Amiens, une cathédrale hors-normes

Mes chers camarades, bien le bonjour !

Aujourd’hui nous allons faire un tour dans la cathédrale la plus vaste de France : Notre-Dame d’Amiens, construite au XIIIe siècle et qui fête ses 800 ans ! Cela nous permettra d’aborder non seulement le contexte de création d’une cathédrale, de debunker quelques idées reçues sur le Moyen Âge mais aussi de se poser l’épineuse question de comment restaurer une œuvre ancienne. Une œuvre…un poil plus gros qu’une peinture…

Origine et construction

A partir du XIIe siècle, la ville d’Amiens est dirigée en partie par l’évêque, pour le quartier de la cathédrale. Pour le reste de la “commune”, les décisions sont prises par un collège d’échevins, en gros, des conseillers municipaux issus de la bourgeoisie, principalement marchande. Ce collège tient son pouvoir de privilèges royaux, et en contrepartie de ça un représentant de l’autorité du roi, qu’on appelle un bailli, réside en ville.Comme je l’ai déjà dis, la cathédrale actuelle date du XIIIe siècle, mais avant ça, il y avait également d’autres lieux de cultes, qui ont été cramés successivement, notamment par les Vikings….

L’édifice le plus impressionnant étant sans aucun doute la cathédrale romane qui est construite après le passage de ces vikings au XIIe siècle. Un lieu qui avait acquis une grande renommée en accueillant les restes supposés du crâne de Saint-Jean Baptiste.

Le chef de Saint Jean le Baptiste de la cathedrale d'Amiens.
Le chef de Saint Jean le Baptiste de la cathedrale d’Amiens.

Quand je dis supposé c’est qu’en fait on a aucune preuve scientifique que c’est le vrai crâne. Et si comme moi, toi qui regarde cette vidéo tu es une bille pour tout ce qui concerne la religion chrétienne, Jean Baptiste, c’est le type qui a annoncé la venue de Jésus. Pas un petit rigolo quoi… Du coup c’est à moitié étonnant qu’on se tire la couverture ici pour revendiquer ses restes !

Bref, la foudre s’abat sur l’édifice en 1218, la charpente brûle et tout le bâtiment s’écroule. Pas de bol. Mais ça tombe justement pas trop mal, car la cathédrale commençait à devenir trop petite pour accueillir dignement l’afflux de pèlerins.Pour marquer la prospérité de la ville et affermir sa position, l’évêque Evrard de Fouilloy décide donc que la nouvelle cathédrale sera bien plus grande et imposante que la précédente.

D’habitude une construction d’un édifice aussi massif qu’une cathédrale est un calvaire à financer. Mais là, l’évêque Evrard peut compter sur un contexte économique particulièrement favorable.

Nous sommes en effet en pleine expansion du commerce des blés et de la guède (ou waide en picard), une plante utilisée pour la coloration en bleu des textiles ; Amiens est bien placé entre les terres irriguées par la Somme qui cultivent la guède et les villes flamandes qui sont de grandes productrices de draps. Des canaux permettent un accès aisé à la ville qui dispose de deux ports, un en amont et un en aval. De plus la couleur bleue, qui jusque là n’est pas vraiment à la mode, gagne en popularité depuis le XIIe siècle et est maintenant associée à deux symboles prestigieux : la Vierge Marie d’un côté, et la royauté française de l’autre.

En plus de ses ressources propres, Evrard peut également compter sur les dons importants des corporations de métiers qu’on appelle aussi des guildes. Et oui, parce que ces guildes, tout comme les grands bourgeois de la ville, tiennent absolument à affirmer ou consolider une position de pouvoir dans la cité. Enfin les reliques, épargnées par l’incendie, continuent d’amener des pèlerins et les dons qui vont avec.

Une sorte de Tipeee médiéval quoi, avec la bénédiction du Saint comme contrepartie. Ce qui est plutôt honnête hein…non ?

Vue de face de la cathédrale.
Vue de face de la cathédrale.

Malgré quelques arrêts durant la construction faute de financements, parce que quand même ça coûte très très cher, et de légers déboires, comme un incendie en 1258, encore, on considère que la cathédrale est terminée en 1288 ! Ce qui donne un temps de construction d’un peu moins de 70 ans, et là il faut se rendre compte que c’est très rapide pour l’époque ! Tellement rapide que ça permet à l’édifice de conserver une unité de style très intéressante. Certaines parties de la cathédrale sont construites plus rapidement encore, comme la nef qui est terminée en 16 ans seulement !

Les deux tours et des chapelles latérales, qui n’étaient pas prévues à l’origine, sont ajoutés dans la foulée ! Enfin quand je dis dans la foulée, la construction des deux tours va mette autant de temps que la construction de la cathédrale elle même !

La tour sud est achevée en 1372 tandis que sa voisine du nord, en raison d’un terrain trop meuble, n’est finie qu’en 1402. Et d’ailleurs, on peut remarquer une petite particularité sur ces deux tours : elles présentent une différence de hauteur de 6,5m, et le sommet des tours n’étant pas aussi éloigné du toit de la nef que dans d’autres cathédrales, ça donne une façade asymétrique qui semble un peu “tassé”.

A Notre-Dame de Paris ils avaient le bossu, ici c’est la cathédrale qui est pas tout à fait droite quoi…

Description de la cathédrale

Tiens, vu qu’on commence à parler architecture, allons un peu plus loin sur le sujet. Pour décrire la cathédrale, je vais utiliser le vocabulaire que j’ai déjà expliqué dans une précédente vidéo sur la cathédrale d’Évreux, n’hésitez pas à aller y jeter un coup d’oreille pour vous rafraîchir la mémoire.

Plan Eglise
En gros une Église, c’est donc un chœur (rouge), un transept (bleu), une nef (vert) et un déambulatoire (jaune). On remercie le département graphisme.

Je l’ai déjà dit, la cathédrale présente un style architectural assez homogène, qu’on qualifie actuellement de gothique. Mais le truc c’est qu’à l’époque de la Renaissance, pendant laquelle a été inventé ce terme de “Gothique”, c’est pas forcément ultra vendeur… C’est même plutôt péjoratif !

Bah oui, “gothique” ça assimile les productions artistiques médiévales, et la cathédrale en est une, aux Goths. Je parle du peuple germain là, pas des types qui ont fait comme moi leur crise d’adolescence en portant de grands manteaux noirs. Bref, à la renaissance, quand on parle de “gothique”, ça fait plus référence aux barbares qu’à un truc méga stylé…

Au Moyen Âge, on parle plutôt de francigenum opus, qui se traduit par ‘art français’. C’est quand même plus classe pour mettre en avant son savoir faire!

Arc-boutant (mais pas l'Anglois hors de France).
Arc-boutant (mais pas l’Anglois hors de France).

Cet ‘art français’, il se caractérise par une recherche de la hauteur et de la luminosité, avec des ouvertures les plus grandes possibles dans les murs, pouvant être ornées de vitraux. Seul problème, ça nécessite de trouver des astuces pour s’assurer que les églises ne s’écroulent pas, faute de murs porteurs suffisamment solide. C’est grâce à des trésors d’ingéniosité, mais aussi d’apprentissage par l’erreur qu’on aboutira à des systèmes complexes d’arc-boutants et de voûtes permettant d’élever toujours plus haut les constructions.

Oui parce qu’avant de maîtriser la technique y’a quelques bâtiments qui se sont cassés la gueule… mais chuuuuut !

L’édifice est construit en grande partie en pierre de craie blanche, extraite non loin de la ville. Pour accélérer la construction et optimiser le temps de travail, des gabarits en bois sont réalisés par les artisans afin de tailler des blocs d’une certaine taille à la chaîne, principalement en hiver lorsque le reste des travaux est mis en pause. Comme dans de nombreux édifices de cette époque, si vous faites attention un œil averti peut repérer sur les pierres des marques datant de la construction, qu’il s’agisse d’indications sur le montage ou de “signatures” des ouvriers afin de se faire payer à la tâche.

Et ça je trouve ça hyper cool parce que c’est avec ce genre de petit détail qu’on se rend compte de la vie qui pouvait fourmiller autour de la cathédrale et de son chantier !

Durant toute la construction, l’attention c’est particulièrement portée sur la nef, qui affiche une hauteur incroyable de 42,30m ! Pour vous donner un ordre d’idée, c’est presque 9m de plus qu’à Notre-Dame de Paris !

C’est la hauteur de cette voûte, qui atteint presque la limite théorique de ce que les techniques de construction de l’époque autorisent de faire, qui permet principalement à la cathédrale d’Amiens de détenir le record de volume intérieur des cathédrales françaises : 200.000m³ ! Bon par contre j’ai bien dit française, parce qu’en Allemagne, la cathédrale de Cologne, elle dépasse les 400.000m³. On se fait fumer quoi.

Si vous lisez ceci sans avoir vu la vidéo ; foncez sur YouTube, vous ne voudriez pas manquer Ben faisant le labyrinthe à genou, non ? ;)
Si vous lisez ceci sans avoir vu la vidéo ; foncez sur YouTube, vous ne voudriez pas manquer Ben faisant le labyrinthe à genoux, non ? ;)

A l’intérieur de la cathédrale, si on observe attentivement le sol, on peut y trouver un labyrinthe restauré au XIXe siècle mais présent dès l’origine.

Il est long de 234 mètres et était parcouru à genoux par les pèlerins venus vénérer les reliques de saint-Jean Baptiste ou en remplacement de pèlerinage plus lointain qu’ils ne pouvaient pas faire.

Et contrairement à ce que l’on peut croire, ce dallage spécial en forme de labyrinthe, c’est pas du tout unique et spécifique à la cathédrale d’Amiens, on peut le retrouver dans d’autres cathédrales ou églises médiévales.

On peut également trouver ici plusieurs tombeaux, dont deux particulièrement anciens ; ceux d’Evrard de Fouilloy et de Geoffroy d’Eu, tous deux évêques d’Amiens, dont le rôle fut fondamental dans la construction. Leurs tombeaux sont surmontés de gisants, un demi-relief en bronze, coulés d’une seule pièce, les représentant couchés. Ces pièces datent de la première moitié du XIIIe siècle, alors que la cathédrale était encore en construction, et sont les seuls gisants en bronze de cette époque subsistant en France.

Sur le côté nord du chœur, des hauts reliefs décrivent des moments de la vie de saint Jean Baptiste. Ils mettent en valeur la présentation de la relique du “chef”, c’est à dire de la tête, qui est encore conservée actuellement, et présentée durant certaines fêtes. D’ailleurs la relique est ramenée de Constantinople après le sac de la ville par les croisés en 1204 et offerte à l’évêque Richard de Gerberoy deux ans après.

Enfin, dernier aspect à souligner pour cette cathédrale bâtie en grande partie grâce à l’argent du commerce du blé et de la guède : la couleur y est, comme dans les autres grands édifices religieux de l’époque, partout présente.

La lumière et la couleur sont au cœur de l’architecture gothique pour une simple et bonne raison : la lumière représente dieu, la maison de dieu doit donc accueillir cette lumière, cette chaleur, et doit donc lui faire la part belle. Et cette lumière, elle est plus à prendre au sens de la couleur que de la luminosité, qui arrivera plus tard avec des styles plus pointu d’architecture, comme le gothique rayonnant, qui peut par certains aspects ce rapprocher de la cathédrale d’Amiens. Les vitraux se doivent donc de renvoyer cette lumière divine à travers cette palette de couleur et il en va de même pour le reste de la structure, des boiseries, des statues et des façades. Loin de l’image grise et monotone qu’on peut garder aujourd’hui, les églises sont aussi décorées de la sorte car c’est un marqueur imparable de l’importance sociale de ces bâtiments quand on sait le coût extrêmement élevé de certains pigments. Pour vous donner une idée, la couleur traditionnelle de peinture des vêtements de la vierge Marie est obtenue à partir de lapis-lazuli.

Si vous jouez à Minecraft, vous voyez de quoi je parle. En tout cas, c’est rien de moins qu’une pierre semi-précieuse donc, ça affiche la couleur, c’est la cas de le dire !

Pour information plusieurs campagnes de recherche, à partir des années 90, ont permis de reconstituer les couleurs qu’arboraient la façade de l’édifice à l’époque médiévale. Alors bien sûr on allait pas peindre directement sur la pierre mais depuis 1999, un spectacle sons et lumières permet de remettre en couleur la façade de la cathédrale. D’ailleurs depuis 2007, une nouvelle version de ce spectacle existe et s’appelle “Chroma”, un poil différente, plus moderne et sans doute plus audacieuse, vous en jugerez en le voyant !

Alors d’une part je vous invite à le voir, et d’autre part, on peut légitimement se poser la question : pourquoi on repeint pas directement sur les pierres ? Et bah ça, c’est le genre de questionnement qui parait ultra simple et qui en fait l’est pas du tout. Mais alors pas du tout du tout ! Parce que la restauration d’un édifice ou sa modification, c’est souvent un sujet qui est loin de faire consensus.

“Restauration” par Viollet-Le-Duc ; qu’est ce que l’authenticité ?

Ici l’édifice que l’on voit a été modifié et rénové au fil des siècles, notamment avec le remplacement de la rose occidentale et une nouvelle flèche au XVIe siècle. Elle survit également à la période révolutionnaire, bien que provisoirement transformée en “Temple de la Raison et de la Vérité”, puis en “Temple de l’Être suprême”…

Oui on savait s’amuser à l’époque pour trouver de nouveaux emplois aux bâtiments religieux.

Une  fois terminés les épisodes révolutionnaires, le clergé réclame que soit restaurée la cathédrale, dont l’entretien était déjà défaillant bien avant 1789. Une demande entendu par l’état français qui restaure la cathédrale dès le début du XIXe siècle. Un chantier de rénovation confié à un architecte plutôt connu par chez nous car ce n’est rien de moins qu’Eugène Emmanuel Viollet-le-Duc qui intervient sur la cathédrale entre 1849 et 1874.

Dites bonjour à Eugène.
Dites bonjour à Eugène.

Eugène (oui, on va l’appeler Eugène parce que c’est plus court et que ça lui donne un petit côté sympathique), c’est une référence incontournable lorsqu’on parle de restauration de patrimoine français durant le XIXe siècle et même plus largement d’histoire de l’art.

Il sera responsable, au moins en partie, de la rénovation de monuments aussi prestigieux que Carcassone, le château de Pierrefonds, Notre-Dame de Paris ou encore le château de Coucy. Sans compter des constructions de châteaux, d’églises ou d’immeubles dans toute la France et en Suisse. En plus de ça, il rédige un Dictionnaire raisonné de l’architecture française du XIe au XVIe siècle et il sera une inspiration aussi bien pour des générations d’architectes que pour les historiens de l’art, particulièrement médiéval.

Cependant, si un tel palmarès vaut à Eugène d’être respecté par beaucoup, il est aussi souvent au centre de polémiques car il avait une vision de la restauration teintée du romantisme de son époque. Du coup il n’hésitait pas,lorsqu’il restaurait, à ajouter des éléments qu’il imaginait mais qui ne s’étaient jamais retrouvés sur les édifices “originaux”. A Amiens par exemple, il transforme la galerie entre les deux tours ; la galerie des Sonneurs. Certaines personnes reprochent donc à ces restaurations de ne pas respecter le caractère authentique des édifices, un débat similaire à celui qui a lieu actuellement concernant l’avenir de Notre-Dame de Paris après l’incendie du 15 avril 2019. Pourtant il est compliqué de définir ce qui est réellement authentique de ce qui ne l’est pas, les monuments étant souvent retravaillés, réparés au fil du temps. Pour reprendre brièvement l’exemple de Notre-Dame de Paris, la fameuse flèche qui s’est effondrée est une œuvre entièrement réalisée par Viollet-le-Duc, pouvant être considérée comme nouvelle à l’époque et que maintenant certains voudraient voir reproduire de façon “authentique”.

Alors qu’avant Viollet-le-Duc, elle était pas là ! Vous voyez donc bien que la question de la restauration et de la rénovation, c’est pas si facile et ça nous questionne aussi sur notre société et sa représentation. Et j’ai envie de dire, que cette question, elle est pas nouvelle et on continuera de se la poser aussi longtemps que l’espèce humaine perdurera…ce qui représente en fait pas si longtemps que ça…peut être…je sais pas…

Première Guerre Mondiale

En tout cas la ville d’Amiens se retrouva durant la Première Guerre Mondiale menacée par l’avancée des troupes allemandes et transformée en base arrière pour les armées alliées. Plusieurs campagnes de bombardement ciblent la ville, n’épargnant pas la cathédrale qui survit pourtant tant bien que mal, à grand renfort de sacs d’argile, jusqu’à la toute fin de la guerre.

Pour en savoir plus sur cette période, je vous renvoie aux deux vidéos que j’avais fait avec Somme Tourisme et qui parlent notamment pas mal d’Amiens : “Lâchez les tanks, la bataille de la somme 1918” et “Comment vit un soldat de la Grande Guerre à l’arrière du Front”. Je vous mets les liens en description bien sûr !

Ce qui est tout de même cocasse durant cette période, c’est que la ville représentant un intérêt stratégique majeur, on craint que les œuvres d’arts dans la cathédrale ne soient détruits par des bombardements. On n’est jamais trop prudent, on met alors en place des mesures de préservation en démontant les vitraux et le magnifique orgue et en les envoyant en sûreté à Paris. Une bien bonne idée puisque un incendie se déclarera dans le local de stockage parisien, faisant partir en fumée une partie des vitraux.

C’est ce qu’on appelle un fail je crois…

Voilà les amis, j’espère que ce reportage au sein de la somptueuse cathédrale d’Amiens vous aura fait plaisir et que ces belles images auront touchés vos petits cœurs… parce que moi, ça m’a touché ! Merci à Amiens Métropole et à Somme Tourisme pour avoir permis la production de cette vidéo, hésitez pas à venir faire un petit tour dans le coin, y’a pas mal de chose à voir en plus de la cathédrale ! On compte sur vos partages et vos pouces, on attend vos commentaires et bien évidement on vous donne rendez vous très bientôt sur la chaîne pour de nouvelles vidéos! Salut !

Pour aller plus loin

  • VINCENT Catherine, Eglise et Société en Occident. XIIIe – XVe siècle, Paris, Armand Colin, collection U, 2009.
  • La grâce d’une cathédrale : Amiens. Editions nuée bleue
  • Fond Documentaire d’Amiens Métropole d’art et d’histoire
  • Les couleurs de la cathédrale , Amiens Métropole d’Art et d’Histoire
  • Les stalles de la cathédrale Notre Dame d’Amiens , Editions Picard (mais en même temps on en parle pas dans la vidéo)
  • Notre-Dame d’Amiens au fil du regard, Editions Broché
  • Principes de l’architecture médiévale , Editions Fragile
  • article wiki de la cathédrale

 

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