La bataille de Bir Hakeim

Mes chers camarades, bien le bonjour !

Aujourd’hui je vous propose deux mots : Bir Hakeim. Et ça vous dit peut-être quelque chose non ? Pour les parisiens par exemple c’est un magnifique pont qui a servi notamment à des gros tournage de films comme Inception de Christopher Nolan. C’est aussi une station de Métro ou dans pas mal d’autres villes des places, des squares, des passerelles, des rues… Bref Bir Hakeim c’est quand même pas mal connu pour…un puits d’eau perdu en plein milieu du désert de Libye.

Je vous propose de replonger en plein cœur de la seconde guerre mondiale pour comprendre pourquoi Bir Hakeim….direction la Libye, en 1942 !

Face au renard du désert

Voila, avec une carte c'est tout de suite plus clair.
Voila, avec une carte c’est tout de suite plus clair.

Au printemps de cette année-là, le général Rommel, l’un des meilleurs généraux allemands, mène la vie dure aux Anglais à la tête de son célèbre Afrika Korps, le corps expéditionnaire envoyé par l’Allemagne pour soutenir les Italiens en Libye. Les Anglais tentent d’enrayer sa progression en préparant une importante ligne de défense devant Tobrouk, leur dernière base d’importance en Libye. Et si malheureusement Tobrouk tombe, les Allemands verront s’ouvrir devant eux les portes de l’Égypte, qui abrite l’inestimable canal de Suez.

Vous savez ce gros truc qui relie la méditerranée à la mer rouge, pratique pour faire transiter des troupes et du matériel !

"Donc là, ce sont juste quelques Français en travers de ma route ? ça va passer..."
« Donc là, ce sont juste quelques Français en travers de ma route ? ça va passer… »

Le plan du général Erwin Rommel est simple : avec l’aide de ses alliés italiens, il compte occuper les Britanniques sur toute leur ligne de défense, pendant qu’à la tête d’une troupe rapide et mobile, il contournera le point au plus au sud de la défense anglaise pour attaquer les positions ennemies à revers.

Et il se trouve que le point le plus au sud de la ligne de défense britannique se nomme… Bir Hakeim. Un minuscule poste perdu au milieu du désert, une ruine, qui ne défend qu’un puits sec depuis longtemps. Persuadé que les forces de l’Axe s’apprêtent à attaquer Tobrouk, le général Ritchie, à la tête de la 8ème armée britannique, a confié la défense de ce point, sur lequel il n’attend pas d’attaque, à la 1ère Brigade Française Libre.

Et pourtant, c’est là que le 27 mai 1942, Rommel après avoir lancé une attaque de diversion, opère son véritable mouvement : il ordonne aux troupes italiennes de s’emparer de Bir Hakeim, pendant que lui et ses véhicules contournent les ruines pour attaquer les britanniques dans le dos.

Ça sent le pâté me direz-vous. Et pourtant, c’est là que l’improbable va se produire : non seulement les Italiens sont repoussés en moins d’une heure, mais ils laissent trente-deux tanks sur le terrain. Plus incroyable encore, les Français de Bir Hakeim… attaquent les troupes de Rommel à revers ! Ce dernier est donc obligé d’abandonner son offensive contre les Anglais pour détruire, d’abord, cette position française qui menace ses arrières.

Il faut dire que la 1ère Brigade Française Libre sur place n’est pas constituée de rigolos ! Sous les ordres du général Marie-Pierre Koenig , officier qui exerce en Afrique du Nord depuis des années, se trouvent des troupes d’Afrique, mais aussi du Pacifique, ainsi que des fusiliers-marins, et surtout, deux bataillons de la redoutée Légion Étrangère.

Et Koenig n’a pas lésiné sur la défense : ses troupes sont entourées de champs de mines et disposent de canons de toutes sortes ainsi que du soutien de la Royal Air Force. Le terrain étant plat, les hommes vivent dans des trous individuels qu’ils ont creusés, les véhicules aussi sont enfouis pour être protégés.

Encerclés, mais motivés !

Rommel comprend que Bir Hakeim va être un problème bien plus sérieux qu’il ne l’imaginait, et entame donc le siège de la position. Il l’isole, et entame le bombardement de la position, tout en demandant aux assiégés de se rendre. Du 2 au 10 juin 1942, 40.000 obus ennemis vont ainsi tomber sur le retranchement français, sans compter les bombes larguées par les avions de l’Axe.

Les Français rendent coup pour coup : 42 000 obus répondent à l’ennemi, et la DCA appuie la RAF qui tente de repousser l’aviation ennemie.

Que faire quand l'ennemi vous encercle et que vous êtes légionnaires ? Attaquer pardi !
Que faire quand l’ennemi vous encercle et que vous êtes légionnaires ?
Attaquer pardi !

Par trois fois, Rommel va demander aux Français de se rendre. Et par trois fois, ils lui répondront à coup de canon avant de lancer des raids contre les positions ennemies.

L’aspirant Jean-Charles Bellec et ses hommes s’infiltrent ainsi dans les lignes ennemies pour obtenir des informations. Plus fort que ça, ils font même passer de l’équipement puisqu’il parviennent à faire passer des convois entiers d’eau et de munitions au travers des défenses de l’Axe.

Disons le clairement, Rommel à les boules. Il bombarde les postes de transmission français, mais à chaque fois les transmissions sont rétablies. Notamment par le capitaine Jacques Renard… de son vrai nom, Jacob Kramer, puisque, ironie du sort, cet officier de la légion est allemand !

Les officiers sont sous le feu avec leurs hommes et ne sont pas épargnés : Félix Broche, qui commande le bataillon du Pacifique, est surnommé le Metua par ses troupes venues de Tahiti, ce qui signifie “Le Père”. Il meurt dans les bombardements au côté de son adjoint.

Jusqu’au 10 juin 1942, les Français de Bir Hakeim vont vivre l’enfer… et le faire vivre à l’ennemi en retour. Leur résistance inattendue permet à toute l’armée anglaise de se réorganiser pendant que cette brigade française occupe Rommel. Le général allemand se déplace en personne pour tenter de prendre sans succès la position.

Dans la nuit du 10 au 11 juin 1942, les Français ont achevé leur travail et suffisamment retenu l’ennemi : les Anglais leur demandent de se replier. Il faut tenter une sortie, et traverser les lignes ennemies, mais aussi les champs de mine, et ce, de nuit et en attirant le moins de feu possible sur leur convoi.

Se replier à travers les lignes ennemies

Le commandant André Gravier, du génie, connaît bien les champs de mines autour du camp car c’est lui qui a choisi leurs emplacements. Il dirige l’opération et sera lui-même grièvement blessé par un obus alors qu’il guide en personne son convoi.

Le matin du 11 juin 1942, Rommel est en rage : il avait prévu de donner le coup de grâce ce jour-là. Mais les Français lui ont échappé au cours de leur passage en force nocturne. Il écrira :

“Une fois de plus, la preuve était faite qu’un chef français, décidé à ne pas jeter le fusil après la mire à la première occasion, peut réaliser des miracles, même si la situation est apparemment désespérée”

Un brillant coût d’éclat pour les forces françaises qui a tout de même un coût terrible à payer.

Durant l’ensemble de la bataille, les Français ont perdu plus de 1000 hommes : des morts, des blessés, des disparus ou des prisonniers, sans compter les véhicules et les canons abandonnés sur place. C’est presque un tiers des effectifs présent ! Cependant, 2500 hommes regagnent victorieux les lignes anglaises, prêts à continuer le combat.

La bataille de Bir Hakeim sera saluée dans le monde entier, et dans ces ruines au milieu du désert, les Forces Françaises Libre auront réussi, malgré l’isolement, à mettre en échec Rommel en personne, et ça, malgré le déséquilibre des forces en présence car rappelons le, les forces ennemies étaient 10 fois plus nombreuses ! Le général allemand a au total perdu 14 jours, sans parvenir à vaincre les Français. Ces 14 jours ont permis aux Anglais de se réorganiser autour d’une nouvelle ligne de défense, qui mettra un terme à l’avancée de l’Afrika Korps, lors d’une bataille tout aussi célèbre : celle d’El Alamein.

Et si j’ai glissé durant ce récit plusieurs noms, comme Koenig, Renard, Bellec, Gravier ou Broche, sachez que tous sont Compagnons de la Libération, et certains continueront par la suite de servir, mais dans l’action politique, comme Koenig, qui deviendra ministre de la Défense.

Vous trouverez, au musée de l’Ordre de la Libération, une vitrine dédiée à cette bataille que je vous suggère de ne pas oublier. Car si un jour, au milieu d’une discussion, on vous rappelle encore une fois que les troupes françaises n’ont fait que se rendre lors de la seconde guerre mondiale, vous pourrez leur balancer un petit : “Ah oui ? Et à Bir Hakeim ?”

Voilà les amis! J’espère que cette vidéo vous a plu, merci à l’ordre de la libération pour ce partenariat de long terme sur la chaîne. Vous pourrez retrouver tous les épisodes dans une playlist que je mets en description ! On se retrouve le mois prochain pour un nouvel épisode et vous allez le voir, y’a encore de quoi être surpris par les actions de la France Libre ! A plus !

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