La commanderie d’Arville

Mes chers camarades bien le bonjour ! Nous sommes dans le département du Loir-et-Cher où se trouve le célèbre château de Chambord qui fête ses 500 ans ! Mais il existe d’autres lieux moins connus dans le coin et aujourd’hui on va en visiter un qui j’en suis sûr va vous plaire : une des commanderies templières les mieux conservés de France : la commanderie d’Arville ! Si si, c’est pas moi qui le dit, c’est l’Historienne Régine Pernoud, la grande prêtresse de l’Histoire. Bref, je vous propose qu’on aille ensemble y jeter un petit coup d’œil mais avant ça, on va revoir un peu les bases sur les templiers !

La naissance de l’Ordre

Après la 1ère croisade et la prise de Jérusalem, la situation est loin d’être sécurisé en orient. Les pèlerins sont toujours inquiété par des raids musulmans. C’est pourquoi deux chevaliers, Hugues de Payns et Godefroy de Saint-Omer, avec sept autres camarades, décident de prendre les choses en main en organisant la défense de ses cortèges de pèlerins. Ce petit rassemblement de guerriers dévoués obéit à des règles simples mais strictes de conduite : pauvreté, chasteté, obéissance. Ils sont appelés “les pauvres chevaliers du christ”. Mais Hugues de Payns veut développer son projet et parvient à convaincre le pape Honorius II de reconnaître son ordre. En 1129, lors du concile de Troyes, spécialement convoqué pour l’occasion, les évêques approuvent la création de l’Ordre du temple. Parmi les religieux présents, un certain Bernard de Clairvaux, un moine qui deviendra l’un des plus connus et influent de l’époque, et qui a  largement contribué au succès et à la reconnaissance des templiers.

Tableau du XIXe siècle représentant l'institution de l'Ordre du Temple.
Tableau du XIXe siècle représentant l’institution de l’Ordre du Temple.

La commanderie d’Arville voit le jour en 1130 à la suite du concile de Troyes. Elle fait partie d’un réseau de commanderies construites pour mailler tout le territoire et faire rayonner la puissance des templiers. En tout c’est près de 1200 commanderies qui sont construites en France, 40 en Angleterre, 34 en Espagne. Ce sont principalement des exploitations agricoles comme ici, qui ont pour objectif d’accueillir les templiers, de les former, de les nourrir ou de les accueillir en retraite. Accessoirement elles génèrent aussi des revenus pour financer les expéditions en orient et font souvent office de paroisse.

Ici, à Arville, le domaine s’étend à sa création sur près de 1000 hectares de terre, comprenant des forêts et des terres cultivables pour la production agricole. Si l’élevage de vaches et de porcs y ont donc sa place, ainsi que celui des moutons pour la laine, ce qui fait la réputation d’Arville, ce sont peut-être ses écuries ! En effet la commanderie en possède d’importantes et son emplacement, aux portes du Perche, laisse supposer à un élevage de percherons, des énormes chevaux qui servent pour la guerre et pour l’agriculture.

Alors vous allez me dire, c’est bien beau de faire de l’élevage, mais comment ils se financent ?

Et bien c’est relativement simple, les commanderies vivent également, en plus de leur activités déjà évoqués, des nombreuses donations qu’ils reçoivent afin d’assurer leur mission de protection des routes de pèlerinage vers Jérusalem et des États latins.

Quand tu finances l’église, tout de suite tu as moins de chance d’aller en enfer… pratique !

Une richesse qui fait des envieux

Et il en fallait des sous ! Parce que chaque commanderie était censée envoyer un tiers de ses revenus à l’ordre pour financer les opérations en orient. Une somme difficilement envisageable dans la pratique pour la plupart des historiens.

Ordre du Temple en 1300
Carte des implantations des Templiers vers 1300 sur laquelle on peut voir la forte concentration dans le Royaume de France.

Cependant si l’ordre est relativement modeste au départ, il prend de plus en plus d’importance et sa puissance économique ne cesse de susciter des jalousies et de provoquer des situations cocasses ou tendues.

Petite anecdote pour l’exemple ! Le roi, met en place une taxe sur les fours, la taxe de banalité. Cette taxe, elle sert à faire rentrer de l’argent dans les caisses des seigneurs, mais pas que. Elle est aussi mise en vigueur pour des raisons de sécurité car tout le monde construisait des fours dans les maisons et quand un four s’use et s’effondre dans une maison qui est faite en chaux par exemple, elle prend feu. Et à cette époque, les maisons étant collées, ça peut provoquer de grands incendies. Seuls les seigneurs peuvent donc avoir un four. Geoffroy IV, le seigneur de Mondoubleau, un petit village pas loin d’ici, donne le droit aux templiers d’Arville de bénéficier de cette taxe à sa place, c’est son don à lui. Mais rapidement, Geoffroy remarque que la taxe rapporte beaucoup mais alors beaucoup plus que ce qu’il imaginait ! Il tente donc de se raviser et s’en suit un conflit entre le commandant d’Arville et le seigneur de Montdoubleau. L’abbé du coin, délégué par le pape, décide d’excommunier Geoffroy IV pour son insistance à récupérer sa taxe, la décision est confirmée dans la foulée par le pape lui même. Les templiers ne seront pas rancuniers et n’exigent pas du comte qu’il paye l’entièreté de son amende.

Cette petite histoire drôle nous éclaire sur une chose : le pouvoir des templiers est tel que même les seigneurs de la région ne peuvent rien faire devant lui. Ils sont au service de l’église et du pape et rien ne peut être au dessus de ça. La contrepartie, c’est que pendant quelques temps après, les donations se font de plus en plus rares. Mais bon, on imagine que les templiers avaient tout de même de quoi faire !

Pour l’anecdote dans l’anecdote, on peut supposer que le four que l’on peut voir aujourd’hui dans la commanderie a surement été déplacé, et il est plus probable qu’il était à l’entrée de la commanderie pour que les gens n’aient pas à rentrer dans le domaine pour faire cuire leur pain, ce qui semble assez logique !

De façon globale, la commanderie telle qu’elle est aujourd’hui ne ressemble pas vraiment à ce qu’elle était à sa création au XIIe siècle, et pour cause, la plupart des bâtiments d’origine ont été retouché au cour des siècles ou ont disparu, comme le logis !

Je ne vais pas m’étendre sur la fin des templiers car très bientôt sur la chaîne je ferai un épisode dédié à cette question, je vous le mettrai en description quand il sera disponible sinon, soyez patient !

Du Temple à l’Hospital

Quoi qu’il en soit, les membres de l’ordre du temple sont arrêtés le vendredi 13 octobre 1307 et les commanderies, comme celle d’Arville, passent sous la responsabilité de l’ordre des hospitaliers jusqu’à la révolution française, quand ils seront eux mêmes mis à la porte. L’ordre des hospitaliers c’est un autre ordre de moines-soldats qui a été créé un peu avant les templiers et qui grosso modo fait la même chose.

Armoirie de l'ordre de Saint Jean de Jérusalem, nom complet des Hospitaliers de l'ordre de Malte.
Armoirie de l’ordre de Saint Jean de Jérusalem, nom complet des Hospitaliers de l’ordre de Malte.

En fait il y a plusieurs ordres hospitaliers et ici il s’agit précisément de l’ordre de Malte mais ce qu’il faut retenir c’est qu’à l’origine, ils étaient en charge des hôpitaux qui soignaient les croisés et que eux ont réussi à passer aux travers des mailles du filet du roi.

Les hospitaliers prennent soin de la commanderie mais les bâtiments se font vieillissant, il faut donc les moderniser. L’ordre transforme donc certains édifices comme la grange que l’on voit toujours aujourd’hui et qui date du XVIe siècle. D’autres bâtisses, comme le pigeonnier, très bien conservé, ou les écuries actuelles, ne sont malheureusement pas datés.

Le seul monument dans le “jus” sur le site reste l’église romane du XIIe siècle. Le bâtiment est sobre, à l’image des églises cisterciennes dont Bernard de Clairvaux, dont nous avons parlé tout à l’heure, est une figure importante. Le clocher de l’église est assez unique car il est typique du sud-ouest de la France et il n’y en a aucun autre dans la région.

Et je suis pas expert en géographie, mais le Loir-et-Cher, c’est pas trop dans le sud-ouest…

Si l’on a pas de traces du pourquoi du comment, il existe une supposition qui me plaît bien mais qui ne repose sur aucune preuve : c’est le commandeur d’Arville qui aurait souhaité le faire construire ainsi, soit parce qu’il venait de cette région, soit parce qu’au retour des croisades il aurait pu apercevoir un tel clocher qu’il avait envie de faire reproduire ici. En tout cas il ne s’agit pas de l’initiative d’un artisan local, sinon on en aurait retrouvé ailleurs dans le coin.

Dans cette église cependant, tout n’est pas d’époque, les peintures murales par exemple, datent des hospitaliers.

L’autel de l’église, lui, est assez étonnant. Vu de devant, rien de particulier mais si on en fait le tour, on s’aperçoit qu’il est fait de bois de récupération et de caisses vides. Il s’agit d’une œuvre réalisé par un habitant du village au cours du XXe siècle. Du beau taff !

Et globalement, les habitants du coin n’ont pas attendu le XXe siècle pour réaménager le site.

Sa place est devenue un musée

A l’entrée du domaine passait la rivière coëtron, il y avait donc un pont-levis. Mais au XVIIe ou XVIIIe siècle ce pont-levis a été détruit et le cour du coëtron a été détourné par les agriculteurs qui ont repris le lieu par la suite. Ils ont également fait tomber le mur d’enceinte. D’ailleurs, sur le côté droit de l’entrée, on peut encore voir la marque du mur d’enceinte médiéval. D’après les écrits, le mur faisait de 5 à 6m de hauteur. Or, ici on voit que la marque va bien moins haut.

Elle est pas belle cette commanderie ?
Elle est pas belle cette commanderie ?

Alors on peut se dire que les écrits ont surement été enjolivés…mais non ! C’est que le sol était en fait beaucoup plus bas ! On peut voir la réelle hauteur du mur près de l’entrée de l’église. En fait au fur et à mesure des siècles la terre s’accumule pour plusieurs raisons et le niveau de la terre s’élève, ce qui explique que lors des fouilles archéologiques il faut parfois creuser plusieurs mètres pour trouver des traces. Et dans quelques centaines d’années, ça sera pareil, une partie de nos édifices seront enfouis sous la terre ! Bon, si ce que je dis est vrai en général, la raison d’un tel écart ici est surtout dû à un comblement des fossés par les agriculteurs après la révolution. Mais quand même c’est intéressant à savoir !

D’ailleurs, Il n’y a jamais eu de fouilles archéologiques ici à la commanderie d’Arville, car ce genre de projet demande beaucoup d’argent et de nombreux lieux de patrimoine, comme ici, n’ont pas les moyens d’entreprendre de tels chantiers. Alors qu’on en est sur, il y a plein de choses à découvrir et ça pourrait sûrement nous en apprendre un peu plus sur notre histoire. Mais bon, pour avoir des sous, faut des visiteurs, et c’est aussi l’objectif de ce genre de vidéo que je fais sur la chaîne pour promouvoir certains sites touristiques méconnus. Au delà de l’attrait d’une histoire que l’on raconte moins, c’est aussi l’occasion pour vous tous de découvrir des lieux que l’on ne vous propose pas d’habitude, du patrimoine qui est souvent éclipsé par de grands monuments alors qu’il y a clairement un intérêt à les visiter puisque des équipes de passionnés travaillent pour vous en apprendre toujours plus autour de ces sujets d’histoire.

Ici, à Arville, la commanderie est par exemple devenu un centre d’interprétation. Pas de pièce historique lors de la visite donc, mais un parcours qui vous permet d’emprunter le pas aux templiers et de mieux comprendre comment l’ordre fonctionnait, quel était le véritable rôle de ces moines-soldats.

Dans ce parcours, on peut par exemple y découvrir le port de gênes à partir duquel les nombreux bateaux partaient vers la Terre-Sainte dès la 1ère croisade. Si les marchands partent de leur propres chefs, les templiers incarnent alors la seule force de sécurité qui pourrait les protéger une fois sur les routes menant à Jérusalem. J’ai d’ailleurs appris ici que les premiers voyages en terre sainte durait de 5 à 6 mois ! Un périple très compliqué et très fatiguant au bout duquel on avait de bonnes chances de choper une maladie. Grâce au port de Gênes qui assure la liaison avec Acre, les templiers acquièrent quelques bateaux pour transporter les hommes et les biens. Mais toute proportion gardé, ces gros navires long de 30m et qui peuvent embarquer jusqu’à 1000 personnes ne sont pas nombreux. La traversée ne prendra en tout cas plus “que” 40 jours, un sacré gain de temps, même si le voyage n’est pas sans risque sur la mer entre les tempêtes et les navires ennemis.

Bref, vous l’avez compris, ici à Arville, on propose un parcours qui permet d’en apprendre autant sur l’ordre que sur le moyen-âge en général, et c’est une formidable occasion de défoncer quelques clichés sur cette période ! Et vous savez que j’aime ça !

Et voilà les amis, j’espère que cet épisode vous aura donné envie de venir faire un tour à la commanderie d’Arville, merci au département du Loir-et-Cher d’avoir permis à cette vidéo d’exister. S’ils sont venus me chercher c’est d’entrée de jeu pour me proposer de mettre en valeur, comme je l’ai dis dans cet épisode, des lieux un peu plus modeste que les gros châteaux qu’on connait habituellement et je trouve ça très bien de leur part d’avoir cette initiative, je suis très heureux de pouvoir m’y greffer et je tenais à vous le dire !

N’oubliez pas de partager l’épisode, de liker, de commenter. Je vous dis à la prochaine pour une nouvelle vidéo ! Tschuss !

Pour en savoir plus

  • L’édition spéciale du “Templarium” dédié à la commanderie d’Arville.
  • Vie et mort de l’ordre du Temple, 1120-1314, Alain Demurger, Édition Nathan, Paris, 1998
  • Les Templiers, une chevalerie chrétienne au Moyen  ge, Alain Demurger, Seuil, 2008

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