Jack l’Éventreur

Mes chers camarades, bien le bonjour.

Vous aimez les serials killer ? Ok…bon, je vous préviens, l’épisode va être assez sordide, pour pas dire un peu crade…

Aujourd’hui, je vous emmène donc à Londres à la fin du XIXe siècle, quand l’Angleterre est la première puissance mondiale avec la reine Victoria au pouvoir, une époque qu’on appelle logiquement…  l’époque victorienne.

Londres victorienne

Londres est alors la métropole la plus peuplée du monde, la capitale de la première puissance industrielle du monde et du plus grand empire colonial du monde, une ville moderne, très riche et puissante… du monde !

Paysage idyllique du Londres au XIXe siècle ; des usines, des fumées,...
Paysage idyllique du Londres au XIXe siècle ; des usines, des fumées,…

La plupart des monuments que nous connaissons bien de Londres datent d’ailleurs de cette époque, Big Ben par exemple. Mais cette prospérité a son côté obscur : une masse de pauvres et d’immigrés récents, Irlandais et juifs notamment, qui s’entassent dans des quartiers miséreux, insalubres et dangereux. A Londres, c’est dans l’East End. On dit que le vent y emmène les fumées des usines alors que la partie Ouest, le West End, c’est à dire les quartiers riches, bénéficient d’un air plus sain.

Eh oui, parce que des usines, ce n’est pas ce qui manque à Londres comme dans le reste de l’Angleterre, le pays qui est à l’origine de la révolution industrielle.

A l’époque, il n’y a pas vraiment de normes anti-pollution donc les machines qui fonctionnent au charbon rejettent allégrement toutes leurs fumées et les particules de charbon, plus lourdes que l’air, retombent sur le sol et les façades des maisons, noircissant tout y compris les poumons des Londoniens. Avec l’humidité de la Tamise, le fleuve qui traverse Londres, et cette pollution, les quartiers ouvriers sont plongés dans un « smog », une brume épaisse quasi permanente qui empêche de distinguer à plus d’une dizaine de mètres. Oui oui, le fameux “smog” qu’on retrouve maintenant dans certaines très grandes villes polluées.

Bref, vous voyez bien le décor ! Donc, dans ces quartiers miséreux, protégé par cette brume de pollution, va sévir celui qui va créer le concept de « serial killer », j’ai nommé – tadam – Jack l’éventreur.

Les meurtres commencent…

Tout commence le 31 août 1888 quand une prostituée londonienne du nom de Mary Ann Nichols, que la misère a poussé à vendre son corps, est retrouvée assassinée dans le quartier de Whitechapel. Jusque là, rien de très surprenant. En effet Les prostituées sont légion dans le coin, 1200 selon un décompte de l’époque et il s’agit de femmes isolées, mères célibataires, ouvrières ne pouvant plus travailler etc.. Pour résumer des cibles idéales, dont l’insécurité est le quotidien et à qui il arrive souvent malheur. Quant à Whitechapel, ce quartier où règne la misère et l’alcoolisme, il vaut mieux ne pas y trainer trop tard la nuit…et même le jour à vrai dire ! C’est un vrai labyrinthe où l’on trouve des pubs, ça c’est sympa, mais aussi des ivrognes dangereux. Ce qui est moins sympa…

Annonce d'un meurtre sordide dans l'East End. Encore un...
Annonce d’un meurtre sordide dans l’East End. Encore un…

D’ailleurs on peut aussi y trouver des maisons où l’on peut louer un lit pour une nuit si l’on n’est pas trop regardant sur l’hygiène dans un quartier sans égout ni caniveau. En soi, ce meurtre dans un quartier où on disparaît facilement en cas de mauvaise rencontre, n’est donc pas très original. Ce qui l’est en revanche, c’est que la malheureuse a été égorgée et que son ventre a été ouvert avec un long couteau.

Il y a toutes sortes de dingues dans le quartier mais des découpeurs de ventre, assez peu bizarrement. Je vous préviens la suite de la vidéo peut être un poil hard niveau détails.

A la morgue, on découvre que les organes génitaux de la malheureuse ont été aussi lacérés avec plusieurs coups violents. Une semaine plus tard, une autre femme, Annie Chapman est retrouvée morte à proximité du lieu du premier crime. Elle aussi a été tuée avec un long couteau et ouverte de la même façon, c’est à dire éventrée. Comme pour la première – j’ai oublié de vous mentionner ce petit détail -, certains de ses organes manquent…  Le vagin, l’utérus et la vessie ont été prélevés. La police, au départ, ne se préoccupe pas trop de la mort de prostituées à Whitechapel mais commence à se dire qu’il y a peut-être un tueur en série en action.

Alors bien sûr, les tueurs en série ça existait déjà par le passé, en France on pense direct au fameux Gilles de rais le compagnon de route de Jeanne d’Arc, mais ici la grande nouveauté apportée par cette histoire, c’est l’utilisation de la presse.

Exemple des unes sensationnelles qui couvraient l'enquête sur Jack l'Eventreur, construisant par la même sa légende.
Exemple des unes sensationnelles qui couvraient l’enquête sur Jack l’Éventreur, construisant par la même sa légende.

A la fin du XIXe siècle, la presse est de plus en plus lue : les journaux sont très peu chers, le niveau d’instruction n’a cessé de progresser et les progrès techniques permettent désormais des tirages très importants. La presse cherche toujours des histoires croustillantes ou effrayantes pour faire vendre leurs journaux et avec « Jack l’éventreur », on comprend qu’elle a touché le gros lot. The Star, un journal du soir qui vient juste d’être fondé, voit ses ventes multipliées par 10 !

The Illustrated Police News, le premier des magazines exclusivement consacrés aux affaires criminelles, propose chaque semaine un résumé de l’enquête en images.  Même le journal de référence, le Times, s’y intéresse. Sans la presse et le rôle qu’elle va jouer dans cette affaire, il y a fort à parier que nous ne connaitrions certainement pas cette histoire qui aurait été oublié de tous.

Le meurtrier est d’ailleurs bien conscient de l’importance des médias. Il envoie une lettre le 27 septembre à un journal de Londres. Elle est en caractères rouges car écrite avec du sang.

Le gars à le goût de la mise en scène, mais ça reste hyper creepy…

Dans le courrier, il se moque de la police qui n’arrive pas à l’arrêter. Il dit qu’il aime son métier et qu’il recommencera bientôt. Il promet d’ailleurs la prochaine fois de couper les oreilles de la victime pour les envoyer à la police.

La lettre est surtout signée « Jack l’éventreur ». La police encourage la publication de la lettre dans l’espoir que quelqu’un puisse reconnaître l’écriture. La presse relate ensuite les différents meurtres et commence à échafauder des hypothèses. On prétend que l’utilisation d’un long couteau est le propre d’un boucher voire d’un médecin pour la précision des découpes d’organes.

En tout cas, la description des crimes fait vendre du papier et les journaux n’hésitent pas à tout décrire en détail. « Jack l’éventreur » devient vite très célèbre.

Comme quoi l’influence néfaste de certains médias, ça date pas d’aujourd’hui !

Trois jours plus tard, le 30 septembre, deux autres femmes, peut-être prostituées mais on ne sait pas vraiment, sont retrouvées mortes : Elizabeth Stride et Catherine Eddowes. Elles ont été tuées à une quinzaine de minutes d’intervalle. Catherine Eddowes dont le visage a été horriblement balafré, s’est fait découper une de ses oreilles, son nez et un de ses reins.

Une lettre envoyée "depuis l'Enfer", se moquant de la police.
Une lettre envoyée « depuis l’Enfer », se moquant de la police.

Le 1er octobre, une nouvelle lettre parvient au même journal de Londres que la précédente. Plus courte, toujours signée « Jack l’éventreur », elle se réjouit du double meurtre de la nuit et le meurtrier regrette de ne pas avoir eu le temps de découper comme promis, les deux oreilles pour la police. On convoque des experts en écriture qui pensent qu’il s’agit du même auteur.

Le 16 octobre, une troisième lettre arrive. Elle est plus contestée que les précédentes : l’écriture est différente, elle parvient à la police, et pas au journal habituel, et elle est adressée, je cite : « depuis l’enfer ». D’où le titre du film “From Hell” avec Johny Depp qui revient sur l’histoire de jack l’éventreur d’ailleurs. Cette lettre, elle contient en tout cas un morceau de rein humain qu’il est impossible selon les moyens techniques de l’époque d’attribuer à l’une des victimes.

Pour les experts et les analyses ADN, il va encore falloir attendre un siècle. Pas de chance… On ne sait pas non plus si la lettre est de « Jack » ; les graphologues ne parviennent pas à s’entendre à ce sujet. Quant à l’autre morceau de rein,  « je l’ai frit et mangé, c’était très bon », écrit l’auteur.

Le 5 novembre 1888, un cinquième meurtre s’ajoute aux précédents. Toujours une femme, Mary Kelly. Mais avec deux nouveautés : elle n’a que 25 ans, alors que les autres victimes avaient la quarantaine, et surtout, elle est retrouvée morte chez elle, et non pas dans la rue comme pour les précédents crimes.

Visiblement, puisqu’il n’était pas à la merci du premier policier, « Jack l’éventreur » a pris son temps. Et là aussi, y’a des photos, mais je mettrais pas…Je me conterai de vous décrire la scène et honnêtement, je sais pas ce qui est le mieux pour vous vu la puissance de notre cerveau quand il s’agit d’imaginer des trucs pas jojo.

Les vêtements de la victime ont été pliés avec soin sur une chaise tout comme ses livres alignés près du feu. Comme les autres, elle a été éventrée et ses organes placées tout autour dans la pièce. Les intestins ont été projetés autour du lit. Ses bras sont séparés du corps, un sein a été placé sous la tête de la victime tandis que le second est sous son pied gauche. Son visage a été lacéré.

Au moment où la presse relate ce meurtre sordide, « Jack l’éventreur » est déjà connu dans le monde entier. 160 journaux, du Mexique à l’Australie, décrivent ses crimes. Même la reine Victoria montre un grand intérêt pour ce sujet et ne cesse de presser la police pour que ce criminel soit arrêté au plus tôt.

C’est plus belle la vie en version gore quoi…

L’enquête

Ce qui est sûr c’est que la police patauge “un peu”. Déjà, on ne sait pas le nombre exact de victimes à attribuer à Jack l’éventreur.

Officiellement, il y en a 5, les 5 « canoniques » comme on les appelle. Mais selon les journaux et certains policiers, il y en aurait davantage, peut-être 11 ou 13.

L’enquête est compliquée dans un quartier où la violence est quotidienne. Après avoir été confiée au responsable de la police municipale de Whitechapel, elle est vite transférée à  Scotland Yard. Les enquêteurs réussissent à interroger 2000 personnes dont des témoins qui prétendent avoir vu les victimes avec un homme mystérieux avant leur mort.

Le problème, c’est la description de cet homme que certains ont vu très grand, d’autres plutôt petit, avec une moustache, sans, portant un chapeau à la Sherlock Holmes et bien habillé, ou en guenilles façon consommateur de drogues…

Bref, on est bien avancé et les enquêteurs suivent sans succès les pistes des docteurs, bouchers et même marins de passage. 80 000 prospectus sont distribués pour obtenir toute information sur cette affaire et on utilise aussi des chiens renifleurs.

Le médecin légiste de la police, Thomas Bond, fait ainsi le portrait psychologique de « Jack » qu’il considère être comme un homme solitaire, sujet à des crises de « manie meurtrière et érotique ».

C’est le plus ancien document de profilage de l’Histoire. Mais comme les autres enquêtes, il n’aboutit à rien.

La police est désespérée. Des policiers se déguisent même en femmes et se mêlent aux prostituées pour attirer le criminel. Sans succès évidemment. La presse en rajoute et n’hésite pas à critiquer cette police que l’on juge incapable de protéger les habitants.

Pourtant, Scotland Yard ne ménage pas ses efforts. 300 nouvelles personnes sont interrogées dont 76 bouchers, équarrisseurs et médecins. Plus de 80 suspects sont arrêtés. Il faut agir vite car la paranoïa gagne la population.

A Whitechapel, un comité de vigilance fait des rondes la nuit et désigne à la police toute personne jugée suspecte. C’est le temps de la paranoïa et des bouc-émissaires. On ne peut imaginer un Anglais derrière ces crimes aussi horribles et donc logiquement, on accuse les immigrés et en particulier, les 80 000 Juifs venus d’Europe centrale pour fuir les pogroms, les répressions. Plusieurs échappent de peu au lynchage. Suite à des soupçons publics colportés par la presse, la police interroge un certain John Pizer, cordonnier juif de Whitechapel surnommé « Tablier de cuir », un immigré polonais.

Mais ni lui ni les autres suspects ne correspondent au profil de « Jack ». Les graffitis antisémites commencent à recouvrir les murs et la police ainsi que les journaux reçoivent des milliers de lettres pour dénoncer une connaissance, un voisin ou proposer des services pour aider l’enquête.

« Jack l’éventreur » cesse de tuer après sa cinquième victime – officielle –, Mary Jane Kelly le 9 novembre 1888. On ne sait pas pourquoi il arrête ainsi. On ne sait pas non plus qui il était.

Des théories… farfelues

On ne compte plus les livres qui prétendent connaître enfin la vérité en avançant le nom d’un coupable. « Jack l’éventreur » a été ainsi un membre de la famille royale, le prince Albert Victor, petit-fils de la reine Victoria, qui aurait fréquenté des prostituées à Whitechapel. Ou bien le chirurgien de la reine, Sir William Gull, qui aurait assassiné ces femmes pour protéger la réputation de la famille royale. Ou encore James Maybrick, négociant de Liverpool, qui s’accusait des meurtres dans son journal intime retrouvé en 1991. Ou encore Walter Sickert, célèbre peintre torturé de l’ère victorienne. Ou John McCarthy, propriétaire foncier, qui avait hébergé des prostituées dont la dernière victime Mary Kelly.

Ou même une femme ! oui, il existe une hypothèse d’une « Jacky l’éventreuse », ce qui fait très titre de porno je l’avoue… Bref, pour conclure, on n’en sait rien ! La dernière « révélation » en date est de mars 2019. Ça y est, on aurait enfin l’identité de ce criminel. Il s’agirait d’un immigré juif polonais Aaron Kominski, barbier de son état qui aurait eu de graves problèmes psychiatriques. Et la science l’aurait confirmé.  Une analyse ADN sur un châle tâché de sang et de sperme trouvé près de la quatrième victime, Catherine Eddowes, et celui des descendants de Kominski aurait matché. La police avait d’ailleurs suspecté ce barbier et l’avait interrogé mais faute de preuves, l’avait relâché. Mais l’ADN est ancien et fragile. Le châle est d’origine douteuse et tellement de gens l’ont tripoté que les traces ont pu être modifiées. Enfin, la méthodologie scientifique est très critiquée.

Aaron Kosminski, quant à lui, est mort trente ans après les faits, en 1919, alors qu’il était interné dans un asile pour schizophrénie. Une autre piste bancale donc…

Saura-t-on un jour avec certitude qui était « Jack l’éventreur » ? Probablement pas. Le personnage continue en tout cas de fasciner et à trouver sa place dans la culture populaire, puisqu’il a inspiré un nombre colossal de livres, BD, jeux vidéo, séries, opéras, films etc.

Le seul truc dont on est sûr, c’est qu’il est mort aujourd’hui et emporte avec lui tout son mystère.

Merci à tous d’avoir suivi cet épisode co-écrit avec Stéphane Genêt, historien et prof d’histoire à Tours. Je vous mets aussi un livre de référence sur Jack l’éventreur par le spécialiste des serial killers, Stéphane Bourgoin, en description. N’hésitez pas à vous abonner, à partager, à commenter et retrouvez moi sur mes comptes insta, Facebook et Twitter “notabenemovies”. A la prochaine pour un nouvel épisode peut être un peu moins sanglant !

Pour en savoir plus

En Français, une référence par le spécialiste des serial-killers :

Stéphane BOURGOIN, Le livre rouge de Jack l’éventreur, Paris, Points, 2016 : https://amzn.to/30Y3ure

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