La bataille d’Otumba

Mes chers camarades bien le bonjour !

Imaginez vous vous levez un matin, votre copain ou votre copine vous dit adieu. Triste. Vous sortez prendre l’air pour réfléchir au sens de votre vie et là un coup de fil. C’est le taff, il faut faire des coupes dans les budgets. Vous glissez sur une merde et vous vous pétez un bras. Pas de bol. La journée commence donc plutôt mal mais perdu pour perdu, en désespoir de cause, vous grattez tant bien que mal un ticket de loto avec votre plâtre encore frais. Et là, bam ! Le gros lot ! C’est ce qu’on appelle un ascenseur émotionnel, et pas un petit. Le rapport avec le sujet du jour ? Disons que le célèbre conquistador Cortès a dû vivre un truc au moins aussi intense après la bataille d’Otumba. Mais pour y voir un peu plus clair sur le parcours de Cortès et sur ses déboires, je vous propose un petit peu de contexte avant de rentrer dans le vif du sujet !

Remise en contexte

Ile de Cuba, qui sert de base arrière à la colonisation espagnole.
Ile de Cuba, qui sert de base arrière à la colonisation espagnole.

Au début du XVIe siècle, l’exploration des terres du Nouveau Monde laisse place à sa colonisation. C’est dans ce climat de conquête que Diego Velázquez de Cuéllar, un des célèbres conquistadores espagnols, envahit l’île de Cuba en 1511. Après avoir pris le contrôle de la région, Velázquez endosse le rôle de gouverneur et gère le commerce dans les eaux avoisinantes. Parmi ses proches se trouve un dénommé Hernán Cortés, un homme ambitieux qui très vite se voit confier le poste de Maire de la ville portuaire de Santiago de Cuba.

Ce dernier accumule rapidement terres et argent mais sent qu’il est possible de créer quelque chose de plus grand, ailleurs, peut-être dans les terres, sur le continent. Genre beaucoup plus grand…

En 1518, Cortés franchit le pas. Les rumeurs de grandes richesses colportées par des aventuriers revenants de l’actuel Mexique le pousse à vendre une partie importante de ses biens pour financer sa propre expédition. Il achète des bateaux, des provisions et du matériel, puis s’entretient avec le gouverneur Velázquez. Avec son accord et en son nom, Cortés peut ainsi partir le 10 février 1519 pour explorer l’intérieur des terres, espérant au passage devenir plus riche qu’il ne l’a jamais été. Il est alors accompagné d’un peu moins de 600 hommes, de quelques chevaux et d’artillerie pour lutter contre les populations locales.

L’objectif est clair : trouver et ramener ces richesses, nouer des contacts commerciaux avec les locaux si possible, rien de plus.

Quand Cortés débarque dans la région de Veracruz, dédicace à Alain Chabat et à ceux qui comprendront, il rencontre tout d’abord les populations mayas, installées depuis longtemps dans la région. Tout comme les nombreux explorateurs qui œuvrent pour son pays, il tâche de les convertir au christianisme, notamment en détruisant leurs symboles religieux. Ce qui est toujours le plus efficace hein, en tout cas selon les critères de l’époque. Cela engendre quelques conflits avec certains mayas qui voient d’un mauvais œil l’apparition de l’homme blanc…Tu m’étonnes !

Néanmoins, la puissance des armes à feu des Espagnols ainsi que leurs chevaux et leur matériel provoquent une crainte qui force au respect, d’autant que les populations locales n’ont jamais vu ces étranges animaux montés.

Un début d’expédition prometteur

C’est au détour d’un échange commercial, ou plutôt d’une offre à sens unique des Mayas vers Cortés, que le chef de l’expédition rencontre une alliée de poids qui l’aidera dans son voyage au cœur du Nouveau Monde : la Malinche ou encore Doña Marina comme l’appelle les Espagnols. Une femme qui, tout d’abord esclave au service des Mayas, est offerte à Cortés qui voit en elle un parfait intermédiaire. Elle parle en effet plusieurs dialectes, semble vouloir embrasser la cause espagnole et possède une grande beauté qui séduit le conquistador et qui l’amène à en faire sa compagne. Et vraiment, elle aura une influence et un rôle qui ne sera pas du tout négligeable dans cette affaire.

Représentation de la Malinche facilitant un échange entre Cortès et les populations locales.
Représentation de la Malinche facilitant un échange entre Cortès et les populations locales.

Ensemble, ils progressent vers l’ouest et rencontrent de nouveaux peuples avec qui ils espèrent nouer des alliances.

Le plus important d’entre eux étant sans aucun doute le peuple Aztèque, dont Cortés va devoir comprendre les coutumes pour arriver à ses fins. À cette époque, les Aztèques ont la main sur la plupart des terres de la région, ils représentent une force militaire très importante qu’ils consolident grâce à des alliances avec d’autres peuples comme les Acolhuas ou les Tépanèques. Mais cette situation de suprématie n’empêche pas les conflits, et l’empire Aztèque est notamment en guerre avec la république de Tlaxcala, forte de quelques 80 000 habitants dont la moitié de guerriers prêts à en découdre.

En même temps les Aztèques ils sont un peu toujours en guerre contre tout le monde…

Cortès croise tout d’abord quelques embarcations aztèques qui descendent la rivière, lui permettant d’établir un premier contact avec l’empire mais aussi d’évaluer les richesses que ces bateaux transportent et de connaître l’identité de l’empereur Moctezuma II, qu’il tente de rencontrer, en vain, par tous les moyens.

Durant l’été 1519, il prend la décision d’établir une première ville sur la côte afin de pouvoir prendre définitivement pied sur le territoire. Veracruz est construite, Cortés est confiant mais doit faire face à des problèmes en interne. La plupart de ses hommes sont en effet fidèles au gouverneur Velázquez et ils se rendent vite compte que leur chef n’a pas vraiment pour objectif de revenir à Cuba avec leur butin mais bel et bien de fonder une nouvelle colonie dont il sera le principal artisan.

Et là, idée de génie de la part de Cortés, toujours très subtil dans ses tactiques.

Faire échouer ses navires pour pas que ses hommes prennent la poudre d'escampette. Imparable.
Faire échouer ses navires pour pas que ses hommes prennent la poudre d’escampette. Imparable.

Afin d’éviter une fuite de ses hommes, Cortés fait échouer ses onze navires sur la côte. Il les empêche ainsi de le trahir en alertant Velázquez et en les obligeant à le suivre plus loin dans les terres. Il envoie également deux émissaires en Espagne directement auprès du roi pour légitimer son action et passer outre le lien de subordination qui le lie au gouverneur de Cuba. Le 16 août 1519, Hernán Cortés s’enfonce vers l’ouest, son objectif est d’atteindre la cité de Tenochtitlan, capitale de l’empire Aztèque et lieu de résidence de l’empereur Moctezuma II. En chemin il se heurte cependant à plusieurs embuscades des Tlaxcaltèques qu’il repousse.

Cortés leur propose la paix car il sait que la république de Tlaxcala peut représenter un atout de poids contre les aztèques si les choses tournent mal. Mais ces derniers refusent et lancent une attaque générale qui manque de peu d’anéantir les forces espagnoles. Après avoir évité cette défaite, Cortés impose la paix et noue une alliance avec les Tlaxcaltèques. Près de 2000 hommes rejoignent son armée. Ça commence à faire du monde donc.

Tout en continuant à entretenir de bons rapports avec les émissaires aztèques qui viennent à sa rencontre, Cortés poursuit sa marche sur la capitale. Il fait une halte dans la ville de Cholula où une première démonstration de force lui permet de développer une peur considérable chez les aztèques : il met le feu à la ville et massacre quelques dizaines de milliers d’habitants. Si les sources espagnoles et aztèques s’opposent sur de nombreux points concernant les récits guerriers de ces évènements, Cortés invoque la théorie du complot pour justifier ces actes.

Les guerriers de Cholula projetant “apparemment” d’exécuter ses propres hommes dans leur sommeil. Quoi qu’il en soit cette répression sanglante est suivie d’une lettre que Cortés adresse à l’empereur Moctezuma, lui signifiant que les aztèques devrait faire preuve davantage de respect pour sa personne.

Il s’est un peu pris pour un gangsta quoi…et en même temps c’est un peu le cas…

Arrivée à la capitale

Vue de la capitale aztèque, construite sur un lac.
Vue de la capitale aztèque, construite sur un lac.

Le 8 novembre 1519, les Espagnols arrivent enfin devant Tenochtitlan, l’empereur, fébrile, accueille le conquistador avec les honneurs demandés. Les forces de Cortés s’installent au coeur de la ville et commencent la fabrication d’une chapelle.

S’en suit alors tout un jeu diplomatique que Cortés s’efforce de mettre en place. Par la peur, il assoit sa domination sur l’empereur et donc, sur l’empire. Sur la côte, quelques chefs aztèques se rebellent bien contre lui, mais il les fait capturer, déporter jusqu’à la capitale puis brûler devant un Moctezuma impuissant et devant les habitants de la ville, horrifiés. L’effet est immédiat, son pouvoir quasi total. En 1520, il profite de cette situation pour réunir les principaux chefs de l’empire afin de leur faire prêter allégeance à la couronne espagnole.

Dans l’esprit de Cortés, cela ne peut que légitimer son action auprès du roi et garantir davantage sa propre sécurité dans une région où à chaque instant son sous-effectif peut entraîner sa perte en cas de rébellion aztèque. Moctezuma est véritablement pris en otage par les espagnols.

Cependant Cortés néglige un aspect primordial dans l’exécution de son plan car si Charles-Quint, le monarque espagnol, peut être selon lui facilement convaincu de l’intérêt que représente une nouvelle colonie au Mexique, Velázquez ne compte pas se faire duper sans rien faire.

Ce dernier envoie donc une flotte de 18 navires et transportant près de mille hommes sous le commandement du capitaine Pánfilo de Narváez. Fantassins, cavaliers, arbalétriers et canons, c’est une arrivée en grande pompe à laquelle assiste Cortés depuis la capitale aztèque. Narváez fonde la ville de San Salvador et envoie des émissaires à Veracruz pour affirmer son nouveau pouvoir sur la région.

Il s’entretient également avec des ambassadeurs aztèques qui l’implorent de venir au secours de leur empereur, toujours sous l’autorité de Cortés.

Ce dernier, laissant une partie de ses forces à Tenochtitlan sous le commandement de Pedro de Alvarado, marche sur le capitaine afin de contrer cette nouvelle menace. Une menace qui ne tient pas longtemps face à la détermination de Cortés qui capture Narváez au cours d’une embuscade près de la rivière Canoas.

L’affrontement est bref et il ne coûte la vie qu’à quelques hommes. Le capitaine, furieux, perd un œil après avoir reçu un coup de pique. On peut alors légitimement se demander pourquoi les soldats de Narváez, supérieur en nombre, ne se sont pas rebellés contre Cortés.

Alors pourquoi ?

Il semble que ce dernier ait, à la suite de la capture de son rival, entamé un discours devant eux en leur décrivant les richesses que l’empire pouvait leur apporter. Cortés leur laisse alors le choix, le suivre dans cette aventure pleine de promesses ou reprendre un bateau pour rejoindre Cuba.

La plupart des hommes se rallient à sa cause tandis qu’un petit groupe d’irréductibles prend la mer. C’est désormais une force de près de mille hommes que commande le conquistador et il compte bien la mettre à profit pour étendre son pouvoir dans la région.

Cortés est donc remonté à bloc…jusqu’à ce qu’il découvre la grosse situation de merde, y’a pas d’autres mots, qui l’attend à Tenochtitlan…

La Noche Triste

Lors du départ de leur chef vers la côte, les soldats espagnols se fédèrent autour de Pedro de Alvarado qui doit maintenir la stabilité de leur pouvoir et son emprise sur l’empereur Moctezuma. Mais le second de Cortés croit déceler un vent de trahison parmi les aztèques et rapidement les troupes espagnoles se sentent menacés.

Alors que le peuple et la noblesse célèbrent le cinquième mois du calendrier aztèque, lors de la fête de Tóxcatl, Alvarado prend une décision radicale pour éviter que le piège, imaginaire ou pas, se referme sur lui. Dans un élan de rage, il massacre en grand nombre les nobles et les prêtres de la ville, provoquant un soulèvement de la population contre les espagnols qui n’ont d’autres choix que de se réfugier dans le palais de Tenochtitlan, littéralement pris d’assaut.

Fuyant la ville-île, les Espagnols et leurs alliés se retrouvent sous les tirs de flèches des Aztèques.
Fuyant la ville-île, les Espagnols et leurs alliés se retrouvent sous les tirs de flèches des Aztèques.

Cortès, après la bataille contre Narváez et le ralliement d’une partie des troupes fraîchement débarquées, reçoit une lettre l’informant de la tragédie qui est en train de s’opérer dans la capitale. A la tête de mille soldats espagnols et de plusieurs milliers de guerriers Tlaxcaltèques, le conquistador fonce au secours de ses compatriotes.

Arrivé en ville, tout est calme, trop calme : les rues sont vides. Les troupes pressent le pas pour rejoindre leurs camarades et se réfugier dans le palais.

En réalité les aztèques de Tenochtitlan, bien que furieux contre Alvarado, croient encore en la bonne foi de Cortés. Cependant les propos de l’espagnol, loin d’être pacifistes devant ses propres hommes comme d’habitude, sont captés par des oreilles aztèques attentives qui ont appris à parler la langue.

La rumeur de la trahison de Cortés est lancée, le peuple gronde, prend les armes et fonce arme au poing vers le palais afin d’exécuter sa vengeance. Le lendemain, des milliers d’aztèques affluent vers le centre de la ville, les flèches et les pierres pleuvent sur les espagnols tandis que dans un brouhaha immense l’écho des fusils résonnent dans la cité. Des hommes tombent par centaines devant le palais et si la supériorité technologique de Cortés lui permet de défendre efficacement son bâtiment, il essuie lui aussi des pertes et sent que la situation peut lui échapper à tout moment. Sans que l’on sache alors si il s’agit d’une pression des espagnols ou d’une volonté propre de l’empereur, Moctezuma décide de tenter sa chance. Au petit matin du deuxième jour, il décide d’apparaître sur les murailles pour calmer son peuple.

Si dans un premier temps les habitants de la ville prennent le temps de l’écouter, l’appel au calme n’est pas entendu, pire que ça, il est contesté.

Et en même temps je vois mal comment il a pu croire que ça allait marcher en débarquant en plein milieu d’une bataille et en disant, grosso modo “wow wow wow les gars, on va se calmer, y’a peut être un malentendu, on va régler ça autour d’une bonne bière, qu’est ce que vous en dites ? Non ?” Evidemment que non !

Alors que Moctezuma est encore a découvert, les flèches et les pierres recommencent à tomber du ciel. Dans la confusion, l’empereur est touché à la tempe par un projectile. Il décède peu de temps après. Cette version est néanmoins contestée par certaines sources aztèques qui pointent du doigt Cortés, qui aurait exécuté l’empereur après son discours voyant visiblement que son autorité ne faisait plus l’unanimité et donc, que son utilité n’était plus indispensable.

Cernés, bloqués dans l’édifice qui prend des allures de tombeau, les Espagnols résistent encore et toujours aux assauts des Aztèques, mais si l’ennemi semble jouir d’une réserve inépuisable de troupes, ce n’est pas le cas pour Cortés qui doit se rendre à l’évidence : une retraite organisée est leur seule chance de survie, et elle ne sera pas facile.

C’est le moins qu’on puisse dire…

Dans la nuit du 30 juin au 1er juillet 1520, la fuite s’organise. Les coutumes locales poussent les guerriers aztèques à ne plus combattre le soir tombé, à défaut d’y voir très clair, le conquistador choisi donc de sortir du palais dans une obscurité enveloppante et protectrice. L’entreprise est délicate car Tenochtitlan est construite sur un ilôt du lac Texcoco et le seul moyen d’y accéder et de franchir des ponts qui ont été coupé par les aztèques.

Dans un premier temps, la sortie des espagnols, vers minuit, se fait dans le plus grands des calmes.

Gonzalo de Sandoval prend la tête la tête de l’avant Garde tandis que Cortés, en compagnie du gros des troupes, de richesses prises dans le temple et de prisonniers le suit à bonne distance. Alvarado dirige l’arrière garde et s’assure que la périlleuse expédition puisse être menée à bien.

Plusieurs milliers d’hommes progressent à pas de souris pour enfin atteindre un pont, endommagé, que les soldats commencent à réparer pour faire passer les chevaux et les canons.

C’est à ce moment là que les aztèques, tapis dans l’ombre, surgissent de toutes parts en criant et en agitant leurs armes. Le lac, qui soudain semble s’animer, se recouvre d’embarcations qui transportent des archers. Les espagnols paniquent, le piège se referme. Si dans un premier temps les troupes de Cortés tentent de se battre et de repousser l’assaut des habitants de la ville, la défaite semble inévitable.

Bien vite ce qui aurait du être une retraite organisée se transforme en fuite désespéré où chacun tente de sauver sa propre vie. Tandis que les flèches transpercent les corps, des hommes les poches remplies d’or coulent au fond du lac.

Et ce n’est pas la technologie des espagnols qui va les sauver ! Les hommes de Cortés, aveuglés par la nuit, ne peuvent pas tirer correctement avec leurs armes.

L’artillerie, trop lourde, endommage le pont lors de la traversée. Les soldats blessés qui gisent sur le sol sont relevés par des guerriers aztèques qui les emmènent vers la cité, probablement pour les sacrifier un peu plus tard. L’anarchie la plus totale règne sur les bords du lac et tandis que les premiers soldats, dont Cortés, arrivent à mettre le pied sur la terre ferme, le lac se remplit de cadavres d’Espagnols, de Tlaxcaltèques et d’Aztèques, formant presque un nouveau pont reliant Tenochtitlan au continent. Ce véritable carnage est connu sous le nom de la “Noche Triste” et on estime que Cortés, au cours de cette manoeuvre, perd près de la moitié des hommes qu’il avait sous son commandement. Si les nombres évoqués divergent en fonction des sources, on peut sans mal assurer que plusieurs centaines d’espagnols et plusieurs milliers de tlaxcaltèques périssent en quittant la ville.

Mais l’histoire ne s’arrête pas là et la suite des aventures de Cortès reste sans aucun doute aussi incroyable qu’improbable.

Un dénouement inattendu

Après avoir réuni ses troupes dans le village de Tacuba, Cortés décide de repartir rapidement car il sait que les Aztèques sont sur ses talons. La zone de sécurité la plus proche, la ville de Tlaxcala, est situé à plus de soixante kilomètres vers l’est. Entre ce havre de paix et l’armée de Cortés se dresse malheureusement le lac, infranchissable sans navire. Un des guerriers de l’armée tlaxcaltèque ouvre alors le chemin et mène les troupes vers le nord afin de contourner l’étendue d’eau.

La marche est épuisante et difficile, il faut aller le plus vite possible, les Aztèques étant toujours à leur poursuite. Des altercations éclatent, parfois juste une escarmouche à distance et même de temps en temps un affrontement direct, corps contre corps. La nourriture se fait rare, les hommes sont affamés, faibles, la situation est plus que jamais catastrophique. Du moins c’est ce que pensent les espagnols avant la journée du 7 juillet 1520.

Vous vous souvenez, le fameux ticket de loto.

Après six jours de marche, les forces de Cortés arrivent dans la plaine d’Otumba. Et le moins qu’on puisse dire, c’est que les gars ont surement pas le sourire quand ils découvrent la vue. Plusieurs dizaines de milliers d’Aztèques les attendent de pied ferme, tous animés par un seul objectif : tuer le conquistador et ses troupes.

On imagine alors très bien les soldats de Cortés en mode “ouais on va peut être faire demi tour, doit y avoir un autre chemin non ?”. Mais Cortés décide quant à lui de tenter le tout pour le tout. Repérant à travers cet amas de guerriers l’étendard du commandement aztèque, il charge vers sa direction en compagnie des quelques cavaliers qu’il lui reste.

Une charge désespérée à travers les rangs supérieurs en nombre des Aztèques ; une stratégie qui se révélera payante.
Une charge désespérée à travers les rangs supérieurs en nombre des Aztèques ; une stratégie qui se révélera payante.

Et là on parle d’une vingtaine de chevaux à tout péter hein…

La suite de cet acte mi-héroïque mi-suicidaire est assez floue, on ne sait pas très bien si les hommes de Cortés ont tué d’un coup de lance le général ennemi ou s’ils ont massacré tous les officiers. Certaines pistes ne font état que de la capture de l’étendard, ce qui en soit serait déjà un exploit vu la quantité d’Aztèques au mètre carré. En tout cas le résultat est là, devant l’assaut inattendu de Cortés et son succès totalement improbable, les troupes aztèques, pourtant largement supérieures en nombre, fuient vers les montagnes.

Certains disent que les chevaux auraient effrayé les guerriers car ils n’étaient pas du tout habitué à l’animal. La panique est en tout cas totale et si Cortés poursuit durant quelques instants les fuyards, il préserve surtout ses troupes, déjà à bout de forces, en  se contentant de dépouiller des cadavres laissés sur le champ de bataille. On raconte alors que le butin est extraordinaire et qu’il permet à Cortés d’amortir une bonne partie de ses pertes financières. La voie vers Tlaxcala est ouverte, les Espagnols échappent à la mort certaine qui les attendait dans cette plaine.

Cortés, objectivement, ça à beau être une enflure de première, il réussit quand même un bon coup de bluff !

Lui qui aurait dû mourir ici est maintenant libre de constituer une nouvelle armée avec ses alliés tlaxcaltèques. Une armée puissante avec laquelle il marche de nouveau vers Tenochtitlan en 1521, capturant la ville après plus de deux mois de siège et précipitant la chute de l’empire aztèque. Après avoir été jugé pour sa trahison envers Velázquez et toute l’affaire qui en découle, Cortés est non seulement innocenté par la couronne d’espagne mais également remercié  pour ses efforts. Il est alors nommé gouverneur de ce que l’on nomme désormais “la Nouvelle-Espagne”.

Merci à tous d’avoir suivi cet épisode, comme je l’ai signalé plusieurs fois dans la vidéo les sources mexicaines et espagnoles sont quand même assez différentes donc il est compliqué de savoir vraiment ce qui s’est passé et surtout dans quelles proportions mais j’ai tenté de rendre ça le plus digérable possible ! Et pour ceux que ça tente, cet épisode est une adaptation d’un chapitre de mon livre “les pires batailles de l’Histoire” que je vous remets en description, ça parle d’histoire militaire mais pas que puisque comme vous le voyez je développe pas mal le contexte autour des batailles. Oubliez pas de suivre mon compte “notabenemovies” sur insta, facebook et twitter. On se retrouve très bientôt ! A toute !

Les ajouts et corrections de Laurent Thomas, spécialiste de la MésoAmérique, mises en forme par Benjamin Brillaud.

Les écrits sur l’Histoire de la Méso-Amérique sont bien souvent contradictoires et la recherche évolue très rapidement sur le sujet, si bien que des ouvrages datant de 15 ans sont aujourd’hui obsolètes, ce qui fait de cette période et de cette ère géographique un vrai bourbier !

Moctezuma n’accueille pas Cortés avant l’entrée dans Mexico. Quant à savoir dans quel état était l’empereur (paniqué, sûr de lui, dans le doute, etc), toutes les hypothèses sont ouvertes. Moctezuma est surtout, par la suite, tenu en otage (au sens propre !)

L’histoire de chefs aztèques capturés et brûlés en place publique semble être tiré d’une source trop ancienne qui n’est plus d’actualité aujourd’hui. Tout comme la fondation par Narvaez de San Salvador. Les Aztèques n’ont jamais demandé à Narvaez de les aider (lui et ses troupes ne disposent pas de traducteur) – tout au plus des espions aztèques ont-ils indiqué à Moctezuma la présence des troupes de Narvaez * Simple remarque : le massacre des nobles par les troupes d’Alvarado est un des points les plus discutés de la Conquête. Personne n’y comprend rien : il n’y a aucune source ! Tous les témoignages ultérieurs espagnols sont faits par des types dans le groupe de Cortés, et il n’y a aucun document aztèque pour l’exprimer clairement. La plupart des conquistadores sont illettrés, ils savent au mieux bidouiller trois lettres pour faire un semblant de signature. En réalité, les « lettres » mentionnées de Cortés à Moctezuma ou des troupes de Mexico à Cortés sont parfois (certain dans le premier cas, pas sûr pour le second) des documents rédigés/dessinés par les Indiens.

Les Indiens « croient en la bonne foi de Cortés ». Là, idem, un point dont on pourrait débattre des heures. Pourquoi les Aztèques n’ont-ils pas mené l’assaut contre les Espagnols ? Plusieurs options : par crainte de voir l’empereur tué, par crainte des Espagnols (peu probable), à cause du système de guerre ritualisé à outrance, compte tenu de la présence tlaxcaltèque dans leur propre ville, par manque de coordination au sein du pouvoir (renforcé par le massacre de l’aristocratie décidé par Alvarado), ou encore un peu tout à la fois…  De mémoire, il n’y a pas d’affrontement meurtrier au moment où Cortés revient. Il y a eu des échauffourées avant, suite au massacre opéré par Alvarado, mais pas d’affrontement direct d’une telle ampleur au moment même du retour de Cortés, il faut attendre quelques jours et un temps de battement. La situation s’envenime, premières confrontations violentes (quelques dizaines, peut-être 100-200 morts) ensuite, puis mort de Moctezuma. Et ce n’est qu’alors que la situation devient réellement critique.

« La supériorité technologique de Cortés lui permet de défendre efficacement son bâtiment » : non. La supériorité technologique, à ce stade, se réduit à rien. Les épées sont plus solides que les armes d’obsidienne, ça on peut le dire ; les armures ne constituent pas une supériorité, les Aztèques portent des vestes matelassées qui résistent aux flèches et valent pratiquement les armures de métal ; les arquebuses n’ont pas un rendement suffisant pour créer une différence et le climat est une contrainte permanente (il faut maintenir la poudre à sec), tout au plus y a-t-il un effet psychologique des détonations et des éclats ; les arbalètes à la limite peuvent être une supériorité, mais là encore, le rendement n’est pas génial (et les Aztèques ont des javelots montés sur propulseurs qui sont efficaces à longue distance) ; les canons ne servent pratiquement pas à ce stade (ils serviront lors du retour sur Mexico) ; seuls les chevaux marquent une véritable différence. Non, s’il y a une supériorité, c’est une supériorité stratégique avant tout – la technologie compte pour bien peu.

A priori, selon la version la plus probable, Moctezuma se présentant en terrasse face au peuple est une pure initiative espagnole, une sorte de va-tout. Et Moctezuma n’a pas le temps de s’exprimer face au peuple, ou à peine. D’où une autre question sans réponse de la Conquista : qui attaque Moctezuma et pourquoi meurt-il ? Plusieurs options : 1) les Aztèques renient leur propre empereur (peu probable), 2) il y a des scissions au sein du peuple, et certains se rebellent contre Moctezuma, 3) Moctezuma n’est pas identifié et est en quelque sorte une victime collatérale (peu probable), 4) ce ne sont pas des Aztèques mais des Tlaxcaltèques qui sont à l’origine des tirs de projectiles, 5) la version de la mort de Moctezuma est une invention a posteriori de la part des Espagnols (peu probable). Et, donc, second problème, dans quelles conditions meurt Moctezuma, vu qu’il survit au moins trois jours à ses blessures : 1) il succombe à ses blessures, 2) il est tué par des Tlaxcaltèques qui profitent de la situation, 3) il est tué par les Espagnols jugeant qu’il est désormais inutile.

Le butin extraordinaire à Otumba : la question d’amortir les pertes financières de Cortés est assez vague. A titre de comparaison, l’expédition de Magellan (cinq navires dits « caraques ») revient avec une seule caraque remplie d’épices, et elle est rentable (du moins, son financement, pas forcément les pertes humaines). Avec Cortés, c’est très vicieux : de tout l’or pris, 1/5ème revient au roi Charles Quint. Mais très vite, Cortés joue avec ses hommes en employant des prétextes tordus (un peu comme il joue avec les Indiens à bien y regarder), et obtient qu’eux-mêmes lui remettent également 1/5ème (ce qui forcément sera mal vu de la couronne puisque le bonhomme se met à niveau égal avec le roi). Mais de là à quantifier l’implication financière de Cortés, ou les questions de pertes et profits, c’est très difficile. A l’époque, l’Amérique ne vaut pas grand-chose : ce sont les épices des Indes qui restent le meilleur rendement. Avant d’établir les mines au Mexique et au Pérou, les Amériques n’intéressent pas franchement l’Europe. Sans compter l’autre problème, la masse de produits inconnus qui n’ont pas à strictement parler de valeur marchande à l’époque, et qui prendront des décennies à être assimilées : avocats, tomates, pommes de terre, tabac, etc * Cortés n’est pas forcément une « enflure de première ». Tu soulignes ses coups de bluffs, ça oui, c’est un manipulateur, un fichu stratège. Mais son rapport au monde indigène est très ambigu. Ce n’est pas un destructeur de la trempe de Pizarro au Pérou – qui là, oui, est un véritable meurtrier d’Indiens, visant uniquement le profit. Paradoxalement, Cortés est méprisé au Mexique et la culture et les politiques font tout pour minimiser son impact ou tâcher de ne pas mentionner son nom, là où inversement, à Lima ou Cuzco, on trouve des places à la gloire de Pizarro, des statues, etc, et sans que cela ne semble choquer l’opinion publique.

Le rapport Charles Quint / Hernan Cortés / Diego Velazquez est un jeu politique à lui tout seul, aussi complexe que le jeu Aztèques / Espagnols / Tlaxcaltèques. Ils n’arrêtent pas de se tirer dans les pattes ou de se faire des cadeaux, c’est un véritable jeu de traîtres.

 

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