Le château de Selles sur Cher

Mes chers camarades bien le bonjour !

Nous revoilà dans le département du Loir-et-Cher pour une nouvel épisode ! Et saviez-vous pourquoi on trouve autant de magnifiques château par ici ? A cause de la Loire…et du Cher ! On pose donc nos valises ici, au bord du Cher, un affluent de la Loire, pour découvrir un lieu qui a vu passer pas mal de monde. Occupé par un tricheur, rasé puis repris par un guerrier septuagénaire avant d’être transformé puis rerasé… on va revenir ensemble sur l’Histoire assez incroyable du château de Selles-sur-Cher !

En Selles !

Mais avant de commencer, un petit point d’étymologie, parce que ça fait pas de mal !

Au VIe siècle, Saint Eusice, un ermite religieux qui vivait dans la région, aurait construit dans le coin, on ne sait pas vraiment où, peut être ici, un lieu de prière, un petit monastère sans doute ou un oratoire. Et un oratoire, on peut aussi appeler ça une “cellule de moine”. Cellule donnera “Celles”, qui deviendra plus tard Celles Saint Eusice, puis Celles en Berry et enfin Selles sur Cher. Le blason de la ville étant une selle de cheval, on se dit qu’ils se sont perdu en chemin à un moment donné !

Bref ! Comme la plupart des châteaux de la vallée du Cher et de la Loire, le château de Selles est posé au bord de la rivière et non pas comme un peu partout ailleurs en France en haut d’un point surélevé afin de voir venir les ennemis. Pourquoi ça ?  Et bien parce que le Cher et la Loire sont des frontières naturelles qui délimitent les territoires et qui servent à l’ennemi pour les envahir. Se poster au bord de l’eau est donc le meilleur moyen pour défendre ses terres !

Et ça, c’était déjà le cas durant l’époque gallo-romaine ! Puisqu’on a des traces d’une ancienne motte posée à l’endroit même du château actuel et qui devait surement déjà avoir cette fonction défensive. D’ailleurs, la position ne sera jamais vraiment abandonné car les raids viking au IXe et Xe siècle nécessitent d’avoir des sortes de “checkpoint” comme ceux de Selles, pour éviter le drame.

Par la suite, cette motte est utilisée par Thibault 1er, qui y construit un premier donjon. Thibault 1er, c’est le comte de Blois, vicomte de Tours et de Châteaudun, Seigneur de Vierzon, de Sancerre, de Chinons, de Saumur, de Beaugency et de Provins… oui, ça en fait des titres ! Des titres qu’il est allé chercher et qu’on ne lui a pas forcément donné.

"Portrait" d'Hugues le Grand.
« Portrait » d’Hugues le Grand.

A la base, Thibault est au service de Hugues le grand, duc des francs. Hugues le grand, c’est le père d’Hugues Capet, qui fait donc parti de la famille des robertiens, qui plus tard donnera la famille des capétiens. Et si dans un premier temps Thibault est assez fidèle à son seigneur, lors de sa mort il basculera du côté des carolingiens.

On est en fait dans une période qui va voir se finir une dynastie, celle des carolingiens, pour en voir débuter une autre, les capétiens. Thibault fait donc un choix stratégique pas vraiment payant sur le long terme en rejoignant les carolingiens mais bon, il s’en fou, il mourra avant de voir Hugues Capet sur le trône et il récupérera des terres au passage ! N’empêche que, les capétiens ayant régné pendant près de 900 ans sur la couronne, c’est eux qui écrivent l’Histoire. Du coup, Thibault sera, pour l’éternité, surnommé “le tricheur”. Perso je sais pas vous, mais si on pouvait se souvenir de moi autrement que comme ça, je dis pas non.

Bref, Thibault fera donc construire son donjon ici, à Selles, et dans toute la région pour renforcer son territoire. Un donjon qui servira de base à l’élaboration d’un château médiéval plus conséquent vers 1140. Et au XIIe siècle, il se passe un truc. Deux rois qu’on connait plutôt bien, Philippe Auguste et Richard Cœur de lion, se chamaillent “un peu”.

Deux vieux potes qui partent en croisade ensemble et qui finissent par se tirer dans les pattes, ça donne pas du joli… Et c’est dans ce cadre que le château de Selles sur Cher est quasiment rasé… Vraiment… genre il reste plus que des ruines…

L’ami Robert

C’est à ce moment là qu’on va pouvoir parler d’un des personnages les plus badass du coin : Robert de Courtenay ! Un gars qui aimait deux choses : la baston et le bon vin !

Si la famille de Robert possède déjà le domaine de Selles, c’est à partir de cette époque qu’il commence des travaux de réaménagement et c’est à lui qu’on doit en bonne partie la résurrection du château médiéval en 1212.

Sacre de Philippe Auguste, qui marquera un véritable essor du pouvoir royal en France.
Sacre de Philippe Auguste, qui marquera un véritable essor du pouvoir royal en France.

Car Robert, ça n’est pas n’importe qui! Il est le cousin de Philippe Auguste et fonce sur tous les fronts pour soutenir son roi. En 1204, il participe activement à conquête de la Normandie et reçoit en récompense plusieurs châteaux. Puis il rejoint la croisade contre les albigeois, dont nous parlerons surement un jour dans cette émission, dès 1210. Enfin en 1217, il vole au secours du prince Héritier Louis de France alors prisonnier des Anglais.

Robert il est comme ça…c’est un gars qui va de l’avant ! Et d’ailleurs, ça ne concerne pas que sa carrière militaire !

En 1218, sa première femme étant décédé, Robert épouse en seconde noce la veuve d’un seigneur local, Mahaut de Mehun.   A cette époque, il fallait absolument conserver les biens hérités des veuves nobles, Il était courant de les remarier avec un grand seigneur capable de les protéger elles et leurs terres. Et justement, Mahaut possède des terres à Mehun-sur-Yèvre, Cloyes et Selles sur Cher, qui sont constituées de vignobles sur les coteaux du Cher. C’est donc un contrat gagnant-gagnant pour Mahaut et pour Robert qui légitime son pouvoir sur la région et récupère au passage de quoi s’approvisionner en vin.

Et ça tombe bien ! Puisqu’en 1223, Philippe Auguste meurt et Louis de France devient Louis VIII. Pour récompenser un de ses plus fidèles serviteurs, il nomme Robert de Courtenay Bouteiller du Roi.

A la base le bouteiller du roi c’est le gars qui fournit le pinard à la cour du roi et qui éventuellement lui débouche une bonne bouteille avant de le servir. Mais à l’époque de Louis VIII, la fonction a légèrement changé. Le bouteiller n’est plus responsable de l’approvisionnement de la cour mais il doit gérer tout le vignoble du domaine royal ! Une sacré tâche pour laquelle Robert reçoit de l’argent des abbayes fondées par le roi.

Mais pas le temps de se reposer, il repart faire la guerre aux albigeois en 1224 ! 2 ans plus tard, Louis VIII meurt de la dysenterie. C’est un coup de tonnerre pour Robert, qui jure fidélité à son fils, Louis IX. Dans la foulée, il part en guerre contre des barons qui se révolte contre le jeune roi.

Bref, vous l’avez compris, Robert ne s’arrête jamais et ça, jusqu’à sa mort en 1239. Et ce que je ne vous ai pas dis, c’est que notre Robert, il est né en 1168. Lorsqu’il se rend en Palestine et qu’il meurt en croisant le fer en 1239, Robert a donc…70 ans. Ce qui est un âge assez avancé pour partir au turbin…mais bon…Robert quoi !

Alors qu’est ce qu’il nous laisse le camarade Robert ici à Selles sur Cher ?

Un château imposant

Le château renaît de ses cendres avec la construction de plusieurs tours et les aménagements posent les bases de ce que deviendra le château médiéval. Aujourd’hui, on peut encore voir la célèbre tour du Coq ! Si Robert de Courtenay nous paraît jusque là assez raisonnable comme personnage, une légende noire gravite autour de cette tour du XIIIe siècle. En effet, Robert, extrêmement jaloux, aurait remarqué qu’un certain Monsieur Coq tournait autour de sa femme. Pas de chance pour le bougre, Robert n’est pas le genre d’homme qui fait dans la demi-mesure. Il aurait donc kidnappé ce monsieur Coq et l’aurait, tout simplement ,emmuré vivant dans cette tour.

D’où le nom de tour du Coq…sympa hein ?

Chateau de Selles sur Cher
Vue actuelle de la partie médiévale du château.

Le château continue d’évoluer après Robert de Courtenay. Au total, c’est pas moins de 9 tours défensives qui viendront ceinturer l’édifice, reliées entre elles par un chemin de ronde. Les mâchicoulis et les meurtrières prolifèrent un peu partout et promettent à tout ennemi qui s’aventurait sur ces terres d’être bien accueilli.L’entrée est ceinturé par deux tours, protégée par des douves, une herse et un pont-levis. Aujourd’hui le pont-levis et la herse ont disparu, mais on imagine bien que ça ne devait pas être de la tarte de reprendre un machin pareil !

Une structure défensive du Moyen-âge dans toute sa splendeur donc ! Pourtant, quand on se balade dans le château, on y voit plus clairement des références à la renaissance qu’à la période médiévale. Et ça, c’est l’œuvre d’un autre grand personnage du château, Philippe de Béthune !

Philippe, c’est un diplomate et ambassadeur français assez important sous le règne d’Henri IV. D’ailleurs son propre frère n’est autre que Maximilien de Béthune, plus connu sous le nom du duc de “Sully”, un des plus proches conseillers du roi ! En 1604, Philippe de Béthune fait l’acquisition du château en vue d’y passer ses vieux jours. Il confie la restauration du château et sa mise au goût du jour, à l’architecte Jacques II Androuet du Cerceau : un type qui a réalisé, par exemple, la plus vieille place de Paris, la place royale, alias la place des Vosges.

Pendant 7 ans, jusqu’en 1612, les ouvriers vont faire évoluer ce château médiéval en château de la Renaissance. La brique, le tuffeau et la pierre de beauce sont utilisés pour construire ce que l’on appelle aujourd’hui le pavillon Béthune ainsi que le mur de décoration qui venait ceinturer la cour du château.Près de la rivière, une tour médiévale ronde, datant peut être de l’époque de Robert de Courtenay, est accroché au pavillon Béthune, incarnant parfaitement l’évolution de l’époque médiévale à la renaissance. Hélas, il n’y a que peu de vestiges qui nous parviennent aujourd’hui car si le château de Selles-sur-Cher était un des plus grands du val de Loire, plus de 1500m² de constructions ont disparu.

Et ça, c’est notamment le fait de ce qu’on appelle la “Bande noire”. En gros, à partir de la révolution, tout ce qui est symbole de la royauté peut être mis à bas. Des négociants, marchands, spéculateurs, appelez les comme vous le sentez, achètent en masse et à bas prix des châteaux, des abbayes, bref, tout ce qui touchait au domaine royal ou à l’église. Le but, pouvoir les revendre plus tard en se faisant une bonne marge au passage ou, pire pour les monuments, les démanteler pierre par pierre pour revendre les matériaux et se faire de oseille ! Pas de chance pour le château de Selles-sur-Cher, c’est cette dernière option qui remporte la préférence de la Bande noire.

Vision sur le Pavillon Béthune, un changement d'ambiance : plus de classe, moins de mur !
Vision sur le Pavillon Béthune, un changement d’ambiance : plus de classe, moins de mur !

Depuis, le château est passé de propriétaire en propriétaire, des rénovations se sont fait par-ci par-là, quelques bâtiments sont apparus tandis d’autres ont disparus et aujourd’hui les deux grands ensemble que l’on peut identifier sont la partie médiévale du XIIIe siècle, à l’ouest, et la partie renaissance du XVIIe avec le pavillon Béthune. Suite à des années d’errances, le château était menacée de tomber en décrépitude. Après les travaux de Robert de Courtenay en 1212, ceux de Philippe de Béthune en 1612, la propriété est racheté par de nouveaux acquéreurs qui signent, pour le clin d’œil historique, 400 ans plus tard, le 12 décembre 2012 à 12h12 ! Des campagnes de restaurations sont menées mais ce type de travaux coûte extrêmement cher. Les propriétaires décident donc de renouer avec l’Histoire de Robert de Courtenay et se lancent dans l’exploitation viticole pour les financer.

Et oui, Selles-sur-Cher, c’est de l’Histoire et du bon vin !

Merci à tous d’avoir suivi cet épisode en partenariat avec le département du Loir-Et-Cher, on espère que ça vous a donné envie de venir faire un tour ici, c’est vraiment relax ! On compte sur vos partages, vos pouces et vos commentaires. Je vous retrouve bientôt pour un nouvel épisode, salut !

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