La mort de merde du prêtre Arius

Mes chers camarades bien le bonjour !

J’avais prévu de vous faire un nouvel épisode sur les morts insolites et j’ai commencé à travailler sur le protagoniste du jour. Et puis je me suis enflammé et je me suis dis que ça ferait clairement un épisode à part entière. Du coup on repousse un peu le prochain épisode sur les morts insolites et on file faire la rencontre d’un homme à l’origine d’un des plus grands schisme de l’église chrétienne : le prêtre Arius ! Et vous inquiétez pas, il a une mort de merde lui aussi !

Une hérésie, deux hérésies,…

Le christianisme est une des religions les plus puissantes du monde. Mais elle ne forme pas un tout totalement uni, preuve en est les différents courants qui la parcourt comme le catholicisme, le protestantisme ou encore l’orthodoxie. Et encore, on compte pas l’évangélisme, branche du protestantisme ou tous les courants et sous-courants plus obscurs avec certains qui passent mieux que d’autres auprès de la communauté chrétienne en général.

Et s’il peut y avoir quelques points de crispation autour de certaines questions théologiques, c’est à dire sur la compréhension des règles et des interprétations qui définissent une religion, et bah dites vous que ça ne date pas d’hier !

Schéma "simple" des différentes scissions dans le christianisme.
Schéma « simple » des différentes scissions dans le christianisme.

La branche moderne dont est issu l’église catholique est par exemple le fruit de nombreuses scissions qui ont eu lieu depuis le début du christianisme et il y a beaucoup de mouvements au sein même de l’église qui sont nés à un moment et mort à un autre ou qui tout simplement ont donné lieu à d’autres branches du christianisme. Par exemple la majorité des orthodoxes sont issus du grand schisme de 1054. Avant les catholiques et les orthodoxes c’était grosso modo la même chose et autour de cette date, hop, deux branches !

Alors c’est grossièrement résumé mais c’est pour faire comprendre que la chrétienté, comme toutes les religions en fait, est en perpétuel mouvement. Et pour le coup, c’est le cas depuis le début du christianisme, on se doute bien que les types ont pas attendu 1000 ans pour commencer à se poser des questions sur leur foi qui conditionne quand même leur façon de voir le monde et la vie…

Alors si je vous raconte tout ça c’est pas pour rien, c’est parce que notre premier protagoniste, Arius, est justement à l’origine d’un des premiers grands mouvements chrétiens, un mouvement qui malheureusement pour lui ne va pas durer très longtemps…

Nous sommes donc au début du IVe siècle, pour replacer encore un peu les choses dans le contexte, à cette époque il n’y a pas d’organisation centrale qui gère le christianisme. En gros, y’a pas de papes. Où alors l’évêque d’Alexandrie qui se fait appeler comme ça après avoir résisté aux persécutions des chrétiens sous le règne de l’empereur Dioclétien.

D’ailleurs les chrétiens sont encore relativement peu nombreux, principalement au Moyen-Orient et se sont surtout des évêques qui ont un pouvoir local, avec un concile, qui réunit plusieurs évêques, pour les régions les plus christianisés. Du coup vous l’imaginez bien, c’est un peu la foire à la saucisse pour la pratique du christianisme, chaque évêque ayant ses propres questionnements, sa propre interprétation, même s’il y a déjà des courants auxquels ils peuvent s’identifier.

Et pour rajouter un peu d’eau à mon moulin, il faut aussi intégrer que l’empire romain d’alors est tellement énorme qu’il y a une concurrence qui s’installe entre les grandes villes de l’empire comme Constantinople et Alexandrie par exemple. Du coup ces enjeux théologiques, deviennent aussi des enjeux politiques, des enjeux de pouvoir.

Ce qui explique que les gars se contentaient pas de se jeter des insultes à la tronche quand ils étaient pas d’accord, ça pouvait aller bien plus loin…

Arrivée d’Arius

Voilà, c’est donc dans ce contexte qu’on fait la connaissance d’Arius, un prêtre comme il y en a pas mal d’autres…ou pas. Les sources qu’on a sur lui sont maigres et sont souvent issues de ses détracteurs donc pas évident d’y voir plus clair mais on va tenter de débroussailler tout ça.

Évêque Alexandre d'Alexandrie. On appréciera l'originalité.
Évêque Alexandre d’Alexandrie. On appréciera l’originalité.

Arius est donc un prêtre qui officie à Alexandrie sous la coupe d’un évêque, l’évêque Alexandre. Seulement voilà, Arius agace passablement Alexandre car il fait la promotion de ses propres idées “légèrement” différentes. Dans le courant le plus dominant, auquel appartient Alexandre, Jésus est considéré comme le prolongement de Dieu, si bien qu’il est Dieu lui même ou en tout cas une partie de lui. Alors que pour Arius, Jésus, même si ce n’est pas n’importe qui, est un mortel engendré par dieu. Il y a dieu le père, qui crée le système, puis le Christ qui vient ensuite. Du coup s’il y a une hiérarchie céleste Jésus est un peu en dessous quoi…

Si on veut schématiser ça de manière simple, on pourrait dire que pour la chrétienté romaine, c’est un triumvirat qui est tout en haut de la hiérarchie : le père, le fils et le saint esprit, qui sont souvent trois petites parties d’une seul et même entité.

Alors que pour Arius, on est plus dans un modèle pyramidal. Dieu le père tout en haut et forcément, tous les autres en dessous !

Alors, c’est très très résumé et les questions théologiques sont beaucoup plus complexes que ça mais à vu de pif, on pourrait penser que la différence est subtile. Et en fait non, pas du tout et ça va même créer un sacré bordel dans la chrétienté de l’époque.

Alexandre voit en Arius une menace envers l’église, d’autant plus que ses idées commencent à se répandre parmi les fidèles. Il décide donc de convoquer le concile local pour examiner le cas d’Arius. Et oh ! Surprise ! Parviens à faire le excommunier, lui et les quelques types qui le suivaient.

Coup dur pour Arius ? Pas vraiment. Car le bougre à des ressources cachées et surtout, de bons contacts !

Notamment avec un certain Eusèbe, évêque de Nicomédie, une ville située en actuelle Turquie. Entre deux morceaux de pâté en croûte, Eusèbe convoque donc son propre concile local pour examiner les thèses d’Arius. Et non seulement ce concile juge que les thèses d’Arius sont compatibles avec la chrétienté, mais en plus, il annule l’excommunication dont était victime Arius.

Je sais pas si vous vous rendez compte du truc. On l’a expliqué il y a quelques minutes, le pouvoir religieux est surtout local, il n’y a pas d’église chrétienne au sens large du terme. Le fait qu’un concile annule la décision d’un autre concile, c’est un peu comme une déclaration de guerre quoi…

Et tout ce bazar, ça finit par titiller l’empereur Constantin en personne. Empereur qui, je le souligne au passage, est celui qui permettra au christianisme de vraiment prendre son essor dans tout l’empire à cette époque. Soucieux de régler le futur drame qui s’annonce, Constantin fait un truc qui ne s’était jamais fait jusque là.

Il décide d’organiser un concile général qui réunira tous les évêques de l’empire romain pour trancher les questions délicates qui les anime et faire retomber la pression. Cet événement hors-normes, c’est le célèbre concile de Nicée, qui se déroule du 20 mai au 25 juillet 325. Plus d’un mois tout de même !

Nicée, une belle tentative

Concile de Nicée, une rencontre au sommet de la chrétienté.
Concile de Nicée, une rencontre au sommet de la chrétienté.

Et manque de bol pour Arius, les choses ne vont pas vraiment tourner en sa faveur. La plupart des évêques rejettent ses thèses et l’arianisme, la pensée d’Arius, est décreté comme hérétique. La question est donc réglée pour de bon !

Ou pas… Puisque aussitôt le concile terminé, certains évêques qui avaient voté contre Arius lui témoignent leur soutien…C’était donc une belle tentative de conciliation de Constantin qui se transforme en véritable échec.

A partir de ce moment là, on peut dire que la chrétienté se sépare en deux courants religieux.

Les ariens d’un côté, attachés au fait que le Fils de dieu soit mortel, et les nicéens de l’autre, qu’on appelle aussi les trinitaires, qui attachent beaucoup d’importance à la divinité de la trinité.

C’est une vraie lutte de pouvoir qui s’engage et les années à venir sont difficiles pour la chrétienté.

Et ça malgré le travail acharné de Constantin qui arrive tout de même à faire en sorte que les chrétiens ne soient plus persécutés et que la religion se développe. A Alexandrie, l’ancien supérieur d’Arius, Alexandre, meurt. Il laisse la place à un certain Athanase, qui reprend le flambeau de son maître à penser en intensifiant la lutte contre Arius, qui rassemble toujours plus d’adeptes.

La situation politique et religieuse est donc extrêmement complexe, Athanase part même en exil à plusieurs reprises tant la pression est forte.

Constantin, empereur jadis favorable aux nicéens, se rallie aux ariens juste avant sa mort et son fils, Constance II, se réclame officiellement de la doctrine arienne.

Rien ne semble arrêter Arius…et pourtant, c’est en 336 qu’il décède de manière fort peu héroïque.

Une fin… peu poétique

Imaginez la scène. Nous sommes un samedi, Arius vient de sortir d’une entrevue avec l’empereur. Le soleil se couche à l’horizon, le moment idéal pour faire un petit tour par les latrines publiques. Mais à peine entré dans ce lieu sacré, dédié aux choses simples de la vie d’un homme, Arius s’effondre.

L’écrit le plus célèbre qui nous parle de ce moment précise :

“Il tomba en avant et son corps se rompit par le milieu”.

Très poétique n’est ce pas ?

Pas très étonnant quand on sait que celui qui relate sa mort, c’est Athanase, son principal opposant. Du coup ça l’arrangeait bien de faire passer Arius à la postérité avec cette mort de merde. Et pourtant, ce n’est pas celui qui ira le plus loin puisque d’autres auteurs, bien des années plus tard, rivaliseront de détails sordides venant s’ajouter à la mort du pauvre Arius.

D’après Ambroise de Milan, les viscères du malheureux se seraient carrément répandues par terre, tout autour de lui. Mais la palme revient tout de même à deux auteurs, Faustin et Marcellin qui font une description minutieuse et particulièrement gore de la mort d’Arius.

“…comme il était assis là, soudain il fut pris d’une douleur très forte et il rejeta, avec ses excréments, tous ses viscères, et même son coeur, qui était le réceptacle de son impiété, et ainsi, chose étonnante à dire, toutes ses entrailles évacuées, il s’amincit, et en un instant il fut dissous, comme par la décomposition de son corps devenu cadavérique, si bien qu’il glissa tout entier par l’ouverture étroite du siège.”

Je vous cache pas que vu de l’extérieur, je m’imagine les types comme deux gros gamins qui crachent sur le dos d’un de leur camarade de classe, c’est pas glorieux mais ça m’a quand même fait rire.

De nombreux autres auteurs écriront sur la mort de notre protagoniste, reprenant pour certains les grandes lignes d’Athanase, pour d’autres exagérant le trait sur tel ou tel détails. Ce qui revient toujours en tout cas, c’est qu’une telle humiliation dans la mort ne pouvait être qu’un châtiment divin. Un message envoyé par dieu à tous ceux qui seraient tenté de penser comme Arius.

Et pour cause, les partisans des idées d’Arius sont encore très nombreux après sa mort, il s’agit donc de convaincre les brebis égarées de rentrer dans le droit chemin. Sa mort est d’ailleurs souvent comparée à cette de Judas, notamment celle décrite dans le 5ème livre du nouveau testament, “l’acte des apôtres”. Je cite à propos de ce dernier :

« Cet homme, ayant acquis un champ avec le salaire du crime, est tombé, s’est rompu par le milieu du corps, et toutes ses entrailles se sont répandues ».

Ouais, c’est clairement la même chose.

Et pourtant malgré les efforts des détracteurs d’Arius, sa pensée continue de marquer les esprits.

La plupart des empereurs qui se succèdent, malgré l’hérésie prononcé par le concile de Nicée, adoptent l’arianisme. Pire, la pensée du défunt prêtre atteint les peuples barbares comme les Wisigoths, les Vandales ou encore Burgondes. Même les Lombards s’y mettent et pour certains, ils continueront d’adhérer à ses propos pendant des siècles.

Au sein de l’Empire, il faut attendre 381 pour qu’un empereur, Théodose 1er, soit de nouveau favorable à la pensée nicéenne. Il convoque de nouveau les évêques lors du concile de Constantinople dans le but de renouveler la rupture avec l’arianisme.

A ce moment là, la pensée d’Arius commence à mourir à petit feu au sein de l’empire, tandis qu’elle est toujours répandue à la périphérie, notamment chez certains peuples germains comme on l’a dit tout à l’heure mais aussi chez les Francs.

La vraie rupture apparaît pour eux vers 500 lors de la conversion du roi des francs, Clovis, qui choisi un christianisme nicéen. Il lance des campagnes pour agrandir son territoire, christianise à son tour les populations vaincues et aide à faire progressivement disparaitre l’arianisme.

Et pourtant, si cette branche de l’arianisme est sensé disparaître entre le IVème siècle et le VIIème siècle, la pensée d’Arius fait de la résistance de manière subtile à travers les âges. Au XVIème siècle, il y a même quelques types qui ont tenté de ranimer la flamme avant de finir sur le bûcher…c’est dire ! En tout cas cette interrogation autour du statut divin, ou non, du christ, elle a continué de faire couler beaucoup d’encre dans l’église chrétienne et aujourd’hui, dans une certaine conception un peu plus humaine de la figure du Christ, on peut considérer qu’Arius y a laissé sa marque.

Sacré chemin pour l’idée d’un type qui est mort dans son caca…

Merci à tous d’avoir suivi cet épisode, on a touché à quelques notions de théologie, c’est pas très habituel pour moi et j’espère que j’ai pas trop dit d’âneries, hésitez pas à me laisser vos commentaires d’ailleurs.

 

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