Château Gaillard, une forteresse imprenable ?

Mes chers camarades bien le bonjour !

On se retrouve aujourd’hui au sein de la petite ville des Andelys, au cœur du département de l’Eure, où se dresse derrière moi une forteresse médiévale du XIIe siècle qui, disons les choses de façon modeste, en impose grave. Une forteresse qui a pour origine une des plus grandes rivalités de l’Histoire, qui sera le théâtre de batailles et de sièges tout autant qu’elle servira de prison. Bienvenue à Château-Gaillard !

L’origine du château

Château Gaillard
Vue aérienne du château actuellement.

A la fin du XIIe siècle, l’ambiance n’est pas des plus roses entre la France et l’Angleterre. Philippe Auguste, roi de France, et Richard Cœur de Lion, roi d’Angleterre, sont plutôt potes dans un premier temps, ils partent même ensemble faire la IIIe croisade ! Mais Philippe plante Richard au milieu du conflit en le laissant gérer tout seul, il rentre au pays et complote avec le frère de Richard, Jean sans Terre, pour reprendre les possessions des Plantagenêt, la famille de Richard.

Bref, inutile de vous dire que quand Richard rentre des croisades, il est un poil furax, défonce son frère et débarque en Normandie. Après de furieux combats, un traité de paix est instauré en 1196 mais tout deux savent que ça ne va pas durer.

La frontière Est de la Normandie doit être fortifiée et Richard voit ici l’emplacement parfait pour établir un blocus sur la Seine. En 1197, la construction de Château-Gaillard, que l’on appelle aussi le “château de la roche” est lancé.

Des celliers et trois puits comme celui-ci sont installés pour permettre de tenir le choc en cas de siège.

Un baptême du feu immédiat

Bref, dès 1198 la forteresse est achevée, mais Richard meurt le 6 avril 1199, laissant la couronne à Jean Sans Terre. Philippe décide de temporiser la situation avant de lancer ses troupes sur la Normandie en 1203. En août, il met en place le siège de Château-Gaillard. Il fait creuser un double fossé tout autour de la forteresse, pour éviter à la fois la fuite des anglais et les renforts éventuels qui viendrait à leur rescousse, puis il fait construire quatorze tours qui viennent encercler la place. L’étau se resserre.

Roger de Lascy, commandant de château Gaillard, se rend alors compte qu’il ne pourra pas nourrir tout le monde bien longtemps. Il prend la décision qui s’impose pour remporter la victoire : mettre à la porte tous les civils et ne conserver que les soldats nécessaires pour défendre la forteresse.

Ces centaines de civils, s’ils peuvent dans un premier temps passer les rangs français sont bientôt bloqués par Philippe Auguste. Ils errent donc entre les murailles et les troupes françaises pendant près de 3 mois, en plein hiver. La plupart meurent de faim et de froid. Un drame mis notamment en peinture par Françis Tattegrain dans son œuvre “les bouches inutiles”.

Philippe Auguste
Philippe Auguste durant la bataille de Bouvines, en 1204.

Début 1204, Philippe Auguste veut en finir avec la forteresse en exploitant une de ses faiblesses. Au sud-est des anglais se dresse un haut-plateau qui surplombe les défenses. Pour éviter un assaut de cette direction, Richard avait fait creuser un énorme fossé de 20m de long et de 10m de profondeur. Un fossé, que Philippe compte bien combler en construisant un énorme beffroi qui protégera ses hommes pendant la manoeuvre. Bientôt, les soldats français atteignent le pied de la forteresse, le travail de sape commence et la grande tour du sud-est bascule dans le vide.

Mais la bataille n’est pas finie, il faut maintenant pouvoir atteindre la basse-cour du château. Et là beaucoup de gens, encore aujourd’hui, pensent que c’est par les latrines que les français seraient rentrés dans château-gaillard. Et bien non ! C’est une légende urbaine !

Juste avant le siège, Jean sans Terre, qui n’avait pas vraiment le pif pour les bonnes affaires, avait fait construire une chapelle le long de l’enceinte. Le bâtiment s’étirait sur deux étages, le rez-de-chaussé servant de cellier. Malheureusement les architectes de la chapelle avait placé les fenêtres de ce cellier un peu trop bas et c’est par là que plusieurs soldats français s’introduisent dans la place forte.

Ultime erreur stratégique dans la construction du château, ce qui sépare la haute-cour de la basse-cour n’est pas un pont-levis comme on pourrait s’y attendre mais un pont dormant, classique. Les sapeurs français n’ont alors qu’à se glisser en dessous pour commencer à affaiblir l’enceinte… bientôt, une machine de jet finit le travail et les français prennent possession de la forteresse. Roger de Lascy, le gouverneur de château-gaillard, se rend le 6 mars 1204 après plus de 6 mois de siège, laissant la voie ouverte à Philippe Auguste pour poursuivre sa conquête de la Normandie en marchant sur Rouen.

La dispositif défensif imaginé par Richard et Jean n’a donc pas suffit à retenir les troupes françaises, la faute à quoi ? Probablement une construction trop rapide, dans une contexte trop tendu, ce qui a conduit à des erreurs de conception. Dommage quand on voit la bête !

Après la victoire du roi de France sur Jean sans Terre, la Normandie est rattaché au domaine royal du royaume de France. Château-Gaillard perd tout intérêt stratégique.

Une forteresse recyclée

Quelle utilité trouver alors à ce lieu qui se trouve littéralement au milieu de nul part et qui ne sert plus à grand chose ?

Et bien une prison pour commencer, ça serait pas mal ! En tout cas si le lieu n’a jamais eu officiellement cette fonction, on peut s’étonner du nombre “d’invités” qui y ont fait un petit séjour.

En 1314 par exemple, les belles-filles de Philippe le Bel sont accusés d’avoir couchés avec d’autres hommes que leur mari respectifs. Leur amants sont zigouillés sur place publique et les deux jeunes femmes sont envoyés ici, au château de la roche, pour y être enfermé. On dit alors que Marguerite de Bourgogne y est malmené pendant près d’un an avant que son mari, Louis X, n’ordonne qu’on l’étrangle. Sympa.

En 1334, David Bruce, le roi d’Écosse, est forcé à l’exil par le roi d’Angleterre Édouard III. Philippe VI, le roi de France, lui donne Château-Gaillard de bonne grâce pour s’y réfugier. Un joli geste qui n’empêchera pas David Bruce d’avoir un poil les boules de devoir passer une partie de son temps ici, dans ce château pas très confortable il faut bien le dire… Pas un prisonnier donc, mais presque !

Un autre qui y est retenu malgré lui, c’est Charles “le mauvais” en 1356, que nous avons rapidement évoqué dans l’épisode dédié à la cathédrale d’Évreux, je vous remets le lien en description !

Enfin Charles de Melun, qui était le connétable de Louis XI, c’est à dire, pour simplifier, le chef des armées, est victime d’un complot politique. Il tombe en disgrâce, est enfermé dans les murs de château Gaillard, torturé par le bourreau du roi, Tristant l’Ermite, et enfin décapité sur la place du marché du Petit-Andely, qui fait aujourd’hui parti de la commune des Andelys.

Bref, du beau monde qui passe par ici et… qui y reste !

On notera tout de même que pendant la guerre de cent-ans, la forteresse est de nouveau assiégée, cette fois ci par les anglais. Un épisode qui durera 16 mois et qui se soldera par la défaite des français à cause d’un manque de corde… Oui… les cordes des puits avaient toutes lâchées et du coup on pouvait plus se réapprovisionner en eau… C’est balot hein ? On insiste jamais assez sur l’importance de la corde !

En 1552, le père d’Henri IV, Antoine de Bourbon, meurt devant la forteresse après avoir été blessé à Rouen. Ironique quand on sait que c’est son fils qui est en bonne partie responsable de la disgrâce de Château-Gaillard. En 1591, durant les guerres de religion, des troupes de la ligue catholique s’y réfugient et résistent aux forces d’Henri IV pendant près de deux ans.

Suite à sa victoire et pour éviter que le château ne soit réutiliser de la même manière, le roi fait raser la plupart des tours à la hauteur qu’on les voit aujourd’hui, ne conservant que le donjon principal.

Une bonne partie de l’ouvrage sera ensuite démonté pour réparer des lieux de cultes en ville.

En 1862, après des années difficiles, les ruines de Château-Gaillard, une des forteresses les plus importantes de Normandie, sont classées aux Monuments Historiques, ce qui lui permettra de bénéficier de plusieurs campagnes de restauration. Un lieu incroyable, offrant une des plus belles vues de la région.

Si vous avez envie de poser vos valises dans le coin pour un weekend, sachez qu’il est ouvert à la visite d’avril à novembre et que des animations médiévales y ont même lieu ! Pour les fans de technos, les Andelys proposent même une visite en réalité virtuelle du site. Dans la même veine que Château-Gaillard, je vous conseille aussi le château de Gisors pas loin qui mérite aussi le détour et qui à une histoire assez similaire sur quelques points.

Merci à tous d’avoir suivi cet épisode, Merci à Eure Tourisme d’avoir participé à la production de cette vidéo. On compte sur vos partages, vos likes, vos commentaires, à très bientôt !

One thought on “Château Gaillard, une forteresse imprenable ?

  1. Je suis surprise que le chateau voisin ne soit pas cité. Certe la forteresse de l’époque n’existe plus mais sur ses fodation un chateau renaissance à été construit. les deux chateaux ont la particularité que l’un soit visible à l’oeil nu de l’autre. Un fait assez rare il me semble les domaine seigneuriaux étant souvent assez grand. Vous cités le chateau de gisors qui date à peu prés de la même époque alors question pourquoi ne pas avoir parlé de son voisin à l’histoire tout aussi riche et nettement plus proche

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