L’escadron Normandie-Niémen

Mes chers camarades, bien le bonjour !

Aujourd’hui, nous allons parler de batailles aériennes durant la Seconde Guerre mondiale. Et rien qu’à ces mots, vous devez déjà penser à la Bataille d’Angleterre, ou même aux affrontements entre Américains et Japonais dans le Pacifique. Et pourtant, c’est… de la Russie, que je vais vous parler.

Le front de l’est

Car si tout le monde a en tête la déferlante de chars et de fantassins russes sur le front de l’Est face aux troupes d’Hitler, l’aviation russe et ses batailles de l’époque sont beaucoup moins connues. Et pourtant, c’est dans les airs, au-dessus du front de l’Est, que va s’illustrer une escadrille encore célébrée aujourd’hui en Russie, et cette escadrille… est française !

Mais revenons le 22 juin 1941, lorsque Hitler déclenche l’opération Barbarossa et que les troupes allemandes envahissent l’URSS. L’ambassade de France sur place, qui représente le régime de Vichy, plie bagage. Il n’y a donc plus de représentants de la France en URSS.

L’occasion est trop belle pour le général de Gaulle qui doit alors se frotter les mains ! Car il peut combler ce vide en envoyant en URSS une nouvelle présence française, mais cette fois-ci, de la France Libre. De quoi renforcer ses relations avec l’URSS à l’heure où le chef de la France Libre a besoin de toute la reconnaissance internationale qu’il peut obtenir, tout en participant activement à la guerre à l’Est.

C’est donc en 1942 qu’arrive sur la base d’Ivanovo, non loin de Moscou, un groupe de 62 volontaires, dont 14 pilotes accompagnés de leurs mécaniciens et personnels administratifs. Ils sont issus de pilotes français intégrés dans la RAF, ou des forces françaises libres au Moyen Orient. Et ensemble, ils vont former une nouvelle unité qui répond au nom de “Normandie”.

Alors vous allez me dire “OK Ben, mais les gars qu’on envoie la bas, c’est forcément des communistes qui veulent soutenir le régime de Staline non ?”. Et bah non.

Un Yak-3 aux couleurs de l'escadrille "Normandie-Niémen" encore conservé aujourd'hui.
Un Yak-3 aux couleurs de l’escadrille « Normandie-Niémen » encore conservé aujourd’hui.

Ces pilotes sont de toutes origines, opinions et confessions. Ils ont cependant une chose en commun : ils se sont tous portés volontaires. Car sur le front de l’Est, les combats ne manquent pas, et les Russes fournissent même cette nouvelle unité avec leur propre matériel : des chasseurs Yak-3. Parmi les courageux français qui rejoignent le Normandie, plusieurs profils se distinguent déjà. Comme le commandant Jean Tulasne.

Puisque, officiellement… cet homme est mort ! Hey, vous vous attendiez pas à ça hein ? Moi non plus.

Photo de Jean Tulasne aux commandes de son avion.
Photo de Jean Tulasne aux commandes de son avion.

En effet, au moment de l’armistice, Jean et son escadrille étaient passés sous le commandement de Vichy. Et pour pouvoir rejoindre la France libre, il a simulé un accident avec son avion en mer si convaincant… que la France de Vichy lui fit même donner un requiem solennel en la cathédrale de Beyrouth ! Pourtant Jean est bien vivant et il en profite pour passer avec armes et bagages dans les forces françaises aériennes libres. Cette tête brûlée qui ne rêve que d’action va montrer l’exemple aux autres pilotes : en avril 1943, alors que l’unité s’élance dans les combats, il va effectuer jusqu’à trois sorties par jour.

Et s’il abat plusieurs avions ennemis durant son service, c’est lors de sa 97ème mission qu’il rencontre son destin et est abattu par les Allemands. Et là encore, on ignorera longtemps s’il est vraiment mort. Car un corps identifié comme le sien n’a été retrouvé qu’en 1963 pour être enterré à Moscou sous la mention “pilote français inconnu”.

L’escadrille brille tant et si bien aux côtés des Russes qu’apprenant que des diables français se battent aux côtés des Russes, le maréchal allemand Keitel ordonne que tout prisonnier français sur le front de l’Est soit déporté et exécuté.

Ce qui ne découragera pas des pilotes, dont certains vont même sérieusement s’illustrer, comme le capitaine Albert Littolff. Un As de la bataille de France – comprendre qu’il a déjà abattu au moins 5 avions ennemis – qui n’a jamais accepté l’armistice et se bat désormais à l’Est.

Ce n’est qu’après avoir abattu un total de 14 appareils ennemis qu’enfin, les Allemands parviendront à détruire son appareil alors qu’il défendait des aviateurs soviétiques. Là encore, on ne retrouvera le corps d’Albert Littolf qu’en… 1960. Et toujours aux commandes de l’épave de son avion. Il est alors rapatrié en France, et repose désormais à Marseille.

Des combats meurtriers

En novembre 1943, à force de combats, les pertes sont terribles : 20 pilotes français sont tombés. Les mécaniciens sont désormais tous soviétiques, et des pilotes français sont envoyés en renfort. Le temps de les former, le groupe est retiré du front, mais des pilotes refusent pour autant de se reposer : c’est le cas de Marcel Lefèvre, un As qui impressionne les nouveaux venus et s’assure de les former aux appareils soviétiques.

Pilotes français devant leur Yak, sur le territoire soviétique.
Pilotes français devant leur Yak, sur le territoire soviétique.

Au printemps 1944, c’est donc une escadrille Normandie forte de 61 pilotes qui retourne au combat. Marcel Lefèvre tombera devant les hommes qu’il a formés le 28 mai 1944, de retour de mission, alors qu’il pose son avion en flammes sur la piste de la base où est stationnée l’escadrille. Il mourra de ses blessures le 5 juin 1944, ignorant qu’au même moment, les alliés sont en route pour débarquer en Normandie et lancer la libération de la France.

Le 21 juillet 1944, Joseph Staline en personne félicite l’unité pour sa participation aux combats au-dessus du fleuve Niémen, et en plus des décorations remises aux pilotes, l’escadrille reçoit l’honneur de porter le nom officiel de “Normandie-Niémen”.

Il faut dire que Joseph Staline a une autre raison de féliciter ces aviateurs. Car au travers de celle-ci, il souligne que la France est la seule nation alliée à avoir envoyé des troupes se battre aux côtés des Russes !

D’autres actes vont d’ailleurs souder cette amitié, comme le sacrifice du lieutenant Maurice de Seynes, qui durant ce même mois de juillet 1944, alors que son avion est en feu et qu’on lui ordonne de sauter, refuse de le faire, car il a à bord son mécanicien soviétique, qui lui n’a pas de parachute puisqu’ils ne devaient effectuer qu’un court trajet. Tous deux trouvent la mort dans le crash de l’appareil, et Staline demandera à ce qu’ils soient enterrés côte à côte.

Toute l’URSS entendra ainsi parler de ce pilote d’une unité française qui a préféré mourir plutôt que d’abandonner un camarade russe.

Mais au-delà des sacrifices, ce sont les pertes infligées par le Normandie-Niémen à l’ennemi qui contribuent à faire de ce nom celui d’une unité aussi connue du côté allié que redoutée côté allemand. Un de leur fait d’arme les plus retentissants sera ainsi d’abattre pas moins de 41 avions allemands sur seulement deux jours en octobre 1944. Et ça, sans aucune perte ! Un sacré record !.

L’escadrille Normandie-Niémen sera la première unité française à stationner sur le sol allemand, et poursuivra les combats jusqu’à la fin de la guerre. Elle est alors devenue l’unité française la plus décorée de la Seconde Guerre mondiale.

Une célébrité encore existante

Au total, l’escadrille alignera un tableau de chasse spectaculaire : 273 victoires aériennes confirmées, sans compter les “probables”, comprendre par là les avions dont la destruction n’a pu être pleinement confirmée. Mais cela, au prix de la vie de 42 pilotes tombés pour la France.

Alberr Littolff, un des membres de l'escadrille Normandie-Niémen qui a reçu le titre de Compagnon de la Libération.
Alberr Littolff, un des membres de l’escadrille Normandie-Niémen qui a reçu le titre de Compagnon de la Libération.

Staline, pour remercier les pilotes, les autorise à conserver leurs avions, et à rentrer en France à bord de ces appareils. Le 20 juin 1945, le groupe de chasse Normandie-Niémen rentre donc enfin en France, et c’est devant une foule immense que ses Yaks vont se poser au Bourget.

21 membres du Normandie seront fait Compagnons de la Libération, et une vitrine leur est dédiée au musée de l’Ordre de la Libération. Vous pouvez par ailleurs toujours voir l’un de ces célèbres Yak revenus d’Union Soviétique au Musée de l’Air et de l’Espace du Bourget.

L’unité existe par ailleurs toujours aujourd’hui, et est l’un des symboles de l’amitié franco-russe. C’est pour cette raison qu’en 2012, lors des funérailles de Roland de la Poype, l’un des premiers pilotes du groupe de chasse ayant survécu à la guerre, en plus des honneurs rendus par l’armée, la Russie enverra sur place les Chœurs de l’Armée Rouge lui rendre un dernier hommage.

Comme symbole, on fait difficilement mieux !

Merci à tous d’avoir suivi cet épisode sur le Normandie-Niémen, merci à l’ordre de la libération pour ce partenariat qui nous permet de découvrir des événements peu connus. N’hésitez pas à aller faire un tour à leur musée qui se trouve aux invalides à Paris, ça vaut le coup ! Je vous mets plus d’infos en description. On se retrouve très bientôt sur la chaîne pour une nouvelle vidéo de Nota Bene. Salut !

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