Les morts insolites de l’Histoire IV

Mes chers camarades bien le bonjour !

l’Homme avec un grand H est un gros pervers qui aime les histoires sordides. Pourquoi ? Parce que j’en ai la preuve à chaque fois que je sors un nouvel épisode des morts insolites. Non seulement je prends plaisir à les écrire, mais en plus je sais que vous kiffez voir ces pauvres hommes et femmes passer de vie à trépas de la manière la plus stupide qui soit. Ne le niez pas ! Pour satisfaire cette curiosité malsaine mais aussi se cultiver un peu en riant sur nos fauteuils, je vous propose donc de découvrir aujourd’hui trois morts…assez insolites…

Simon de Montfort

Et on commence fort avec Simon de Montfort ! Bim, 1ère phrase, 1ère blague nulle. Tu l’avais pas vu venir hein ?

Simon IV de Montfort pour être exact, c’est un type à la fois brillant sur le champ de bataille et très, très nul sur le plan de la diplomatie. Bon, c’est pas totalement vrai mais c’est pour vous donner une image : Un espèce d’anti-héros chevaleresque qui donne une incroyable valeur à ses engagements, aux promesses qui sont faites, par lui ou devant lui, à la foi et à l’honneur. En gros, il n’est pas très bon politique, c’est une vraie tête de mule mais il castagne bien.

Simon naît durant la deuxième moitié du XIIe siècle, on ne sait pas bien quand, probablement entre 1164 et 1175. Issu d’une famille noble à cheval entre la France et l’Angleterre, la maison de Montfort-Amaury, il met un peu de temps avant de s’engager dans le conflit qui oppose Philippe Auguste à Richard Cœur de Lion. En gros quand ça commence à péter entre les deux, Simon n’est pas très chaud d’aller se friter contre les Plantagenêt. Surtout quand on sait que Richard Cœur de Lion est en croisade alors que Philippe Auguste est rentré en France pour piquer rapidos quelques positions anglaises.

Et ça , ça plait pas trop à Amaury qui n’attaque pas dans le dos. Par contre quand Richard rentre des croisades, là Simon fait le choix de se rallier à Philippe Auguste : c’est plus clair et plus “charlie”.

La prise de Constantinople par les Croisés, une vision toute particulière de l'aide aux Byzantins.
La prise de Constantinople par les Croisés, une vision toute particulière de l’aide aux Byzantins.

Bref, Simon de Montfort s’illustre déjà dans quelques batailles puis part pour la 4ème croisade où il combat au côté du roi de Jérusalem Amaury II de Lusignan. Seulement voilà, si la 4ème croisade était à l’origine prévue pour reconquérir les lieux saints laissés aux mains des musulmans, il se trouve qu’elle est détourné en plein élan pour aller se prendre le chou avec l’empire byzantin, ce qui se finira par la prise de Constantinople.

Ouais, des chrétiens, contre des chrétiens, c’était pas vraiment le plan à la base. Résultat, Simon et Amaury, qui eux se trouvent en terre sainte, négocient une trêve avec les musulmans de leur côté pour éviter de se retrouver dans de beaux draps et Simon rentre au pays.

Ce qui marque vraiment la vie de Simon de Montfort, c’est en revanche sa participation à une autre croisade, sur le territoire actuel de la France mais qui à l’époque n’est pas la France, l’Occitanie. Au début du XIIIe siècle dans le sud-ouest de la France, une partie de la population se détourne de la foi catholique, ils sont toujours chrétiens mais ne reconnaissent pas l’autorité du pape et se réunissent sous la forme d’un mouvement que l’on appellera bien plus tard le catharisme.

En 1208 le pape, Innocent III, ordonne alors au comte de Toulouse, Raymond VI, de mater la rébellion. Mais Raymond, il n’a pas vraiment envie de taper sur des gens qui lui sont fidèles et on le comprend. Le pape envoie donc un représentant de son autorité, Pierre de Castelnau, directement à Toulouse. Et là, le Pierre il constate pour de bon que Raymond est pas chaud du tout du tout et il décide de l’excommunier. Pour ne rien arranger à la chose, un écuyer de Raymond de Toulouse assassine l’envoyé du pape en l’embrochant comme un cochon.

Et bien évidemment, Raymond est accusé d’avoir commandité le meurtre. Le pape ordonne que l’on poursuive ces hérétiques et lance la fameuse croisade des albigeois. Bref, on a une croisade de chrétiens, contre des chrétiens. Et là, c’est le plan d’origine, pas comme durant la 4ème croisade !

Mais les occitans étant des sujets du royaume de France, le roi Philippe Auguste est bien emmerdé. Il décide de ne pas prendre part au combat mais accepte que la papauté démarche des nobles pour partir à l’assaut de ceux qu’on nommera plus tard les cathares.

Et là, le pape réussit à réunir une vraie force d’intervention qui fout tellement les chocottes au comte de Toulouse Raymond VI que ce dernier décide, parce qu’après tout c’est une pas une honte de changer d’avis, de rejoindre les rangs de la croisade contre ses sujets. Bon, faudra quand même qu’il passe aux excuses publiques vêtu d’un seul pantalon et d’une chemise.

C’est dans ce contexte que l’on retrouve le fameux Simon de Montfort.

Simon, comme de nombreux nobles, rejoint la croisade contre les albigeois et participe notamment à la mise à sac de la ville de Béziers en 1209. De nombreux nobles occitans se soumettent  et leurs terres passent sous le contrôle des nobles croisés.

On remarque les différentes possessions et dépendances du roi d'Aragon.
On remarque les différentes possessions et dépendances du roi d’Aragon.

Rapidement, Simon de Montfort devient le chef militaire de cette croisade et si le bougre est reconnu pour être un homme droit dans ses bottes, il y voit là une parfaite occasion d’étendre l’influence de sa famille et de conquérir de nouvelles terres.

Il mène alors une guerre brutale et sans merci contre les hérétiques cathares. Parmi les exemples que l’on peut citer, celui du siège de la ville de Bram de 1209, où il fera crever les yeux et arracher le nez des survivants, laissant un seul homme borgne, pour guider les autres. Ou encore celui du siège de la ville de Lavaur en 1211, où les opposants sont divisés en deux groupes : des hommes d’Aymeri de Montréal, qui avaient par le passé prêtés serment devant Simon de Montfort, et des hommes de Raymond de Ricaud, qui avaient été envoyés de Toulouse pour aider à défendre la place.

Je l’ai dit tout à l’heure, Simon de Montfort c’est un type qui accorde beaucoup d’importance à la parole donnée. Du coup quand il remporte la victoire à Lavaur, il fait prisonniers les hommes de Raymond de Ricaud qui n’ont fait qu’obéir aux ordres. Par contre concernant Aimery de Montréal et ses hommes c’est différent…ils avaient prêté serment auprès de Simon et ne l’ont pas respecté. Pour faire passer le message, Simon décide donc de pendre les 80 hommes d’Aimery ainsi que ce dernier. Autre précision un poil glauque, Lavaur est à cette époque tenu par une châtelaine, dame Guiraude de Lavaur, qui est une des figures de la résistance cathare, une hérétique de premier rang.

Hors de question pour Simon de Montfort de la laisser en vie donc, “deus vult” hein comme on dit…

Simon la jette donc à ses hommes. Elle est violée et torturée puits il la précipite au fond d’un puit en mode 300 et ordonne qu’on la lapide jusqu’à la mort avant de reboucher le puits.

Sympa hein ? Et là je vous reprend seulement ses deux faits d’armes les plus connus lors de cette croisade mais y’en a eu plein d’autres.

Bref !

Entre temps, Raymond VI, le comte de Toulouse, est de nouveau excommunié parce qu’il est pas à fond avec les croisés. Résultat, Simon de Montfort marche sur Toulouse avec ses troupes tandis que Raymond forme une alliance avec d’autres nobles pour contrecarrer l’invasion de leurs terres.

La bataille de Muret, le 12 septembre 1213, est une vraie bascule dans le conflit. Alors que Simon est réfugié dans la forteresse de Muret, les forces occitanes lancent l’assaut. Simon est dans une situation précaire, largement inférieur en nombre et pourtant, il défonce tout le monde… Il se paye même le luxe de voir le roi d’Aragon, Pierre II d’Aragon, un soutien de poids des cathares, mourir au cours de la bataille.

Les forces albigeoises en prennent un sacré coup, Raymond VI doit s’exiler en Angleterre et dans la foulée, en 1215, le pape octroie à Simon de Montfort Toulouse, Narbonne, Carcassonne et Béziers.

Joli coup de filet pour le chevalier à qui tout semble sourire.

En 1217, deux ans plus tard, Raymond VI revient sur le sol français et parvient avec des troupes à rentrer dans la ville de Toulouse. La population, trop heureuse de voir leur chef de retour, se soulève contre les soldats français qui contrôlent la ville. Ces derniers sont massacrés et Simon de Montfort, à ce moment là de l’autre côté de la France, revient en urgence pour poser le siège de la ville de Toulouse.

Et c’est là que notre camarade rieur va rencontrer son destin. Lui qui pourtant ne prenait pas trop le melon disait-on va s’exploser la tête…littéralement.

Dans la catégorie des armes de jet sans roulettes, la pierrière est un des modèles les plus "simples".
Dans la catégorie des armes de jet sans roulettes, la pierrière est un des modèles les plus « simples ».

En effet, la ville est défendue par de nombreuses machines de sièges, dont des fameuses pierrières qui constituent, avec les bricoles, des armes de défense facilement manipulables par des femmes et même des enfants. Le principe, c’est qu’on utilise la force motrice des utilisateurs pour propulser un boulet en pierre ou tout autre projectile qu’on trouve.

Que ça soit la bricole et la pierrière d’ailleurs, ça fonctionne à peu près pareil, on a un grand mat au bout duquel on accroche une poche, qu’on remplit avec le projectile, et on tire de l’autre côté avec une corde pour déclencher le tir.. La seule différence c’est que dans le cas de la bricole, il y a un contrepoids qui aide la manoeuvre et qui permet d’envoyer des boulets plus lourds et plus loin. Bref, c’était le petit point poliorcétique…le point machine et tactique de siège en bon français !

Le 25 juin 1218 donc, Simon de Montfort est devant Toulouse. Je l’imagine en train de regarder le ciel et de dire “Oh mon dieu, cette victoire, elle est pour toi”. Il enfile son heaume luisant sous les éclats du soleil et monte à l’assaut avec ses hommes.

Son frère Guy, participant à la bataille, est blessé par l’ennemi. Simon se précipite vers lui, au ralenti en 120 images par secondes bien évidemment, pour le sauver. La routine pour la famille Montfort quoi…sauf qu’à ce moment là, une lourde pierre, propulsée par une pierrière manœuvrée par un groupe de femmes cathares, s’élance des murailles pour fendre l’air.

Un magnifique projectile d’environ 6 kg, qui tournoie, virevolte, flotte un instant puis retombe avec violence… sur la tête de Simon de Montfort qui explose littéralement sous l’impact. Et comme on peut le voir sur cette iconographie, on imagine que ça fait mal…

Les cathares sont en tout cas ravi de l’exploit qui vient d’être réalisé, les croisés, dépités, lèvent le siège un mois plus tard tandis que les restes de Simon de Montfort sont transféré par son fils dans la cathédrale de Saint-Nazaire.

La victoire, pour les cathares, n’est pourtant pas définitive. Si Raymond VI et son fils Raymond VII reprennent leurs terres petit à petit, le roi de France décide qu’il est temps de s’en mêler.

Les conflits continueront pendant de nombreuses années, voyant la forteresse cathare de Montségur tomber en 1244, le début de la fin pour ces hérétiques occitans qui auront résisté brillamment pendant pas loin de 35 ans !

Sunandha Kumariratana

Bon, comme d’habitude je me suis un peu enflammé sur la première partie du coup je vais tenter d’être un peu plus court sur les deux prochaines histoires…un peu.

Coincé entre colonies anglaises, françaises et hollandaises, le SIam reste un royaume indépendant.
Coincé entre colonies anglaises, françaises et hollandaises, le SIam reste un royaume indépendant.

Et on part tout de suite du côté de la Thaïlande, ou plutôt du Siam ! Et oui, parce qu’avant 1939, la Thaïlande, c’était pas la Thaïlande, c’était le royaume du Siam ! Et il a fallu attendre 1932 pour qu’un coup d’état vienne mettre un bon coup de pied aux privilèges de l’aristocratie en changeant de régime, ce qui occasionna, quelques années plus tard, un changement de nom du pays.Et pour notre protagoniste, je pense que la remise en question de ces privilèges auraient été une bonne chose…c’est quasi certains en fait…

Le Siam, c’est un royaume créé en 1350 par le roi Ramathibodi 1er.

J’allais faire une blague du “my body is ready”, Ramathibodi mais je vais me contenter de vous dire que j’avais envie de le faire et que je me suis désespéré moi même.

Bref !

Depuis 1350, de nombreuses familles se succèdent à la tête du royaume et à partir de 1782, c’est la dynastie des Chakri qui se hisse à la tête du pouvoir. Et pour info, c’est la même famille qui est aujourd’hui à la tête de la Thaïlande puisqu’il s’agit d’une monarchie constitutionnelle.

Les pouvoirs du roi sont donc limités mais il reste quand même le chef des armées et si tu le critiques publiquement tu peux te prendre 10 ans de taule…Donc il a toujours quand même pas mal de pouvoir…

Cette dynastie commence donc en 1782 avec un dénommé Rama 1er, et le titre va se passer dans la famille, de Rama, en Rama, jusqu’à Rama X, actuel roi de Thaïlande.

Rama X, actuel souverain de Thaïlande. Il y a plus de Rama que d'épisodes de Star Wars !
Rama X, actuel souverain de Thaïlande. Il y a plus de Rama que d’épisodes de Star Wars !

Et non, y’a pas de Rama un demi…

L’Histoire qui nous intéresse se déroule durant le règne de Rama IV, qu’on appelait aussi Mongkut. Un type qui va avoir à gérer l’arrivée des occidentaux qui veulent absolument coloniser toute la région et qui va leur résister tout en la jouant assez fine pour moderniser son pays.

Il faut dire que Mongkut a un sacré background.

En 1824, Mongkut à 20 ans. Comme le veut la tradition, il est devient alors moine pour une durée indéterminée. Malheureusement pour lui, son père meurt la même année et le conseil des princes et des ministres, qui doit valider la succession, décide de pousser sur le trône son demi-frère ainé, le futur Rama III, fils d’une concubine de son père. Mongkut, qui jusque là a vécu une vie de prince avec tous les avantages qui vont avec, c’est à dire notamment une très bonne éducation et une très bonne instruction, continue donc sa carrière de moine.

Il côtoie alors plusieurs occidentaux au côté desquels il apprend notamment l’anglais et le latin, puis se lance dans l’étude du sanscrit, une langue indienne, avant d’enchaîner sur des mathématiques, de l’astronomie, de l’Histoire…Bref, le gars emmagasine tout ce qu’il peut !

En 1851, son frère meurt et tous les regards se tournent vers lui. Enfin, pas tout à fait, puisque Rama III avait quand même 52 gosses…du coup y’en avait dans le tas qui aurait aimé monter sur le trône.

Mais malgré ça, Mongkut devient roi du Siam sans violence, à l’âge vénérable de 46 ans.

Il devient alors Rama IV et pour éviter des problèmes de succession s’il venait à mourir lui aussi, il nomme un deuxième roi, son frère Pinklao, en demandant à tout le monde de le considérer comme si c’était lui même. Bah… c’est un moine… un type simple ! Droit dans ses bottes… ce qui ne l’empêche pas d’embrasser la fonction royale avec tous les privilèges qui en découlent avec beaucoup d’enthousiasme. Quand il était moine par exemple, il était tenu à l’abstinence sexuelle. Mais maintenant qu’il est roi… bah il se fait un harem de 32 épouses dont la principale est sa propre nièce de 17 ans et il engendre 82 enfants, explosant le record de son propre père.

Voilà… Mais bon, en même temps c’est dans les usages de l’époque de rester entre soi, de se reproduire un max et de caler toute sa progéniture à des postes clés dans le royaume.

Photo de Sunandha Kumariratana
Photo de Sunandha Kumariratana

Et c’est avec sa troisième femme qu’il donnera la naissance à Sunandha Kumariratana, qui est en fait l’héroïne du jour si on peut dire puisque c’est elle qui va mourir de façon totalement absurde.

Et si je n’ai pas développé cette partie de l’épisode spécifiquement sur elle, c’est qu’il n’y a pas tant d’information que ça dans les langues que je maîtrise. Mais en même temps, la vie de son père valait le détour.

Sunandha Kumariratana naît donc en 1860 à Bangkok alors que son père à déjà enfanté moultes gnomes. Et figurez vous que lorsque Rama IV meurt, c’est un de ses fils, un demi-frère de Sunandha, qui monte sur le trône et devient… Rama V. Et il fait quoi ce Rama V ? Et bah il prend comme épouse sa demi-sœur, on l’a dit, la famille c’est important !

Sunandha devient donc une des épouses de son frère, la préféré même et par extension, la reine du Siam. Elle a donc pas une position de merde. Loin de là. Et c’est précisément ce qui va causer sa perte dans une scène qui pourrait être presque comique si elle n’était pas aussi profondément dramatique.

En 1880, ça fait déjà un an que Sunandha a accouché d’une petite fille, et elle est de nouveau enceinte. Alors qu’elle navigue sur le fleuve Chao Phraya, le plus grand fleuve de Thaïlande, pour se rendre au palais d’été du roi, en construction; le bateau royal sur lequel elle se trouve chavire et la précipite à l’eau avec son enfant.

Aux alentours, de nombreux témoins s’agitent mais personne ne saute à l’eau pour lui venir en aide. Pire, les gardes qui l’accompagnaient menacent les éventuels courageux de mort si quelqu’un tente quelque chose. La pauvre se noie alors avec sa fille, devant le regard de nombreux témoins.

Pourquoi ? Pourquoi personne n’est intervenu ? Pourquoi les gardes étaient-ils si hostiles ? Et bah tout simplement pour une histoire de tradition et de coutume. Et ouais !

Ce n’est pas rare de voir des coutumes qui régissent la manière de se comporter avec un membre de la famille royale, et ça, peu importe les pays.

Par exemple, la reine d’Angleterre, personne n’est sensé la toucher. Même si elle a eu des gosses…mais bon, c’était pas n’importe qui qui l’a touché…enfin bref… Si quelqu’un touche la reine d’Angleterre, on lui coupe pas la main non plus, il se prend juste un gros coup de sac dans la tronche et c’est fini.

Cependant dans le Siam du XIXe siècle, c’est une règle qui est non seulement en vigueur mais qui est aussi poussé à l’extrême. En gros, tu touches un membre de la famille royale sans autorisation, on te tue.

Direct. En plus dans le pays il y a une sorte de superstition qui dit que si tu sauves quelqu’un qui est en train de se noyer, et que tu arrives à le sauver, l’esprit de la rivière où a failli se noyer celui que tu viens de sauver peut venir te chercher pour prendre ta vie en échange. Bon, c’était surtout un moyen de faire en sorte que les gens fassent pas les kekos alors qu’ils savent pas nager pour éviter pour mourir bêtement. Mais c’est quand même ancré.

Parmi les témoins de la tragique scène de la reine Sunandha, on peut donc imaginer deux choses. La première, c’est qu’une partie des témoins était surement dans cette crainte superstitieuse de ne pas pouvoir sauver la reine sans perdre la vie en retour. Et de l’autre, il y avait cette crainte pas du tout superstitieuse mais bien réelle de perdre la vie en la sauvant par le simple fait de l’avoir touché. Et c’est bien là le problème parce qu’on peut imaginer qu’il y ai des gens qui aient tenté le coup s’il y a eu une réaction des gardes. Et les gardes pourquoi ils ont réagit comme ça ? Surement parce qu’ils ne savaient pas quoi faire eux mêmes. En fait, cette loi qui empêche de toucher un membre de la famille royale, elle est très codifié mais elle peut avoir des dérogations qui sont soumises à l’appréciation de la personne qui l’applique et de la situation. En gros, c’est plus un dogme général qu’une interdiction formelle si y’a danger de mort. Sauf que les gardes étaient surement tellement paniqués qu’ils ont décidé d’appliquer le code, dans le doute, à la lettre. Résultat, ils ne font rien pour sauver la reine, menacent ceux qui aurait pu tenter le coup et la pauvre jeune femme se noie à 19 ans avec sa jeune fille et l’enfant qu’elle portait.

Rama V pétera littéralement un câble en apprenant la nouvelle, ce qu’on peut comprendre, et il fera emprisonner les gardes. Il organise de gigantesques funérailles pour son épouse et ses deux enfants et attendra près de 7 mois avant de faire incinérer le corps de sa bien-aimé.

Rama V finira la construction du palais d’été auquel se rendait sa femme et abolira par la suite la loi interdisant à un sujet du royaume de toucher un membre de la famille royale.

Triste histoire…

Philippe le Bel, sa mort et ses entrailles

Nous allons maintenant revenir sur un célèbre roi de France que nous avons déjà évoqué dans les vidéos sur les Templiers ; Philippe le Bel. Roi de 1285 à 1314, son règne marque un tournant dans la centralisation du pouvoir royal et est émaillé de conflits plus ou moins ouvert avec l’Église.

Alors attention, pas question de présenter Philippe comme un anti-religion ou un athée, il reste un roi chrétien qui ne remet pas en question l’importance du culte. Il va surtout chercher à affirmer son pouvoir sur les affaires religieuses dans son royaume, notamment en taxant directement les biens de l’Église.

Ce qui est plutôt couillu…Imaginez à quoi ça aurait pu ressembler…des manifestations de soutanes jaunes ! Qui prenait les carrefours et haranguaient sur les places des villes “touche pas à mon église”… ça devait quand même avoir de la gueule à l’époque…

Pour être plus sérieux deux minutes, vous l’imaginez bien que cette position de Philippe le Bel vis à vis de l’église, elle entraîne des tensions et ce conflit va durer, littéralement, jusqu’à sa mort. Voire même un peu après.

Et vous allez voir que ce qui est rigolo ici, c’est pas forcément la mort du roi, mais plutôt les circonstances qui vont l’entourer…

Chute de Philippe le Bel lors d'une chasse.
Chute de Philippe le Bel lors d’une chasse.

En effet Philippe le Bel meurt en 1314, frappé d’une « maladie étrange » : peut être conséquence d’un AVC survenu un peu plus tôt.

Je vous l’ai dis, c’est ni rigolo, ni original. Je veux dire, tout le monde peut faire un avc, moi je le fais si je veux hein…

Son corps se trouve alors au château de Fontainebleau, résidence habituelle de la cour royale. Il est donc située relativement proche de la Basilique de Saint-Denis, dans laquelle sont enterrés les dépouilles des rois et reines de France.

Et retenez bien ça !

Son corps va, comme tout le monde s’y attend, être envoyé à Saint-Denis pour l’enterrement… sauf son cœur et ses entrailles, qui ont été prélevé et qui finiront à l’église du Prieuré de Poissy ! Pourquoi ? Parce qu’il s’agit en fait de l’application à la lettre du testament royal, rédigé dès 1297.

Et ce lieu d’inhumation, c’est peut être un détail pour vous, mais pour lui ça voulait dire beaucoup.

Il est assez courant avant le XIVe siècle de procéder à une partition du corps post-mortem, principalement lorsqu’un noble mourrait loin de sa terre natale.

On te charcute un peu et on t’envoie dans des colis aux 4 coins de la France quoi…

Les moyens de transport étaient cependant limité aux chevaux et aux navires, et les techniques de préservation du corps étaient encore peu efficaces, c’est le cas de le dire.

Du coup, ça ne laissait que peu d’alternatives.

Il y en a un peu plus, je vous le mets quand même ?
Il y en a un peu plus, je vous le mets quand même ?

On pouvait faire soit un embaumement, pas toujours concluant et qui ne faisait que retarder la putréfaction de quelques jours, soit l’utilisation du mos teutonicus.

Une technique « germanique » qui consiste à faire bouillir le cadavre (parfois après lui avoir prélevé le cœur) dans de l’eau ou du vin épicé, afin de séparer les chairs des os. Les os peuvent alors facilement être transportés sur de longues distances et les chairs salées pour les conserver.

Et si vous êtes en train de manger, je vous souhaite un bon appétit !

C’est ce qui va arriver au père de Philippe IV, Philippe III, lorsqu’il meurt à Perpignan, trop loin de Paris pour permettre un transport en entier. Si sa dépouille principale, c’est à dire les os, rejoint Saint-Denis, son cœur est lui offert au couvent des dominicains de Paris.

Sauf que là, il s’agissait bien là d’une décision prise après la mort du roi, et contrainte par l’éloignement géographique. Dans le cas de Philippe le Bel, il avait expressément demandé à être enterré à deux endroits différents et nous avons vu que lorsqu’il meurt, il ne se trouve pas loin de Saint-Denis.

Alors, est ce que c’est juste une simple petite excentricité royale ? Et bien c’est un peu plus complexe.

Le monastère du prieuré de Poissy, il l’a fait fonder afin d’honorer la mémoire de son grand-père, le célèbre Louis IX, alias Saint-Louis. Y envoyer son cœur, qui prend une importance symbolique forte durant cette période, c’est un véritable acte de propagande par lequel Philippe le Bel s’inscrit dans l’héritage glorieux de Saint Louis. Dans une société où faire des dons à des communautés religieuses afin qu’elles prient pour le salut de votre âme est une notion importante, c’est en fait d’un don tout à fait spécial qui a l’avantage de ne pas coûter un rond au successeur.

Ensuite, cette décision s’inscrit pleinement dans le conflit d’autorités qui se joue entre la papauté et le roi de France. On l’a dit, cette pratique de séparer le corps en plusieurs morceaux, elle existait déjà, mais si elle était tolérée par l’église, elle était quand même sujette à de nombreux débats théologiques.

Boniface VIII, le pape, interdit d’ailleurs cette séparation du corps, qui avait gagnée jusqu’à plusieurs membres de l’église proche du pape,  durant le vivant de Philippe le Bel. La plupart des nobles respectent cet interdit et le nombre d’inhumations multiples baisse drastiquement durant cette période.

Sauf que Philippe, il lui en faut plus pour être découragé. Il insiste donc auprès des successeurs de Boniface VIII pour avoir des exemptions, qu’il finit par obtenir. Et ça, c’est peut être anodin pour vous, mais ça place le roi, qui tire sa légitimité de Dieu, dans une position de privilège jusque dans la mort. Et forcément des lieux d’inhumations multiples permettent de le faire voir de façon considérable. D’ailleurs à partir de là, la plupart des successeurs de Philippe IV vont multiplier les sépultures, continuant d’affirmer leur privilège.

Du coup, il faut un peu voir ça comme un ultime pied de nez à l’église, une provocation en mode “c’est moi qui ai gagné”. Et si moins spectaculaire qu’un rocher sur la tronche ou qu’une noyade devant témoin, moi ça me fait marrer !

Pour aller plus loin

Philippe le Bel :

Simon de montfort

 Sunandha Kumariratana :

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