Se faire construire un château pour la frime – Château du Moulin

 

Mes chers camarades bien le bonjour !

Petit château de la Loire à une heure au sud d’Orléans, le château du Moulin est un témoin architectural du passage entre deux époques : le Moyen-âge, avec ses châteaux forts conçus pour défendre et abriter, et la Renaissance, avec ses demeures seigneuriales symboles de pouvoir. Surnommé “Perle de la Sologne”, son style unique a survécu à l’épreuve du temps et nous raconte une histoire passionnante.

Charles VIII et la première guerre d’Italie

 

L’histoire de ce château unique commence au XVème siècle. Mais avant de parler du château en lui-même, attardons-nous sur son propriétaire : Philippe du Moulin, capitaine de l’armée et seigneur, est un compagnon de jeunesse du roi Charles VIII.

En 1494, la Première Guerre d’Italie commence : à la mort du roi de Naples René d’Anjou et conformément à son testament, Charles VIII décide de faire valoir ses droits sur la ville de Naples et entre en campagne. C’est le prélude des Guerres d’Italie, qui dureront plus d’un demi-siècle.

Le 6 juillet 1495, lors de la bataille de Fornoue, Philippe du Moulin sauve la vie du Roi en lui offrant son cheval. Cette bravoure montrée au combat le rapproche du souverain et lui vaut d’être fait chevalier le jour-même.

Par la suite, sa relation avec le Roi demeure excellente et lui permet de monter encore l’échelle sociale : il devient gouverneur de la ville de Langres, capitaine de Blaye, chambellan de la chambre du roi et se marie avec une riche héritière, Charlotte d’Argouges. Pour ceux qui ne savent pas ce que c’est qu’un “chambellan”, il s’agit tout simplement d’un gentilhomme de la cour, chargé du service de la chambre du Roi.

 

Construire un château médiéval

Comme il en est coutume à cette époque, Philippe du Moulin souhaite se faire construire un château et fait appel au Maître Maçon à la cour, Jacques de Persigny. Il lui demande de construire une demeure au coeur de sa forêt de Sologne pour appuyer son rang social et faire rayonner sa puissance. Les travaux, basés sur les plans du donjon de Vincennes, commencent en 1480 et se poursuivront pendant plus de vingt ans, jusqu’en 1502.

Philippe du Moulin reçoit l’autorisation de fortifier son château par le comte d’Angoulême : plus que l’aspect pratique de ces travaux, peu utile à cette période dans la région, c’est le symbole qui lui importe. Avec ses héritages des constructions du Moyen Âge, comme les tours, donjons, créneaux, machicoulis, arbalétrières, barbacanes et autres atouts défensifs, comme les douves, la bâtisse prend l’aspect d’un château puissant et solide.

Au fur et à mesure du temps, le château du Moulin est transmit aux descendants de Philippe du Moulin, jusqu’à Edmond et Hedwige Chenu de Thuet où la lignée s’arrête au début du XXème siècle. Mais la famille ne manquera pas d’aménager les lieux. Effectivement, au XVIème et XVIIème siècle, le château subit quelques modifications : les fenêtres sont modifiées, certaines tours rehaussées et les murailles sont enlevées. Autrefois la cour était fermée, entourée de hauts murs d’enceinte et de tours à chacun de leurs coins.

Blotti au creux d’une luxuriante forêt de Sologne, c’est un bel exemple de l’art franco-italien qui s’offre à nous. Le château et sa cour sont comme une île, flottant au milieu des larges douves bleutées. Les briques roses-orangées aux motifs de losanges noirs qui le composent cassent l’aspect militaire de la construction et la parent de couleurs, surmontés par des toits gris d’ardoise. Le pont-levis a été remplacé par un pont dormant et l’entrée peut se faire par le portail imposant, ou par la poterne, petite porte plus discrète juste à sa gauche. Gardée ici pour rappeler la construction d’une entrée de château fort, elle aurait pu servir pendant les assauts à faire entrer les villageois venus chercher refuge sans ouvrir le portail plus difficile à manoeuvrer, ce qui aurait permis à l’ennemi de s’y engouffrer. Un châtelet garde l’entrée, entourée de mâchicoulis et meurtrières délicates mais menaçantes.

Au dessus de cet entrée on peut apercevoir un campanile, petite tour surmontant le toit et destinée à abriter une cloche. A l’intérieur de ce bâtiment se trouvent les cuisines, voûtées sur un pilier central, et dont la rôtissoire était un peu particulière : sur la droite se trouve une petite roue dans laquelle courait un chien, juste au dessus du feu, pour faire tourner les viandes.

 

La deuxième partie du château, le logis, abrite l’habitation, les lieux de vie et les chambres. La vie religieuse étant partie prenante du quotidien à cette époque, une chapelle en saillie est en communication directe avec le grand salon. Sur cette façade, on voit particulièrement bien les fenêtres à meneaux, ces traverses en pierre qui divisent les carreaux, et les ornements variés.

Juste avant les autres châteaux de la Loire, et à plus petite échelle, c’est déjà un bijou d’architecture unique qui vaut le détour. C’est surement pour cela qu’il a été classé monument historique en 1927. Le lieu a été habité jusqu’en 2010 et est aujourd’hui entièrement meublé avec du mobilier d’époque et ouvert à la visite.

 

Le château du Moulin aujourd’hui

 

Dans les années 1960, son extérieur a même servi de cadre à la série télévisée Thierry la Fronde !

Au début du XXème siècle, le château, qui était resté entre les mains de la descendance de Philippe du Moulin, est acheté par la famille Marchéville. C’est également à ce moment que son jardin est redessiné par le Docteur Carvallo : ses trois allées entourées de plates-bandes et de pommiers en cordons mènent aux carrés potagers. Ces carrés sont de plus en plus petits, une technique et illusion d’optique survécue du XVIIIème siècle pour allonger les lignes et donner l’impression d’un jardin plus vaste, jouant ainsi avec la perspective. On peut aussi y apercevoir un vieux puit, ainsi que les ruines d’une deuxième chapelle, mais aussi la tour et les murs qui gardaient l’entrée nord. Les jardins, cour de ferme au XIXème siècle, étaient anciennement bordés et protégés par de larges fossés dont on peut apercevoir des traces.

La partie Ouest de la Sologne abrite non seulement de très beaux bâtiments, mais est aussi une région viticole, productrice de légumes, d’iris, de tulipes et de muguets mais aussi baies comme par exemple la framboise et la fraise.

Aujourd’hui, on peut d’ailleurs y retrouver le Conservatoire de la Fraise : créé dans les années 2000 à l’initiative des propriétaires des lieux, cet endroit permet de découvrir 44 variétés de fraises cultivées dans le potager du château, à la fois anciennes et récentes.

Le Château du Moulin est en effet bien situé : la région Centre Val de Loire est une importante productrice de ces délicieux fruits. Pas moins de 4000 tonnes de fraises sont récoltées chaque année ici, dans un simple rayon de 10 à 12 kilomètres.

A travers un musée retraçant son histoire et ses utilisations, vous pourrez percer les secrets de ce fruit incontournable.

Vous pourrez notamment découvrir la fraise blanche du Chili, ramenée lors du règne de Louis XIV par l’officier de marine Amédée-François Freizier et qui fait la renommée de la ville de Plougastel.

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