Comment un pays sombre dans la dictature ? (Guerre d’Espagne)

Mes chers camarades bien le bonjour !

Aujourd’hui on va tenter de détricoter une période sombre et complexe de l’Histoire espagnole et autant vous dire, qu’on va y aller Franco ! Merci ! Merci ! Vous savez l’humour, ça se travaille tous les jours hein…il faut jamais se relâcher… Je vous préviens, ça va parler politique, gauche, droite, mais le but c’est de bien comprendre les luttes de pouvoir, pas de faire de la propagande politique. Après, vous en faites ce que vous voulez ! Bref, c’est parti pour un épisode joyeux sur la guerre d’Espagne !

 L’Espagne après la première guerre mondiale

Comme d’habitude, un peu de contexte pour commencer ! L’Espagne, au début du XXème siècle, ne fait plus réellement partie des grandes puissances mondiales, comme cela a pu être le cas jusqu’au début du XIXème. Avec la perte de ses colonies, le pays ne dispose plus de la puissance économique considérable qui a pu être la sienne lorsqu’elle exploitait les territoires américains. Et si sa neutralité pendant la première guerre mondiale lui a permis de se relancer en exportant ses biens aux deux camps en même temps, depuis, c’est un peu la panne sèche… De plus, l’Espagne a très mal abordé le virage de l’industrialisation, au contraire de ses voisins. Concrètement, à la fin de la première guerre mondiale, on estime qu’un tiers de la population vit dans la misère, un bon tiers également des Espagnols est analphabète, et les terres agricoles sont aux mains d’une riche minorité, tandis que 2 millions d’agriculteurs ne possèdent pas le moindre terrain.  La méga dèche donc !

Rien de surprenant donc que politiquement ce soit un peu le bazar. Vous me direz que cela va souvent de pair… La monarchie parlementaire du roi Alphonse XIII s’enfonce dans la crise, entre élections truquées, insurrections ouvrières latentes, montée du militarisme… Jusqu’à ce qu’en 1923, un général nommé Miguel Primo de Rivera organise un coup d’état des familles, et s’intronise premier ministre. Et tout ça avec une certaine bienveillance royale, Alphonse y voyant peut-être là l’occasion de sauver son trône.

Primo de Rivera et le rapprochement fasciste

Primo de Rivera
Miguel Primo de Rivera, dictateur espagnol entre 1923 et 1930.

Primo de Rivera affiche vite la couleur : il se rapproche de l’Italie de Mussolini, réprime les républicains et les syndicats ouvriers, met en place une grande politique d’industrialisation, et engage l’armée dans une campagne au Maroc, alors possession espagnole et française, afin de mettre fin à la rébellion de la République du Rif. En effet, depuis 1912, le traité de Fès dépossède le Maroc de sa souveraineté, hors les habitants de la région du Rif, le nord du Maroc, ne sont pas vraiment d’accord et déclarent leur indépendance. Une épine dans le pied des européens, que ces derniers entendent bien arracher. Parmi les cadres militaires, on retrouve un certain Francisco Franco, qui se fait remarquer en organisant le débarquement d’Al Hoceïma, avec l’aide de la marine française, considéré comme le premier débarquement aéronavale de l’histoire. Le succès de la bataille, qui amène la reddition des insurgés, lui vaut d’être nommé général, et même de recevoir la Légion d’Honneur, sur recommandation du maréchal Pétain… D’ailleurs fun fact, puisqu’on ne peut pas retirer la légion d’honneur à un mort, sachez que Franco, a toujours la légion la légion d’honneur. Voilà…je lâche ça comme ça…l’air de rien…

Dans un premier temps, ça va pour Primo de Rivera donc…mais les choses se gâtent après l’effondrement de l’économie espagnole en 1929. En 1930, le général Berenguer le pousse gentiment vers la sortie, et prend sa place. Avec un humour certain, les Espagnols font référence à son passage au pouvoir sous le terme de « Dictablanda », jeu de mot sur « Dictadura » et « blanda », qui signifie « molle ». Dictamolle, quoi… Parce que oui, Berenguer ne va pas vraiment faire long feu… Son gouvernement tente de calmer le jeu, met fin à la répression généralisée, et promet de convoquer des élections générales. Problème, personne n’est vraiment calmé : les deux partis institutionnels, les libéraux et les conservateurs, sont contre de nouvelles élections, probablement par peur de perdre leurs sièges, et les mouvements ouvriers profitent de l’accalmie pour s’insurger de plus belle.

Le soulèvement républicain et la deuxième république espagnole

Le 12 décembre 1930, les républicains organisent le soulèvement de Jaca, charmante bourgade de l’Aragon. Au passage, un dénommé Ramón Franco, républicain convaincu et frère de Francisco Franco, s’empare de l’aéroport de Cuatro Vientos dans la banlieue de Madrid. Il vole un avion, décolle avec l’intention de bombarder le Palais Royal, se contente finalement de lâcher des tracts révolutionnaires au-dessus de la ville et s’enfuit au Portugal. La méga ambiance entre les deux frangins, les repas de famille devaient être animé…

En bref, le soulèvement de Jaca échoue, les leaders sont fusillés, mais le camp républicain sort renforcé de ce triste épisode. Devant la grogne populaire, des élections municipales sont convoquées. Grosse erreur : les républicains remportent la plupart des grandes villes et des capitales de province. Le roi Alphonse XIII, politiquement affaibli et isolé, s’enfuit, même s’il n’abdique pas formellement.

Drapeau officiel de la Republica
Le drapeau de la République d’Espagne restera utilisé par le gouvernement en exil jusqu’en… 1977 !

Nous sommes le 14 avril 1931, et c’est le début de la seconde république espagnole.

Portée par un gouvernement d’alliance allant de la droite républicaine aux socialistes, la jeune république entreprend un vaste plan de réformes sociales et économiques : répartition des terres agricoles, extension du suffrage universel aux femmes et aux soldats, créations de postes d’instituteurs pour résorber l’analphabétisme, prise en compte des revendications autonomistes, notamment en Catalogne…  Un programme résolument ancré à gauche dans un premier temps, porté par le premier ministre Manuel Azaña. Mais les tensions politiques ne sont pas apaisées, loin de là. Certaines questions sont au cœur de la société espagnole, en particulier le rapport à l’Église et la place de l’armée. En 1933, les élections générales sont remportées par une coalition de centre-droit, qui entre ainsi au gouvernement. Suivent au cours de l’année 1934 une multitude de mouvements de contestation, dont plusieurs insurrections socialistes et anarchistes violemment réprimées notamment par Franco. La fracture entre les mouvements ouvriers et les partis de droite et de centre-droit semble irréversible. Pour ne rien arranger, José Antonio Primo de Rivera, fils du dictateur déchu, fonde une organisation ouvertement fasciste, la Phalange Espagnole. En février 1936, de nouvelles élections ont lieu : cette fois, c’est une coalition de gauche, le Frente Popular ou Front Populaire, qui parvient à arracher la majorité.

La Phalange Espagnole

C’est à partir de ces élections que la situation dégénère. Une amnistie est décrétée pour les prisonniers politiques des émeutes de 1934, lançant un élan de grèves et les premières occupations des terres des riches propriétaires par les paysans. Les conservateurs s’inquiètent de cette montée des forces révolutionnaires, et les phalangistes entament un mouvement de terrorisme contre-révolutionnaire.

En gros, ouvrier et paysan pas content, conservateur pas content, donc répression et attentat.

Barricades à Barcelone (1936)
Face au coup d’état nationaliste, c’est la population qui  prend les armes dans de nombreuses villes, permettant d’éviter une victoire rapide des militaires franquistes.

Le 16 juin, dans une intervention, le fondateur du rassemblement conservateur Confédération Espagnole des Droites Autonomes, CEDA pour faire court, donne les chiffres officiels des victimes depuis les élections de février : 269 tués et 1 287 blessés dans des bagarres de rues, 381 bâtiments attaques ou endommagés, 43 locaux de journaux attaqués ou saccagés, 146 attentats à la bombe. Pendant ce temps, les généraux nationalistes organisent leur soulèvement presque ouvertement. Finalement, le 17 juillet, depuis le Maroc, le Général Franco lance son coup d’état. Le lendemain, c’est en métropole que les putschistes se mettent en action. Après trois jours d’indécision, la situation se stabilise : le 20 juillet, l’Espagne est coupée en deux, un tiers du territoire est aux mains des nationalistes, le reste étant toujours contrôlé par la République. Les rebelles occupent notamment la Galice, le Leon, la moitié de l’Aragon, quelques villes dont Oviedo et Cordoue, le Maroc espagnol et la quasi totalité des îles (Baléares, Canaries…). La guerre civile a commencé.

 

La guerre civile espagnole

Profitons-en pour faire un point sur les factions en présence. Côté nationaliste, le mouvement est constitué par la Phalange, les Carlistes monarchistes, la CEDA, les forces armées stationnées au Maroc ainsi qu’une partie de l’armée régulière. Un ensemble cohérent, organisé, obéissant au Généralissime Franco.

Exceptions notables, la Marine, dont les équipages ont refusé de se joindre au soulèvement, et l’aviation, restent fidèle à la République.

Combattantes républicaines
Dans le camp républicain, de nombreuses femmes s’engagent aussi au front, au sein des colonnes anarchistes.

Côté républicain, c’est un peu plus compliqué… En effet, les organisations de gauche restées fidèles à la République n’entretiennent pas les meilleures relations du monde.

C’est marrant, ça me rappelle la gauche actuelle en France…mais désolé, je m’égare et j’ai promis de pas faire de politique…

On trouve donc réunis la Confédération Nationale du Travail (CNT), anarchiste, le Parti Ouvrier d’Unification Marxiste (POUM), communiste non-aligné sur Moscou, le Parti Socialiste Ouvrier Espagnol et son syndicat l’Union Générale des Travailleurs (UGT) et le Parti Communiste Espagnol (PCE), pour ne citer que les principaux. Une partie de l’armée est également restée républicaine, et est rebaptisée en octobre Armée Populaire de la République Espagnole. La tentative de coup d’état, pour tous ces groupes, c’est également l’occasion de faire la révolution, mais chacun selon sa propre conception.

C’est marrant ça me rappelle la gau….

Des milices se créent de tous les côtés pour la défense de la République, mais sans réelle coordination. C’est donc un peu le bordel…

Militairement, la guerre commence par un status quo. Les nationalistes disposent d’environ 15 000 officiers, 40 000 légionnaires, 30 000 gardes civiles, 30 000 miliciens carlistes, les requetes, et 70 000 homme de l’armée régulière. Mais ces derniers sont peu fiables, souvent de jeunes recrues, peu entraînés et pour certains plutôt sympathisants républicains. Les républicains quant à eux sont organisés principalement en milices : celle de la CNT compte environ 50 000 hommes, l’UGT 30 000, le PCE 10 000 et le POUM 5 000. En sus, 12 000 policiers sont restés loyaux, ainsi que quelques milliers de soldats.

L’Europe face au conflit espagnol

Ce sont en définitive les puissances étrangères qui vont entraîner le basculement de la guerre. L’Italie envoie aux nationalistes un corps de volontaires, dont on estime l’effectif à 50 000 hommes en 1937. En plus de ça, elle leurs fournit des avions, des navires, des chars, plus de 200 000 armes ainsi que des munitions et du matériel divers. Pas un petit coup de main quoi… L’Allemagne n’est pas en reste : la légion Condor, force aérienne d’environ 6 000 hommes, est détachée en Espagne. Avec elle, des avions, des panzers ainsi que des canons et des fusils. Mais je vous demanderai de prendre ses chiffres avec des pincettes parce que personne n’est d’accord là dessus.

Si l’Allemagne et l’Italie fasciste souhaitent tout naturellement venir en aide aux forces franquistes, les républicains de leur côté sollicitent l’aide matérielle de la France, à laquelle l’Espagne est liée par un traité commercial. En plus de ça, un autre Front Populaire, celui de Léon Blum, est au pouvoir en France. Une intervention française semblait donc naturelle… Mais deux facteurs vont faire pencher la balance en faveur de la non-intervention. D’une part, l’opinion publique française est majoritairement opposée à une quelconque aide à la république espagnole.

Désolé les gars !

En effet, la gauche est en grande majorité pacifiste, et se refuse à s’engager de quelque manière que ce soit dans le conflit. Quant à la droite, elle voit d’un mauvais œil cette république de « bolcheviques ».

D’autre part, l’Angleterre est fermement opposée à l’intervention.

Désolé les gars !

Or, Blum fonde sa politique étrangère sur l’entente franco-britannique, et ne veut pas risquer de froisser son allié. Malgré cela, le premier ministre français préfère éviter que l’Allemagne et l’Italie, considérées à juste titre comme dangereuses pour la paix en Europe, ne puisse aider les forces rebelles. D’où l’idée d’un embargo général contre l’Espagne, sur l’application duquel veille un Comité de Londres auquel participe Français, Anglais, Allemands, Italiens et Russes. En voilà une bonne idée ! Non ? Non. L’embargo semble un bon compris mais en réalité, il aura totalement l’effet inverse à ce qu’attendaient les français et n’impactera réellement que les républicains : les Allemands et les Italiens s’assurent que ce Comité de Londres n’ait aucun pouvoir de décision, et passent allègrement outre l’embargo, notamment grâce à des sociétés-écrans. La non-intervention ne s’applique donc, en réalité, qu’aux Alliés

Désolé les gars !

La position de l’URSS est elle un peu particulière. Passant également outre l’embargo, les soviétiques décident de fournir en armes, matériel et personnel la république. Mais cette aide se révèle à double tranchant… En pleine période de purge stalinienne, l’URSS prend appui sur le Parti Communiste Espagnol et s’emploie à écarter et discréditer les factions qu’elle juge « contre-révolutionnaires », principalement les trotskystes du Parti Ouvrier d’Unification Marxiste (POUM) et les anarchistes de la CNT. Pour ne rien arranger, la république espagnole fait évacuer de Madrid les réserves d’or de la Banque Centrale, devant la proximité des rebelles. En théorie, c’est une très bonne idée…Mais comme on le voit depuis tout à l’heure, dès qu’il y a une bonne idée, ça devient assez vite de la merde…car si protéger les réserves d’or c’est bien, il est plus discutable de les confier… à l’URSS ! Oui…du coup, les russes obtiennent un précieux levier pour s’assurer l’obéissance des dirigeants républicains.

Bravo le veau !

En dépit du jeu politique des nations, la République voit tout de même affluer à son secours tout un tas d’individus isolés qui viennent de partout. Anarchistes, trotskystes, communistes ou fervents défenseurs de la démocratie, en tout plus de 50 000 volontaires sont organisés dans les Brigades Internationales, officiellement créées en octobre 1936. On y compte entre 10 000 et 15 000 Français, 5 000 Allemands et Autrichiens, 3 000 Italiens, 2 500 Américains, 2 000 Britanniques ainsi que des Belges, des Canadiens, des Irlandais, des Yougoslaves…

L’offensive de Franco

Après l’échec du coup d’état total et l’impasse militaire qui en découle, les nationalistes sont plus remontés que jamais. Ils profitent de l’arrivée des premiers renforts allemands pour transférer en août 1936 les troupes du Maroc sur le continent, puis lancent une offensive en direction de Madrid. Les rebelles prennent Badajoz le 14 août, et arrivent à proximité de la capitale espagnole. Mais au lieu de foncer Madrid, Franco préfère détourner ses troupes vers Tolède le 21 septembre, où les cadets de l’école militaire, qui sont de son côté, sont assiégés depuis le début de la guerre. Madrid est pour l’instant sauvée. La décision de Franco peut paraître incompréhensible, mais elle est dictée par des raisons politiques plus que militaires. Sauver les assiégés de Tolède lui permet d’affermir son image de héros et de solidifier le moral des nationalistes. Cependant il s’agit peut-être d’une erreur stratégique majeure, puisque les républicains profitent du répit pour organiser la défense de la capitale.
Ce qui n’empêche pas les nationalistes de prendre dans le même temps, au nord du pays, la ville frontalière d’Irun, suivie de Saint-Sébastien. Le pays basque, républicain malgré l’implantation importante de l’Église, est également encerclé.

Une guerre de tranchée

Faute de supériorité nette, les deux camps campent à présent sur leurs positions, et une guerre de retranchement se met en place. Cette alternance entre offensive et status-quo va durer tout le conflit.

Durant la guerre d’Espagne, on retrouve des personnalités assez atypiques comme Georges Orwell, l’écrivain auteur du célèbre “1984”. Il participe à la guerre dans les milices du POUM, le Parti Ouvrier d’Unification Marxiste et ce qu’il nous dit de la situation est assez évocateur. Il parle d’une guerre de tranchée au cours de laquelle les deux camps, installés à 300 mètres l’un de l’autre, passaient surtout leurs journées à se crier des insultes et à tirer quelques balles sans conviction…

C’est marrant ça me rappelle… Faut que j’arrête avec cette blague.

Le conflit espagnol s’intensifie

L’offensive rebelle ne reprend qu’en février 1937, avec une première poussée sur Madrid. Première véritable bataille avec du matériel de guerre, celle-ci tourne en faveur des républicains grâce aux chars soviétiques : Franco, malgré les conseils allemands, ne souhaite pas utiliser ses blindés pour des opérations de pénétration rapide.

Et non… La blitzkrieg attendra encore quelques années pour montrer son efficacité…

Une seconde offensive, cette fois-ci avec l’aide des divisions motorisées, a lieu en mars. Si les nationalistes semblent prendre le dessus, les conditions météorologiques favorisent l’aviation républicaine, qui pilonne les troupes ennemies. Nouvelle retraite, et Madrid tient toujours. Dans le Nord, la situation est tout autre : encerclés, le pays basque et sa capitale tombent le 19 juin.

La révolution Espagnole, une cohésion de gauche difficile

Carte guerre d'Espagne - octobre 1937
Situation en octobre 1937 ; le Pays Basque est déjà tombé et l’avantage est maintenant clairement dans le camp nationaliste.

La République espagnole est cependant secouée de l’intérieur. Si l’on revient un peu en arrière, le coup d’état de juillet précipite la constitution en milices des organisations politiques. Des armes sont distribuées aux civils, qui forment un ensemble assez disparate de volontaires. Ce sont ces milices qui tiennent tête aux nationalistes durant l’année 1936. Mais l’entente entre anarchistes, trotskystes, socialistes et communistes est précaire. Chaque colonne de volontaire agit de manière autonome, et il s’avère très compliqué de coordonner une contre-offensive cohérente. Pour ne rien arranger, les miliciens ne sont pas prêts à se soumettre à la rigueur militaire. Beaucoup tiennent à rentrer dormir chez eux le soir, rechignent à creuser des tranchées ou à monter la garde. Buenaventura Durruti, figure de l’anarchisme espagnol, déplore ce manque de détermination. « Le bébé malade, la femme qui accouche, la mère mourante », autant d’excuses pour rentrer chez soi. L’efficacité militaire en prend un coup mais pour les organisations révolutionnaires, c’est le prix à payer pour mettre en place une nouvelle organisation sociale. À l’intérieur même de la République, anarchistes et trotskystes font la révolution. Au sein des milices, s’il existe encore des grades, tout le monde reçoit la même solde. Les officiers n’ont qu’une autorité opérationnelle : les milices veulent être le premier lieu de réalisation de la société sans classes. Georges Orwell assiste d’ailleurs à une scène plutôt cocasse : lors de l’entraînement à Barcelone de jeunes recrues, l’une d’entre elle jette au sol le bâton qui simulait un fusil, et se dirige vers la sortie de la caserne en grommelant que ces exercices l’emmerdent, et qu’il est venu pour se battre. C’est l’officier en charge qui doit lui courir après en le suppliant de revenir !

Un situation étonnante qu’on voit rarement dans les films de guerre…

La révolution est également en action dans les campagnes, principalement en Catalogne où les agriculteurs collectivisent les terres. De la même manière, les ouvriers s’emparent des usines, chassant les propriétaires vers le camp nationaliste. Pour la CNT et le POUM, la guerre civile doit être l’occasion d’appliquer leurs principes politiques, et la révolution est tout autant importante que la victoire contre le franquisme.

Tramway CNT
Photo colorisée d’un tram collectivisé par le syndicat anarchiste CNT, au symbole rouge et noir.

Mais tout le monde ne l’entend pas de la même oreille, et en particulier le Parti Communiste Espagnol. Sous l’influence de Moscou, une campagne est lancée pour affaiblir les partis révolutionnaires. Les communistes veulent surtout forcer les milices à rejoindre l’armée régulière pour regagner un certain contrôle politique. Ces tensions culminent le 2 mai 1937, lorsque la CNT s’empare du central téléphonique de Barcelone : en réaction, les communistes sortent les armes, suivis par la CNT et leurs alliés du POUM. Pendant 4 jours, Barcelone est le théâtre d’affrontements internes. Finalement, la CNT et le POUM capitulent le 7 mai. Le POUM est dissous dans la foulée. Le 17 mai, un nouveau gouvernement est formé, avec à sa tête le socialiste Juan Negrin, au sein duquel les communistes et les modérés détiennent tous les portefeuilles ministériels. S’en suit une vaste opération contre-révolutionnaire, dont la CNT ne se remet pas. Le projet du PCE se concrétise et l’armée incorpore finalement les milices.

Bravo les cocos…

 

La victoire du franquisme

La fin de la guerre est un inexorable grignotement du territoire républicain par les rebelles. Le dernier affrontement majeur se déroule durant l’hiver 1937. La ville de Teruel forme une tête de pont nationaliste qui gêne la communication entre Madrid et Barcelone. L’armée républicaine lance une attaque pour reprendre la cité. Si Teruel est prise dans un premier temps, une contre-offensive nationaliste met en déroute les républicains. Les conséquences sont dramatiques : ce qui devait être une victoire fondatrice se transforme en large défaite. Les pertes importantes ouvrent le chemin vers Barcelone, qui tombe en février 1939, bientôt suivi par Madrid. Le 1er avril 1939, Franco fait diffuser sur toutes les ondes radio un communiqué annonçant sa victoire définitive.

Les chiffres des victimes de la guerre d’Espagne sont difficiles à établir, faute de sources fiables. Mais je vais quand même tenter, avec un gros râteau, de vous les présenter. Entre 100 000 et 250 000 soldats sont tombés au combat. Les violences contre les civils, côté nationaliste comme côté républicain, ont fait entre 120 000 et 220 000 victimes. On estime entre 40 000 et 60 000 les morts suite à la famine et aux bombardements. Bombardements dont le célèbre est sans aucun doute le massacre de Guernica en avril 1937, peint par Picasso, et qui deviendra un symbole de la barbarie franquiste. Enfin, Certaines sources enfin estiment à 200 000 les exécutions des vaincus entre 1939 et 1943. La guerre a frappé aussi bien sur le champ de bataille que parmi la population.

La guerre d’Espagne a également des conséquences non négligeables pour le reste de l’Europe. Tout d’abord, le conflit a définitivement rapproché l’Allemagne et l’Italie, qui signent le traité fondateur de l’Axe le 1er novembre 1936. Cela leur a aussi permit de tester en condition réelle leur matériel et leurs troupes. Diplomatiquement, les pays alliés ont affirmé leur volonté pacifiste, et donc leur faiblesse aux yeux des pays fascistes. L’URSS, elle,  n’a pas réussi à implanter un pays satellite en Europe de l’Ouest, et se retrouve isolée. Ce qui explique peut-être que le pacte germano-soviétique est en partie dû à la défaite des républicains espagnols…C’est une supposition. Pour l’Espagne elle-même enfin, c’est le début d’une dictature de presque 40 ans. Cependant, avec un pays exsangue, Franco ne rallie pas l’Axe, et se voit contraint de rester officiellement neutre pendant la seconde guerre mondiale même si leur file un coup de main sous la table.

Et on s’en doute, un deuxième front au sud de la France ça aurait bien arrangé Hitler…

Conclusion

Merci à tous d’avoir suivi cet épisode assez complexe sur le plan politique et merci à Romain Frugier avec qui je l’ai préparé et qui a fait une grosse partie du taff. Si l’épisode vous a plu et que vous avez envie de soutenir mon boulot et celui de toute l’équipe, n’hésitez pas à partager, liker, commenter. On est aussi présent sur Utip, Tipeee et depuis peu vous pouvez directement soutenir sur Youtube avec le bouton “rejoindre” en dessous la vidéo ou en allant faire vos emplettes sur la boutique intégrée elle aussi sous la vidéo. Très bonne journée à tous et à la prochaine !

 

Pour aller plus loin

– La guerre d’Espagne et ses lendemains, Bartolomé Bennassar, Perrin, 2006

– La guerre d’Espagne, Guy Hermet, Seuil, édition de 2017 revue et augmentée

– La révolution et la guerre d’Espagne, Pierre Broué & Emile Temime, Éditions de Minuit, 1961

– Hommage à la Catalogne, Georges Orwell, Gallimard, 1955

–  « L’Allemagne et le Royaume-Uni face à la question espagnole: reconnaissance de facto ou reconnaissance de jure ? (1936-1939) » Jean François Berdah, dans Mélanges de la Casa de Velázquez, 1993.

« La guerre d’Espagne et la paix de l’Europe », Maurice Pernot, dans Politique étrangère, 1937.

Certaines images sont issues des collections de la Bibliothèque nationale de France, retrouvez les sources sur le site gallica.bnf.fr

 

Les précisions de Tanguy (CM sur l’émission) :

– La révolution des généraux est arrêtée à plusieurs endroits par la population plus que par l’armée régulière, ce qui s’explique car l’Espagne avait un très gros degré de structuration des organisations syndicales (dont la CNT).

– Le POUM n’est pas vraiment trotskiste dans le sens de l’époque mais « communiste non autoritaire » ou « communiste libertaire »

– La scène d’un camarade qui jette son bâton d’entrainement et de « l’officier » qui doit lui courir après est dans le film « Land and Freedom » de Ken Loach

– Techniquement le deuxième front au sud de la France a existé…, les Italiens ont lancé une offensive en 1940… mais on connait l’armée italienne ^^

 

   

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