Une des pires batailles de la Guerre de Cent Ans

Mes chers camarades bien le bonjour !

Je suis aujourd’hui dans la commune de Verneuil d’Avre et d’Iton et ce que vous voyez derrière moi, c’est ce qu’on appelle la tour grise.

Construite par Philippe Auguste en 1205 autant pour renforcer la protection de la ville que pour surveiller ses habitants et rappeler l’autorité du roi, elle est sans doute le plus beau vestige des défenses militaires médiévales qui subsistent encore aujourd’hui, la majorité ayant été détruite au XVIIe siècle. On ne se doute donc pas vraiment qu’ici c’est déroulé une des plus grandes et meurtrières batailles de la guerre de Cent-ans, la bataille de Verneuil.

Car si Azincourt ou Crécy ça vous parle sûrement quand on évoque cette période, il faut bien avouer que Verneuil n’a pas la même renommée. Et pourtant, l’affrontement est plus sanglant que durant ces célèbres batailles. Petite explication.

Une fin de guerre difficile

En 1422 le royaume de France est en péril. Le roi de France, Charles VI meurt et la place de Charles VII, son héritier, est remise en cause par le traité de Troyes qui prévoyait que la couronne reviendrait au roi d’Angleterre Henri VI. Dans un pays où la guerre fait déjà rage entre les Armagnacs, favorable au royaume de France et les Bourguignons, alliés des Anglais, Charles VII n’est pas vraiment dans une position que l’on peut qualifier de confortable.

Heureusement, la Auld Alliance est là ! Non, il ne s’agit pas d’une société secrète de super-héros mais bien d’une alliance forgé au XIIIe entre les Écossais et les Français notamment contre les Anglais. Elle est d’ailleurs toujours en vigueur, et ça fait plus de 700 ans que ça dure… C’est beau, même si c’est surtout du folklore !

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Buste de John Stuart, connétable de France.

A cette époque, de nombreuses troupes écossaises viennent donc en renfort des troupes françaises pour lutter contre Henri VI et ses soldats. Un certain John Stuart, un noble écossais, dirige ainsi ses troupes aux côtés des soldats français lors de la bataille de Baugé en 1421. Une victoire écrasante pour la France qui lui vaudra un peu plus tard de devenir connétable de France, c’est à dire celui qui dirige les armées après le roi, en gros.

Dans cette lutte sans merci pour le contrôle du territoire, la Normandie est une place stratégique qu’il faut pouvoir contrôler. En 1424, l’armée française est mobilisé pour secourir le château d’Ivry, dans le sud du département actuel de l’Eure.

Cependant les Anglais, menée par le duc de Bedford, qui est accessoirement le régent du royaume d’Angleterre parce qu’Henri VI n’a en fait que 2 ans,  prennent le château avant que les Français n’arrivent.

L’armée française est alors à un peu moins d’une vingtaine de kilomètres, à Nonancourt. Elle comporte dans ses rangs de nombreux nobles comme Jean VIII d’Harcourt donc nous avons parlé lors d’un précédent épisode, qui est capitaine général de la Normandie. Mais également Guillaume II de Narbonne, conseiller du roi et capitaine des armagnac ainsi que John Stuart, l’écossais. Le tout, accompagné d’une troupe de 16 000 hommes environ dont 6000 écossais et 2000 à 3000 mercenaires lombards et espagnols.

Mais que faire alors ? Affronter les anglais dans une bataille rangée ? On a vu avec Azincourt que c’était pas trop une bonne idée. Et pourtant, les écossais ainsi que plusieurs jeunes nobles français, veulent foncer tête baissée dans la mêlée. Une autre solution consisterait à battre en retraite tout simplement car cela ne valait pas la peine de se battre pour un si petit château. Enfin, une troisième solution envisage d’établir une tête de pont dans la région histoire de conforter sa position.

Vers où ? Et bien vers Verneuil pardis !

La ville possède en effet une position stratégique et elle a été équipé par le passé de belles fortifications qui pourrait s’avérer utiles pour la bataille à venir. Problème, la ville est au main des Anglais et les fortifications sont si bien pensées qu’avec à peine 200 archers, l’armée française était garantie de subir de lourdes pertes. Hors de question pour le commandement donc !

La décision est alors prise de tenter un subterfuge. Les Français déguisent les Écossais en soldats Anglais et leur barbouillent le visage, les bras et les mains de sang. Ils les attachent aux queues des chevaux et se présentent devant les murs de Verneuil en faisant croire aux habitant et à la garnison qu’ils ont écrasé le duc de Bedford à Ivry, que l’armée Anglaise est en déroute et qu’ils feraient mieux de se rendre. Les Écossais confirment les propos des Français et endorment la méfiance de la garnison en expliquant en anglais la même histoire.

Et c’est ainsi que le 16  août 1424, la ville de Verneuil est prise par la ruse grâce aux Écossais.

La revanche des Anglais

Enluminure représentant le Duc de Bedford, agenouillé et priant.
Enluminure représentant le Duc de Bedford, agenouillé et priant.

Une conquête qui a pour résultat d’énerver passablement le chef des Anglais, le duc de Bedford, qui mobilise ses troupes, presque 9 800 soldats dont quelques bourguignons, afin de rencontrer les français.

Problème, les français savent qu’ils ne pourront pas tenir un siège. Après des échanges diplomatiques, il est donc décidé, de part et d’autre, de s’affronter le 17 août 1424 devant les remparts de la ville.

Les deux camps ont conscience que la bataille va être très dure. D’ailleurs beaucoup de nobles rédigent leur testament avant l’affrontement.

Au petit matin, les troupes s’installent à leurs places. Il y a tellement de soldats que les manœuvres prennent des heures. Finalement, quand tout est prêt vers midi, personne n’ose bouger. Pendant deux heures, sous un soleil de plomb, les deux factions s’observent… Le centre français se lance finalement de façon totalement désordonnée sur l’ennemi tandis que la cavalerie charge les archers et passe littéralement au travers des lignes. Les archers des deux camps s’engagent dans un duel et des milliers de flèches pleuvent sur les troupes. Les Anglais sont sous le choc, leur étendard tombe au sol et les soldats commencent à prendre la fuite dans la campagne environnante. Cependant les Anglais ont laissé un corps d’archers en retrait pour protéger leurs bagages. Vers 16h Les cavaliers lombards, chargés de piller les bagages, n’ont plus l’élan de l’attaque, ils se font repousser par les projectiles des anglais et prennent la fuite. Ces nouvelles troupes s’engagent  alors sur le champ de bataille et trouve face à eux des Français et des Écossais totalement épuisés, n’ayant aucune troupe de relève. Au cœur de la mêlée, un chevalier normand, allié des anglais, relève l’étendard de guerre et donne un nouveau souffle aux troupes ennemies. Les Français tombent un à un, reculent à leur tour et veulent rentrer se réfugier dans la ville. Mais le seigneur de Rambures, resté au sein de la ville, maintient les portes fermées de peur que les anglais ne s’y introduisent. Beaucoup de soldats français tentent ce jour là de franchir les douves et d’escalader les murailles pour sauver leur vie, et une très grosse partie meurent noyés avec leur armure.

A 17h, l’étau se referme sur les Écossais, seuls restés à leur place sur le champ de bataille, qui sont attaqués devant, derrière mais aussi sur les flancs par les archers qui ont délaissé leur arcs pour foncer dans la mêlée. Eux qui avaient prévenus les anglais avant la bataille qu’ils ne feraient pas de quartier sont massacrés dans leur très grande majorité.

Un bilan catastrophique

John Stuart et Jean VIII d’Harcourt trouvent la mort sur le champ de bataille, tout comme Guillaume II de Narbonne dont le corps, après avoir été retrouvé par les Anglais, est écartelé, sa tête coupée et empalée sur une pique. Comme ça le message est clair.

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Le Longbow, ou arc long. Une arme dévastatrice quand elle est utilisée en masse, ce dont les Anglais et Gallois en avaient fait leur spécialité.

En deux heures, c’est plus de 7000 morts qui jonchent le champ de bataille, près d’un homme sur 4 qui y laisse ce jour là sa vie. Une véritable boucherie qui laisse la ville au main des Anglais le lendemain de l’affrontement. Seulement deux nobles anglais recensés meurent durant la bataille, tandis que des dizaines de nobles français et écossais périssent dans le même temps, générant à posteriori une grande instabilité politique des deux côtés.

Les affrontements sont si intenses pendant la bataille de Verneuil que l’on en retrouve encore aujourd’hui quelques vestiges.

Ainsi si l’on peut trouver une réplique de longbow, les célèbres arcs anglais, à la tour grise, des flèches ayant été tiré durant la bataille ont été récemment retrouvé dans les champs avoisinants. Oui, c’est des vraies !

Il y aurait même eu des canons à main comme celui ci puisque des boulets ont été également retrouvés sur site.

Si vous avez envie d’en savoir plus sur cette bataille et ses enjeux, compliqués à résumer en quelques minutes, et bien je vous invite à venir faire un tour à Verneuil, à la tour grise, il y a même un parcours médiéval dans le coin, la route du grison, qui vous en fera découvrir un peu plus sur la Normandie médiévale. Et si vous avez la chance de passer en juin, il y a aussi la célèbre fête des gueux avec tout un tas d’animation, un marché médiéval, des tournois, des concerts…bref, c’est vraiment chouette, je vous mets le lien en description.

Merci à Eure Tourisme pour avoir permis la production de cette vidéo, merci à vous d’avoir suivi l’épisode et la série. Je compte sur votre soutien à travers vos pouces, vos commentaires, vos likes, c’est qui permet de concrétiser des projets aussi cool sur site ! A la prochaine pour une nouvelle vidéo !

Pour aller plus loin

The Battle of Verneuil (17 August 1424): Towards a History of Courage / Article par Michael K. Jones, Historien militaire, membre de la Royal Historical Society :

https://journals.sagepub.com/doi/abs/10.1191/0968344502wh259oa

The Campaign of Verneuil / Article de “The English Historical Review”, vol 49. No 193 (janvier 1934) page 93-100 publiée par Oxford University Press : https://www.jstor.org/stable/553429?seq=1#page_scan_tab_contents

Les copains de Saor Alba, reconstitution écossaise, parlent de la bataille de Verneuil : https://www.saor-alba.fr/la-bataille-de-verneuil-sur-avre/

Fête de gueux et déroulé de la bataille de Vernueil : http://www.fete-des-gueux.com/ville-medievale-verneuil-sur-avre-normandie.php

Echanges avec Thomas Guerrin, Archéologue médiéviste travaillant actuellement sur la bataille de Verneuil. Il s’est notamment appuyé sur les textes suivants :

Sources Extrait de la Chronique d’Antonio Morosini (vol. 2, p. 280-285), composée au XVe siècle.

Extrait des Mémoires de Pierre de Fenin (p. 219-224), composé après 1427.

Fragment A de la Chronique anonyme du roi Charles VII dite Chronique de Jean Raoulet (in Chronique de Jean Chartier, tome 3, p. 184-188), composée entre 1403 et 1429.

Extrait de la Chronique de Jean Le Fèvre de Saint-Rémy (tome 1, p. 84-87), écrit après 1436. Extrait des Chroniques d’Enguerran de Monstrelet (tome IV, p. 189 et suivantes), composées avant 1444.

Extrait des Anchiennes Cronicques d’Engleterre de Jean de Wavrin (vol. 1, p. 254-272), écrit vers 1445. Extrait du Journal d’un Bourgeois de Paris (manuscrit de Rome, p. 194-200), composé entre 1405 et 1449.

Extrait des Cronicques de Normendie de Gilles Le Bouvier dit Héraut Berry (p. 71-74), composées vers 1449-1450.

Extrait de la Chronique du roi Charles VII par Gilles Le Bouvier, dit le Héraut Berry (…) composée entre 1403 et 1455.

Compilation du manuscrit d’Urfé et du manuscrit principal de la BNF.

Extrait de la Chronique de la Pucelle (in Chroniques d’Enguerran de Monstrelet, tome IX, p. 239-XXX), composée au XVe siècle.

Extrait de la Chronique de Charles VII roi de France, par Jean Chartier (tome 1, p. 40-43), composée peut-être entre 1437 et 1464.

Extrait de la Chronique du Mont-Saint-Michel, ouvrage collectif (tome 1 p. 25-26), composée entre 1343 et 1468 Extrait des Vigiles de Charles VII, par Martial d’Auvergne (folio 31 recto à folio 32 verso), composé entre 1477 et 1483

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