Espionnage et évasions

Mes chers camarades, bien le bonjour !

L’histoire est pleine de personnages célèbres qui séjournent dans des cachots avant d’y finir en déco style pirate des caraïbes. Mais elle est aussi remplie de récits d’évasions extraordinaires, qui aujourd’hui encore, laissent admiratifs ! Et durant la Seconde Guerre mondiale, si les Allemands parviennent à arrêter nombre de résistants, certains arrivent à leur fausser compagnie de manière… impressionnante.

André Devigny

C’est par exemple le cas d’André Devigny. Lorsque la guerre éclate, ce jeune homme n’est que sous-lieutenant mais il s’illustre par sa bravoure. À 23 ans seulement, il devient le plus jeune Chevalier de la Légion d’Honneur de France pour avoir contre-attaqué face à des Allemands supérieur en nombre avec succès…

C’est déjà pas mal, mais n’occultons pas qu’il a réussi cette prouesse en les attaquant… à la baïonnette ! Ce qui est assez badass pour ne pas bouder notre plaisir…

Hélas pour André, il est blessé durant la guerre, et par la suite, ne parvient pas à gagner l’Angleterre pour rejoindre la France Libre. Qu’importe : s’il ne peut venir à l’Angleterre, alors il aidera l’Angleterre à venir à lui ! André rentre ainsi dans la résistance en tant qu’agent de renseignement, en Afrique du Nord puis dans la Zone Sud en France, afin d’y préparer les débarquements alliés.

Et puisqu’André a du talent, il s’en sert pour créer un réseau d’évasion via la Suisse que toute la Résistance française va employer. Et je ne parle pas d’évasion fiscale !

Vous l’imaginez bien, ses activités attirent bientôt l’attention du contre-espionnage italien, qui y voit là un contre-temps assez fâcheux. Un problème pour André ? Pas vraiment !

Puisque pour régler la situation, il supprime purement et simplement le chef du contre-espionnage italien. Oui, dans ce sens-là, c’est assez rare. D’habitude c’est plutôt le chef qui arrive à ses fins.

Hélas, ça n’empêche pas son réseau d’être infiltré, et le 17 avril 1943, à Annemasse, il est arrêté et envoyé à la prison de Montluc, à Lyon. Et là, ce n’est pas vraiment une partie de plaisir. Il va passer entre les mains de Klaus Barbie, le bourreau de Jean Moulin, mais ne parlera pas.

Et malgré cette épreuve, il n’est pas découragé ! Car le jeune homme tente de s’évader une première fois avec tant d’ardeur que seule une balle va l’arrêter. Blessé, André apprend qu’il est condamné à mort. Il n’a plus rien à perdre et va se lancer dans une évasion spectaculaire.

Tout d’abord, il va creuser le bois de sa porte… avec une cuillère. Si si, c’est possible ! Juste un peu long…

Puis, il démonte son sommier et le cadre de l’ampoule de sa cellule avant de découper ses vêtements et ses draps. Avec ce matériel de fortune, il fabrique un crochet ainsi que deux cordes de 11m, dont il compte se servir de grappin. C’était un personnage de jeux vidéo avant même qu’il soit inventé quoi…

Dans la nuit du 25 août 1943, André Devigny sort de sa cellule, gagne le toit de la prison, descend dans la cour où il étrangle une sentinelle, puis franchit les deux murs d’enceinte, le tout, seulement aidé de ses grappins maison ! Ah, et je vous ai dis qu’en plus de ça il se paye le luxe d’emmener avec lui son compagnon de cellule ? Chaud le type.

Malgré leur impressionnante évasion, tous deux sont repris à Vaulx-en-Velin. Repris, mais pas arrêtés, car André échappe à l’ennemi en sautant dans le Rhône, où malgré les recherches, il parvient à rester caché pendant cinq heures dans la vase, avant de s’enfuir pour de bon.

Oui, pour arrêter André Devigny, fallait se lever tôt !

Son évasion a d’ailleurs tellement marqué les esprits que Robert Bresson, le célèbre cinéaste, la reprendra dans son film Un condamné à mort s’est échappé, en 1956.

Mais, revenons à André, qui après être passé par la Suisse et l’Espagne gagne l’Afrique du Nord.

Cherchez pas à savoir comment il a fait pour se déplacer comme ça, je vous rappelle qu’on parle d’un homme qui a monté lui-même un réseau d’évasion.

Seulement, les Allemands n’ont pas digéré son petit numéro, et le font payer à sa famille : son cousin Raymond Devigny est tué à l’âge de 23 ans, et René, qui n’a que 17 ans, est déporté. Il ne reviendra pas des camps.

André Devigny est donc furieux, et se présente comme volontaire pour la Brigade de Choc qui comme son nom l’indique, n’est pas là pour laisser les Allemands tranquilles. Il devient commando parachutiste, et revient en France lors du débarquement de Provence, en 1944, avant de s’élancer dans une campagne qui l’emmène jusqu’en Allemagne.

Une sacrée carrière, pour un garçon qui n’a même pas 30 ans et qui a été torturé puis condamné à mort.

D’ailleurs, puisque nous venons de parler d’évasions et de réseaux pour faire passer les frontières aux fugitifs… peut-être vous posez-vous cette question : combien d’évadés pouvait faire passer un réseau ?

Les réseaux d’évasion

Pour en avoir une idée, il faut aller voir du côté d’André Jarrot et Raymond Basset, deux Compagnons de la Libération tout comme André Devigny, qui vont participer au sein du réseau Brandy à faire passer la ligne de démarcation à près… de 4000 hommes ! Résistants en fuite, prisonniers évadés, agents anglais ou pilotes écrasés. Cela fait, vous en conviendrez, un sacré nombre de vies sauvées !

Et lorsqu’André Jarrot et Raymond Basset sont contraints de quitter la France, ce n’est que pour mieux gagner l’Angleterre et se faire parachuter à nouveau dans leur pays pour recommencer à aider ceux qui en ont besoin ! De vraies têtes brûlés qui pourront témoigner après la guerre.

Pourtant, tous ne parviendront pas à échapper aux Allemands. Et de ceux-là aussi, il faut se souvenir ! Comme François Delimal ou Fred Scamaroni.

François Delimal n’a que 18 ans en 1940, et seulement 20 lorsqu’il rejoint la Résistance. Il effectue quantité de missions risquées pour organiser le parachutage d’armes en France. En août 1943, il part même pour Londres afin d’être formé, et revient en France deux mois plus tard sous le pseudonyme de “Faraday”.

Et il ne va pas s’épargner, car malgré son jeune âge, il recense des terrains propices à des largages et atterrissages, mets sur pied des équipes pour les gérer et y assurer les réceptions, et ce, dans plusieurs départements à la fois.

François Delimal est arrêté le 20 mars 1944 en tombant dans un piège de la Gestapo. Il est conduit à leur siège rue des Saussaies à Paris, et sait très bien qu’il va être torturé.

Et de par son rôle, il en sait beaucoup trop. Pour s’assurer de ne pas parler et mettre en danger la vie d’autres Résistants, il avale la capsule de cyanure qu’il avait sur lui. Un choix d’autant plus difficile que je le rappelle… il n’avait que 22 ans.

Fred Scamaroni a lui une autre histoire… Fils de préfet, il se destine lui-même à la même carrière.

En septembre 1939, alors qu’il est chef de cabinet du préfet du Calvados, on lui propose de rester à ce poste au lieu de partir à la guerre.

Il refuse et part rejoindre son régiment en tant que sous-lieutenant. Mais c’est la drôle de guerre, et il n’y a pas de combats ! Aussi se forme-t-il à devenir observateur aérien, dans l’espoir de voir plus d’action. Et ça ne manque pas car en mai 1940, 2 jours après avoir eu son brevet d’observateur, il est blessé en combat aérien.

Ce qui ne l’empêche pas de reprendre le combat… à pied !

Fred Scamaroni est cependant freiné dans son élan par l’armistice. Quand il entend parler du général de Gaulle à Londres, il part aussitôt rejoindre la France Libre.

Envoyé en mission à Dakar pour tenter de rallier les Français sur place à de Gaulle, il est arrêté, emprisonné, condamné à mort… mais finalement, relâché et renvoyé en France où il prétend reprendre une carrière tranquille. En réalité, Fred est bien loin de se comporter comme un citoyen modèle s’accommodant de l’occupation.

Il fonde en secret un réseau de Résistants : “Copernic” puis effectue des missions pour Londres jusqu’en Corse, et prépare même un plan de libération de l’île.

Hélas pour lui, en mars 1943, un membre de son réseau est trahi, arrêté, torturé, et donne le nom de son supérieur : Fred Scamaroni.

Ce dernier est arrêté à son tour, torturé, mais ne dira rien. Et dans sa cellule de la citadelle d’Ajaccio, il ne dispose pas de capsule de cyanure. Scamaroni va donc utiliser un simple fil de fer… pour se trancher la gorge, le 20 mars 1943.

La sentinelle qui le trouvera découvrira à côté de lui, écrit avec son sang : “Vive la France, vive de Gaulle.”

Une mort assez théâtrale et mémorable, vous en conviendrez.

Fred Scamaroni n’avait pas 30 ans. Et la Corse sera libérée par les Forces Françaises Libres cette même année 1943.

Le Musée de l’Ordre de la Libération continue à entretenir le souvenir de ces hommes et de ces femmes, et présente aux visiteurs des outils qui ont servi à d’autres résistants à s’évader de prison, ou à échapper à l’ennemi une fois dehors.

Merci à eux pour ce partenariat super intéressant, je vous invite à y faire un tour si l’envie vous prend et je mets plus d’informations en description.

On se retrouve très bientôt pour un nouvel épisode de Nota Bene. A la prochaine !

Laisser un commentaire