Le raid de Tarente

Mes chers camarades bien le bonjour !

Dans cet épisode, pas de tank mais un audacieux raid aérien qui détruit une bonne partie d’une flotte stationnée dans un port, se croyant à l’abri… Et non, il ne s’agit pas de Pearl Harbor, mais de la bataille de Tarente, en novembre 1940 !

La situation en Méditerranée en 1940

La Méditerranée est traditionnellement une zone d’influence primordiale pour la marine britannique. Or, depuis le début de la seconde guerre mondiale, les opérations maritimes britanniques sont perturbées par la Regia Marina, la marine italienne. En effet, la flotte italienne, bien qu’en sous-nombre, occupe une position centrale en Méditerranée, et utilise cet avantage pour faire de sa flotte une flotte de dissuasion.

Cuirassé italien de classe Littorio, on comprend que ça puisse dissuader...
Cuirassé italien de classe Littorio, on comprend que ça puisse dissuader…

Et tout ça, sans trop se fouler car sans quitter le port de Tarente où elle est stationnée, sa simple présence oblige les britanniques à mobiliser des forces supplémentaires pour toute opération, afin d’éviter une éventuelle sortie des navires italiens.

Mais les britanniques n’ont pas le choix, depuis l’offensive italienne contre l’Égypte britannique, l’approvisionnement du front nord-africain est d’une importance capitale, notamment afin de garantir la sécurité du canal de Suez qui relie la mer rouge à la méditerranée.

Une attaque sur le port de Tarente avait déjà été considérée suite à l’invasion de l’Éthiopie par l’Italie en 1935 mais n’avait pas pu être concrétisée.

L’état-major britannique décide donc une bonne fois pour toute de porter un coup significatif à la flotte italienne.

Après les accords de Munich de 1938, le commandant de la flotte méditerranéenne, l’Amiral Sir Dudley Pound, ordonne à son staff de préparer un plan d’attaque contre Tarente : l’idée naît alors d’un raid aérien, en utilisant la capacité des bombardier-torpilleurs Swordfish à mener une attaque nocturne. En 1940, le successeur de Pound, l’Amiral Andrew Cunningham, décide de mettre à exécution ce plan sous le nom de code “Opération Judgement”.

L’objectif est de porter un coup décisif à la flotte italienne, en provoquant des dégâts massifs que l’industrie italienne, mal en point, mettra du temps à réparer…

Ce raid sur Tarente est une première, car, à l’époque, personne n’imaginait qu’une flotte mouillant dans un port puisse être vulnérable à une attaque à l’aide de torpilles, en raison de la faible profondeur. Pour bien comprendre, on parle là d’avions qui larguent des torpilles qui tombent dans l’eau puis se propulsent vers les navires… On voit donc bien le problème s’il n’y a pas beaucoup d’eau, elles tapent le fond et explose ! Mais les ingénieurs britanniques se penchent sur la question et arrivent à trouver une solution en réduisant la force de propulsion des torpilles lors de leur impact avec l’eau.

L’attaque sur Tarente

Le Swordfish, petit biplan qui semble sorti de la Première Guerre Mondiale, va s'avérer un très bon avion torpilleur.
Le Swordfish, petit biplan qui semble sorti de la Première Guerre Mondiale, va s’avérer un très bon avion torpilleur.

La base britannique de Malte, située à 500 kilomètres de Tarente, est logiquement le point de départ de ce raid. Les préparatifs originels de l’attaque impliquent deux porte-avions, l’Illustrious et le Eagle, escortés par deux croiseurs lourds, deux croiseurs légers et cinq destroyers. La force de frappe aérienne est constituée de deux vagues de quinze appareils, avec, pour chaque vague, neuf bombardier-torpilleurs ciblant les cuirassés italiens, cinq bombardiers chargés des croiseurs et des destroyers, et un appareil équipé à la fois de bombe et de fusées éclairantes dotées de parachutes, afin d’illuminer le port pour les bombardiers.

Et oui, en plus de ce défi technologique, les britanniques ont choisi d’attaquer de nuit ! Une deuxième attaque est également prévue, le lendemain de la première, cette fois-ci ne comportant qu’une seule vague.

Puisque le raid doit se dérouler de nuit, il est impératif que la date retenue coïncide avec une nuit durant laquelle la lune éclaire suffisamment , afin de maximiser la visibilité des pilotes. C’est la nuit du 21 octobre qui est donc choisie. Petit clin d’œil, il s’agit en Angleterre du Trafalgar Day, la célébration de la victoire de l’amiral Nelson contre les forces maritimes françaises et espagnoles en 1805.

Jusque là, tout semble bien s’annoncer. Mais plusieurs imprévus bouleversent le plan original.

Le porte-avion Eagle subit le 11 juillet des dégâts moteurs importants suite à un bombardement, et ne peut plus participer au raid. Cinq de ses bombardiers sont rapatriés sur l’Illustrious. Un feu se déclare alors dans le hangar de celui-ci endommageant quelques appareils. La date de l’opération est donc repoussée au 11 novembre, avec seulement vingt-et-un bombardiers au lieu des trente prévus.

Peu avant 21h, la première vague de bombardiers décolle, suivit une demi-heure plus tard par la seconde, réduite à 8 appareils suite à un accident au décollage.

À 22h58, les bombardiers britanniques arrivent à portée du port de Tarente, et se mettent en formation pour attaquer par groupe. Seize fusée éclairantes sont alors larguées, et deux bombardiers font exploser les réserves de pétrole italienne.

Le port de Tarente durant l'attaque.
Le port de Tarente durant l’attaque.

Les trois avions suivants réussissent à toucher avec une torpille le cuirassé Conte di Cavour, perçant un trou d’un mètre de diamètre dans sa coque sous la ligne de flottaison. L’Andrea Doria, un cuirassé italien, échappe à trois nouveaux appareil le prenant pour cible et la défense anti-aérienne abat un de ses agresseurs. Le troisième groupe parvient à toucher à deux reprises le Littorio, un autre cuirassé, mais manque de peu le vaisseau-amiral Vittorio-Veneto. Enfin, le dernier groupe, malgré une visibilité réduite, bombarde avec succès deux croiseurs et quatre destroyers. Peu avant minuit, la deuxième vague se lance à son tour à l’assaut. Une troisième torpille touche le Littorio, une autre manque à nouveau le Vittorio-Veneto, une dernière endommage le cuirassé Caio Duilio.

Un dernier bombardier est abattu, et, à 02:30 du matin, les appareils britanniques sont de retour sur l’Illustrious.

Le lendemain, l’attaque prévue cependant annulée, pour cause de mauvais temps. Cependant, le résultat du raid est un succès.

Les forces britanniques déplorent la perte de deux avions : les deux membres d’équipage du premier ont été tués, les deux du deuxième appareil sont fait prisonniers. Mais les dégâts côté italien sont très importants. Concernant les cuirassés le Conte di Cavour a été coulé, les Littorio et Caio Duilio ne sont plus en état de combattre. La moitié des capital ships italiens est hors de combat. Deux destroyers et un croiseurs lourd sont également endommagés. 59 soldats italiens sont tués et 600 blessés sont comptés.

La Regia Marina rapatrie vers Naples sa flotte, afin de procéder aux réparations nécessaires. Mais Naples n’est pas aussi bien située que Tarente, et la force de dissuasion de la marine italienne est largement réduite.

Les raisons du succès et ses conséquences

Alors, comment expliquer la réussite de ce raid audacieux ? Il y a plusieurs facteurs à prendre en compte.

Tout d’abord, les britanniques ont profité d’une avancée technologique permettant l’explosion des torpilles par proximité magnétique avec la coque des navires. La principale défense anti-torpille, des bêtes filets de protection, a donc pu être contourné en passant par dessous. L’effet de surprise, et, globalement, le manque de renseignement de l’armée italienne a également favorisé la victoire.

En effet, les défenses mises en place à Tarente se sont révélées largement insuffisantes. Les filets de protections par exemple, auraient pu être efficace si, sur les 12km nécessaires à la défense, seulement 4 n’avaient été déployé.

Trop certains de la sécurité de leur flotte, l’état-major italien a négligé de prendre les précautions nécessaires…Pas de bol…

Une victoire… pas si déterminante

Cependant, si le raid sur Tarente est une victoire, il faut en relativiser les conséquences.

Certes, la flotte italienne est affaiblie, mais les britanniques ne capitalisent pas sur leur victoire. Malgré le discours enthousiaste de Winston Churchill à la Chambre des Communes, affirmant que la balance des forces en Méditerranée a définitivement basculé au profit des alliés, les navires italiens restant continuent d’obliger à protéger les convois, notamment vers l’Afrique du Nord.

Et, là où les britanniques comptaient sur un écroulement du moral des troupes italiennes, c’est en fait tout le contraire qui se passe…

Dès décembre 1940, les défenses des ports italiens sont améliorées et les allemands réaffectent en Méditerranée le 10ème Fliegerkorps spécialisé dans le bombardement naval. Pire pour les britanniques, le volume d’approvisionnement italien vers l’Afrique du Nord, au lieu de baisser, augmente durant les mois suivants.

Les renseignements italiens, après Tarente, gagnent en efficacité et permettent aux convois maritimes d’éviter les patrouilles alliés. Enfin, ultime erreur des alliés, l’idée initiale de fortifier Malte afin d’assurer la domination maritime de la région n’est jamais réellement mise à exécution. En mai 1941, le Littorio et le Caio Duilio sont à nouveau opérationnels.

Le ravitaillement continu permet ainsi à Rommel de lancer une contre-offensive victorieuse en Libye, tournant de la guerre du désert…

Je vous invite d’ailleurs à voir mon épisode sur la bataille de Bir-Hakeim où vous y apprendrez que la résistance française à fait des siennes à Rommel…Je vous mets le lien description.

Pour en rajouter à l’ironie de la situation, il faut signaler qu’un certain Takeshi Naito, membre de la marine japonaise attaché à Berlin, vient observer les résultats du raid sur Tarente, bientôt suivi par une délégation plus importante. Cet officier fait part de ses observations au commandant Mitsuo Fuchida, qui dirige, en décembre 1941, l’attaque sur Pearl Harbor…

Et c’est ainsi que les enseignements de la bataille de Tarente ont probablement donné l’idée de bombarder la flotte américaine de la même manière…

Sacré histoire !

Encore merci à tous d’avoir suivi cette émission, on se retrouve sur Instagram, Facebook et Twitter avec toujours le même compte, notabenemovies ! A très vite pour un nouvel épisode de Nota Bene ! Salut !

En savoir plus

  • Caravaggio, Angelo N. (2006) « The Attack at Taranto, » Naval War College Review: Vol. 59, disponible sur https://digital-commons.usnwc.edu/cgi/viewcontent.cgi?article=1934&context=nwc-review
  • History of World War II, collectif, Marshall Cavendish, 2004
  • Michel Vergé-Franceschi, Dictionnaire d’Histoire maritime, éditions Robert Laffont, coll. « Bouquins », 2002
  • Sea Battles in Close Up, Martin Stephen, Naval Institute Press, 1988

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