Des femmes en armure

Mes chers camarades, bien le bonjour !

On se retrouve aujourd’hui pour l’ultime épisode sur les liens entre Game of Thrones et l’Histoire. Il y a encore pas mal de choses à dire c’est clair, mais il y a déjà plein de livres, de documentaires et de vidéos qui ont été faite sur la série, il y a de quoi tenir 10 ans de programme donc à un moment donné, faut s’arrêter ! Bref, pour clôturer cette suite d’épisodes je vous propose de revenir sur quelques portraits de femmes guerrières dans la série et plus généralement sur la place de la femme dans l’univers de Georges Martin : car l’auteur l’a toujours dit, il veut laisser la place à des personnages féminins forts, qu’elles ne soient pas que des victimes ou des pièces rapportées. Et le moins qu’on puisse dire, c’est qu’il a transformé l’essai !

Des débuts très patriarcaux

Au début de la série, les mecs sont clairement les chefs. Les filles ne sont que des monnaies d’échange pour consolider des alliances et une fois mariées on sent bien que c’est pas forcément l’éclate. Sauf bien sûr si votre frère traîne dans le coin et que vous êtes un brin consanguine.

Et pourtant, si la patriarcat semble avoir de beau jour devant lui quand on plonge dans l’Univers de Martin, on sent très vite le vent tourner. Adios Ned, Robert, Viseris, Drogo et Balon. Theon quant à lui perd quelque chose en route qui fait que les Fer-nés ne le considèrent plus vraiment comme un mec avant un bout de temps.

Une partie des femmes de la série choisissent alors d’assumer le pouvoir par le biais de la diplomatie et des intrigues. C’est le cas de Cersei, qui excelle dans l’art de prendre les gens en traître, mais aussi d’Olenna Tyrell, la lady pleine d’expérience qui a plus d’un tour dans son sac, ou encore de Sansa, même si elle met pas mal de temps à trouver sa place dans la série.

D’autres personnages féminins, eux, font le choix de baston pure, comme Arya Stark, tandis que certaines vont même jusqu’à combiner la baston et le pouvoir, comme Asha Greyjoy et Daenerys.

Justement tient, parlons en un peu de ces deux là !

Asha bouleverse l’ordre sexuel des Fer-nés qui considèrent les femmes comme des mères et des épouses. Sa science de la navigation n’a d’égal que son courage sur le champ de bataille. Cheffe de guerre perspicace et fidèle à la tradition maritime de son peuple, elle tente de dissuader son frère de maintenir ses troupes à Winterfell. Sœur fidèle, elle tente d’arracher Theon aux griffes de son tortionnaire, le terrible Ramsay Bolton. Aussi ses hommes la respectent et voient en elle le successeur légitime de Balon quand celui-ci décède dans des circonstances troubles.

La jeune Daenerys, elle est « vendue en mariage » par son frère Viserys au Khal Drogo, en échange de la promesse du chef dothraki de lui fournir son khalasar, ses troupes militaires quoi, pour conquérir le Trône de Fer. Sous son aspect fragile sommeille en fait le dragon. Associée au pouvoir par son mari, elle ne s’émancipe qu’après la mort de son frère et la cérémonie mortuaire de Drogo. « L’Imbrulée » qui sort du brasier est accompagnée de trois dragons, créatures mythiques qui avaient disparu depuis des siècles.

Ce qui inspire tout de suite le respect ! Soyons clair.

La question qui se pose maintenant : est ce qu’on trouve des femmes aussi badass dans l’Histoire et Georges Martin aurait-il pu s’en inspirer ? Oui et oui !

Quelques exemples historiques…

Je préfère tout d’abord préciser que je me base surtout sur l’Histoire occidentale dans les minutes qui viennent car c’est principalement de la que viennent les inspirations de Martin. Ainsi s’il est clair que le schéma patriarcal est très présent et que la chevalerie est avant tout masculine et virile, on trouve quand même pas mal de femmes bien badass qui étaient loin de se laisser faire !

Jeanne Hachette
Statue de Jeanne Hachette.

On peut par exemple citer la célèbre Jeanne Laisné, surnommée « Jeanne Hachette » ! Quand en juillet 1472 Charles le Téméraire est en pleine campagne contre le royaume de France, il attaque la ville de Beauvais avec ses troupes. Louis XI, roi de France, étant déjà occupé par le conflit Breton, Beauvais ne possède pas de garnison et devrait être facile à prendre.

Sauf qu’une fois au pied des remparts, les hommes de Charles le Téméraire se rendent compte que les habitants de Beauvais bah… ils ne veulent pas se laisser faire ! Et quand une jeune fille de bourgeois, Jeanne Laisné, prend une hache pour repousser l’envahisseur, une grosse partie des femmes de la ville se joignent à la bataille et repoussent l’ennemi. La belle sera alors surnommé “Jeanne Hachette” et Louis XI, pour lui rendre hommage créera une procession en son honneur. En gros, chaque année, on fête la demoiselle en défilant dans la rue, les femmes devant les hommes, bien entendu. Et encore aujourd’hui à Beauvais, le dernier weekend de juin, on organise des festivités qui lui sont dédiés.

Une célébrité presque à la hauteur de Jeanne d’Arc hein… enfin non… mais pour cette Jeanne là, je crois qu’on doit être à la 547ème fête, un truc dans le genre, c’est pas si mal !

Si à Beauvais c’est donc une jeune bourgeoise qui s’illustre, se sont plus souvent des épouses de seigneurs et rois qui s’illustrent militairement.

Jeanne de Flandre (1295-1374), également connue sous le nom de Jeanne de Montfort, est duchesse de Bretagne. En 1342, la ville d’Hennebont est assiégé par les forces françaises. Son mari ayant été capturé, elle prend alors le flambeau de la lutte et résiste de toute sa volonté. Et c’est une bretonne, alors de la volonté, elle en a !

Les français en vue, elle prend donc les armes, guide la défense de la ville et exhorte les femmes à « réduire leurs jupes et à prendre leur sécurité dans leurs propres mains », selon une chronique bretonne du début du XVIe siècle. Elle conduit même un raid de chevaliers à l’extérieur des murs et détruit une base arrière de l’ennemi en y mettant le feu, d’où son surnom de « Jeanne la Flamme ».

Toujours pas la renommé de Jeanne d’Arc, même si elle aurait très bien pu porter le même surnom de Jeanne la Flamme hein, mais c’est quand même pas mal du tout !

Les femmes peuvent aussi commander des places fortes en l’absence de leurs maris. En 1338, Agnès Randolph… Et non, elles s’appellent pas toute Jeanne… désolé…

En 1338 donc, Agnès Randolph  comtesse de Dunbar et de Mars, défend le château de son mari, parti rejoindre l’armée écossaise. Assiégée par les troupes anglaises du duc de Salisbury, elle manœuvre habilement et organise une défense efficace, obligeant l’assaillant à lever le siège après cinq mois. Badass !

Au-delà de cette délégation du pouvoir, qui démontre tout de même la confiance qu’avaient certains maris dans les qualités de commandement de leurs femmes, certaines participent activement à des conflits militaires et n’ont rien à envier à Daenerys.

Æthelflæd
Miniature représentant la « reine » mercienne Æthelflæd.

On peut par exemple citer la « reine » mercienne Æthelflæd, dans l’Angleterre divisée du début du Xe siècle, qui doit faire face aux invasions venues de Scandinavie. La reine, ou « Dame de Mercie », mène plusieurs opérations militaires du vivant de son mari, ce qui lui assure une renommée forte et lui permet de participer à la gestion du territoire.

A la mort de son mari, elle prend assez naturellement la succession, sans que son genre semble poser problème. Elle continue de mener des campagnes, de construire des forteresse et récupère une partie de son territoire face aux Danois.

Une nana qui faut pas trop faire chier.

On peut aussi parler de Mélisende (1101-1161), fille ainée du roi Baudouin II de Jérusalem,qui  assure la régence pour son fils pendant huit ans. Elle prend part au commandement de batailles lors de la deuxième croisade et rencontre à cette occasion le roi de France, Louis VII, mais surtout sa femme, la tumultueuse Aliénor d’Aquitaine. Une reine qui détonnait “un peu” au côté de son prudent, pieux et, pour tout dire, pataud de mari. Chevauchant parmi les troupes menées par son oncle et proche ami Raymond de Poitiers, elle impressionne tous ses contemporains.

Et c’est assez compréhensible parce que les récits de femmes devançant leur mari pour défendre l’intérêt de leur famille ils sont pas over habituels. Le cas le plus savoureux est sans doute celui d’Isabelle de Conches (1060-1100). Le chroniqueur Orderic Vital nous narre avec délectation comment la « généreuse, audacieuse et gaie » Isabelle « rode comme un chevalier parmi les chevaliers ». Dans un conflit qui oppose son vieux mari, de trente ans son aîné, à Guillaume d’Evreux (et surtout à sa femme Helvise !), elle n’hésite pas à endosser une armure pour aller démonter des vassaux peu pressés de sauvegarder les intérêts de leur suzerain.

Et bah, ça fait des jolis portraits de femmes qui se laissent pas faire et qui auraient pu inspirer quelques héroïnes de Georges Martin. Maintenant est ce qu’il s’est vraiment inspiré à 100% de ces figures historiques, par sûr, mais ça reste hyper intéressant de voir que des femmes guerrières ont vraiment existé dans nos sociétés occidentales, même si c’était pas over répandu.

Des histoires de pucelles

En tout cas il y a tout de même un personnage ultra bourrin et féminin dont on a pas parlé et qui directement référence, sûr de chez sûr, à une de nos plus grandes figure historique française. 8La belle Brienne !

Ah Brienne ! Elle fait une entrée fracassante dès la première saison ! Lors d’un bon vieux match de béhourd en l’honneur du mariage entre Margeary et Renly Baratheon, un mystérieux chevalier met à bas le beau et valeureux Loras Tyrell, frère de la mariée et amant du marié…

Un gars qui a toute sa place parmi les invités quoi…

Quelle n’est pas la surprise de l’assistance de découvrir une femme derrière le heaume cabossé du vainqueur ! Brienne de Torth, fille unique d’un seigneur vassal des Baratheon,  a un gabarit impressionnant et d’ailleurs elle défonce même l’un des personnages les plus bourrinos de la série, le limier. C’est dire !

En tout cas son allure est relativement intimidante et on apprend dans la série que les prétendants ne se sont pas poussés au portillon ce qui expliquerait qu’elle soit pucelle. Un point sur lequel on insiste quand même pas mal dans la série hein, ce qui rend d’autant plus savoureux son début de romance avec Jaime Lannister. Une pucelle, qui incarne parfaitement l’esprit chevaleresque quand elle décide de mettre sa vie au service de Renly Barathéon puis à celui de Catelyn Stark après la mort de Renly. Non seulement c’est une guerrière redoutable, mais elle n’hésite pas une seconde à mettre sa propre sécurité en danger pour des causes et des personnes qui lui paraissent nobles.

Bon, clairement j’ai déjà namedrop deux fois Jeanne d’Arc, c’est pas vraiment un hasard, et faut pas avoir un bac +12 pour comprendre que Georges Martin il s’est construit une super Jeanne d’Arc à travers Brienne.

Profitons donc de l’occasion pour se faire un petit rappel sur la Jeanne ! Enfin en particulier sur un ou deux trucs, parce que refaire l’Histoire de Jeanne d’Arc, ça mériterait un épisode en entier.

Grâce à Robert de Baudricourt, Jeanne d’Arc est reçue en audience publique au début du mois de mars 1429 par le dauphin Charles. Elle lui prête allégeance en le suppliant de la prendre à son service pour accomplir la tâche que lui ont donné ses Voix : libérer le royaume de France de l’envahisseur et conduire le dauphin à Reims pour y être sacré roi. Situation qui semble bien étrange : une jeune pucelle de 17 ans, fille d’un simple laboureur, aborde un faible roi pour lui annoncer qu’il va franchir la Loire et traverser tout le nord de la France solidement tenu par les ennemis anglais et bourguignon pour recevoir l’onction royale et, finalement, vaincre l’adversaire !

On peut pas lui enlever qu’elle avait la foi…

Si la rencontre paraît totalement surréaliste à nos yeux, a y regarder de plus près, les choses ne sont pas si improbables. D’une part, l’étiquette à la cour n’est pas encore rigide : accéder au roi reste relativement facile. D’autre part, la fidélité et la soumission que Jeanne manifeste à l’égard du futur Charles VII trouvent leurs origines dans le profond sentiment de légitimité monarchique qu’il y a à cette époque dans cette province frontière qu’est la Lorraine, puisqu’elle est soumise aux pillages des troupes anglo-bourguignonnes. ça parait pas impossible donc.

Le lendemain de son arrivée à Chinon, là où elle rencontre Charles, Jeanne est examinée par deux dames franchement hostiles à la jeune aventurière. Conclusion des vieilles harpies : elle est vierge. Mais pourquoi cet étrange examen ?

http://www.kommunicera.umea.se/hemma/mathias/

On va passer directement en 1431 et à un moment fort du procès de Jeanne d’Arc. Ses juges l’accusent de dévergondage. Jeanne proteste, s’offusque devant ses attaques. Elle déclare avoir fait vœu de chasteté à treize ans, quand elle entend pour la première fois ses « Voix », et que jamais elle n’a dérogé à la règle qu’elle s’était imposée. L’évêque Pierre Cauchon maintient son accusation, sans toutefois pouvoir apporter de preuves ni de témoins. Rien ne permettant de condamner Jeanne donc. Lors du procès en réhabilitation conduit par Charles VII en 1450, le duc d’Alençon déclare, en se remémorant les campagnes militaires qu’il mena aux côtés de Jeanne, qu’elle « était chaste et détestait les femmes qui cherchent la compagnie des soldats ». D’ailleurs, jamais elle ne portait de vêtements féminins pour ne pas attiser la convoitise. Les mœurs de l’époque…

Pourquoi tant d’insistance sur la virginité de cette jeune guerrière qui a galvanisé les troupes françaises et permit à Charles VII d’être couronné roi de France à Reims ?

Et bien il faut comprendre que Jeanne est un mythe de son vivant et qu’elle vit à une époque d’extrême émotivité où le merveilleux joue un rôle crucial. Dans les actes du procès de Jeanne d’Arc, il est fait mention, à plusieurs reprises, d’un dicton fort répandu, selon lequel « la France qui avait été perdue par une femme serait sauvée par une vierge ». Cette prophétie, elle fait écho à la tradition chrétienne rachetant le péché originel d’Eve par la vie de Marie. Dans le cadre de la guerre de Cent ans, elle acquiert donc une dimension particulière : la mauvaise femme peut alors être associé à Isabeau de Bavière qui, soutenue par le parti bourguignon, avait dépecé la France au profit des Anglais par le traité de Troyes en 1420. Jeanne, elle, apparaît aux yeux de beaucoup comme la Rédemptrice. Certaines versions de la prédiction précisent que la vierge salvatrice viendrait des marches orientales du royaume ; d’autres évoquent un bois de chênes. On comprend alors mieux l’intérêt que suscite le personnage de Jeanne, cette jeune vierge du village lorrain de Domrémy, habitant précisément près d’un lieu-dit appelé le Bois Chenu.

Je pense qu’il y avait un alignement des planètes doublée d’une demi-douzaine de camion bennes rempli de pattes de lapins pour permettre à tout ça de rouler tranquillos. Petite pensée pour les lapins donc…

Merci à tous d’avoir suivi cet épisode qui vient conclure la série de vidéo sur les parallèles entre Game of Thrones et l’Histoire. Il y a encore beaucoup à dire, franchement même si on a fait un peu moins de 10 vidéos, que vous pouvez retrouver dans une playlist que je vous mets en description, on a effleuré le sujet mais heureusement y’a plein d’articles sur le web et de vidéos sur Youtube qui ont été fait par d’autres courageux. Vous pouvez par exemple aller mater les vidéos de “La prof” sur l’architecture ou celle de “Linguisticae” sur les langues dans l’univers de Game of Thrones. Et puis si vous voulez poursuivre le plaisir, il y aussi des bouquins qui ont été écrit sur le sujet, dont celui de camarade avec qui j’ai écris une bonne partie de ces épisodes : Cedric Delaunay, je vous le conseille fortement et je vous mets aussi un lien en description pour le commander!

On se retrouve très bientôt pour de nouvelles aventures en dehors de Westeros. A la prochaine !

 

Pour aller plus loin :

La vidéo de la prof : https://youtu.be/_WTFVi7f1Ok

Game of Thrones, de l’Histoire à la série, Cédric Delauney, 2018, Editions Nouveau Monde : https://amzn.to/2NDhPDn

 

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