Quand Henri IV assiège Vendôme

 

Mes chers camarades bien le bonjour !

Aujourd’hui, on va revenir sur un épisode musclé de notre histoire !

Au creux du Loir-et-Cher, dans la ville de Vendôme, reposent les ruines d’un château autrefois symbole de la puissance des comtes et ducs de Vendôme. C’est de cette lignée qu’est issu Henri IV, roi de France au coeur des guerres de religion. Pourtant, en 1589, il commence le siège de cette même ville de Vendôme pour soumettre les Ligueurs, catholiques refusant d’obéir à un roi protestant.

Mais revenons un peu plus tôt dans son histoire, tout devrait vous sembler plus clair.

Les guerres de religion

 

En 1553 naît Henri de Bourbon. Il est le fils de Jeanne d’Albret, reine de Navarre et d’Antoine de Bourbon, Duc de Bourbon, lui même fils de Duc et Comtes de Bourbon depuis 5 générations. Henri devient à son tour Duc de Bourbon, puis Roi de Navarre en 1572 sous le nom d’Henri III.

Non content d’être dans la lignée de ces deux titres imposants, Henri est héritier de deux religions : Calviniste de par sa mère, et catholique de par son père. Il est baptisé selon la tradition catholique, puis éduqué en parfait Protestant, ce qui implique qu’à ses 9 ans, il a déjà changé 3 fois de religion !

Pas mal non ? Il faut dire qu’à cette époque, ce n’est pas quelque chose de facile à vivre.

Son mariage avec Marguerite de Valois, arrangé pour aider à réconcilier les deux religions, sera célébré d’une manière originale : Marguerite était devant le prêtre tandis qu’Henri se trouvait sur le parvis de la cathédrale.

La situation pourrait presque sembler amusante, mais quelques jours plus tard, le 24 juin 1572, a lieu le massacre de la Saint-Barthélémy : d’abord à Paris puis dans les villes alentours, les catholiques chassent et tuent les protestants. Selon l’historien Jacques-Auguste de Thou, contemporain de cette époque, ce massacre aurait fait près de 30 000 morts. Henri est donc contraint de se convertir au catholicisme, et attend quelques années pour repasser au Calvinisme.

En effet, de grosses tensions sont présentes en France depuis le début du XVIème siècle et les guerres de religion font rage de manière ouverte depuis 1562. Dès l’apparition en France du protestantisme, les rois François Ier puis Henri II ont des politiques extrêmement répressives. Des édits anti-protestants sont promulgués, mais le pouvoir royal reste limité et le protestantisme se développe.

Ajoutez à ça des problèmes de succession au trône et il n’en faut pas plus pour que toute la France s’engouffre dans près de 40 ans de guerres entre d’un côté la Ligue Catholique et de l’autre les Huguenots, tous souhaitant voir leur favori à la tête du royaume.

A Vendôme, le couvent des Cordeliers, devenu au XIIIe siècle l’un des établissements franciscains les plus importants, illustre très bien ce climat politique puisque les religieux y résidant résistent activement contre le développement du protestantisme et contre l’idée même qu’un roi non catholique puisse arriver au pouvoir. Ils y forment une sorte de division locale de la Ligue Catholique, qui a un véritable poids politique dans la ville.

Bon là, les amis, c’est le moment où il faut être attentifs.

A la suite de l’assassinat en 1589 du roi de france Henri III par un fanatique catholique, Henri de Bourbon, aussi nommé Henri III de Navarre, est couronné roi de France : cette fois-ci sous le nom d’Henri IV. Et heureusement, parce qu’Henri III héritier d’Henri III, ça aurait été une histoire difficile à suivre.

Mais Henri IV est un roi protestant et la population catholique voit d’un mauvais oeil ce règne. La majorité du peuple ainsi que la Ligue Catholique ne le reconnaissent pas en tant que Roi et Henri IV doit reconquérir son propre royaume de manière assez… musclée.

 

Le siège de Vendôme

En 1589, les ligueurs menés par le gouverneur de la ville Maillé de Bénéhart, occupent le duché de Vendôme et refusent d’ouvrir les portes et de rendre la ville à Henri IV, qui va donc l’assiéger.

La première cible est le château féodal, protection reine de la ville, dont l’origine remonte probablement à l’époque Gauloise et qui fut développé ensuite au fil des siècles, les tours ayant probablement été rajoutées à l’époque du premier Comte de Vendôme : Bouchard le Vénérable. Lors de la guerre de cent ans, le château est encore remanié et une Chambre de Justice y est installée.

Cependant les tours moyenâgeuses ne résistent pas aux boulets de canon, l’une d’entre elle cède, une brèche se forme rapidement et tandis que les défenseurs fuient vers la ville, les troupes d’Henri IV s’y engage à leur suite par le petit chemin des chanoines.

Les troupes d’Henri IV seraient ensuite passées par la porte du pont neuf -et par le pont qui va avec. Contrairement à la porte en plutôt bon état, le pont n’est plus visible aujourd’hui mais pour une raison un peu moins chevaleresque que le siège de la ville par un roi :

il disparaît au XVIIIe siècle à cause de l’érosion et par manque d’entretien.

Bref, les troupes d’Henri IV prennent ensuite plutôt aisément le reste de la ville. Exaspéré par ces rébellions et piqué dans son égo, Henri IV donne l’autorisation à ses soldats de piller la ville. Le couvent des Cordeliers, siège des Ligueurs, est saccagé et l’église est mise à sac et même incendiée.

Heureusement le cloître sera restauré et même agrandi quelques siècles plus tard pour le transformer en maison d’éducation au XVIIIe, puis en maison de retraite en 1960. Ce pillage concerne toute la ville : seules la collégiale du château et l’abbaye de la trinité ,magnifique pièce de style gothique flamboyant, sont épargnées.

Les deux meneurs de la Fronde sont punis de mort. Après avoir été arrêté au sein du couvent des cordeliers, le cordelier Chessé pendu. Le gouverneur Maillé de Bénéhart, lui, est tout simplement décapité.

 

Une propagande autour d’Henri IV ?

Ce comportement est tout de même étonnant de la part d’Henri IV, qui est justement connu et apprécié pour avoir évité le maximum de pillages et affrontements, préférant les solutions les plus pacifiques possibles afin que les populations locales ne souffrent pas de son passage. Ce siège et celui du Mans peu après serviront d’ailleurs d’argument d’autorité et poussent toutes les villes entre Tours et le Mans à se rendre sans combat.

Les écrits catholiques condamnent et exagèrent plus le trait sur les pillages et les destructions que les écrits protestants. On peut également nuancer le fait que ça soit Henri IV qui ai directement donné l’ordre de pillage car à côté des soldats français et suisses à son service, il avait également engagé des mercenaires anglais connus pour être indisciplinés, mal payés et donc pratiquant le pillage pour se rémunérer même s’il n’avait pas l’aval de leurs supérieurs. On ne saura jamais vraiment la vérité car les archives ont brûlé en 1940, balot.

En tout cas malgré tous ses efforts, cette conquête de la France n’a qu’un effet limité, et il n’est jamais vraiment accepté en tant que roi protestant. C’est pourquoi il se convertit une fois de plus au catholicisme en 1594, puis promulgue l’édit de Nantes en 1598, donnant une plus grande liberté aux protestants et mettant fin aux guerres de religion.

Ironie de l’histoire, César de Vendômes, duc de Vendôme, bâtard légitimé d’Henri IV, réaménage le château en résidence : d’outil de défense il passe à lieu de villégiature. Aujourd’hui, comme vous le voyez, il est toujours possible de l’admirer et la tour de la Glacière est même visitable durant l’été.

En 1623, il fonde le Collège de Vendôme qu’il confie à l’ordre des Oratoriens. Par la suite école militaire puis lycée, ses murs de briques blanches et ocres abritent maintenant l’hôtel de ville.

 

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