Grand Moineau ou corbeau en soutane ?

Mes chers camarades bien le bonjour !

Quand je regarde Game of Thrones, je sais pas vous, mais perso j’ai le sentiment d’être plongé au cœur du Moyen Âge ! Alors attention hein, pas un vrai Moyen Âge, plutôt un Moyen Âge fantasmé et tout ça c’est clairement grâce aux influences de Georges R.R. Martin qui n’hésite pas une seconde à aller piocher dans la vraie histoire pour construire son univers. Et si il y a beaucoup de choses crédibles dans l’univers de Game of Thrones, on va voir qu’il y a un point où ça peut pêcher un peu, la religion.

Les Anciens et les Nouveaux

Mais attends Ben que tu va me dire ! On en parle tout le temps de la religion dans Game of Thrones ! Les anciens dieux, les nouveaux…

Alors oui, c’est vrai, il y a un background qui est inspiré. Et avant de vous montrer pourquoi ça vole pas si haut que ça, on peut faire un point là dessus.

Grand Ancien
Les anciens dieux, les nouveaux dieux…
On oublie un peu vite les Grands Anciens !

Dans Westeros, il y a l’opposition entre les anciens dieux et les nouveaux. On manque clairement pas une occasion de nous le rappeler. Les anciens dieux, on les connait pas vraiment, on sait juste qu’il y a quelques pécores qui les prient encore dans les bois et basta. On peut éventuellement rapprocher la religion des anciens dieux d’une religion animiste, c’est à dire qui dote les objets et les êtres vivants d’une sorte d’esprit ou de force. Par exemple on voit la manifestation de ce type de croyance à travers une sorte de chamanisme qui touche les changeformes, ces gars comme Orell ou Bran, qui arrivent à pénétrer l’esprit des animaux pour en prendre le contrôle.

Mais honnêtement, ça reste assez maigre et y’a pas grand chose à se mettre sous la dent.

Globalement c’est la religion des Sept qui a remplacé un peu partout les anciens dieux. Et là, on a beaucoup plus d’informations sur eux et notamment sur le panthéon qui est en faite une sorte de mélange entre la trinité des chrétiens et un panthéon très select gréco-romain.

Statues des Nouveaux Dieux
Les Sept, représentation des divinités principales de Westeros.

On a tout d’abord le Père et la Mère, manque plus que le saint-esprit.

On a également l’Aïeule, qui symbolise la sagesse et la connaissance. Qu’on peut plus ou moins rapprocher d’Athéna.

Le Guerrier, que les soldats prient avant la bataille, facilement assimilable à Arès le dieu de la guerre grec.

Le Ferrant, représenté avec un marteau,symbole des artisans. Évidemment c’est Héphaïstos, le dieu de la forge et du feu qui boîte et qui manie le marteau comme personne.

La Jouvencelle, une jeune femme très belle qui protège les amours des jeunes filles, qu’on peut comparer à Aphrodite, la déesse de la beauté et de l’amour.

et enfin l’Étranger ou le sans-visage qui personnifie la mort et la transition vers l’au-delà, en gros Hadès le dieu des enfers.

Facile !

La subtilité là-dedans, c’est que ces dieux sont en fait sept facettes d’un seul et même dieu. Et ça nous arrange vachement bien ça ! Mais pourquoi donc Ben ? Je vais te le dire, panique pas.

Très rapidement dans la série et dans le livre, on voit apparaître la tentatrice de Stanis, Melissandre, alias la prêtresse rouge ! Et elle, elle veut mettre tout le monde d’accord. Peu importe en qui tu crois, il existe qu’un seul et unique dieu, le Seigneur de la Lumière, Lord of Light comme disent les anglophones. C’est le seul, l’unique, le vrai. Les autres, c’est de la merde.

Très rapidement on voit que les adeptes de cette nouvelle religion veulent totalement imposer leur foi en rejetant de manière violente celle des autres. Et ça fait écho à un truc qui s’est passé dans le monde réel : l’avènement du christianisme, notamment à Rome, qui a pu poser des problèmes politiques.

En effet au IVe siècle, l’empereur Constantin se convertit à cette nouvelle religion et les chrétiens qui jusque là étaient persécuté, deviennent progressivement les persécuteurs. Malin ! Et ce qui est drôle, c’est qu’à la base, c’était un peu une secte comme il en existait d’autres à Rome, sauf que les autres étaient un peu moins dans le délire d’imposer absolument leur point de vue, même si je pense qu’ils auraient bien aimé que ça marche hein, c’est un peu comme quand tu lances une chaîne YouTube quoi, si tu fais des vues, t’es content.

Bref, on passe des anciens dieux un peu locaux à un ensemble un peu hétéroclite de dieux qui pourrait en être un seul et enfin à un dieu unique qui finit par s’imposer un peu partout. Clairement, on est dans le même schéma que le christianisme qui vient remplacer le panthéon antique romain et grec qui avait lui même déjà remplacé des divinités beaucoup plus locales auparavant. M’enfin nuançons, le christianisme de l’antiquité, c’est pas celui du Moyen Âge. Et justement l’ambiance générale de Game of Thrones se trouve quand même vachement plus dans cette période.

Des inspirations médiévales ?

Et là, étonnamment, jusqu’à assez tard dans l’univers de Martin, c’est un point qui pêche. Si on l’a vu il y a des références dans les figures que l’on vénère, l’écho de l’Église dans la société est quasi nul à Westeros… Alors qu’au Moyen Âge, l’Église, c’est méga mais genre méga méga important !

Tout simplement parce que l’Église médiévale est structurée et elle pénètre totalement tout le tissu social et économique. Les clercs sont les représentants de l’église et ils peuvent servir de médiateurs quand il y a des bastons entre des seigneurs par exemple,

Ce qui ne manque pas d’arriver dans Game of Thrones on peut le voir. Ça aurait été plutôt utile et il est vrai ça aurait peut être rendu la série un peu plus chiante…

Jean Miélot écrivant
Le savoir en Europe médiévale est presque totalement détenu et transmis par des clercs ; de la copie à l’enseignement.

Au Moyen Âge, le savoir est monopolisé par les prêtres, rôle transmis aux Mestres dans Game of Thrones, des sages en toges qui sont les gardiens du savoir mais qui n’ont pas l’air spécialement engagé dans une cause religieuse. C’est plus une sorte de congrégation qui va placer ses étudiants à droite à gauche pour écrire des messages et servir de Wikipédia local quoi.

Cadeau bonus, les gars savent aussi soigner les maladies et les blessures s’ils sont doués. Et autrement que par la prière ou des granules de sucre. ce qui est plutôt bien !

Si les religieux ont une place politique de choix sur l’échiquier durant le Moyen Âge, ils sont donc ici relayés au rang de curiosité, de consultant, qu’on peut défoncer sans remords s’il commence à poser des questions un peu dérangeante ou qu’il respire trop fort.

Martin nous présente une univers médiéval sans vraie religion au final, ce qui est assez étrange…en tout cas jusqu’à la saison 5 de la série où débarque le personnage qui va tout changer à cette analyse : le Grand Moineau !

Grand François
Pape Moineau ou Grand François ?

Au début on le trouve sympa le Grand Moineau, il soigne les pauvres, leur donne à manger. Il paye pas de mine avec sa robe de bure. Vous lui mettez des lunettes on croirait l’abbé Pierre. On apprend qu’il a renoncé aux richesses pour se consacrer à la vie spirituelle et à l’aide des plus faibles plutôt que de se vautrer dans le luxe et la fornication.

Ça peut être qu’un bon gars non ?

Mais c’est sans compter sur Cersei qui pense manipuler à sa guise papy brossard qui a acquis une grande renommée dans les bas-fonds de Port-Réal. Elle le place à la tête de  la Foi Militante, des types beaucoup moins sympa qui comptent bien t’inculquer les bonnes manières et l’amour de ton prochain à grands coups de massues ferrées.

Au début tout fonctionne selon ses plans. Mais pas pour longtemps…

Victime numéro 1 : Loras. Et oui… ils n’aiment pas trop les homosexuels…

Victime numéro 2 : Margeary, qui a couvert son frère et qui n’aurait vraiment pas dû…

Victime numéro 3 : Cersei, il faut dire qu’avec les casseroles qu’elle trimballe,  il fallait bien que ça lui retombe dessus un jour au l’autre ! N’est pas Balkany qui veut !

Le Grand Moineau profite de l’isolement du faible roi Tommen pour mettre en place une théocratie. Et là ça fait mal ! Port-Réal, la Sodome et Gomorrhe des 7 Couronnes, paradis des bordels et des tavernes mal famées, est transformé en couvent de jeunes filles gardé par des pauvres bien trop heureux de prendre une revanche sociale pour avoir un peu de recul critique. Ou par des petits nobles frustrés qui font leur crise mystique hien, comme Lancel, le gars qui sert à rien là.

Et vous allez me dire, okay c’est bien beau mais ce Grand Moineau il a existé du coup ou pas ? Vu que Martin aime bien l’histoire et qu’il la manipule de la meilleure des manières pour donner vie à ses univers et qu’il s’est “planté” sur la religion, il a bien dû se rattraper avec quelqu’un non ? Et bah oui !

Un moineau florentin

Gandalf le pauvre nous renvoie en fait à un moine dominicain qui va engendrer tout un tas de fanatiques : Savonarole.

Statue de Savonarole en plein prêche.
Statue de Savonarole en plein prêche.

Nous sommes dans la Florence de la seconde moitié du XVe siècle, prospérité et épanouissement culturel  vont de pair avec un relâchement des mœurs. Partout dans la ville, les nuits orgiaques d’une bourgeoisie corrompue et avide heurtent le bas peuple qui ne profite que marginalement de la prospérité financière de la capitale toscane. Les Médicis et les Pazzi, deux familles puissantes de la région, ont beau construire des hôpitaux, ces œuvres de charité ne peuvent pas gommer des écarts sociaux qui se creusent de manière spectaculaire.

Apparaît alors un étrange personnage. Jérôme Savonarole, moine dominicain né en 1452 dans une famille aisée. Il débarque sur la pointe des pieds comme prieur au couvent San Marco de Florence en 1482 et se  taille vite une réputation d’un homme pieux menant une vie austère.

Mais c’est à partir de 1487 qu’il entre de façon assez fracassante dans l’histoire politique et religieuse de la ville.

Prêcheur exalté, il harangue, avec beaucoup de talent, la foule des laissés-pour-compte. Il parcourt frénétiquement les rues et s’en prend assez violemment, de façon verbale, aux oligarques, aux prêteurs d’argents véreux et aux débauchés qui s’envoient en l’air dès qu’ils le peuvent.

De prêcheur, il devient prophète. Il annonce la mort du Pape pour 1492 et l’arrivée d’envahisseurs deux ans plus tard. Savonarole serait-il Saroumane ? Aurait-il trouvé un palantir sous sa robe miteuse ? Pas vraiment…C’est juste un type manipulateur bien au courant de la santé chancelante du pape Innocent VIII et de la situation géopolitique.

Aussi quand le Pape casse sa pipe et que Pierre II de Médicis fuit piteusement devant l’arrivée en Toscane des troupes du roi de France, Charles VIII. Savonarole est porté au pouvoir par une foule hystérique.

Il est passé à ça (faire un geste de la main) de dire que la Belgique allait gagné la coupe du monde mais d’après ce qu’on m’a dit, il s’est retenu et tant mieux pour lui.

Il s’appuie alors sur une véritable milice religieuse de jeunes gens fanatisés qui poursuit les libertins. Il dresse des bûchers des Vanités, qui engloutiront des tonnes de livres humanistes et des toiles impies. Gagné par cette hystérie collective, ou pensant échapper par une conversion brutale à la foudre qui s’abat sur lui, Botticelli, le célèbre peintre italien, vient lui-même nourrir l’holocauste purificateur avec ses propres œuvres !

Genre c’est comme si demain y’avait une police de la pensée qui disait “l’Histoire c’est fini, c’est interdit” et que j’allais les voir en disant “Bonjour Messieurs, je crois que vous avez oublié mes vidéos, y’a des serveurs un peu partout mais bougez pas, je vous file l’adresse et de l’essence.” Chelou.

Tout comme Le Grand Moineau, les excès de Savonarole lui aliènent cependant de nombreuses corporations, inquiètes du déclin économique de la ville. La situation politique change aussi dans la Péninsule. La menace française s’efface et le pape Alexandre VI se méfie de la vertu un poil exagérée de ce moine devenu chef d’une des plus grandes cités d’Italie.

En juillet 1495, malgré des convocations répétées, Savonarole refuse de se rendre à Rome pour expliquer la nature de ses visions. Le Pape interdit ses prêches, fait examiner sa doctrine par quatorze théologiens, puis frappe la ville d’interdit. Toute vie religieuse est suspendue à Florence jusqu’à nouvel ordre. Savonarole en appelle à Dieu, il clame d’ailleurs haut et fort que si on doute de lui, il est prêt à relever l’épreuve du feu. En gros, une ordalie, c’est à dire qu’on organise une épreuve, avec du feu, et si il réussit, ça prouve qu’il a le soutien de dieu. Et là, on a un de ses opposants à Florence, Francesco di Pulgia, qui lui dit “ok mec, faisons ça”.

Ce que Savonarole n’avait pas trop prévu…

Du coup une épreuve est organisée, Savonarole se dégonfle et prend un champion pour le représenter. Mais vous connaissez la chanson : le feu ça brûle… finalement le type se dit qu’il a pas trop envie de cramer pour rien alors il prétexte plein de trucs toute la journée du genre “Hey mais on peut pas faire cramer mes fringues quand même ! “, “Hey, mais si je vais dans le feu avec mon crucifix, c’est un peu comme si je brûlais Jésus lui même non ?”…Enfin le type a pas envie et il attend tellement qu’il se met à flotter. Du coup c’est un peu mort pour l’épreuve du feu et Savonarole passe pour un abruti qui n’arrive pas à justifier ses positions.

Il est donc accusé d’hérésie, emprisonné une cinquantaine de jour, torturés à deux reprises, on lui pète d’ailleurs les bras, encore un qui n’aura pas de chocolat, et enfin on le pend le 23 mai 1498 avant de le brûler. Finalement il l’a faite son épreuve par le feu…

Pour éviter que toute relique ne serve d’étendard à un nouveau fou de Dieu, ses cendres sont jetées dans l’Arno, le fleuve qui traverse Florence. Bref c’est moins spectaculaire que l’explosion du temple de Baelor, c’est clair. Mais en même temps Cersei elle rigole pas et faut dire qu’elle a bien morflée avant !

Mais ça, on va le voir dans un prochain épisode !

Lâche un pouce si tu as kiffé, dis moi en commentaire ce que tu en as pensé, merci à Cédric Delaunay avec qui j’ai co-écrit cet épisode, je vous laisse retrouver son livre spécial Histoire et Game of Thrones dans la description !

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