La cité idéale de Léonard de Vinci : Romorantin

 

 

Mes chers camarades, bien le bonjour !

Marignan, 1515 : un événement et une date faciles à retenir qui sont aujourd’hui connus du plus grand nombre. Mais saviez-vous que c’est aussi grâce à cette bataille que naîtra le début de la collaboration et amitié entre François 1er et Léonard de Vinci ?

François 1er et Léonard de Vinci

Ce peintre, architecte et ingénieur italien, immensément célèbre et connu à travers le monde, passera en effet les dernières années de sa vie sur un projet d’envergure trop souvent oublié : réaliser une ville parfaite, la cité de Romorantin.

A la suite de Louis XII, et comme de nombreux souverains français avant lui, François 1er entend faire valoir ses droits de succession sur le duché de Milan. Accompagnés de ses alliés Vénitiens, il ouvre la cinquième guerre d’Italie avec la bataille de Marignan dont nous avons déjà parlé dans d’autres épisodes.

Profitant de sa présence dans la région, François 1er veut récupérer le tableau de la Cène, une peinture murale de 4.6m sur 8.8m, réalisée pour le couvent de Santa Maria delle Grazie à Milan.

Mais à défaut de ramener un pan du réfectoire de ce monastère Dominicain, ce qui aurait été trop dangereux pour l’oeuvre et aurait risqué de l’endommager, il invitera en France son auteur, Léonard de Vinci.

A cette époque, Léonard est âgé et moins apprécié qu’à sa grande époque. On lui préfère le jeune Michel Ange, qui a par exemple peint le plafond de la chapelle Sixtine. De vinci décide alors de répondre à cette invitation et rejoint le roi en France, après plusieurs mois d’un voyage éreintant. Il a alors 64 ans et arrive accompagné de deux de ses assistants et élèves, l’un deux nommé Salai, probablement son amant. Il emmène aussi avec lui trois tableaux qu’il souhaite finir : La Joconde, Saint-Jean-Baptiste et La Viers, l’Enfant Jésus et Saint-Anne.

Sur place, il bénéficie d’une grasse pension de 1000 écus d’or par an et prend possession comme promis d’une demeure dans une des plus belles région de France : le château du Clos Lucé.

Installé, il reçoit le prince de Naples Louis d’Aragon, dont le secrétaire écrit : “Messer Léonard de Vinci, âgé de plus de 70 ans, excellentissime peintre de notre époque, qui montra trois tableaux à Notre Seigneurie, […] les trois sont d’une rare perfection. “

Mais il tempère ses propos !

“Il est vrai qu’en raison d’une paralysie de la main droite, on ne peut plus attendre de chef-d’œuvre de sa part”. Dommage, dans les trois tableaux montrés au prince se trouvait la Joconde.

François 1er est fasciné par Léonard de Vinci et le considère comme son égal : on raconte même qu’il aurait fait construire un souterrain entre le Château du Clos Lucé et sa résidence, le Château Royal d’Amboise, pour lui rendre visite quotidiennement. Il le nomme Premier peintre, ingénieur et architecte du Roi.

La capitale de l’époque, Tours, est trop engorgée pour François 1er, impossible d’y loger correctement les nombreuses personnes qui constituent sa cour : il veut repartir sur de nouvelles bases et changer de ville.

La cité de Romorantin

Il confie alors à Léonard de Vinci un projet d’une ampleur démesurée : la création d’une cité idéale, celle de Romorantin.

Le domaine appartient à la famille d’Angoulème, celle de François 1er donc, et Louise de Savoie, la propre mère du roi, a déjà commencé à agrandir le château en 1510. D’ailleurs, c’est au sein de ce même château, qui accueille aujourd’hui la préfecture, que Claude France, la femme de François 1er, est né.

L’emplacement est donc parfait pour François 1er qui veut faire de Romorantin la capitale politique du pays et y regrouper à la fois le pouvoir politique et économique.

Ce projet de “ville idéale” intéressait déjà Léonard de Vinci lorsqu’il travaillait à Milan : il en avait déjà conçu et proposé des plans.

Cette idée revient souvent dans l’humanisme de la Renaissance à travers deux aspects fondamentaux :son architecture et son activité politique. La cité idéale doit être bien proportionnée, droite, majestueuse et utiliser le nombre d’or (aussi appelé “Divine proportion) dans son architecture, elle doit accorder une place importante à la lumière, à l’hygiène, à la salubrité -en opposition aux villes du Moyen-Âge, perçues comme dégénérées et sujette aux épidémies. Mais elle doit aussi être un centre politique, et fourmiller de philosophes qui échangent leurs idées et réfléchissent à la meilleure organisation politique possible.

Pour aider à la circulation et placer la ville au milieu d’une réseau de navigation important, Léonard de Vinci veux creuser deux ensembles de canaux : l’un rejoignant La Sauldre et le Cher – tracé actuel du canal de Berry,et l’autre reliant Romorantin à Lyon et Tours.

En fait, Léonard propose ici rien de moins que de relier l’atlantique à la méditerranée par voie navigable !

L’ingénieur a une idée bien précise du cheminement de l’eau dans la ville : plutôt que d’utiliser des fossés, il imagine un système de portes éclusières pour éviter que l’eau ne soit boueuse. Mais ces projets hydrauliques ne serviraient pas uniquement à y faire naviguer des bateaux : Léonard avait prévu que toute la ville s’organise autour de ce réseau.

 

Le canal devait même traverser Romorantin sur deux niveaux différents !

C’est aussi par ce réseau d’eau qu’arriverait les matériaux pour construire le palais et ses alentours : il avait déjà prévu de larges cuisines, des écuries modernes et même automatisées, des fontaines et jeux d’eau à l’extérieur ainsi qu’un jardin et des vignes… Le projet comprenait même un pavillon de chasse octogonal au coeur la fôret permettant de pratiquer la chasse à cour. Ce palais aurait été à la croisée des architectures françaises et italiennes : française par ses tours rondes à l’intérieur desquelles on retrouve des salles carrées, italienne par ses façades inspirées de palais romains et sa grande cour à colonnades.

Mais la mort de Léonard de Vinci en 1519 enterre à jamais toute chance de voir ces travaux titanesques de commencer : son expertise et sa vision étaient indispensables à la poursuite du projet, bien trop compliquée sans lui.

Sa présence a néanmoins marqué la ville, si on fait attention en se promenant, on peut remarquer dans les rues pavées des clous à son effigie. Connu de son vivant pour ne jamais terminer ses projets, c’est inachevé que restera sa dernière entreprise.

Le château de Chambord

Au delà de la ville de Romorantin et même après sa disparition, le génie de Léonard de Vinci continue à rayonner : certains de ses plans initialement prévus pour le palais de la ville sont par exemple utilisés pour bâtir le château de Chambord dès 1519. Si celui ci est déjà immense, le palais de Romorantin devait l’être encore plus et faire près du double, près de 400m de long !

Le célèbre escalier à double révolution de Chambord est un exemple typique de ce qui a été pensé par Léonard : on a ainsi retrouvé des croquis d’un escalier en bois à rampe à double spirale dans les affaires de Vinci et celui de Chambord, en pierre, en est une version améliorée.

Léonard traversera ainsi le temps, marquant durablement les esprits par son ingéniosité et par la trace qui laissera dans la région.

Durant la 2nde Guerre Mondiale, le château sert d’ailleurs de refuge à de nombreuses oeuvres et parmi elles, la Joconde. Un juste retour des choses.

En 2016, les vignes du château de Chambord, issues de Romorantin, ont été replantées et donneront leur premier cru en 2019, juste à temps pour célébrer les 500 ans du château. Mais le vin que l’on pourra alors déguster n’aura pas grand chose à voir avec celui du XVIème siècle : celui que buvaient François 1er et Léonard de Vinci se rapprochait plus du vinaigre, dans lequel  on ajoutait des épices et du miel pour en adoucir le goût.

 

D’ailleurs, vous souvenez-vous du souterrain entre le château du Clos Lucé et du Château Royal ? Son existence n’est pas certaine, mais ce dont on est sûr, c’est que les souterrains des deux châteaux servaient de cave à vin et étaient remplis des meilleurs crus de France !

De quoi imaginer de belles soirées en perspectives !

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