Un viking découvre l’Amérique ?

Mes chers camarades bien le bonjour !

Dans mon premier épisode sur les grands explorateurs, que vous pouvez retrouver en description, j’avais évoqué Erik le Rouge et comme le dit le proverbe : Tel père, tel fils ! Vous l’avez compris, l’hérédité chez les Vikings, c’est important, et si Erik le Rouge fut un meurtrier comme son père, Leif, le fils d’Erik, fut bien le digne fils de son père aussi… mais heureusement, pas pour ce qui est du meurtre.

Il était une fois en Islande

Lorsqu’on évoquait Erik le Rouge, on parlait de sa paisible existence en Islande depuis les années 960-970, durant laquelle il fonda une famille – avant de s’enguirlander avec les voisins. C’est pendant cette période qu’est né son fils, Leif Erikson, dit le Chanceux, a priori vers 970.

Statue islandaise de Leif, en route vers l'aventure !
Statue islandaise de Leif, en route vers l’aventure !

Leif grandit principalement seul car son père, après avoir été banni de Norvège pour meurtre, est aussi condamné à l’exil pour un autre meurtre en Islande. Pendant trois ans, Erik est loin de sa famille.

Leif et ses frères Thorsteinn et Thorvald, ainsi que leur demi-sœur Freydis, sont remis au soin d’un ami ou d’un esclave d’Erik, Tyrker. Quand Erik revient pour annoncer sa découverte du Groenland et embarquer de nombreux colons ainsi que sa famille en 985-986, il se retrouve tellement absorbé par ses nouvelles responsabilités de chef de la colonie que Tyrker continue de s’occuper de Leif et des autres, au point que Leif le considère comme son père adoptif.

Il finit donc de grandir au Groenland, et vers l’an 1000, il part parfaire son apprentissage viking à la cour du roi de Norvège Olaf Tryggvason. Arrivé à la cour d’Olaf, il devient probablement huskarl de celui-ci : c’est à dire garde du corps, ou en tout cas membre de son entourage. Sauf qu’Olaf étant chrétien, Leif finit par se convertir, puis reçoit même carrément pour mission de retourner au Groenland avec un prêtre histoire d’y introduire le christianisme.

Leif revient donc au Groenland, mais durant le voyage, son navire est déporté à l’Ouest de celui-ci : il aperçoit alors au loin une terre où poussent naturellement le blé et la vigne. Il y récupère deux naufragés vikings, sans trop s’attarder, et retourne au Groenland afin de christianiser le pays. Ce qui évidemment ne plaît pas beaucoup à Erik, qui y voit une contestation de son autorité, mais qui pourtant laisse faire – en même temps, il s’occupe déjà peu de ses gosses, alors si en plus il leur interdit de s’amuser comme ils veulent, il est pas sorti de l’auberge…

Ainsi, Leif, et sa mère, chrétienne également, font beaucoup pour la christianisation de l’île, et ça reste l’un des crédits majeurs que l’on doit au fils d’Erik. Même si ce n’est pas ça qui nous intéresse aujourd’hui. Un jour, en effet, Erik et son fils écoutent le récit d’un certain Bjarni Herjolfsson.

Une terre de vigne ?

En 986, débarquant comme à son habitude en Islande pour rendre visite à ses proches, Bjarni apprend qu’ils sont partis pour le Groenland avec Erik. Il décide donc de les suivre, mais se perd au large de la côte Ouest du Groenland, d’où il aperçoit plus loin à l’Ouest des terres qui semblent riches, fertiles et vertes, et sans pour autant chercher à y foutre les pieds, il réussit finalement à rejoindre le Groenland.

Personne sur le coup n’a fait très attention à son récit, trop occupés qu’ils étaient à fonder les colonies du Groenland, mais désormais, l’histoire intéresse le confortablement installé Erik et surtout son fils Leif le Chanceux, qui semble avoir vu la même terre occidentale.

"On est encore loin ?"
« On est encore loin ? »

Erik se dit donc que c’est l’occasion de rattraper le temps perdu et propose à Leif d’aller passer un vrai moment père-fils comme ils l’ont jamais fait : partir visiter ensemble ces nouvelles terres. Leif est tout content, rachète le navire de Bjarni Herjolfsson, réunit 35 marins, et fait son petit paquetage en pensant partir enfin avec son père… sauf que celui-ci se casse la gueule de cheval, et voyant ça comme un mauvais présage, refuse désormais de partir. Rappelez-vous, conseil de viking, quand vous vous croutez à cheval, faut pas faire de bateau. C’est tonton Erik qui le dit.

Leif part donc sur son navire avec ses 35 marins, et met cap vers le Nord Ouest. Il découvre ainsi en premier lieu une île aux grands rochers plats, qu’il appelle donc Helluland, le Pays des Rochers Plats, qui peut correspondre à l’île de Baffin.

Sauf que bon, les cailloux, c’est bien, mais ça se mange pas et ça facilite pas l’agriculture ! Il continue donc son exploration vers le Sud, cette fois, et tombe sur ce qui est peut-être le Labrador, couvert de grands arbres et de plages de sable blanc. C’est mieux, mais c’est pas encore idéal, donc Leif l’appelle Markland, le Pays de la Forêt, et se taille encore plus au Sud.

Représentation du XIXe siècle de Leif apercevant les terres d'Amérique du Nord.
Représentation du XIXe siècle de Leif apercevant les terres d’Amérique du Nord.

C’est ainsi qu’il découvre une troisième terre, belle, bien verte, avec de grands arbres mais aussi de la vigne et de grandes prairies : elle devient aussitôt, avec l’imagination terre à terre des Vikings qui appellent un chat un chat, Vinland, ce qui signifie soit Pays de la Vigne soit Pays de la Plaine. Lui et ses hommes décident donc de s’y implanter, y construisant un ensemble de baraquements appelé Leifsbudir, traduction, les Maisons de Leif. Ils y passent l’hiver, la moitié du groupe devant entretenir le camp et trouver à bouffer, le saumon y étant abondant, l’autre devant explorer, Leif dirigeant alternativement les deux groupes. Il devient ainsi le premier européen, près de cinq siècles avant Christophe Colomb, à s’implanter solidement sur le sol du continent américain.

L’hiver se passe bien, la nourriture et la vigne étant abondantes. D’ailleurs c’est Tyrker, le papa adoptif, qui est venu puisqu’il est pas tombé de cheval, qui trouve des zones où elles regorgent. Le printemps arrive, et ils décident ainsi d’embarquer le plus de vignes et de bois possible afin de rentrer au Groenland pour y faire part de leur découverte.

Le voyage se passe sans encombre, puisque Leif la chance ouvre la voie, sauvant même en route un équipage de naufragés islandais de la noyade. Malheureusement pour lui, un grand pouvoir implique de grandes responsabilités.

Quand son père Erik meurt suite à une épidémie, entre 1003 et 1010, donc peu après son retour du Vinland, c’est à lui, l’aîné, de prendre la tête de la colonie. Ce qui signifie ne plus trop avoir le temps de reprendre la mer, malheureusement.

Son frère Thorvald continua un peu son œuvre, s’aventurant sur les côtes nord-américaines avant de mourir a priori face aux Amérindiens Algonquins, mais Leif, lui, ne les vit jamais plus, trop occupé qu’il était à administrer les colonies, à répandre le christianisme – et à régler les problèmes familiaux car sa demi-sœur Freydis était retombée dans les travers héréditaires de meurtres sanglants.

Il mourut ainsi, vers 1020-1025, son fils prenant à son tour la relève à la tête de la colonie. Le cycle de la vie viking… C’est beau !

Pour aller plus loin

  • Les Grandes Découvertes, Jean Favier
  • les Vikings, Régis Boyer
  • la vie quotidienne des Vikings, Boyer
  • https://en.wikipedia.org/wiki/Leif_Erikson
  • https://exploration.marinersmuseum.org/subject/leif-eriksson/

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