La révolution coupable de génocide ?

Mes chers camarades bien le bonjour ! On se retrouve aujourd’hui pour un épisode qui, je le sens gros comme un building, va déchainer les passions dans les commentaires ! Et oui, on s’attaque aujourd’hui à la très épineuse question de la guerre de Vendée et au passage à son fameux génocide. En tout cas c’est ainsi que certains qualifient l’action du gouvernement d’alors sur les vendéens tandis que d’autres le nient. Alors qu’en est-il vraiment ? Et bah on va tenter d’y voir plus clair de la manière la plus objective possible. C’est parti !

Un contexte révolutionnaire

La prestation de serment au jeu de Paume à Paris, un des événements marquant le début de la période révolutionnaire.
La prestation de serment au jeu de Paume à Paris, un des événements marquant le début de la période révolutionnaire.

La guerre de Vendée a sans doute constitué l’un des moments les plus importants de la Révolution française car elle aurait pu y mettre fin prématurément, et c’est encore aujourd’hui la source de nombreuses polémiques.

En 1789 Louis XVI rassemble les États Généraux, une assemblée composée des 3 ordres de la société (tiers état, noblesse, clergé) pour régler le problème de la dette de l’état qui est immense. Le tiers état, qui représente 98% de la population,  aimerait bien profiter de l’occasion pour améliorer sa situation et supprimer les privilèges dont disposent les deux autres ordres.

Mais le roi n’est pas trop d’accord parce qu’on est pas là pour ça, il tente d’empêcher les députés du tiers de se rassembler, mais comme les mecs sont têtus, ils décident de le faire quand même dans la salle du jeu de paume où ils se déclarent assemblée nationale et jurent de ne pas se séparer avant d’avoir donner une constitution à la France : c’est le début de la Révolution française.

Et côté vendéen, il y a déjà un premier gros point de tension : c’est la constitution civile du clergé.

Ce texte voté le 12 juillet 1790 par l’assemblée nationale constituante réorganise l’Église de France et prévoit entre autre, que chaque membre du clergé prête serment à la Nation, à la loi et au roi, autrement dit il doivent se soumettre à la Révolution et l’accepter. Ce qui pose problème à de nombreux prêtres d’autant plus que le Pape condamne ce texte et la Révolution début 1791. De fait le clergé français va être divisé en deux : d’un côté ceux qui prêtent serment, surnommés les jureurs et ceux qui le refusent, surnommés les réfractaires. En Vendée près de ⅔ des prêtres sont réfractaires. La situation va se compliquer encore plus lorsqu’en juin 1791 la loi interdit à tous les prêtres réfractaires d’officier. On doit donc envoyer des prêtres jureurs pour les remplacer, et dans la campagne Vendéenne où le prêtre du village est souvent un enfant du pays, vous imaginez bien que les remplaçants sont loin d’être accueillis à bras ouverts…

Les enfants leur jettent des pierres, les femmes les maudissent les hommes les menacent, on tue leur chien, tire au fusil sur la porte de leur maison et on boycotte la messe. Les rebelles quoi.

Prêtre se cachant dans un marécage pour échapper aux troupes républicaines.
Prêtre se cachant dans un marécage pour échapper aux troupes républicaines.

Pendant ce temps se tient un culte clandestin dans des endroits isolés, souvent de nuit. et ça avec le prêtre réfractaire du coin voir même sans prêtre ce qui fait que des anciennes pratiques combattues par le clergé avant la Révolution réapparaissent.

Alors attention, ça serait malhonnête de prétendre qu’il n’y a que Vendée que ce texte fait grincer des dents. Ces troubles autour de la constitution civile du clergé sont loin d’être unique en France et le texte est aussi mal accepté dans le Nord, dans le Bas Rhin, en Moselle et on a aussi des exemple de résistance au clergé constitutionnel autour de Toulouse et Montpellier.

Il faut aussi noter que dans la région la faiblesse des voies de communication fait que les communautés rurales sont très repliées sur elles mêmes. De plus dans la région les nobles se sont détachés de la propriété de la terre, beaucoup de terres sont rachetées par les bourgeois qui souvent augmentent les taxes pour rentabiliser leur investissement.

Avant même le début de la Révolution, il y a donc en Vendée une opposition assez virulente entre les ruraux et les urbains. Genre beaucoup plus qu’aujourd’hui quoi…

Mais ce qui va véritablement mettre le feu aux poudres, c’est la levée en masse.

Levée (de boucliers) en masse

Depuis 1792 la France Révolutionnaire était déjà en guerre contre l’Autriche et la Prusse, mais l’exécution de Louis XVI pour trahison et les victoires des armées françaises qui occupent la Belgique font peur au reste de l’Europe. Début mars 1793 la France est aussi en guerre avec la Grande Bretagne, l’Espagne et le royaume de Naples et d’autres. En plus elle doit faire face à un départ massifs des volontaires levés pour le combat en 1792.

Pays impliqués dans la guerre contre la France révolutionnaire (en bleu foncé) ; Royaume-Uni (rouge), Pays-Bas (vert clair), Prusse (mauve), Autriche (gris), pays italiens (rose), Espagne (jaune) et Portugal (vert foncé).
Pays impliqués dans la guerre contre la France révolutionnaire (en bleu foncé) ; Royaume-Uni (rouge), Pays-Bas (vert clair), Prusse (mauve), Autriche (gris), pays italiens (rose), Espagne (jaune) et Portugal (vert foncé).

Bah oui, après la victoire de Jemappes en 1792, les armées ennemies ont été repoussées hors du territoire et beaucoup de soldats considèrent avoir fait leur devoir et veulent retourner chez eux pour l’hiver. Ce qui semble plutôt légitime…

La Convention, qui est la nouvelle assemblée élue après la chute de la monarchie, vote alors la levée en masse de 300 000 volontaires pour retourner au turbin. Chaque région doit fournir un certain nombre d’hommes volontaires célibataires ou veufs entre 18 et 25 ans.

Bon on dit volontaire mais évidemment si ya pas assez de volontaires ben on prend des “volontaires”  désignés par tirage au sort. Plus une région a fourni de volontaires en 1792 moins on doit y lever d’hommes, et la Vendée a envoyé peu de volontaires en 1792… Du coup on en demande beaucoup aux vendéens et ça ne passe pas du tout ! Et c’est ce refus de recrutement qui va lancer l’insurrection.

Les troubles commencent avant même le début des opérations de recrutement, il y a des soulèvements dans les campagnes indépendants les uns des autres. Les paysans révoltés envahissent les petites villes de la région où on observe des massacres de partisans de l république appelés patriotes, et de prêtres constitutionnels, comme à Machecoul le 11 mars où au moins 160 gardes nationaux et patriotes sont massacrés.

A Saint-Fiacre le maire est même coupé en morceaux ! J’imagine Balkany disant “ah mais en fait la prison c’est pas si mal…”

Le Général Marcé sort de la Rochelle avec 2300 hommes dans le but de mettre fin au soulèvement. Mais il est pris dans une embuscade lors de la bataille de Pont Charrault le 19 mars et les insurgés, largement supérieurs en nombre mettent en fuite les troupes républicaines.

Les soldats républicains trouvent refuge dans les villes aux alentours où ils tiennent des récits alarmistes, ce qui provoque la fuite de la plupart des patriotes vers les grandes villes de la région : Niort, Nantes et les Sables d’Olonne.

La "Vendée militaire" recouvre un territoire assez vaste, dépassant le département actuel.
La « Vendée militaire » recouvre un territoire assez vaste, dépassant le département actuel.

Du coup les insurgés se retrouvent vite en possession d’un territoire qu’ils n’ont pas vraiment cherché à obtenir, ce territoire qu’on va appeler la Vendée recouvre en partie 4 départements au sud de la Loire : Loire Inférieure, Maine et Loire, Deux Sèvres et Vendée.

Les rebelles se transforment en plusieurs forces armées de plusieurs dizaines de milliers d’hommes, généralement commandées par d’anciens soldats ou officiers de l’armée royale d’avant la Révolution. Vous l’avez compris, c’est un peu le bordel et finalement les vendéens eux mêmes ne savent pas vraiment comment ils ont réussi à en arriver là. Du coup, la Convention, assemblée nationale de l’époque, comprend mal ces soulèvements…tu m’étonnes ! Pour elle ils ne peuvent qu’être un complot de la contre-révolution pour renverser la République, alors qu’ils n’ont à la base été que des révoltes indépendantes contre l’enrôlement dans l’armée comme il y en a eu d’autres en France comme en Bretagne, en Alsace ou dans le Nord. Sauf que dans ces régions la répression efficace ne permet pas que ces mouvements aillent plus loin.

En Avril les insurgés se regroupent sous le nom de la grande armée catholique et royale, mais ils n’ont pas de vraie unité, les chefs sont indépendants et il y a beaucoup de rivalités entre eux. Ce n’est qu’à l’été qu’on désigne comme généralissime Maurice d’Elbée, un noble qui a servi dans l’armée royale.

Le conflit s’enlise

Mis à part le cœur de la zone insurgée qui reste stable, la région sous contrôle de ceux qu’on appelle les vendéens évolue constamment selon les avancées et les reculs des troupes républicaines.

Ces dernières n’ont pas de stratégie bien définies, les chefs essaient de mener une guerre classique. Ils mènent des batailles dans l’espoir d’une victoire alors qu’il faut contrôler le territoire. C’est évident, les républicains n’ont pas affaire à une armée classique.

Lorsqu’ils parviennent à remporter une victoire, les vendéens disparaissent et se reforment quelques jours plus tard sur les arrières des républicains qui sont cette fois vaincus.

Pour couronner le tout si je peux utiliser cette expression, la coordination entre les différentes armées républicaines est d’autant plus difficile qu’il n’y a pas de commandement unifié. Et les courriers qui doivent éviter la zone insurgée circulent difficilement.

Par exemple il faut 6 jours au général Boulard situé aux Sables d’Olonne pour apprendre la défaite de Fontenay le comte situé à juste 70km !

Genre tu confies une lettre à Jeanne Calment, ça va plus vite.

Le gros problème de ces armées républicaines, c’est quelles sont essentiellement composées de volontaires sans expérience qui en plus sont très politisés et veulent se venger des contre-révolutionnaires. Du coup, ils commettent régulièrement des exactions.

En plus de ça, ces troupes manquent d’armes, de nourriture et même de souliers ! Ce qui encourage le pillage, l’indiscipline et la désertion. L’encadrement tente de stopper ces excès mais sans grande efficacité. Certains généraux comme Westermann pratiquent donc la terreur dans la région par le pillage et l’incendie.

Comme dans la plupart des zones de conflit, la Convention envoie des représentants en mission aux pouvoirs quasi illimité pour contrôler l’action des généraux. Mais il ne faut pas oublier un truc, c’est que parmi le gouvernement révolutionnaire, c’est pas la grande unité non plus !

Les luttes d’influence entre les différents chefs républicains sont une continuation des luttes politiques qui font rage à Paris. Ainsi le général Biron soutenu par Danton et le représentant en mission Ronsin, soutenu lui par les sans-culotte vont se mener une véritable guerre qui aboutira à l’éviction et à l’exécution du général Biron en décembre 1793. Pas franchement la super entente quoi…

Du côté des insurgés on commence à organiser le territoire, on met en place des commissions pour gérer les villes conquises, on affiche de la propagande qui va répandre de véritables « fake news » comme quoi la contre révolution gagne Paris et que le régime serait sur le point d’être renversé.

On commence même à imprimer des billets à l’effigie de Louis XVII, le fils de Louis XVI, qui est toujours emprisonné à Paris.

Et rassurez vous, les républicains, eux, ne se gênent pas pour faire la même chose de leur côté.

En Vendée, les femmes participent très peu aux combats, mais elles soignent les blessés, transportent des courriers voir pratiquent l’espionnage.

L’armée vendéenne est composée d’un petit nombre d’hommes sûrs autour desquels ont va mobiliser des paysans sur place, en fonction des besoins. Et ça, ça leur assure une grande mobilité et les rend insaisissables, mais la contrepartie, c’est le manque de discipline qui rend quasiment impossible d’appliquer un vrai plan de bataille.

On se retrouve donc dans une situation assez compliquée puisque les bleus (c’est-à-dire les républicains) ne peuvent pas avancer dans les campagnes tandis que les blancs (les contre révolutionnaires) ne peuvent pas tenir les grandes villes durablement.

La virée par-delà la Loire

Une situation qui va se débloquer à l’automne avec l’arrivée de troupes en provenance de Mayence. L’état major met en place un plan d’avance coordonnée des armées républicaines. Mais les troupes avancent en ordre dispersés, sont mal préparées et l’incompétence de certains généraux font que l’opération est mal exécutée, c’est le cas de le dire. Malgré cela les républicains infligent aux blancs une sévère défaite à Cholet le 17 octobre 1793. Dans la confusion une grande partie de l’armée blanche accompagnée de nombreux civils fuient en traversant la Loire. C’est le début de ce qu’on va appeler la virée de Galerne.

Dans les jours qui suivent la bataille de Cholet 60 000 à 100 000 personnes traversent la Loire dans le bordel le plus complet, à peu près la moitié de ce groupe est composé de non combattants, notamment les femmes et les enfants. Une partie de l’armée refuse de partir pour continuer le combat dans la région et les républicains, totalement désorganisés, sont incapable d’empêcher la traversée.

Mais pourquoi, traverser la Loire ? Déjà la peur des bleus joue pour beaucoup, et puis on espère trouver des alliés en Bretagne et pourquoi pas essayer de faire la jonction avec un éventuel débarquement anglais.

Ce qu’il est intéressant de noter c’est qu’avant la traversée, le général vendéen Bonchamps fait libérer 4 à 5000 prisonniers que l’armée allait exécuter.

Un beau geste de sa part pour montrer que les vendéens c’est pas des barbares. Mais cette attitude, elle va vite disparaître quand ils se retrouvent acculés. Pendant la virée de Galerne, les vendéens ne font quasi pas de prisonniers et les combats se terminent souvent par des carnages.

Chef d'armée à 21 ans, Henri de La Rochejaquelein va devenir une icône de la rébellion vendéenne.
Chef d’armée à 21 ans, Henri de La Rochejaquelein va devenir une icône de la rébellion vendéenne.

Les principaux chefs blancs dont le général D’Eblée sont mis hors de combat lors de la bataille de Cholet, c’est donc un jeune noble de 21 ans, Henri de la Rochejaquelein qui récupère le commandement en chef. Enfin, façon de parler car les rivalités entre chefs d’armées sont toujours présentes et la Rochejaquelein n’arrive pas à s’imposer parce qu’il n’y a pas de vrai projet. Et je me retiens très fort de faire une blague sur Macron.

La colonne vendéenne souffre de désorganisation, les caisses sont vides et la nourriture manque : et pour cause, cette fois ils ne jouent plus à domicile. La population leur est plutôt hostile sauf autour de Fougères et de Laval où quelques milliers d’hommes les rejoignent.

Le gros de l’armée républicaine quand à elle ne suit pas la virée immédiatement, elle reste pour garantir le territoire reconquis et faire face à la partie de l’armée vendéenne qui est restée. Les troupes républicaines du nord de la Loire sont mal informées sur l’ennemi et trop peu nombreuses pour pouvoir lui faire face efficacement.

Le général républicain Léchelle qui traverse la Loire avec 20 000 hommes, est sèchement battu près de Laval le 25 octobre où il perd près de 4000 hommes. Il sera révoqué pour incompétence.

Cette victoire des vendéens leur ouvre la région, ils balaient les petites troupes du coin et s’arrêtent à Fougères. Là ils prennent la décision de prendre un grand port pour permettre un débarquement des Anglais et des Émigrés, principalement des nobles qui ont fui la Révolution à l’étranger.

Là on sent le projet !

Le 14 novembre, les blancs mettent le siège devant le port de Granville défendu par des forces limitées. Mais ils n’ont pas d’artillerie puissante, pas de matos de siège et en plus une partie des soldats passe sont temps à se bourrer la gueule dans des maisons abandonnées.

Et pour couronner le tout, aucun Anglais à l’horizon ! Le siège est donc un échec et les blancs perdent près de 2000 hommes. Du coup les soldats vendéen sont dégoutés et refusent de suivre leurs chefs dans des projets trop risqués comme La Rochejaquelein qui veut aller vers Cherbourg.

La reprise en main républicaine

Les vendéens ont de plus en plus de mal à se nourrir, et les paysans obéissent de moins en moins aux ordres, mais ils peuvent survivre grâce à l’extrême division des républicains. Les destitution et disgrâces se succèdent dans le commandement bleu à chaque défaite, mais le blâme ne tombe pas toujours sur le vrai responsable, les généraux n’hésitant pas à se charger les uns les autres.  Il y a finalement une réorganisation de l’armée et du commandement républicain qui leur permet de reprendre l’offensive.

Les vendéens échouent devant Angers et ont les bleus sur leurs talons. La population locale est franchement hostile aux blancs et s’en prenne parfois directement à eux. Résultat : les vendéens laissent beaucoup de morts sur leurs route, victimes de maladies ou du harcèlement de la cavalerie républicaine. Le 10 décembre il parviennent à prendre Le Mans, mais fatigués et affamés ils délaissent la garde de la ville.

Le 12 décembre, 20 ou 30 000 républicains attaquent. Le combat, se déroulant au cœur de la ville, durera 24h, au milieu des réfugiés. Les soldats vendéens fuient laissant femmes, enfant et blessés derrière. Nombre d’entre eux sont massacrés et les bleus font énormément de prisonniers.

20 à 30 000 blancs en débandade cherchent à rentrer à Vendée et si certains y parviennent le gros de cette armée en déroute est écrasée à Savenay le 23 décembre.

C’est la fin de la virée de Galerne et le début de la répression.

Le même Henri de La Rochejaquelein, tué le 28 janvier 1794.
Le même Henri de La Rochejaquelein, tué le 28 janvier 1794.

Début 1794 l’armée vendéenne a donc été vaincue mais la région est loin d’être pacifiée : les paysans sont toujours largement hostiles à la république et les restes de l’armée vendéenne divisés en bandes représentent toujours une menace pour les forces républicaines.

A Nantes la ville croule sous les prisonniers, dans la prison du château les hommes sont à 10 voir 14 dans chaque chambre, là où ils n’étaient que 4 auparavant. Le représentant en mission, Jean-Baptiste Carrier, réclame que les prisonniers soient exécutés en masse pour éviter les épidémies.

Ah bah si c’est pour éviter les épidémies hein…

C’est ainsi que des hommes du comité révolutionnaire de la ville vont ordonner que des prisonniers soient noyés dans la Loire. On les attache 2 par 2, on les mets sur une barque et une fois la barque au milieu du fleuve on la coule.

Il est très difficile de donner un nombre précis de nombres de prisonniers noyés mais les estimations varient entre 2000 et 4800 personnes. Les hommes qui ont ordonné ces noyades clameront que l’ordre leur venait de Carrier, ce qu’il niera, mais ça ne l’empêchera pas d’être guillotiné en décembre 1794 pour cette acte résolument ignoble.

Pour rétablir le contrôle total de la zone, le général républicain Turreau va mettre en place ce qu’on appellera les colonnes infernales.

Il s’agit de colonnes mobiles, sans artillerie qui doivent parcourir la région, incendier les villes et les villages sauf ceux qui doivent servir de garnison, et exécuter tous les suspects. Ces colonnes commettent de terribles crimes de guerre : viols, pillages, massacres de population enfants compris. Ces opérations sont menées au hasard, sans plan précis, des villages sont pillés plusieurs fois tandis que certains sont totalement épargnés. D’ailleurs, ces crimes touchent aussi bien les populations favorables aux blancs que les patriotes.

Beaucoup de familles quittent la zone rebelle pour échapper à ces colonnes infernales. Ces réfugiés sont aidés par les différentes administrations départementales qui leurs versent une petite aide financière pour survivre mais ils doivent subir l’hostilité des populations locales pour qui ils sont toujours suspects.

On estime que plus de 20 000 personnes seront déplacées.

Ces pratiques ne font pas du tout l’unanimité chez les républicains, certains généraux comme le général Bard refusent d’appliquer les consignes incendiaires, une partie des administration républicaines locales s’opposent aux méthodes terroristes et certains soldats terrifiés par ce qu’ils voient témoignent. Bachelier, ancien président du comité révolutionnaire de Nantes déclarera :

« Nous étions tous enfiévrés ; nous croyions que quand on agit pour le peuple, rien ne peut être mal, erreur ou crime. »

En plus de ça, ces colonnes incendiaires se révèlent totalement inefficaces, les bandes sont toujours actives, elles repèrent les colonnes de loin grâce aux incendies et peuvent profiter des pillages pour attaquer les soldats dispersés. Elles vont même se renforcer de nouveaux volontaires et une armée catholique et royale de quelques milliers d’hommes va se reconstituer.

A partir de mai 1794 Turreau est rappelé à la Convention, on abandonne les colonnes infernales et on change de stratégie. On arrête la répression au profit d’une volonté de pacification : on installe des camps fortifiés dans toute la Vendée et des commissaires parcourent la campagne pour rassurer les paysans qui ne leur font absolument pas confiance. Et honnêtement, on comprend pourquoi… Les blancs continuent donc le harcèlement, les embuscades et montent des camps en forêt.

Le camp de la forêt d’Yzernay comptera même un hôpital, un moulin à poudre et une imprimerie à papier monnaie.

La fin de la révolte

En décembre 1794 la Convention propose une amnistie aux rebelles qui déposeront les armes. Cette proposition entraîne des négociations avec les chefs vendéen qui aboutissent en février 1795 à un accord. Les vendéens peuvent pratiquer le culte avec des prêtres réfractaires, la région est exemptée d’impôt et de conscription pendant 10 ans mais en échange ils doivent se rallier à la République.

Les deux camps ont tout intérêt à s’entendre car les blancs ne peuvent renverser la République et la République n’arrive pas à contrôler cette population.

A l’été 1795 le chef vendéen Charrette profite du débarquement d’une armée d’émigrés à Quiberon et d’une aide matérielle envoyée par l’Angleterre pour reprendre la guerre. Mais l’armée des émigrés est rapidement vaincue par les troupes républicaines du général Hoche. Ce dernier va organiser lui aussi organiser des colonnes mobiles mais celles-ci sont bien organisées, elles ont un parcours défini et s’assistent entre elles. De plus le pillage est sévèrement puni. En janvier 1796 le général Charrette est en fuite accompagné d’à peine une centaine de fidèles. Un autre chef vendéen Stofflet, alors poussé par des agents royalistes décide de reprendre le combat lui aussi.

Conscient de la situation critique, il aurait annoncé la reprise des combats à son état major par : « Vive le roi quand même ! ».

Malgré cela Hoche progresse. Stofflet est fait prisonnier puis exécuté en février, Charrette subit le même sort en mars. C’est la fin de la guerre de Vendée.

On estime que la guerre a fait à peu près 200 000 morts dont 30 000 soldats républicains, cependant parmi ces morts, tous ne sont pas le résultat de batailles ou de massacres, beaucoup ont été occasionnés par des épidémies ou par la famine.

La région est dévastée par la guerre. Mais la question que tout le monde se pose à ce moment de l’épisode, c’est bien entendu : y a-t-il eu un génocide vendéen comme l’affirment certains ?

Reprenons la définition même du génocide : Le génocide c’est l’extermination volontaire totale ou partielle d’un peuple ou d’un groupe religieux.

Cette affirmation de l’existence d’un génocide elle s’appuie sur l’ampleur des massacres qui sont bien réels mais surtout sur des déclarations de membres de la Convention comme Bertrand Barère qui demande le 1er octobre 1793 « Détruisez la Vendée ». Les mots de Barrère sont durs mais il faut comprendre le discours fait explicitement référence au célèbre de discours du sénateur romain Caton l’ancien qui dit en 149 avant notre ère “Delenda est Carthago”, « Il faut détruire Carthage ».

D’ailleurs il y avait déjà fait directement référence en août 1793 en déclarant que la Carthage moderne (sous entendu la Vendée) sera détruite. En fait jamais aucune loi ou décret de la Convention n’a été publiée contre les vendéens en général mais toujours contre les “brigands de la Vendée”. Le terme brigands est ici repris de l’utilisation qu’en faisait la monarchie pour désigner les rebelles en tout genre, ces brigands existent ailleurs qu’en Vendée pendant la Révolution et c’est partout qu’ils doivent être traqués.

Si on examine le décret du 1er Août 1793 qui organise la lutte contre la rébellion vendéenne, il précise bien dans son article 8 que les femmes, les enfants et les vieillards doivent être évacués des zones de combat et qu’on doit subvenir à leur besoin. De fait même pendant les pires horreurs commises par les colonnes infernales de Turreau, les réfugiés qui fuient la zone rebelle sont accueillis et aidés par les administrations républicaines.

Cependant il est vrai que ce décret est très flou sur la manière qui doit être employée pour vaincre les rebelles, et donc les diverses figures d’autorités qui ont organisé des exactions comme les noyades de Nantes ont dû se sentir couvertes par des textes très peu précis.

On ne peut donc pas nier que la Vendée a été victime d’horribles massacres et crimes de guerre, mais ces derniers ont été engendrés par une conduite de la guerre chaotique. Les massacres sont conduits au gré des circonstances, au hasard et sans aucun plan. Certaines zones ont été complètement épargnées quand d’autres zones voisines ont été durement touchées.

De plus, comme on l’a vu, les républicains ont été divisés pendant toute la durée de la guerre et ils l’ont aussi été sur la manière de mener la répression. Ainsi certains généraux se sont rendus coupables d’horreurs quand d’autres ont essayé de contrôler au mieux leurs troupes.

Les crimes de guerre en Vendée ont été permis par un vide d’autorité, dus aux divisions républicaines très importantes sur quasiment toute la période et non par une volonté génocidaire inexistante.

Enfin si cette guerre de Vendée et sa répression est exceptionnelle de par son ampleur, elle se rapproche d’autres événements de l’époque comme la conquête de la Corse par l’armée royale française en 1769 ou la terrible répression de la rébellion des irlandais par les anglais en 1798-1799.

La guerre de Vendée a été donc une très violente guerre civile, où de terribles crimes de guerres ont été commis, mais elle ne relève absolument pas du génocide.

Voilà les amis, je pense que c’est un bon aperçu de ce qu’on été les guerres de Vendée, le sujet est vraiment TRÈS complexe donc je n’ai fait qu’effleurer la surface ici, mais si le sujet  vous intéresse je vous encourage vivement à aller voir le travail de l’historien Jean-Clément Martin, spécialiste de la question. Cet épisode, il a été écrit avec Mao de la chaîne l’Histoire trouve toujours un chemin, je vous invite fortement à découvrir son boulot sur sa chaîne, je vous la met en description avec la liste des ouvrages utilisés pour l’écriture.

Sur ce bon conseil vous pouvez retrouver comme d’habitude les ressources utilisés en description, on se retrouve sur mon compte instagram “notabenemovies” et très bientôt sur la chaîne pour de nouveaux épisodes ! A toute !

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