La tragédie du Lisbon Maru

Mes chers camarades, bien le bonjour !

Aujourd’hui un épisode pas gai qui se déroule sur l’eau, c’est pour ça que je le commence avec un bon jeu de mot. Lors de la seconde guerre mondiale, il est bien connu que de nombreuses atrocités furent commises, dans les deux camps d’ailleurs. Les bombardements américains, dont j’avais parlé sur l’épisode du tombeau des lucioles, en sont un exemple. Mais on connait tout de même moins le fait que des nations alliés aient été victimes des tristement célèbres “tirs amis”. Ce fut le cas des Britanniques et des Canadiens par exemple, lors du tragique incident du Lisbon Maru, au cours duquel plus de 800 prisonniers de guerre ont perdu la vie…

La bataille de Hong Kong

La tragédie du Lisbon Maru est la conséquence d’un évènement peu connu par chez nous de la seconde guerre mondiale : la bataille de Hong Kong et son occupation par l’armée japonaise. Vous ne le savez peut être pas, mais Hong Kong était depuis 1842 une colonie britannique avant d’être cédée à la Chine en 1997, il n’y a pas si longtemps que ça. Au début de la guerre donc, tout est calme dans les mers d’Asie, et le personnel militaire stationné sur place mène une vie de garnison plutôt tranquille.

Mais tout change le 7 décembre 1941, au moment de l’attaque de Pearl Harbor.

Parmi les troupes alliées qui défendront Hong Kong, un important groupe de Canadiens que l'on voit ici pris en photo.
Parmi les troupes alliées qui défendront Hong Kong, un important groupe de Canadiens que l’on voit ici pris en photo.

Jusque là, le Japon n’est en guerre que contre la Chine, laquelle est soutenue militairement par l’URSS et économiquement par le Royaume-Uni. L’état-major britannique ne considère donc pas l’Asie du Sud-Est comme un théâtre de guerre prioritaire, et les forces stationnées à Hong Kong sont peu nombreuses. À la veille de Pearl Harbor, la colonie britannique ne compte qu’un peu moins de 15 000 soldats, dont 3652 britanniques, 1982 canadiens et 2254 soldats de la British Indian Army ; le reste est composé de forces locales. Côté aviation, ne sont stationnés que 5 appareils légers. La défense maritime est également “un peu” mince : trois destroyers seulement… Le gros des forces militaires, et surtout navales, ont été rapatriées en Europe.

Mais voilà que le matin du 8 décembre 1941, quelques heures seulement après avoir bombardé Pearl Harbor, l’armée japonaise lance l’assaut sur Hong Kong avec 3 régiments, soit 50 000 hommes, appuyés par une importante force aérienne et une flotte supérieure en nombre et en puissance de feu : la bataille semble perdue d’avance.

Les rares avions alliés sont très rapidement détruits, soit par les bombardements de l’aviation japonaise, soit abattus en vol. Sur les trois destroyers britanniques, deux reçoivent l’ordre d’évacuer Hong Kong en emportant les réserves d’or locales.

Plus nombreuses, dotées de matériel lourd et de support aérien, les forces japonaises ne laissèrent aucune chance aux défenseurs.

Plus nombreuses, dotées de matériel lourd et de support aérien, les forces japonaises ne laissèrent aucune chance aux défenseurs.
Plus nombreuses, dotées de matériel lourd et de support aérien, les forces japonaises ne laissèrent aucune chance aux défenseurs.

Mais malgré cette infériorité numérique, la défense de Hong Kong tient pendant 17 jours, même si elle est forcée de se replier petit à petit vers le continent et ses collines. Le 25 décembre, le gouverneur de Hong Kong se rend en personne au quartier général de l’armée japonaise et annonce la reddition de la colonie.

C’est la première fois dans l’histoire qu’une colonie britannique capitule devant une invasion ennemie.

Côté alliés, les combats ont fait au moins 2 000 morts, 1 500 blessés et surtout plus de 10 000 hommes capturés…

Internements des prisonniers de guerre

Les prisonniers de guerre sont rassemblés en grande majorité au camp de Sham Shui Po, une caserne britannique transformée à la hâte en prison. Et le moins qu’on puisse dire, c’est que les conditions de détentions y sont pour le moins sévères, à l’image du traitement infligé plus généralement par l’armée japonaise aux prisonniers pendant la seconde guerre mondiale.

La nourriture, constitué presque exclusivement de riz, provoque une constipation généralisée dans le camp. Plus généralement, le manque de nourriture affaiblit les organismes, et pousse même les prisonniers à se nourrir occasionnellement de chiens ou de chats errants.

Conséquence logique, l’insalubrité du camp, couplé à une absence de médicaments, entraîne très vite une épidémie de dysenterie et de diphtérie, faisant de nombreuses victimes. Les mouches et moustiques sont légions. Enfin, les forces d’occupation japonaise enrôlent de force les prisonniers pour divers travaux, passant à tabac les réfractaires. Quant aux civils qui tentent d’aider les prisonniers en lançant par dessus les clôtures des paquets de vivres, ils sont souvent torturés, voir exécutés…

On est très loin des standards imposés par la Convention de Genève de 1929, censée contraindre les pays belligérants à un traitement convenable des prisonniers de guerre, que le Japon n’avait d’ailleurs pas ratifié… Bon, c’est pas vraiment une excuse…

Après plus de 9 mois de détentions dans des conditions, disons-le, inhumaines, le déplacement des prisonniers vers d’autres centre de rétentions, notamment sur le sol japonais, est organisé.

Le torpillage du Lisbon Maru

Peinture du Lisbon Maru tel qu'il devait se présenter lors de son torpillage.
Peinture du Lisbon Maru tel qu’il devait se présenter lors de son torpillage.

Le 27 septembre 1942, les prisonniers de guerre sont embarqués sur un cargo baptisé le Lisbon Maru. Dans les cales ont été construites à la hâte des cahutes en bois destinées à accueillir les prisonniers. Au total, 1 816 britanniques et canadiens sont entassés sur le navires, qui emporte également 700 soldats japonais. Les conditions à bord du navire sont pire qu’au camp de Sham Shui Po. Certes, un peu de soupe est ajoutée à la ration des prisonniers. Mais la dysenterie est généralisée, et la file d’attente pour les latrines, situées sur le pont, est constante.

Un survivant raconte que certains prisonniers font la queue pendant des heures, et, une fois leurs intestins soulagés, repartent immédiatement au début de la file. D’autre n’ont même pas la force de monter sur le pont. Les lits du haut sont donc pris d’assaut vous l’imaginez afin d’éviter de baigner dans les excréments qui s’amoncellent.

Le Lisbon Maru, comme de nombreux navires similaires, ne porte aucune indication visible de sa fonction de transport de prisonniers, par exemple un drapeau de la croix-rouge. Une erreur qui ne permet pas de l’identifier comme tel donc. Le matin du 1er octobre, alors que les prisonniers attendent la distribution de nourriture, une explosion déchire le flanc du navire : il s’agit d’une torpille. L’USS Grouper, un sous-marin américain, vient d’ouvrir le feu sur ce qu’il pense être un navire de marchandises ennemi, avant de l’abandonner à son sort… Suite à l’impact, les japonais interdisent tout d’abord l’accès au pont, puis, quelques heures plus tard, scellent les cales à l’aide de bâches.

Privés de lumière, l’oxygène se raréfiant, les prisonniers découvrent alors que l’eau commencent à s’infiltrer dans les cales. La panique gagne rapidement de nombreux hommes. Finalement, les bâches sont coupés à l’aide des rares objets tranchants disponibles. Malheureusement, l’échelle d’une des trois cales cède, piégeant ainsi ses occupants. S’en suit alors une ruée vers le pont, pratiquement déserté par les soldats japonais.

Selon le témoignage d’un rescapé, ces derniers ouvrent tout d’abord le feu sur les fuyards, avant d’abandonner à leur tour le navire sur le point de sombrer. Les prisonniers sautent alors à leur tour du navire. Autour de l’épave du Lisbon Maru, une dizaine de vaisseaux japonais présents pour évacuer les troupes.

Les survivants sont récupérés, soit par ces même japonais hostiles, soit pour certains chanceux par des pêcheurs chinois, au péril de leur vie.

Le bilan est fatalement dramatique. Le gouvernement britannique avance le chiffre d’au moins 800 morts.

Un décompte difficile à vérifier puisque nombres de survivants du Lisbon Maru sont par la suite de nouveau enfermés dans des camps au Japon.

Cet épisode tragique n’est malheureusement pas un cas isolé.

Le Lisbon Maru fait en effet parti de ce que l’on appelle, depuis la fin de la seconde guerre mondiale, les Hell Ships, terme recouvrant l’ensemble des cargos utilisés par la marine japonaise pour le transport des prisonniers, dans des conditions littéralement infernales, d’où leur surnom. Et parmi ces Hell Ships, d’autre ont également été pris pour cibles par les alliés, ignorants tout de leur fonction au moment de l’attaque. Ainsi, les naufrages du Rakuyo Maru, du Kachidoki Maru, du Suez Maru ou encore du Shinyo Maru ont également coûté la vie à de nombreux prisonniers alliés. Le traitement inhumain de ces hommes et leur transport sans pavillon indicatif constitue d’ailleurs un des chefs d’accusation du Procès de Tokyo, qui débute en janvier 1946 afin de juger les crimes de guerre pour la région de l’Asie du Sud-Est…

On se retrouve très vite sur instagram, facebook et twitter où je poste pas mal de trucs, et bien sûr sur youtube pour la suite de nos aventures youtubiesque ! A toute !

Sources

Témoignages audio sur le site de l’Imperial War Museum :

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