Le premier sous-marin de l’histoire, un fail ?

Mes chers camarades bien le bonjour !

En 2000, l’épave du tout premier sous-marin de guerre de l’Histoire, le CSS H.L. Hunley, est remonté du fond de la mer. À bord, 8 squelettes. Celui des membres d’équipage. Les cadavres des malheureux sont tous à leur poste, comme s’il n’avait jamais tenté de fuir une mort certaine. Pendant plus d’un siècle, le mystère reste entier. Que s’est-il donc passé lors du naufrage de l’embarcation le 17 février 1864 ?

Et bah je vais vous le dire ! Allez, on repart plus de 150 ans en arrière, sur le continent américain, au début de la guerre de Sécession !

La Guerre de Sécession

Portrait d'Abraham Lincoln
Portrait d’Abraham Lincoln datant de 1863, en pleine Guerre de Sécession

En 1854, les États-Unis sont en proie à de nombreuses tensions. Au nord, une société industrielle, très protectionniste, et au sud, une économie qui repose sur l’exploitation des terres. Cette exploitation au sud nécessite beaucoup de main d’œuvre que les Américains du coin trouvent facilement en réduisant en esclavage des populations noires. Mais à cette époque, l’ensemble du pays n’est pas structuré comme aujourd’hui, la conquête de l’Ouest ne touche pas encore à sa fin et de nombreux territoires de l’Ouest ne sont pas encore administrés. Il faut donc définir un ensemble de règle que l’on va appliquer dans ces nouveaux territoires à “civiliser”. Cette année là, Stephen Douglas, un sénateur américain, propose le Kansas-Nebraska Act. En gros, le premier qui arrive sur un nouveau territoire, s’y installe et choisit s’il veut pratiquer l’esclavage ou pas. Seulement voilà, au Nord des États-Unis, ça pose un petit problème car l’idée qu’on ne devrait pas user des esclaves fait son chemin. Intervient alors le député républicain Abraham Lincoln, qui critique cette loi. Non pas qu’il soit à fond anti-esclavagiste non plus hein, il joue dans sa cour politique tout simplement. Mais quand Lincoln est élu président en 1860, les gars du sud paniquent un peu devant l’éventualité de l’abolition de l’esclavage. Pour eux, ça serait un très gros choc économique car ils ne pourraient plus exploiter une main d’œuvre qui coûte vraiment pas cher… Lincoln devient donc pour eux l’ennemi à abattre, le grand abolitionniste qui fera sombrer leur pays. En 1861, la guerre de Sécession éclate, opposant les deux camps, le nord abolitionniste, qu’on appelle “l’Union” et le sud esclavagiste, “les Confédérés”.

Ça c’est pour résumer rapidos, vous vous en doutez, il y a tout un tas de facteurs complexes, mais on va pas s’attarder non plus 10 ans dessus.

Ce qu’il faut savoir, c’est que la guerre de Sécession, qui dure 4 ans, va faire 620 000 morts, c’est absolument énorme pour l’époque. Le conflit fait rage et tous les moyens sont bons pour remporter la victoire. La Caroline du sud, état confédéré, est le théâtre des premiers affrontements, qui ont lieu plus précisément dans la ville de Charleston. Une ville qui va se retrouver au cœur du conflit pendant des années.

Image représentant le Plan Anaconda
La stratégie du Nord fut appelée « Plan Anaconda » : encercler et étouffer économiquement les Confédérés jusqu’à la mort.

Une des techniques de l’Union pour remporter la victoire, c’est de déployer toute son armada de navires dans l’Atlantique afin d’organiser un immense blocus sur les grandes villes portuaires des confédérés. Si les marchandises ne s’échangent plus, les sudistes ne pourront non seulement plus vendre leur coton issu des plantations, mais en plus leur approvisionnement sera beaucoup plus difficile, faisant exploser les prix des importations. En somme, les nordistes tapent là où ça fait mal, directement au porte-monnaie ! C’est dans ce cadre qu’est déployé le USS Housatonic en 1861 dans la baie de Charleston. Le navire rempli sa mission durant quelques années. Mais le 17 février 1864, vers 8h45 du matin, un jeune marin du nom de Robert Flemming aperçoit à moins de 100 mètres du Housatonic ce qui semble être une sorte de planche de bois qui avance lentement sous la surface de l’eau. Tout l’équipage se mobilise pour éviter la collision avec le mystérieux objet mais il est déjà trop tard. Deux minutes plus tard, le flanc droit du navire vole en éclat, l’eau s’engouffre et le USS Housatonic sombre au fond de la mer. Si la plus grande partie de l’équipage arrive à quitter le bateau avant d’être emporté dans les abysses, il est le tout premier bâtiment militaire naval de l’Histoire à être coulé par… un sous-marin.

Une arme nouvelle… aux débuts chaotiques

Oui, un sous-marin, en 1864 ! Car si les expérimentations autour d’embarcations pouvant évoluer sous l’eau ont commencé bien plus tôt, à partir du XVIIème siècle, c’est à cette date précise que l’on démontre l’efficacité potentielle de ce que l’on appelle aujourd’hui un sous-marin.

Ce coup militaire de génie, qui est une vraie prouesse technologique, n’est cependant pas sans conséquence pour l’équipage de l’embarcation subaquatique. En effet, le CSS H.L. Hunley et son équipage de confédérés ne rentrera jamais au port. Il sombre quelques minutes après son succès sur le Housatonic, entraînant la mort de tout son équipage.

Petit retour en arrière pour comprendre ce qui a bien pu se passer !

En 1861, l’ingénieur naval Horace Lawson Hunley développe un prototype de sous-marin pour frapper la flotte de l’Union. Il est convaincu que cette technologie peut permettre de couler les navires ennemis. En 1862, il teste son premier prototype, le Pioneer, dans le lac Pontchartrain. Malheureusement pour lui, l’avancée des troupes nordistes dans la région l’oblige à saborder son navire pour ne pas qu’il tombe entre de mauvaises mains.

Qu’à cela ne tienne, Horace construit un deuxième navire : l’American Diver. Il tente tout d’abord de le propulser grâce à la force électrique, puis à celle de la vapeur. Mais aucune des solutions ne semble convaincante.

Du coup il choisit une méthode plutôt old school : faire avancer le sous-marin grâce à une grande manivelle actionnée à la main par l’équipage. Genre un truc bien crevant et qui fait avancer le tout pas très vite il faut bien le dire. Mais pour Horace, c’est déjà ça de pris ! Il lance son navire dans la baie de Mobile, dans l’Alabama.

Et…ça n’est pas une franche réussite…Le temps est horrible, les courants sont beaucoup trop fort et l’équipage parvient de justesse à quitter le bâtiment avant qu’il sombre.

Allez, courage Horace, jamais deux sans trois, cette fois ci, c’est le bon !

Le Hunley entre en jeu

Schéma du Hunley
Vues de dessus et de côté du Hunley : la simplicité au service de l’innovation technologique !

En 1963, un nouveau modèle de sous-marin, baptisé le Hunley, comme son créateur, est mis à l’eau pour un test. La navire fait 12 mètres de long et peut embarquer 8 membres d’équipage. Le lieutenant Payne se porte volontaire pour diriger le Hunley et y prend place avec ses hommes. Alors qu’il navigue en surface, Payne appuie accidentellement sur le levier qui contrôle la plongée du sous-marin. Celui ci s’enfonce sous les eaux alors qu’une trappe était encore ouverte. Zut !

L’eau s’engouffre, Payne et deux hommes parviennent à sortir de l’embarcation mais 5 hommes trouvent la mort dans ce tragique accident. Hunley ne perd pas espoir. Un nouveau chef d’équipage est nommé pour la tâche, le lieutenant George Dixon. Hunley fait remonter le navire et décide de faire une nouvelle série de test. Mais Horace est têtu et il décide de faire la démonstration de son savoir faire lui-même, dans le port de Charleston.

Il installe une barge qui servira de “mannequin”, matérialisant l’ennemi. Le sous-marin glisse sous l’eau, s’approche du leurre et soudain une énorme explosion fait le fait voler en éclat ! La preuve que le navire est enfin opérationnel ? Pas vraiment, car Hunley et son équipage coulent juste après l’impact. Ils meurent tous, faisant passer le nombre de mort dans le test du sous-marin à 13 au total. Zut !

Après cet échec, le général Beauregard, qui chapeautait les opérations, veut en finir avec ces rêves de sous-marin, il n’y croit plus. Mais le lieutenant Dixon, lui, est persuadé que le navire peut mener à bien sa mission et aider les confédérés à remporter des victoires. Il réussit à convaincre le général.

De nouveau tests sont lancés, l’objectif étant de trouver une bonne solution pour faire péter le navire ennemi sans couler avec. Une première option est de tracter la torpille à l’aide d’une corde, de passer sous le navire ennemi puis de faire péter la charge quand elle passe en dessous. Mais la solution est considéré comme dangereuse à cause des hélices du sous-marin qui pourraient s’emmêler dans la corde.

Deuxième solution, une grande perche pointue au bout du sous-marin, un peu comme un narval quoi, qui pourrait éperonner le navire ennemi pour y placer la charge, partir, et la déclencher à distance.

Mais finalement c’est une troisième solution qui a été choisie. Un grand bras de plus ou moins 5 mètres de long, au bout duquel est placé une bombe qui explose à l’impact.

Une première sortie… fatale

Remontée du Hunley
Remontée de l’épave du Hunley en 2000

Le 17 février 1864, le Hunley s’élance à l’assaut du USS Housatonic. Dixon et ses hommes manœuvrent le sous-marin grâce au système de propulsion à manivelle. Ils touchent le navire ennemi, la charge se déclenche et explose. Le Housatonic sombre. Et pour la dernière fois, le Hunley coule au fond de l’eau, immédiatement après l’impact. Pendant près de 150 ans, personne ne sait pourquoi l’embarcation a sombré, un véritable mystère et effectivement, quand on remonte l’épave en 2000, tous les marins sont à leur place. Aucun n’a tenté de s’enfuir par une trappe. Pourquoi ?

Certains ont suggéré que l’attaque n’avait pas été sans risque pour la structure du sous-marin, et des trous auraient pu laisser passer l’eau qui se serait engouffré dans le Hunley. D’autres disent que l’équipage aurait pu rentrer en collision avec un autre navire.

Pendant longtemps, la théorie qui dominaient les autres étaient que l’équipage manquait d’air, et avait donc suffoqué à mort dans le sous-marin, une mort très douce comme on peut l’imaginer.
Les scientifiques se sont cependant penchés sur la question et une thèse développée en 2013 est aujourd’hui plus communément admise, ce qui n’empêche pas d’autres études de voir le jour pour préciser encore les circonstances du drame. Vous trouverez plus d’informations en bas de la page. Vous y trouverez d’ailleurs un lien hyper cool pour voir plein de croquis sur ce à quoi pouvait ressembler l’intérieur du sous-marin, il y a même un modèle 3D non-officiel fait par un accro.

Pour comprendre ce qui s’est passé, une équipe de chercheur a en effet reproduit les conditions de l’assaut sous-marin à échelle miniature et les résultats ont été tout de suite assez parlant.

Le Hunley transportait au bout de sa “perche de combat” une charge de 61kg de poudre noire. De quoi faire un joli trou dans le navire adverse. Ce que n’avait pas prévu l’équipe de conception du sous marin, c’est ce qu’on appelle l’effet “blast” quand la décharge se produit. En gros, quand la poudre explose, elle produit une vague de pression très forte qui va se propager autour de la bombe. Et c’est cette vague qui va être fatale aux membres de l’équipage.

Pour évaluer la pression et donc les dégâts à l’intérieur du sous-marin, les chercheurs ont tout simplement fait péter le mini-sous marin en mettant une quantité de poudre équivalente, en terme d’échelle, à ce qui se trouvait devant le Hunley. Ensuite, la magie des maths fait qu’on a pu évaluer la violence de la déflagration. Dans un premier temps, on a conclu que la force du choc avait très gravement endommagé les poumons de l’équipage, causant une mort quasi-instantanée. D’autres études montrent depuis que ce choc incroyable aurait causé des dommages aux poumons et aux cerveaux qui auraient assommés tous les hommes d’un coup. Les hémorragies auraient fait le reste tandis que le sous-marin piquait du nez.

Alors clairement, on est pas sûr à 100% de tout ça, parce qu’il faudrait refaire l’expérience à grande échelle, avec la même configuration. Mais d’après les statistiques qui ont été faites sur la base de la reconstitution miniature, les pauvres gars n’avaient que 16% de chance de s’en sortir, ce qui est relativement peu… et le fait qu’on les ai retrouvé chacun à leur place, sans qu’ils aient eu le temps de bouger peut indiquer qu’en effet, ils n’étaient plus conscients après l’impact.

Un coup de poudre dans l’eau ?

Alors qu’est ce que ça nous apprend tout ça ? Est ce que le Hunley est un méga fail technologique ? Et bah non, pas du tout !

L’effet immédiat, c’est de rebooster temporairement le moral des confédérés, qui voient là une belle victoire avec ce haut-fait.  Et ça, quand tu viens de te prendre dérouillée sur dérouillées, et bah ça fait plaisir.

USS Holland, premier sous-marin militaire opérationnel dans l'US Navy, et lointain successeur du Hunley
USS Holland, premier sous-marin militaire opérationnel dans l’US Navy, et lointain successeur du Hunley

L’autre avantage, c’est que cet acte militaire a prouvé qu’il y avait un réel intérêt stratégique autour de la question des sous-marin. Le Hunley était un véritable bijoux technologique pour l’époque, la mort de son équipage est sans doute lié, au moins en partie, au fait qu’il ait été conçu avec des plaques de fer beaucoup plus fines que celles utilisées sur les sous marins d’aujourd’hui. La prouesse technique du CSS Hunley va ouvrir la voie à toute une génération d’ingénieurs qui vont plancher sur le perfectionnement des sous-marin. Des efforts qui aboutiront à la création du premier sous marin de guerre moderne américain en 1897, le USS Holland. Et là, on est clairement sur une autre catégorie de navire !

Voilà les amis, c’est fini, j’espère que cet épisode qui mêlait histoire des technologies et Histoire tout court vous a plu. Je trouve ça fascinant de voir à quel point la petite histoire peut influencer la grande ! En tout cas en terme de sous-marin les français était également pas mal en avance, hésitez pas à aller farfouiller sur le web !

Les sources (principalement en anglais, déso !) :

Je n’ai pas tout mis, vous trouverez pas mal de choses sur Google Scholar, il y a eu pas mal de publications !

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