Gengis Drogo ?

Mes chers camarades bien le bonjour !

S’il y a bien un personnage que je regrette profondément dans Game of Thrones c’est… nan en fait c’est pas possible de choisir il y’en a trop… mais Khal Drogo, il était vraiment stylé ! Heureusement pour se consoler de pas l’avoir eu longtemps à l’écran, on peut aller faire un tour du côté de l’Histoire avec un grand H puisque Georges R.R. Martin c’est largement inspiré de plusieurs trucs pour Khal Drogo et pour les Dothrakis ! Je vous dis tout…

De fiers peuples nomades

Portrait de Gengis Khan, dirigeant et unificateur de l'empire Mogol.
Portrait de Gengis Khan, dirigeant et unificateur de l’empire Mogol.

À la tête d’une armée de 40 000 guerriers à cheval, Khal Drogo n’est pas sans rappeler Gengis Khan, fondateur de l’Empire Mogol au XIIe siècle. Si le génie militaire du chef Dothraki de Game of Thrones est loin d’égaler celui de l’un des plus grands conquérants de tous les temps, les deux hommes ont plus en commun qu’un titre vaguement similaire.

Tous les deux sont issus d’une lignée de guerriers devenus les chefs d’une société nomade, ils entreprennent la plus grande conquête jamais menée sur les terres de l’Est, et terrorisent les populations de l’Ouest qui les considèrent comme des barbares.

Et en parlant de barbare, il y en a un autre qui peut clairement faire écho à Khal Drogo, c’est Attila !

Les portraits d’Attila et Gengis Khan comportent de nombreux points communs qui dépassent l’aspect physique de Khal Drogo. Tous deux sont certes bien bâtis, mais l’important est ailleurs. Après des jeunesses difficiles, ils prennent le pouvoir grâce à leurs exploits militaires et à une stratégie matrimoniale bien sentie. Gengis Khan accorde par exemple une grande confiance aux femmes de son entourage, notamment à sa mère et à sa première femme, Börte, la mère de ses quatre héritiers, qui jouent un rôle politique décisif.

Une Daenerys avant l’heure en quelque sorte.

L’un comme l’autre apparaissent comme des chefs sobres, peu portés sur l’excès, ce qui tranche pas mal avec le luxe que déploie la noblesse barbare, adepte d’orgies et de débauche. Et ça, on le sait parce que l’historien Priscus accomplit une mission diplomatique à la cour d’Attila en 449 et le constate de ses yeux. Dans le même genre, Marco Polo se met au service de Kubilai Khan, le petit-fils de Gengis Khan et là aussi, il dépasse ses a priori et casse les stéréotypes qui réduisaient les barbares à des êtres primitifs et cruels.

Cependant, c’est quand même pas des enfants de cœur.

L’historien et homme d’État persan Rachid-al-Din rapporte que Gengis Khan est amené à juger son frère de sang, Jamuqa, qui l’a trahi. Au nom de leur amitié, ce dernier demande à être tué dignement, sans que l’on verse son sang. Mais le grand Khan, meurtri par sa traitrise, le laisse au bon soin d’un de ses officiers qui le dépèce littéralement !

Exécution Viserys
ça chauffe un peu, non ?

Plus troublant encore : la scène dans laquelle Khal Drogo assassine son beau frère Viserys en versant un chaudron d’or fondu sur son crâne ne peut qu’évoquer les méthodes d’exécution de Gengis Khan, qui a pu faire couler de l’argent fondu dans les yeux et les oreilles de ses adversaires.

Ce qui n’empêche pas Marco Polo d’écrire en apprenant la mort de Gengis Khan : « Ce fut un grand dommage car il avait été prud’homme et sage. »

C’est vrai que le gars était peut être sympa en dehors de l’anéantissement de peuples et de cités entières qu’il a commandité.

La terreur que ces peuples des steppes inspirent, c’est en tout cas une arme pour obtenir la soumission des peuples et la capitulation des cités. Et ça, on le voit aussi dans Game of Thrones ou l’armée des Dothrakis peut servir pour intimider avant même de frapper.

L’objectif de ces grands dirigeants mongols étant d’établir un royaume universel non pas pour imposer leur culture, leur langue ou leur religion au nom d’une supposée supériorité, mais pour réaliser la mission divine confiée par Tengri, leur principal dieu, à ses envoyés sur Terre. Chaque peuple sous leur domination peut ensuite pratiquer sa religion et parler sa langue comme il le souhaite.

Un cheval, ça flotte ?

Si on veut continuer à dresser quelques parallèles entre les Dothrakis et les mongols, on peut également parler de la mer, qui représente le seul obstacle qu’ils ne peuvent franchir.

En tout cas au début de la série…

Drogo traîne en effet des pieds pour franchir le Détroit, effrayé à l’idée d’emprunter des chevaux de bois flottant sur les eaux. Il faut tout le talent de persuasion de Daenerys, qui fait cramer tous les khals d’un coup à Vaes Dothrak, ce qui aide forcément à imposer un peu le respect, pour embarquer ces sympathiques cavaliers vers Westeros.

Pour les mongols, c’est la même chose. Ils ont toujours eu un problème avec l’eau, et je ne parle pas de l’hygiène hein…

Invasion mongole du Japon
Un petit aperçu de ce qui est arrivé aux Mongols lors de la tentative d’invasion du Japon…

Solidement ancrés en Chine où Kubilaï (1215-1294), petit-fils de Gengis Khan, fonde la dynastie Yuan, les Mongols prennent contact avec les Japonais en 1266. Ils exigent la soumission des insulaires dans l’objectif d’instaurer un empire universel, garant de la stabilité sur Terre. La suite, j’en ai déjà parlé dans un épisode spécial sur ces invasions complètement manqués du Japon par les mongols. Je vous laisse découvrir ça en description. L’important, c’est juste de savoir que ça c’est mal fini, et que les mongols aurait dû se contenter de rester sur terre.

Ce qu’on peut en tout cas retenir c’est que si les parallèles sont nombreux à tisser avec les mongols, les dothrakis ne sont qu’une représentation fantasmée de ses derniers. Toute la complexité de la civilisation mongole, la richesse de son organisation logistique et ses coutumes ne sont pas vraiment relayés. Alors certes, on voit bien que les Dothrakis pratiquent l’esclavage, comme les mongols, mais on se concentre plus sur l’aspect guerrier des mongols que sur l’aspect économique et social. En gros, on est vraiment dans l’image que les occidentaux avaient des barbares venus de l’Est, et on colle bien plus à cette vision qu’à celle rapportée par Marco Polo ou Priscus.

Et après tout, ça semble assez normal car cette figure du barbare elle est très utilisé dans l’heroic fantasy et elle est facilement assimilable dans l’univers de Georges R.R. Martin !

Merci à tous d’avoir suivi cet épisode, encore merci à Cédric Delaunay de m’accompagner sur cette série à l’écriture, vous pouvez retrouver son ouvrage sur les liens entre Histoire et Game of Thrones, en description. Je vous dis à très vite pour un nouvel épisode Motion VS History. Tchao !

Pour en savoir plus :

Ma vidéo sur les invasions mongoles du Japon : https://www.youtube.com/watch?v=xAchFe8DYA4

Game of Thrones, de l’Histoire à la série, Cédric Delauney, 2018, Editions Nouveau Monde : https://amzn.to/2NDhPDn

Dans l’ombre de Gengis Khan, Julien Peltier, 2015, Editions Transboréal : https://amzn.to/2Cpb4ka

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