Eyriés, un vrai château ?

Mes chers camarades, bien le bonjour !

On se retrouve aujourd’hui pour le premier épisode d’une longue série qui va couvrir tout le mois d’avril 2019 et qui va dresser des parallèles entre Game of Thrones et les inspirations historiques que l’on peut y rattacher. J’avais d’ailleurs déjà fait deux gros épisodes à ce propos sur la chaîne, je vous les mets en description !

Au programme du jour donc, les Eyriés et son étonnant château perché dans les cimes. Et puis sa prison aussi… parce que c’est toujours cool de commencer par un truc joyeux… lâche un pouce !

Entre la Bavière et le Midi

Lorsque Tyrion et Bronn arrive dans le Val et voient pour la première fois le château des Eyriés, on va pas se le cacher, ça en impose grave ! On se demande même comment la famille Arryn a réussi à réaliser un ouvrage aussi titanesque, avec 7 tours tout de même, au sommet de la Lance du Géant, dominant le Val d’Arryn.

Neuschwanstein
Le cadre est un peu plus idyllique que dans la série mais on retrouve l’essentiel : un château perché qui en impose.

Ici, on peut sans trop se mouiller affirmer que Georges R.R. Martin s’est inspiré du château de Neuschwanstein en Allemagne et de son improbable situation pour imaginer les Eyrié. L’édifice est construit sur un piton rocheux qui domine une large plaine. Par les immenses baies vitrées, le roi Louis II de Bavière a une vue magnifique « sur le majestueux sommet du Säuling, sur la chaîne du Tyrol et loin sur la plaine », selon les mots que le souverain adresse à son ami Richard Wagner dans une lettre en 1868. Ouais, le gars est pote avec Wagner. Moi je suis pote avec Dirty Biology, on a pas tous la chance de Louis II de Bavière…

Bref, après la défaite de l’Autriche à Sadowa en 1866 dans le contexte de la guerre austro-prussienne, le gars aspire à se retirer du monde. La Bavière, privée de son allié, doit accepter l’hégémonie de la Prusse sur l’espace germanique et la fin de son indépendance. Le prince refuse la politique agressive menée par Bismarck à l’encontre de Paris car il aime la France.

Immensément riche, Louis veut construire un refuge pour échapper aux horreurs de la guerre qui se prépare. Ce havre de paix, il le trouve près de la petite ville de Füssen dans le sud de son royaume. Il fait mettre à niveau les ruines d’un ancien château fort et projette de construire un palais féérique de marbre blanc. La crête de la montagne est dynamitée pour dégager une vaste terrasse capable d’accueillir un bâtiment de 200 pièces. Oui, le gars voulait pas un petit chalet en bois…

Louis II surveille personnellement l’avancement des travaux qui nécessitent l’acheminement de 465 tonnes de marbre, 400 000 briques, 3 600 m3 de sable et 600 tonnes de ciment.

Quand il arrive dans le Val d’Arryn en vue des Eyriés, Tyrion souligne un truc important.

« On le dit imprenable. »

Ce à quoi son acolyte Bronn répond poétiquement donnez moi 10 hommes et des crampons et je prends cette salope ! Sacré Bronn !

Bon, il se la pète un peu parce que les Eyriés ça relève plus de l’alpinisme que de la promenade du dimanche. Et encore quand vous montez le mont Blanc vous n’avez pas trois forts qui vous barrent la route.

D’ailleurs les inspirations des Eyriés peuvent également se situer du côté des fameux châteaux cathares, quasi-imprenables !

Chateau de Quéribus
Le château de Quéribus, qui se pose assez bien dans le genre forteresse imprenable…

Quéribus, Peyrepertuse ou Montségur se situent sur des pitons rocheux totalement inaccessibles et défendus par de puissantes casemates équipées de meurtrières. Ces bastions servent, au XIIIe siècle, de refuges aux Parfaits et Parfaites, qualifiés d’hérétiques par les croisés venus du nord. Les seigneurs occitans sont conscients de la rapacité du chef de la croisade menée contre eux, Simon de Monfort, et des chevaliers qui le secondent. Guillaume de Peyrepertuse compose avec le puissant envahisseur et cède son nid d’aigle en novembre 1240. Tombé dans l’escarcelle du roi de France, la bourse qu’on porte à la ceinture, il devient une place frontière inviolée jusqu’au traité des Pyrénées en 1659.

Çà donne une idée de l’efficacité du dispositif.

A Montségur, Hugues des Arcis et l’évêque de Narbonne Pierre Amiel, à la tête de 10000 hommes, imposent un siège de 11 mois pour que les 230 cathares présent dans le château capitulent. Les assiégés se rendent le 16 mars 1244 mais refusent de renier leur foi, les hérétiques sont donc brûlés vifs.

Hérétiques, au bucher !
Les Parfaits connurent pour certains une fin… chaleureuse.

Quéribus enfin est le dernier bastion des Parfaits et ne rend les armes qu’en 1255. Pièce maîtresse du dispositif  défensif français, il connaît le même sort que Peyrepertuse.

Une prison qui donne le vertige

Mais revenons un petit moment dans l’univers de Game of Thrones. Si l’on regarde le château du bas, il nous paraît bien haut. Mais nul doute que Tyrion, une fois jeté dans les cellules Célestes, se dit que vu du haut, le sol parait bien bas…

D’ailleurs la prison est assez étrange quand on y pense. Trois murs qui s’ouvrent sur le ciel à 200 mètres de haut avec une petite subtilité bien cruelle : la légère inclinaison du sol qui conduit le prisonnier endormi à glisser vers le précipice.

Sauf si vous avez l’habitude de pas bouger d’un centimètre quand vous dormez, mais perso je te fais un Tours-Paris dans la nuit en roulant sur moi même.

Bref, si le château en tant que tel est inspiré par des édifices du Moyen Âge, est ce qu’il en est de même pour les prisons ? Et bah non !

Avec ces cellules célestes, George R.R. Martin est à l’origine d’une belle invention, jamais vue au Moyen Age. À cette époque, les prisons ne servent qu’à retenir jusqu’à son procès un suspect jugé dangereux pour la société ou à éviter qu’un étranger ne s’enfuit. Dans la plupart des seigneuries ou même dans les petites villes, il n’y a donc pas d’établissements spécifiques prévus à cet effet. On incarcère le suspect dans des caves, dans une pièce de la tour d’un château ou dans un beffroi.

Mal entretenues, souvent pas prévues à cet effet, ces prisons sont en fait de vraies passoires. D’ailleurs, beaucoup de chroniques et de procès-verbaux de juges furieux font état d’évasions qui tiennent moins au fait que le condamné ai le niveau d’Usain Bolt à la course qu’au constat que la sécurité de sa prison était un poil légère…

C’est l’imaginaire collectif qui a transformé les souterrains et les fosses des châteaux en d’obscures oubliettes où croupissent les détenus. Mais mis à part quelques rares exceptions, ces lieux font surtout office de glacières ou de silos, et non de lieu de détention. À partir du XIIIe siècle, le seigneur, qui rend la justice, a effectivement davantage intérêt à manifester son pouvoir en exhibant son prisonnier qu’à le vouer à l’oubli dans un cul de basse-fosse. On trouve donc de nombreuses geôles en rez-de-chaussée des halles et, plus précisément, près des activités dépréciées ou malpropres comme les tanneries ou les parcs à porcs.

Et puis au passage, c’est une bonne façon d’humilier le prisonnier.

Il faudra attendre la philosophie des Lumières et la Révolution française, qui font de la liberté le bien le plus précieux de l’homme pour que la prison devienne la réponse aux crimes et délits.

Cet épisode est terminé, merci à Cédric Delaunay, un historien avec qui je travaille sur cette série dédié à Game of Thrones. Si ça vous intéresse, il a d’ailleur sorti un bouquin là dessus, je vous le met en description ! On compte sur vos pouces, vos commentaires et vos partages, à très bientôt pour la suite !

 

Pour aller plus loin :

Game of Thrones, de l’Histoire à la série, Cédric Delauney, 2018, Editions Nouveau Monde : https://amzn.to/2NDhPDn

La playlist de mes épisodes passés et à venir entre la série et l’Histoire : https://www.youtube.com/playlist?list=PLgLm3t2YjNL2hBpgPLB50v7sF2P_60VQy

Laisser un commentaire