La mythologie chinoise

Mes chers camarades bien le bonjour !

Ça fait très longtemps que je n’avais pas sorti un épisode synthèse de mythologie et pour cause, c’est énormément de boulot ! Pour ce nouvel épisode dédié aux mythes des anciens, nous allons faire un tour du côté de la Chine et de son histoire ultra riche ! Comme dirait l’autre, pavé césar, la vidéo risque d’être assez touffue pour que l’on puisse y trouver toutes les infos que l’on veut. Afin de vous aider à vous y retrouver, je vous mets en description de la vidéo une table des matières avec les timecodes des différentes parties. Comme ça si vous cherchez un truc spécifique, pas besoin de vous retaper toute la vidéo la prochaine fois que vous la regarder. Sympa non ? On va donc revenir ensemble sur les influences qui ont permis l’émergence de cette mythologie, on fera un “petit” point sur les textes importants pour la comprendre, puis nous reviendrons sur la cosmogonie chinoise, c’est à dire la construction de l’univers, sur les dieux principaux, les mythes fondateurs mais aussi sur la perception des chinois vis à vis de la mort et de sa construction dans ses croyances ! Un gros boulot en perspective ! Et pour ça, j’ai été aidé par Alexander Westra, un doctorant en archéologie chinoise de l’université du Henan, une des plus vieilles universités publiques de Chine. Mais avant de commencer à détricoter toute ces informations, faisons un petit point sur la mythologie chinoise en tant que telle. C’est parti !

Les influences de la mythologie chinoise

La culture chinoise est millénaire et remonte jusqu’à 5000 ans. Ses croyances émanent d’un chamanisme antique, de cultes des ancêtres, du Taoïsme, de traités confucéens, d’influences bouddhistes ainsi que d’une immensité de croyances locales qui varient selon les régions et selon les époques.

Du coup, un résumé de la mythologie chinoise n’est pas simple à faire en quelques dizaines de minutes, c’est le moins qu’on puisse dire… On assume donc ici que malgré les apparences, ce résumé sera assez bref vu la complexité du sujet !

Exemple de textes courts de récits mythologiques, ici gravé sur pierre.
Exemple de textes courts de récits mythologiques, ici gravé sur pierre.

Par rapport à d’autres mythologies que nous avons abordés, les textes transmis qui nous permettent d’avoir une vision globale de la mythologie chinoise n’adoptent pas souvent une structure narrative comme on peut en trouver chez le poète Hésiode pour la mythologie grecque, chez Snorri Sturlusson pour les recueils nordiques, ou dans les traditions judéo-chrétiennes. La mythologie Chinoise, elle nous parvient plus souvent sous la forme d’annales et de commentaires ne dépassant pas les quelques lignes. Les textes sont des descriptions épisodiques de personnages mythiques qui, au fur et à mesure du temps et avec l’élargissement du territoire, s’accumulent dans des recueils. En plus de ça, la mythologie chinoise est grandement influencée par le Bouddhisme depuis le 6ème siècle ainsi que par le Taoïsme. Les mythes ont évolué au cours du temps : les divers personnages de la mythologie, les croyances locales, les traditions, les philosophies, et les symbolismes existent donc logiquement en plusieurs versions.

Les Chinois prêtent moins attention aux questions sur la création et la fin du monde que dans d’autres mythologies. Il s’intéressent plutôt à la notion d’une Nature dans laquelle évoluent les humains et les dieux et à laquelle ils doivent obéissance . En un sens pour les Chinois, rien n’existe en dehors de la Nature, du Surnaturel et de la métaphysique, qui n’est pas un concept aussi fortement évoqué que dans la métaphysique grecque ou judéo-chrétienne.

Mais ça ne veut pas dire pour autant qu’il n’y a pas de dieux, de mythe de la création du monde, etc… on va le voir !

Les textes de référence

Pour réaliser cette vidéo, je me suis concentré sur les récits mythiques les plus célèbres du monde chinois. Une grande partie des mythes les plus connus et populaires encore de nos jours proviennent du Shanhaijing (山海经). Le Shanhaijing, qu’on traduit littéralement par ‘Livre des monts et des mers’ ou ‘Classique des montagnes et des mers’, est un recueil de données géographiques et de légendes Chinoises.

Mais il n’y a pas que ça ! ça serait trop facile !

Il est important de préciser que la tradition Chinoise n’est pas monolithique comme celle des Judéo-chrétiens où l’on raconte une histoire bien définie comme celle de la création transmise dans la Genèse. Cette mythologie chinoise vient en fait de plusieurs conceptions cosmogoniques qui n’ont cessé d’évoluer dans le temps.

Il y a 3 traditions majeures concernant l’ancienne mythologie chinoise.

  1. Les mythes transmis dans “Questions au Ciel” ou “Tiānwèn – 天问” datant du 4ème siècle av. notre ère.
  2. Les mythes du Houai-nan tseu (Huáinánzi – 淮南子) qui décrivent la création de l’univers et des humains à partir d’une vapeur informe (2ème siècle av. notre ère).
  3. Les mythes des 3 Augustes et des 5 Empereurs datant du 3ème siècle de notre ère, dans lequel il est décrit que la Terre et le Ciel se séparèrent, et les origines des premiers-nés êtres humains semi-divins.

Les mythes cosmogoniques chinois sont principalement composés et codifiés entre le 4ème siècle av. notre ère. et le 3ème siècle après notre ère. Les Chinois écrivent et discutent donc les thèmes cosmogoniques assez tardivement comparé aux Babyloniens, Égyptiens, et Grecs. Vers la fin de cette période, on trouve déjà la composition de plusieurs mythes de création. Le plus connu étant le mythe de Pangu, malgré son apparition tardive.

Avant de passer à la création de l’univers, voici un petit résumé des différents textes de références de cette mythologie chinoise !

Les Questions au Ciel

Certainement les plus anciens des textes (4ème s. av.J.-C.) sur la mythologie chinoise, il prend la forme d’un simple ouvrage de questions-réponses. Le texte fut collecté dans la compilation Chansons de Chu. L’auteur n’est pas mentionné, mais en général on croit que ce fut un membre de l’état Chu sous la dynastie Zhou (c.1046-256 av. J.-C).

Il témoigne alors que la force, ou l’élément, primaire est la vapeur qui apparut à partir de rien. Cette force créatrice était composée de binaires s’opposant, comme le Yin et le Yang et autres. Ces interactions commencent ensuite à donner forme au monde. Le Ciel est alors soutenu par 8 piliers sur Terre, le soleil, la lune, et les étoiles se déplacent de manière ordonnée. Les chiffres ont une importance spéciale dans ce monde, par exemple le 8 symbolise l’harmonie et le 2 l’interaction entre le Yin et le Yang.

Le Huainanzi

Le Huainanzi (Houai-nan tseu –  淮南子) est un recueil de différents traités philosophiques compilés sous le patronage de Liu An, Prince de Huainan de 179 à 122 av. J.C. Il comprend 54 chapitres contenant beaucoup d’informations sur les arts magiques.  Seulement 21 parchemins nous parviennent expliquant les cosmos du point de vue des Écoles de Yin et Yang et du Confucianisme mais le livre est très marqué par des idées Taoïstes. C’est une compilation de plusieurs auteurs. Le concept principal du recueil est sur le Tao « La Voie » de l’univers.

Le Huainanzi évoque beaucoup de contenu mythologique bien que son but ne soit  pas la rédaction de ceux-ci. Il contient des sources sur les croyances folkloriques antiques, comme les récits célèbres de Nüwa, HouYi, Chang’e, et Yu le Grand.

Les 3 Augustes et 5 Empereurs

Il y a plusieurs versions de ce récit. Le Shiben ou Livre des Origines ou le Livres des Générations (世本), est l’encyclopédie chinoise la plus ancienne qui enregistra la généalogie mythique des 3 Augustes et 5 Empereurs expliquant l’origine de leurs noms de clan, leurs exploits et leurs inventions. Ce livre date du 2ème siècle av. J.-C, à l’époque de la dynastie des Han. C’est donc un recueil des histoires dynastiques de l’antiquité centré sur la région de l’état de Jin (晉).

Le I-ting

Le Yijing (I Ching) (Yi-King) I-ting en français (易經), est aussi connu sous le nom de: “Classique des Changements” ou “Traité canonique des mutations” ou “livre des transformations”. Ce texte date de l’époque de la dynastie des Zhou (1027-256 av. J.-C.), c’est pour cela qu’il est aussi connu sous le nom de Zhou Yi (周易), soit “changements de Zhou”.

Considéré comme le texte chinois le plus ancien, le Yi Jing est un traité cosmogonique qui a eu une influence considérable dans la pensée et religion chinoise jusqu’à aujourd’hui.  Ce texte a grandement influencé les confucéens, les néo-confucéens, et est ancré dans la tradition Taoïste.

Le Shanhaijing 山海经: Le Classique des Monts et des Mers

Il y a plusieurs versions datant du 5ème siècle avant J.-C au 2ème de notre ère.  Il contient 39 textes répartis en 18 fascicules, pour un total de 31 000 caractères.  C’est la source principale des légendes de la Chine ancienne et il comprend les histoires très connues de Nüwa, Yi, et Chang’e que l’on verra plus tard. L’empereur mythique Yu ou son ministre Bo Yi sont les auteurs légendaires de ce recueil. Le livre se divise en 4 parties dans lesquelles décrits la nature et les caractères des montagnes, des plantes, des animaux et des minerais. Ainsi que des traités sur l’histoire, la géographie, la médecine, les rivières et les mers.  La deuxième partie discute les pays étrangers et leurs habitants, et contient beaucoup de récits mythiques (4-2 siècle av. J.-C.). Les deux autres parties sont l’addition d’une compilation de commentaires ultérieurs.

Le texte est une source très importante pour l’étude de la mythologie chinoise et ses origines.

Il est donc important de noter que le livre n’est pas un récit, car le texte contient surtout des descriptions détaillées de lieux. Chaque chapitre répète une formule   décrivant la médecine, les animaux, et la géologie de plusieurs lieux. Parfois certains mythes sont évoqués, mais les auteurs ne s’y attardent pas, ne leurs consacrant que quelques lignes à chaque fois. Par exemple, le fameux récit de Yu le Grand qui contrôla le déluge n’a droit qu’à quelques lignes à l’avant-dernier paragraphe du dernier livre.

Cosmogonie : la création de l’univers

Les mythes chinois étiologiques, c’est-à-dire qui expliquent l’origine de l’univers, décrivent comment le monde fut ordonné à partir du chaos. Par le passé, les occidentaux pensaient que les Chinois étaient un cas à part et qu’il n’y avait pas de mythes de création en Chine. Il s’avère en fait que les mythes cosmogoniques chinois suivent la même formule que les mythes de création que l’on peut trouver dans beaucoup d’autres endroits du monde. C’est à dire que les Chinois ne décrivent pas une création ex nihilo, qui surgit du néant, mais un cosmos qui s’est créé à partir d’une matière déjà existante. Ce chaos primordial à l’origine de tout, au début du temps et de l’espace, sans forme, s’appelle le Tao. Et ce qui est assez étonnant dans cette cosmogonie, c’est qu’on y parle pas d’un créateur personnifié, d’une volonté divine ou d’une intelligence qui aurait chapeauté cette création du monde. Simplement d’un élément unique, une sorte d’élément primordial qui aurait existé avant ce qu’on va appeler le « début” : une vapeur primaire qui incarne l’énergie cosmique qui elle-même gouverne le temps, la matière, et l’espace. Cette énergie se transforme ensuite, lors de la création de binaires opposés d’éléments.

Alors là en principe je vous ai perdu. Mais les binaires opposés d’éléments c’est en fait très simple, c’est par exemple le masculin et le féminin, le Yin et le Yang, le dur et le mou, etc.

Tout ça se crée pendant un long processus durant lequel le qi pénètre toutes les choses. Le qi, c’est une sorte d’énergie qui relie tous les êtres vivants et tout ce qui compose l’univers. Pour le résumer de la plus simple des manières, dites vous que le qi, c’est ce qui a inspiré la force dans Star Wars, comme ça l’image est carrément plus claire !

Le Mythe de Pangu

Dans tout ce chaos, le ying et le yang, qui sont plus des concepts que des forces ou des énergies, c’est difficile à visualiser, se concentrent pour former un œuf cosmique au sein duquel se terre la première divinité connue que l’on peut lier à la mythologie chinoise : Pangu.

Et attention, je dis qu’il est lié à la mythologie chinoise mais c’est pas exclusif, loin de là et d’ailleurs certains l’excluent même de la mythologie chinoise. Bref, Pangu, c’est le créateur du monde.

Il est représenté comme un nain portant une peau d’ours tenant parfois le soleil et la lune en main, ou un marteau et burin. Endormi pendant 18.000 ans, un jour il s’éveille, se lève et s’étire, tout ça, dans l’œuf cosmique qui éclot alors. La coquille de l’œuf se brise, le Yin (les éléments lourds) tombe et créé la Terre. Le Yang (les éléments légers) monte et crée le Ciel.

Selon la cosmologie chinoise, la Terre est ainsi carrée et le Ciel au-dessus, qui lui est rond, est un dôme soutenu par 4 ou 8 piliers ou montagnes selon les versions. Et c’est une représentation du monde qui va s’installer durablement dans la société chinoise, preuve en est, le Temple de la Terre et le temple du Ciel à Pékin, qui évoquent cette vision à travers l’architecture.

Au début, l’espace qui séparait le Ciel et la Terre était minime. Mais chaque jour il s’allongeait d’un zhang supplémentaire. Un zhang, c’est une unité de mesure en astronomie chinoise qui vaut à peu près… on sait pas en fait ! Après 18000 ans, l’espace entre le ciel et la terre devient plus vaste et Pangu grandit en proportion, chaque jour, si bien qu’il devient lui aussi immense.

Par la suite, Pangu, le créateur et souverain primordial du Centre, est percé dans les 7 orifices du corps par le Souverain de la Mer du Nord et le Souverain de la Mer du Sud. Oui, le corps à 10 ou 11 orifices en principe chez un humain standard. Du coup je vous laisse choisir ce que vous voulez percer, vous avez le droit à 7 !

Au bout de 7 jours, Pangu meurt. Son corps se transforme alors. De ses yeux remplis de larmes naquirent les fleuves, de son souffle vint le vent, de sa voix vint le tonnerre, de “la vermine qui dormait en lui, réveillée par les vents, prirent forme les humains”, et ainsi de suite pour tout le reste.

Le mythe est généralement considéré comme un ajout tardif dans la tradition chinoise, parce qu’il n’est pas mentionné les textes antérieurs. On peut le considérer comme un mythe potentiellement plus ancien qui raconte que le monde fut en fait créé par un cadavre, voir même d’un meurtre.  On peut y voir aussi un symbolisme Taoïste sur la nature, et des notions de cycles de régénérations et de pourrissement, à travers la mort inévitable de toute chose.

Le Tian

Un des concepts le plus anciens de la pensée chinoise est le Ciel (Tiān (天)). Et si c’est un concept essentiel, le Tian/Ciel n’est néanmoins pas un Dieu mais une force cosmique. Les confucéens maintenaient l’importance du Ciel et l’importance des rites que doit respecter l’Empereur pour faire hommage au Ciel, tout cela pour ne pas perdre son Mandat Céleste.

Oui, parce que l’Empereur, il tient sa légitimité du ciel.

On offrait des sacrifices au Tian en tant qu’être céleste le plus haut et Seigneur de toutes les autres divinités ou esprits car c’était une force qui contrôlait le monde, la société et l’état. La vie, la mort, la prospérité ou l’infortune étaient tous soumis à la volonté du Tian.

Parmi les humains, le Fils du Ciel (Tianzi) avait la relation la plus intime avec le Tian qui lui instaurait le Mandat Céleste (le Tianming) pour gouverner. Dans le Tianwen (Questions au Ciel), un poème ancien sous forme de question au Ciel, le Ciel est considéré comme l’ultime être auquel nous posons des questions sur la nature de l’homme et de l’univers, même si celui-ci n’y répond pas. C’est pour cette raison  que Confucius doutait de l’influence du Ciel sur la vie quotidienne. Au point même où les Confucéens exprimaient aussi des doutes sur l’importance du Ciel dans les affaires mythiques, même si eux-mêmes continuaient à utiliser la notion de Mandat Céleste pour légitimer l’empereur.

Ce qu’il faut retenir sur cette notion de Ciel, c’est en tout cas qu’elle est très importante et au dessus de tout même s’il va y avoir des variations de son importance au cours de l’Histoire dans la mythologie et les croyances chinoises.

Quelques Dieux ‘principaux’

Faisons maintenant un “petit” point sur les dieux chinois avant d’aborder le mythe de la création des hommes… parce que c’est pas de la tarte !

Le panthéon chinois est confus et immense. Le nombre incalculable de divinités et leurs variations locales rend difficile le simple fait de décider lesquels sont les ‘principaux’. Alors que le confucianisme a eu une influence indiscutable sur les croyances chinoises, leur philosophie ne met pas en avant les êtres surnaturels. Il y a pas de dieux quoi… Alors que dans le Taoïsme et le Bouddhisme, nous trouvons des dieux qui sont souvent associés à des phénomènes naturels, ainsi qu’un grand nombre de personnages historiques déifiés.

Au cours de l’Histoire, les empereurs de Chine ne prêtent pas souvent attentions aux multiples croyances locales même si parfois ils font du Bouddhisme et du Taoïsme une religion ‘nationale’. Ils font surtout en sorte de bien rendre hommage au Ciel, c’est toujours important on l’a vu et à l’Empereur Suprême, l’Empereur de Jade, qui règne sur tous les autres dieux.

Pour des raisons de simplicité et de clarté, je vous préviens tout de suite, je vais exclure le Roi Singe que vous connaissez peut-être et qu’on abordera éventuellement un jour dans une autre émission mais aussi les personnages du texte classique « Pérégrination vers l’Ouest » et ceux de la tradition bouddhiste. Et si vous pensez qu’avec ça je me suis considérablement simplifié la tâche, et bah même pas…

Shangdi (Shàngdì) – L’empereur Suprême.

Durant la dynastie des Zhou (1046-256 av. J.-C), Shangdi, un dieu tribal des peuples Shang et Zhou est associé au Ciel / Tian. Sa vénération est institutionnalisée et les Confucéens lui dédient un rite dans les textes. Au cours du temps, l’Empereur Suprême/Shangdi et le Ciel/Tian fusionnèrent en une seule et même chose.

Si on devait placer une divinité par dessus les autres, on pourrait donc y mettre Shangdi, l’empereur suprême, alias l’Empereur de Jade. C’est en gros, comme je l’ai dit tout à l’heure, le dieu qui dirige tous les autres dieux. Mais il est tellement haut dans la hiérarchie céleste qu’en fait les humains n’ont pas vraiment de rapport avec lui. Le type gère ses fonctionnaires, les autres dieux, qui interagissent avec eux mais…c’est tout. Si bien qu’on ne trouve pas tellement de représentation de l’Empereur Céleste chez les humains qui s’en foutent un peu puisqu’il est totalement inatteignable et qu’il ne s’occupe pas d’eux mais des autres dieux et de l’univers. Si on devait lui donner un titre que j’aime bien, ça serait celui du chef de la Bureaucratie Céleste. Un concept intéressant hein! Et je dis pas ça parce qu’en France on aime la bureaucratie…pas du tout…

GongGong (共工 Gònggōng)

Un des dieux les plus anciens est sans aucun doute Gonggong, un dieu lié à l’eau souvent représenté avec le corps d’un serpent et la tête en cuivre d’un humain. Il est connu pour son pouvoir destructeur et c’est souvent à lui que l’on attribue les catastrophes cosmiques.

Dans un conflit cosmique d’ailleurs, Gonggong s’est battu avec Zhurong, le dieu du feu, revendiquant le trône céleste. Dans sa rage, il fracassa sa tête sur le Mont Buzhou et l’un des 8 piliers soutenant le Ciel se brisa, causant ainsi l’obliquité de la terre et les grandes dévastations naturelles qui tueront tous les humains. D’autres dieux tenteront de réparer ses âneries on le verra plus tard mais la terre restera oblique pour toujours.

Précisons quand même que selon une autre version des mythes, Gonggong, est au contraire un héros qui apprivoisa les crues, parfois classé parmi l’un des 3 Augustes mythiques c’est à dire un des premiers dieux à régner sur les hommes.

Hou Yi 后羿

Hou Yi est l’archer légendaire chinois aussi connu sous le nom de Shen Yi ou simplement Yi, le Seigneur Archer ou le dieu de l’archerie. Sa femme est Chang’e, la déesse lunaire. Il descend du Ciel pour venir en aide aux humains.

Dans la mythologie chinoise, il y avait 10 soleils pour les 10 jours de la semaine, selon le calendrier Chinois. Ces soleils étaient les enfants de Di Jun (Dieu des ciels de l’est) et de Xihe déesse du soleil et l’une des deux femmes de Di Jun. Elle était la mère des dix soleils, appelés les dix ‘corbeaux d’or, et elle habitait, sous la forme d’un corbeau à trois pattes, dans un Mûrier, le Fusang, un arbre de vie au-delà mer de l’Orientale. Pour maintenir l’ordre sur Terre, Xihe (prononcé à peu près Si-Heu) conduisait chaque matin sur son chariot un seul de ses fils jusqu’au bord du ciel pour que la terre se réchauffe et qu’elle soit illuminée. Elle le ramenait à la fin de la journée. Un jour, les 10 soleils se rebellèrent contre leur mère, et décidèrent de tous aller au bord du ciel ensemble. Leur joie de pouvoir briller tous ensemble était telle qu’ils refusèrent de redescendre. Mais leur chaleur combinée fit faner les récoltes, assécha les sols, et fit fondre des rochers. On dit que l’on pouvait faire frire un œuf sur sa main. À cause de cette sécheresse, les forêts et les rivières commencèrent à s’assécher, les monstres et bestioles fuirent la forêt et affamés, ils tuèrent et mangèrent des hommes. Le peuple supplia l’empereur Yao de faire quelque chose. Il ordonna à neuf  soleils de retourner au mûrier, ceux-ci refusèrent.

Hou Yi, l’archer, fut alors chargé par le mythique empereur Yao de remettre les choses en ordre. Hou Yi essaya en premier lieu de raisonner avec les soleils mais il échoua. Il fit alors semblant de leur tirer dessus avec son arc pour les intimider. Les soleils ne prêtant pas attention aux avertissements de Hou Yi, celui-ci se mit à les abattre un par un en leur tirant dessus avec son arc. Chaque soleil tomba alors du ciel est se transforma en corbeau a trois pattes. Lorsqu’il ne resta plus qu’un soleil, le roi Yao ainsi que la mère du soleil demandèrent à Hou Yi que le dernier soleil soit épargné pour la prospérité de l’humanité.

Hou Yi, c’est un peu le Hercule de la mythologie chinoise si vous voulez et d’ailleurs, il a abattu beaucoup d’autres bestioles légendaires qui causaient des problèmes pour les humains.

Hou Yi fut récompensé avec la pilule d’immortalité des dieux, mais quand un voleur essaya de voler la pilule, sa femme Chang’e avala cette dernière avant lui et flotta vers la lune.

Une autre version, aujourd’hui célébrée lors de la fête de mi-automne en Chine, raconte que Hou Yi, après avoir abattu les 9 soleils, devint le héros du peuple mais aussi un roi cruel. Il obtient la pilule d’immortalité, mais sa femme, craignant la tyrannie éternelle de son mari sur les humains, avala la pilule et trouva refuge sur la lune. Et c’est son sacrifice qui est célébré aujourd’hui en chine le 15ème jour du 8ème mois du calendrier lunaire.  Les Chinois mangent des gâteaux de lune (des mooncakes) et s’offrent des cadeaux entre famille et amis.

Xi Wangmu – Reine Mère de l’Ouest (西王母 Xī Wángmǔ)

Probablement issu d’un culte de la Mère Déesse du peuple de la dynastie Shang (1600 – 1046 av. J.-C.), Xi Wangmu est adoptée par les Taoïste comme la déesse féminine de l’immortalité. Elle réside en haut du mont Kunlun, d’où elle veille sur le Céleste Verger de pêchers. Ces pêches murissent tous les 6000 ans et donneraient l’immortalité à quiconque en mangerait.

Entre les pêches et les pilules, ils font une petite fixette sur l’immortalité on dirait…

Shennong (神農)

Enfin on peut citer un autre dieu important, Shennong, le ‘Fermier Divin’, le ‘Paysan Divin’, ou le Dieu de l’Agriculture. Shennong est un dieu de la mythologie chinoise vénéré comme un souverain sage. Comme l’un des 3 Souverains, il enseigna l’agriculture et l’herboristerie aux hommes. On lui attribue entre autres l’invention de la houe, de la charrue, de la hache, des puits et de l’irrigation pour l’agriculture.

On l’aime bien à la ferme quoi !

Les ministres

Dans l’époque plus tardive de la composition de la mythologie Chinoise, les dieux sont présentés comme responsables de différents phénomènes naturels. Il y en a eu des milliers, et ils sont aussi organisés comme une véritable bureaucratie des Dieux reflétant la société et le gouvernement chinois de l’époque. La Chine ayant été gouvernée par une bureaucratie large et complexe, il est naturel que les gens pensent que les dieux et l’univers soit aussi organisé de cette façon. Donc, les eaux, la foudre et le feu appartiennent tous à des départements avec encore plus de sous-divisions. Les ministères divins sont par exemple celui des tonnerres et tempêtes, de la médecine (Tian Yiyuan), des eaux (Shui Fu), du feu (Huo Bu), des épidémies (Wen Bu), du temps (Tai Sui), des finances (Cai Shen), etc.

Un paquet de monde géré par le fameux empereur de jade qu’on a croisé tout à l’heure.

La naissance des hommes

On a donc vu la création de l’univers, du monde, du ciel et de la terre, les dieux principaux, il nous manque un élément indispensable pour que tout ça devienne intéressant pour nous : les humains !

On a évoqué le fait que les entrailles de Pangu aurait pu être à l’origine des hommes, malheureusement pour eux, ils ne vont pas faire long feu ! On l’a évoqué tout à l’heure, le dieu Gonggong aurait été responsable d’un immense cataclysme, d’un déluge, qui aurait non seulement perturbé l’équilibre de l’univers, du ciel et de la terre, mais qui aurait aussi exterminé tous les humains… ou presque !

Encore une fois, il y a plein de versions différentes de ces mythes, ce que je vous raconte là, c’est un mythe en particulier.

Puisque survivent à ce déluge deux divinités : Fu Xi et Nü Wa !

Fu Xi et Nü Wa

Fu Xi (parfois aussi Mi Xi ou Pao Xi) est le premier des Trois Augustes et Cinq empereurs de la mythologie Chinoise. En gros ce sont des divinités qui sont censées avoir été les premières à diriger l’empire mais leur existence relève surtout de la mythologie et pas de l’Histoire. Bref, Fu Xi est aussi connu sous le nom de Xi Huang (L’auguste berger), ou Tai Hao (la Grande Brillance). Il est le frère de la célèbre divinité Nü Wa.

Ils sont souvent représentés avec un corps humain et des queues des dragon/serpents, chacun tenant en main des instruments d’architectes – notamment des compas et des règles. Et pour cause, ils sont considérés comme les ‘parents’ de l’humanité.

La légende veut donc que Fuxi et sa sœur Nüwa soit les seuls survivants du Grand Déluge ou de la Grande Crue qui anéantit l’humanité. Des suites de ce déluge causé par GongGong, Nüwa pris 5 pierres de couleurs dans la rivière et les fondit pour réparer les fissures au Ciel que Gonggong avait causé en se fracassant la tête sur l’un de ses piliers – le mont Buzhou. Dans une autre version, elle crée un barrage à partir de roseaux et répare les 4 coins de la Terre grâce à des pattes qu’elle a coupée à une tortue.

Nü Wa créa ensuite les humains en utilisant de la boue ou de la terre jaune comme le ferait un potier. Les premiers humains furent des créatures jaunes qui devinrent des aristocrates et des chefs. Mais, comme elle n’avait pas la force de finir son projet à la main, à l’aide d’une corde elle projeta de la boue par terre et créa à partir de cela les hommes ordinaires.

Dans d’autres versions, elle et son frère Fuxi, en tant que deux seuls survivants du déluge vécurent ensemble sur les montagnes de Kunlun et se marièrent entre eux. Ils demandèrent au Ciel si tout cela était bien correct vu leur lien de parenté et ce dernier leur offrit un signe leur disant qu’ils pouvaient se marier entre eux suite à quoi ils fricotèrent dans les règles pour créer les humains.

Ce qui ne les empêcha pas d’éprouver une certaine honte de cette union.

Cersei, Jamy…si vous nous regardez… vous n’êtes pas seul !

Le monde des morts

Afin de clôturer cet épisode très résumé et incomplet sur la mythologie chinoise, je vous propose d’aborder ma partie préférée, celle du monde des morts : le diyu. Et accrochez vous parce qu’il y a quelques détails bien hardcore.

Tout d’abord, il faut bien comprendre que comme le reste de la mythologie chinoise, le concept des Enfers n’est pas uniforme à travers les âges, et change depuis l’âge de Bronze en passant par la période “Classique”, et les influences bouddhistes et taoïstes. Du coup, on a quelques variations en fonction des versions que l’on choisit. Mais dans tous les cas, vous allez voir qu’il ne s’agit pas des enfers que les chrétiens pourraient imaginer.

Les enfers, le diyu, sont un miroir du monde des vivants. Il y a une capitale, Youdu, avec des murs, des palais, des palais de justice, et diverses maisons pour les fantômes des morts.  C’est l’endroit où toutes les âmes vont afin d’être jugées puisque les âmes des morts sont tenues pour responsables des actions accomplies de leur vivant, avant qu’ils ne soient réincarnés sur terre. Des registres officiels permettent aux juges de décider les punitions des défunts.

Les vivants prennent soin des âmes des morts en brûlant de l’argent en papier aux funérailles et ensuite à plusieurs reprises lors de dates bien précises pendant l’année. Cet argent fait en sorte que l’âme du mort puisse avoir un au-delà plus agréable dans la capitale des morts.

Dis comme ça, ça à l’air plutôt chouette ! Mais… c’est pas vraiment le cas !

La capitale des enfers est perçue comme une cité normale mais envahie par les ténèbres. C’est là que se situe le gouvernement des enfers, dirigé par le Roi Yanluo, qu’on appelle aussi Yan Wang, depuis son palais. Il a une apparence terrifiante, aux yeux globuleux, la peau rouge et une longue barbe noire, il porte des robes traditionnelles chinoises et un chapeau de juge portant l’inscription ‘Roi’. Il détient un livre contenant toutes les actions de toutes les âmes et c’est lui qui décide si un défunt se réincarnera sur terre ou quittera le cycle des réincarnations.

Pour l’aider dans sa tâche, Yanluo a une dizaine de fonctionnaire à son service, répartis sur les 10 niveaux labyrinthiques qui constituent la ville. Ces niveaux, des cours de justice, sont chacunes gouvernées par un juge qui attribue les différentes punitions et différentes façons d’expier ses pêchés aux âmes des défunts. Des jugements qui sont ensuite appliqués par de nombreux démons, dédiés à cette tâche.

Les enfers sont en fait un lieu de tortures, de souffrances, et de cruauté dirigée par une bureaucratie intraitable et méchante. Et rien que le nom des enfers est significatif là dessus car Diyu signifie “la prison sous terre” mais se traduit également par “Terre Sombre”.

Les âmes n’ont aucun moyen d’échapper aux enfers, tout le monde doit y aller.

Concrètement après la mort, les âmes vertueuses sont envoyées vivre au Ciel pendant un certain temps avant de retourner sur terre en tant qu’humains ou de quitter le cycle de réincarnation. Les âmes coupables sont elles interrogées par Yan Wang et on leur demande si elles ont considéré les conséquences spirituelles de leurs actions. Après avoir admis qu’elles ne l’ont pas fait, les pêcheurs sont condamnés à errer sans but à travers les dédales de l’Enfer avant d’arriver à leurs très nombreuses punitions.

Cependant, tout n’est pas noir et il y a une bonne nouvelle : les âmes n’y sont pas condamnées pour l’éternité, seulement pour une période relativement longue, la longueur de sa punition variant selon la gravité des crimes commis durant le vivant du défunt.

Mais pour certains, c’est pas la panacée !

Les hypocrites sont condamnés à cuire à petit feu, à la vapeur, dans de grands pots en métal. Les pyromanes sont liés et attachés à des piliers de cuivre rougeoyant et incandescents. Les assassins qui ont poignardé quelqu’un à mort sont condamnés à gravir éternellement des montagnes de couteaux tranchants comme des rasoirs. Le niveau le plus cruel et le plus bas des enfers est réservé à ceux qui ont commis les crimes les plus odieux, appelés les cinq infractions graves. Elles incluent : le matricide, le parricide, le meurtre d’un être illuminé, le sang versé d’un Bouddha ou la création d’un schisme au sein de la Communauté bouddhiste. Ces pécheurs sont traités personnellement par Yan Wang et sont condamnés à devenir des animaux ou des insectes inférieurs dans leur nouvelle  vie.

Ce qui est assez étonnant dans tout ça, c’est que le roi des enfers, Yan Wang lui-même, n’est pas à l’abri des punitions de l’enfer. C’est une âme vouée à vivre à Diyu comme tout le monde. Quand il ne porte pas de jugement, Yan Wang est attaché à une surface métallique brûlante tandis qu’un flux de métal fondu est versé dans sa gorge trois fois par jour, ceci étant la raison pour laquelle sa peau est si rouge.

Malgré le fait qu’il soit terrifiant, Yan Wang n’est donc pas une divinité maléfique. En fait, dans certaines versions du mythe de Yan Wang, il est rétrogradé au statut de cinquième roi de l’enfer parce qu’il était trop indulgent. Dans certaines interprétations, Yan Wang est en fait considéré comme un titre, pas comme une personne singulière. Une fois qu’un roi de l’enfer purge sa peine en enfer, il est capable de se réincarner à nouveau sur Terre ou de quitter le cycle de réincarnation définitivement. Dans certains textes, les mortels sont même récompensés par le poste de roi des enfers après avoir commis des actes honorables.

Mais perso, je suis pas sûr d’avoir envie de commettre des actes honorables si c’est pour me faire verser du métal en fusion dans la gorge trois fois par jour…

Conclusion

Et voilà les amis ! C’est la fin de ce petit challenge de synthétisation ! Je vous invite à aller faire un tour dans la catégorie mythologie du site où vous pourrez retrouver les synthèses de la mythologie nordique, grecque, égyptienne, aztèque ainsi que de nombreux mythes et légendes de ces différentes cultures. J’aimerai remercier de nouveau Alexander Westra avec qui j’ai préparé ce texte, c’est toujours bon d’avoir quelqu’un qui est précis à ses côtés quand on aborde ce genre de sujets !

En savoir plus : 

  • Le Blanc, C., Cheng, A., Mathieu, R., Pham, N., Robinet, I., Roy, R., & Zheng, C. (2018). Mythe et philosophie à l’aube de la Chine impériale : Études sur le Huainan zi. Montréal: Presses de l’Université de Montréal.
  • Mathieu, R. (1983). Étude sur la mythologie et l’ethnologie de la Chine ancienne. 2, Index du Shanhai jing. Paris.
  • Mathieu, R. (1983). Etude sur la mythologie et l’ethnologie de la Chine ancienne. Paris: De Boccard.
  • Mathieu, R. (1983). Shanhai jing: traduction annotée. Paris.
  • Mathieu, R. (1989). Anthologie des mythes et légendes de la Chine ancienne. Paris: Gallimard.
  • Mathieu, R., & LeBlanc, C. (2007). Approches critiques de la mythologie chinoise. Montréal: Presses de l’Université de Montréal.
  • Philastre, P.-L.-F., & Zhang, S. (2009). Yi King. Changsha: Ed. Yuelu.
  • Pimpaneau, J. (1999). Chine: Mythes et dieux de la religion populaire. Arles: P. Picquier.
  • Zheng, C. (1989). Mythes et croyances du monde chinois primitif. Paris: Ed. Payot.
  • Plein de textes sont disponibles ici : https://www.chineancienne.fr/les-titres/

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