin de leur réserver un traitement plus favorable, tandis que des campagnes ministérielles sont mises en place pour lutter contre les insultes à leur égard.

Le retour des alsaciens en France

En Novembre 1918, la première guerre mondiale touche à sa fin. L’Alsace et la Moselle, qui sont sur le point de redevenir françaises, sont le théâtre de conflits et d’incidents. Dans plusieurs villes, des groupes révolutionnaires se forment et se réunissent pour proclamer l’indépendance de la république d’Alsace-Lorraine le 10 novembre. Le 11 novembre, l’armistice est signée et les allemands sont expulsés. Beaucoup d’entre eux, n’ayant pas les moyens de déménager, tentent de se faire passer pour alsaciens afin de garder leurs foyers. Dix jours plus tards, l’armée française rentre en Alsace et son accueil par la population est chaleureux. Dès le retour de l’Alsace dans la république française, les alsaciens sont triés en plusieurs catégories de citoyens en fonction de leur ascendance et de leur attachement à la France. Plusieurs dizaines de milliers d’entre eux, considérés comme trop peu fidèles à la république, sont expulsés vers l’Allemagne. C’est alors un drame terrible pour de nombreuses familles mixtes, qui se retrouvent souvent séparées. La France interdit également à l’Alsace de commercer avec l’Allemagne, et tout est fait pour séparer la nouvelle région française de son ancienne patrie allemande : ainsi, la langue de Molière est imposée dans toutes les écoles sans transition et tous les postes à responsabilités sont confiés à des francophones, le but étant de franciser la région le plus vite possible. Cependant, pour toutes les questions religieuses qui sont particulièrement sensibles à l’époque, la France concède à l’Alsace et à la Moselle une exception à sa loi de 1905 sur la séparation de l’église et de l’état.

 

Script écrit par Romain Filstroff de la chaîne « Linguisticae » pour la chaîne « Nota Bene ».

Pour en savoir plus sur les Alsaciens pendant la Grande Guerre : 

http://www.crdp-strasbourg.fr/data/histoire/1GM_combats_alsace/

https://fr.wikipedia.org/wiki/Neustadt_(Strasbourg)

L’Alsace pendant la Guerre, Charles Spindler, 2008, Editions Place Stanislas

http://theses.enc.sorbonne.fr/2004/schmauch

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