Fougères sur Bièvre

Mes chers camarades bien le bonjour !

On se retrouve aujourd’hui au cœur du Loir-Et-Cher pour visiter un château assez original. Vous vous souvenez peut-être du château du Moulin que nous avions visité en 2018 et qui avait été construit purement pour la frime ? Et bien sachez qu’ici, au château de Fougères sur Bièvre, c’est exactement la même chose ! Allez, je vous montre, ça nous fera une belle occasion de parler des technique de construction et de rénovations d’un tel édifice !

Le refuge de Pierre

Ce qui marque quand on débarque dans ce petit village de moins de 1000 habitants, c’est l’allure militaire imposante de la bâtisse. Difficile de la louper !

D’ailleurs celui qui a fait construire ce château tenait beaucoup à ce que l’on puisse l’identifier, preuve en est la girouette que l’on peut voir au dessus de la porte d’entrée et qui représente ses armoiries. Et oui, au Moyen Âge et encore après, les armoiries sont un bon moyen de savoir à qui l’on a affaire et ici en l’occurrence c’est clair ! Non ? C’est pas clair ? Vous avez raison, la plupart du temps les visiteurs voient ici un cœur, laissant suggérer, peut être, que le propriétaire des lieux était un romantique…

Et bah non ! En fait il s’agit de deux serpents qui s’affrontent, ce qui veut bien dire qu’il ne faut pas trop lui chercher des noises…Mais qui est donc ce mystérieux type qui a construit cette forteresse ? Pierre de Refuge bien sûr ! Je vous l’accorde, ce n’est pas un roi de France, mais il a eu un rôle central durant le règne de Louis XI puisqu’il était son trésorier, en plus d’être le conseiller du prince Charles d’Orléans. Et il y a plusieurs choses qui sont très intéressantes à vous montrer ici.

Le Prince Noir recevant en héritage la Guyenne de la part de son père.
Le Prince Noir recevant en héritage la Guyenne de la part de son père.

Si la trace d’un château très modeste remonte au XIe siècle, celui ci est complètement rasé par le prince noir durant la guerre de Cent ans. Le prince noir, c’est Édouard de Woodstock, le fils d’Édouard III d’Angleterre, qui mène des raids à cheval et des pillages au sein même du royaume de France entre 1355 et 1371. Un gars qu’il ne faut pas trop énerver donc et qui entreprend ces raids pour déstabiliser le pouvoir français. En effet si le roi Charles V n’arrive pas à protéger son peuple, comment pourrait-il gouverner ? Bonne question !

Au moment de la construction du château actuel, vers 1465, la guerre de Cent Ans est déjà terminée depuis plus de 10 ans. Pierre de Refuge décide de bâtir un château qui soit à la fois un lieu de résidence et une place forte défensive. En tout cas en apparence…

La façade est typique d’un ouvrage de combat du Moyen-âge, avec des tours à arbalètes de chaque côté, des mâchicoulis, une lourde porte pour entrer dans le château. Il y a même un campanile dans lequel on pouvait faire sonner les cloches, on voit encore aujourd’hui le mécanisme de poulies qui permettent de le faire tandis que de nos jours tout est automatique.

Le donjon, qui est dans la partie la plus ancienne du château, est le symbole de cette dualité entre lieu de défense et lieu de résidence. Il était en effet relié au reste de l’ouvrage par des passerelles en bois, que l’on pouvait retirer à tout moment pour faire du 1er étage de ce donjon un havre de sécurité, isolé du reste du monde, inaccessible. Pour se réapprovisionner en eau, il y avait même un puits intégré dans le donjon avec un forage à 20m de profondeur.

Le gars était préparé quoi !

Le confort, c’est important

Pourtant, dans ce même bâtiment calibré pour la défense, on trouve des bancs en pierre aux fenêtres, pour contempler la beauté du panorama, pas franchement le plus utile quand un ennemi assiège le château !

Ce qui en fait n’arrivait jamais vous l’avez bien compris puisque la guerre est finie ! L’emplacement du donjon est d’ailleurs dénué de tout intérêt stratégique et globalement toutes les défenses présentées ici sont inutiles. Mais pourquoi ?

Louis XI, on sent le gars bien chaleureux...
Louis XI, on sent le gars bien chaleureux…

Il faut tout d’abord avoir à l’esprit que pour construire un tel château, Pierre de Refuges devait avoir l’autorisation, et donc la confiance, de Louis XI. Or, on sait bien que ce roi, que l’on surnommait “l’universelle aragne”, ne l’accordait pas beaucoup cette confiance. C’était donc un proche du souverain et la construction d’un tel château est clairement une affirmation de son statut social. C’est d’autant plus vrai quand on voit la débauche de dispositifs défensifs, mis en place pour dissuader tout ennemi imaginaire qui aurait des ambitions un peu trop folles et qui ne servent qu’à montrer l’importance que Louis XI accorde à Pierre de Refuge aux yeux des autres seigneurs du coin.

En tout cas on l’a dit, si d’apparence il fallait montrer les muscles, le château est bien fait pour y vivre, et là aussi, il ne faut pas négliger son confort !

Sur certains murs, on peut voir encore quelques traces de peinture de l’époque, avec des couleurs azur, rosé et ocre. Preuve que les châteaux étaient très colorés, et loin de la vision désaturé que l’on peut avoir du Moyen Âge.

La bâtisse n’accueille que deux pièces d’habitation. Une pour Pierre de Refuge lui même et sans doute une autre pour accueillir des invités. Et Pierre, il avait déjà tout compris au XVe siècle : les deux pièces sont attenantes à des latrines en bois, un système luxueux pour l’époque qui montre une fois de plus l’importance du personnage. Les latrines du château de Fougères sont un peu particulière car d’habitude, le trou percé donne directement sur l’extérieur du château.

En gros on balance tout par dessus bord.

Ici, les toilettes du 1er et du 2eme étage sont reliés à un conduit qui passe dans le mur d’enceinte pour se déverser dans une fosse creusée plus bas, et qui était sans doute reliée aux eaux de la rivière. Un système astucieux qui méritait tout de même de toujours être accompagné aux toilettes pour vérifier qu’aucun étranger ne remontait dans le château par le conduit. Une technique de fourbe pour prendre un lieu pareil mais qui a fait ses preuves à plusieurs reprises un peu partout en Europe.

Précision rigolote : pour être sûr que ce point faible ne soit pas exploité, chaque personne qui se rendait aux latrines devait être accompagné et il y avait même un registre pour noter qui allait au petit coin et quand. On est jamais trop prudent…

On ignore combien de personnes travaillaient et vivaient au château, mais on estime qu’il pouvait y avoir entre 10 et 20 gardes. Les gens du village travaillaient également en partie pour le château et quelques serviteurs devaient probablement y loger de façon durable.

Une des parties les plus impressionnantes du château reste en tout cas son incroyable charpente.

Pour construire ces charpentes, il fallait du bois, et pas n’importe lequel puisqu’on utilise souvent du chêne. Pour enlever les impuretés du bois ainsi que sa sève, il fallait le traiter. Pour cela, on le trempait dans la rivière puis on le faisait sécher. Et on répétait cette opération, encore et encore… pendant une période qui s’étale entre 30 et 40 ans !  Il fallait donc bien anticiper ses besoins en bois et en comparaison les techniques modernes permettent d’arriver au même résultat en 4 ou 5 ans avec des séchoirs, ce qui est quand même relativement long ! Les assemblages de morceaux de bois pour construire la charpente étaient également une étape longue et délicate. On assemblait les pièces puis on laissait le tout monté pendant plusieurs saisons à l’extérieur afin que le bois travaille. Suite à ça, on pouvait ajuster les pièces en fonction des mouvements du bois et enfin installer le dispositif. Un exercice de patience !

Pour vous donner une idée de ce que ça peut représenter en terme de volume, l’imposante charpente de la tour droite du châtelet n’est même pas fixée sur la tour, elle est simplement posée sur la pierre de la tour. C’est le poids de la structure qui maintient tout en place. Un édifice incroyable qui a du être rénové dans les années 30, et on voit d’ailleurs très bien la différence entre poutres rénovées et poutres anciennes.

Un lieu multi-emploi

Et on va en parler de la rénovation, parce que le château de Fougères sur Bièvre a subi “quelques” modifications depuis l’époque de sa construction !

En 1480, le chemin de ronde, qui était jusque là ouvert comme une terrasse, est couvert. On y place au XVIIe siècle une horloge dont le mécanisme a été restauré de nos jours et qui fonctionne encore parfaitement.

Mais les gros changement arrivent au XIXe siècle quand le château se transforme en atelier de filature. La chapelle, lieu de prière, est complètement réaménagée et on y a installé une grande roue à aube qui permettait de faire fonctionner tous les machines de la filature. Le cours d’eau de la Bièvre est détourné pour alimenter les fossés du château et fournir en eau toutes les pièces, on fait sauter le pont-levis et on bouche les entrées des couloirs qui reliaient les différentes parties de l’édifice.

Résultat : on ne peut plus faire le tour à pied !

Le propriétaire de la filature se fait même construire un petit château non loin de là, qui restera dans la famille jusqu’à aujourd’hui encore. Un symbole fort d’une industrie florissante qui fait rayonner le village. Cependant, l’aventure tourne court à la fin du XIXe siècle. Le château est progressivement abandonné et sert de logement pour les familles pauvres du village.

Son propriétaire, qui souhaite tenter de conserver un minimum son patrimoine, arrive à le faire classer aux Monuments Historiques en 1912. La bâtiment, qui commence à se dégrader, est acquis par l’État en 1932. Une aubaine qui permettra de lancer dès 1933 des énormes travaux de rénovation ayant pour but de se rapprocher de l’aspect originel du lieu. Tous les passages qui avaient été bouchés par la filature sont rouverts. Le passage des arcades, qui avaient été complètement obstrué, est également rouvert comme à l’origine.

Un des plus grands challenges de cette rénovation sera sans aucun doute celle des toits du château. 6 ouvriers vont travailler pendant 2 ans et demi afin de couvrir les 4500m² de toiture. Ces techniciens locaux seront amenés à apprendre ou réapprendre les techniques de l’époque, à travailler avec des matériaux du coin, pour redonner l’aspect originel au château. On peut d’ailleurs voir des trous, visibles sous la charpente, qui servent aux ouvriers des années 30 afin de faire passer les cordes qui assurent leur sécurité. Des trous qui permettent aussi d’aérer la charpente, pièce maîtresse du château.

En 1939, à la veille de la guerre, le château est entièrement électrifié par un tableau électrique qu’on n’a redécouvert que récemment. Quand le conflit éclate, plusieurs œuvres des collections du musée du Louvre seront acheminés ici par le conservateur de l’époque, Jacques Jaujard, qui voulait préserver les collections des bombardements en les dispatchant sur tout le territoire. Les vitraux de la cathédrales de Chartres, très précieux, sont également démontés pour être préservés au château de Fougères.

Au final, les défenses du château auront tout de même servi mais pas de la manière dont on l’imaginait !

Merci d’avoir suivi cet épisode qui a été financé par le département du Loir-Et-Cher, merci aux Monuments Nationaux pour m’avoir accueilli ici, n’hésitez pas à venir visiter le château il y a encore plein de choses à découvrir sur place assez intéressantes, notamment sur la construction des châteaux et sur leur jardin avec tout un tas de plantes d’époque. Ils font des expériences, vous montrent comment on pouvait les utiliser, bref, c’est super sympa ! On compte sur vos likes, vos partages, vos commentaires. A la prochaine pour un nouvel épisode !

Pour en savoir plus

Ci-joint une série de photographies anciennes du château (avant et pendant restaurations) en basse déf.

http://www.mediatheque-patrimoine.culture.gouv.fr/pages/bases/memoire_cible.html (fonds MAP AP dont je te parlais vendredi)

http://www.mediatheque-patrimoine.culture.gouv.fr/pages/contacts/salle_lecture/reproduction.html

Contact : Anne Alligorides (06 07 73 43 21 – 02 54 81 78 77 – anne.alligorides@monuments-nationaux.fr)

Pour en savoir plus sur le château de Fougères sur Bièvre : http://www.fougeres-sur-bievre.fr/

Retrouvez le château sur Facebook : https://www.facebook.com/ChateauDeFougeresSurBievre/

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