Harcourt : la famille la plus puissante de Normandie ?

Mes chers camarades bien le bonjour !

On se retrouve aujourd’hui pour un petit voyage dans le temps au cœur de la Normandie, plus précisément dans le département de l’Eure. Oui, aujourd’hui on va parler viking, guerre fratricide, princesse un peu trop portée sur la déco et… préservation des forêts ! Si si, on peut faire rentrer tout ça dans un seul épisode et c’est celui-ci, au château d’Harcourt !

Une famille prestigieuse

La famille d’Harcourt est sans doute l’une des familles les plus prestigieuse et influente du Moyen Âge. Elle trouve ses racines dans une légende. En effet en 911 quand le célèbre viking Rollon partage son butin, la Normandie, avec ses meilleurs guerriers, un certain Bernard le danois obtient le domaine d’Harcourt. Et ce domaine, il le transmet de père en fils jusqu’à ce que son arrière-petit-fils, Anquetil, prenne le nom d’Harcourt.

Alors pourquoi parler au conditionnel ? Parce qu’on a pas de vraies preuves de filiation, tout ça fait parti du folklore mais acceptons le parce qu’après tout, nous sommes en Normandie !

Anquetil
Négociations entre l’archevêque de Rouen et Rollon, qui finira par recevoir des terres en Normandie. Enluminure du XIVe siècle.

Et puis quand même, Anquetil, il participe au XIe siècle à la conquête de l’Angleterre au côté de Guillaume le Conquérant ! Si ça c’est pas une preuve qu’il a du sang viking… Bref, c’est à cette époque, autour de 1030, que le premier château féodal est construit. Probablement en bois, il ne reste rien aujourd’hui de cette construction si ce n’est la structure générale du site qui représente une motte avec une basse-cour ovale entourées de fossés.

Il faut attendre le XIIe siècle pour le premier donjon en pierre fasse son apparition. Et ça, ça coute des sous ! C’est donc un signe de pouvoir et de richesse que de faire construire un édifice pareil. Et pour cause, Robert II d’Harcourt, le seigneur de ses lieux, devient un des conseillers du roi Henri II d’Angleterre et accompagne même Richard Cœur de Lion en croisade. Pas n’importe qui donc !

Cet ensemble architectural, il est renforcé au cour du XIIIe siècle, et ce qu’on voit aujourd’hui de l’époque médiévale du château est en grande partie issu de cette période. On y construit le logis, la basse-cour, les murs d’enceintes et le fameux châtelet avec ses deux tours et sa porte qui en impose.

Et là encore, tout ça coûte pas mal d’argent, que la maison d’Harcourt va chercher dans les mariages et les donations royales.

Une politique ambiguë

Battle_of_crecy_froissart
Enluminure représentant la bataille de Crécy dans un exemplaire des chroniques de Froissart. La bataille sera un massacre pour les Français.

Au XIVe siècle, la guerre de Cent ans éclate. Et à ce moment là, autant vous dire que les Harcourt, ils sont bien positionnés sur l’échiquier diplomatique ! La Normandie à cette époque, c’est un territoire qui oscille entre l’Angleterre et la France, en tout cas qui puise ses racines dans les deux camps. Des deux côtés, on s’arrache donc leur alliance pour faire pencher la balance ce qui conduit à des prises de positions très ambigües au sein de la famille. Tandis que Jean IV d’Harcourt, propriétaire du domaine, est au service de  Philippe VI, le roi de France, son propre frère, Godefroy d’Harcourt, dit “le boiteux”, roule lui pour Édouard III, le roi d’Angleterre. Pire, lors de la célèbre bataille de Crécy en 1346, les frères s’affrontent sur le champ de bataille. Et là, on assiste à un véritable drame familial qu’on pourrait tout à fait adapter au théâtre.

Jean meurt lors de la bataille tandis que son fils, qui participait aussi au combat, est grièvement blessé. Lorsque Godefroy, un des chefs de l’armée anglaise tout de même, découvre le corps de son frère parmi les soldats français, il est rongé par le remord. A tel point qu’il quitte alors les rangs anglais pour rejoindre la France. Incroyable !

Mais c’est pas fini ! Parce si le fils de Jean IV, Jean V, est grièvement blessé… il s’en sort ! Et il ne trouve rien de mieux à faire que de comploter contre le roi de France. Résultat, il est exécuté sur ordre du roi en 1356 et Godefroy, qui avait retourné sa veste, la remet à l’endroit en rejoignant de nouveau des anglais dans le but de venger son neveu.

Il ne fait pas long feu puisque la même année il est tué dans un échange avec les français. Comme quoi…ça tient à peu de choses parfois…

En tout cas c’est à cette époque que rayonne la puissance des Harcourt puisque grâce à Jean IV, les 6 châteaux et domaines que possèdent la famille d’Harcourt dans le coin forment officiellement à partir de 1339 le comté d’Harcourt. Et ça, ça claque.

Jean VI, petit-fils de Jean IV, ils ne s’embêtent pas avec les noms, épouse d’ailleurs Catherine de Bourbon, qui n’est autre que la soeur de la reine de France. A partir de 1359 les Harcourt entre donc dans la famille royale.

Et ça, ça claque aussi.

Pas de bol pour Jean VI, son fils Jean VII, ils s’embêtent toujours pas, perd le château en 1418 face aux anglais. Pendant près de 30 ans, le domaine échappe aux français et Jean VII ne récupère son bien qu’en 1449, 3 années seulement avant de mourir.

Il en a pas trop profité quoi…

Et là vous allez me dire : attends Ben, ne nous dit pas que le château passe à Jean VIII ???

Et bah…non. Il y a bien eu un Jean VIII, mais il est mort lors de la bataille de Verneuil en 1424, dont nous parlerons lors d’un prochain épisode. Pas d’héritier mâle donc pour reprendre le domaine d’Harcourt !

Qu’à cela ne tienne, Marie d’Harcourt, la soeur de Jean VIII, hérite du comté en 1452. Et par le biais de son époux, le château et toutes ses possessions passent dans la famille des ducs de Lorraine.

Et ça, on le voit très bien sur le château actuel, puis on retrouve des croix de Lorraine en briques rouges sur les murs.Comme pour dire : ça, c’est à nous !

Après le Moyen Âge

Au XVIe siècle, le lieu voit passer quelques affrontements durant les guerres de religions mais globalement, la famille d’Harcourt se désintéresse du domaine et part vivre non loin de Paris. Le château d’Harcourt devient donc une résidence secondaire peu entretenue.

Jusqu’à l’arrivée d’une sacrée bonne femme : Françoise de Brancas, qui s’auto-proclame Princesse d’Harcourt. Je vous mets un lien en description de la vidéo, un petit portrait de la belle écrit au  XVIIIe siècle, vous m’en direz des nouvelles…

Cette Françoise de Brancas donc, hérite du château en 1695. Elle fait parti de la très haute aristocratie, côtoyant notamment la reine Madame de Maintenon, seconde épouse de Louis XIV. Pendant près de 10 ans, elle va s’atteler à transformer une bonne partie du château pour le mettre à la mode. En gros, elle abats les murailles, elle comble les fossés, elle défonce des tours et elle construit à la place… une terrasse par exemple. En tout cas, c’est à elle que l’on doit les deux visages du château d’Harcourt. Du côté occidental, s’il reste dans son jus médiéval, l’autre façade, elle, est bien plus moderne.

Château_d'Harcourt_(France)
Certaines parties, comme ce châtelet d’entrée, sont encore très bien conservées.

Le château est quasiment abandonné après la mort de Françoise en 1715 et la révolution passe par là. Louis Gervais Delamarre, un avocat parisien qui a bien failli laisser sa peau pendant cette révolution, sauve alors le château en le rachetant en 1802 pour exploiter ses terres. Ce véritable pionnier de la sylviculture, la culture des arbres, décide de reboiser tout le domaine en utilisant de nouvelles techniques et d’y planter de nouvelles espèces comme des pins. Amoureux de la nature, il lègue à sa mort en 1827 tout le domaine et sa sauvegarde à la société royale d’Agriculture. Il leur laisse d’ailleurs des consignes et de nombreux botanistes viennent travailler au domaine pour gérer la forêt.

En 1833, le deuxième arboretum de France est créé à Harcourt. En gros, un parc où de très nombreuses espèces d’arbres sont plantés pour étudier leur développement. Et ici à Harcourt, on a à faire à un arboretum de collection qui s’étend sur près de 9 hectares, c’est énorme.

Par la suite, le domaine est classé en 1862 aux Monuments Historiques, ce qui participe à sa conservation et il ouvre finalement ses portes au public en 1967.

Aujourd’hui, le domaine est visitable du mois de mars au mois de novembre, l’occasion de faire une belle balade en forêt, de parcourir le château et de découvrir bien évidemment, le fameux arboretum qui est un des plus beaux de France. L’été, le site s’anime et on peut même y faire une petite pause dans un hamac et se laisser bercer par le bruit des arbres. Il y a aussi quelques rendez-vous annuels bien sympa comme les médiévales d’Harcourt, une fête médiévale qui se déroule en Mai avec camp de reconstitution, joute, tournois et tout ce qu’il faut pour s’amuser. Bref, un bel endroit !

J’espère que comme moi vous avez aimé voyager à travers l’histoire du château d’Harcourt. Merci à Eure Tourisme pour avoir permis à cette vidéo d’exister et vraiment n’hésitez pas à venir faire un tour dans le coin si vous le pouvez, c’est franchement sympa.

Je compte sur vos likes, vos commentaires, vos partages bien évidemment, à la prochaine pour un nouveau reportage !

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