L’épidémie de peste de 1347

Mes chers camarade bien le bonjour !

Vous êtes sans doute nombreux à avoir été choqué lorsque Thanos tue 50% de l’humanité en un claquement de doigt. Et bah aujourd’hui, on va parler d’un maladie qui pourrait très bien personnifier Thanos : la peste ! Enfin… on est d’accord, c’est pas over instantané, c’est même hyper long… un peu comme si Thanos avait fusionné avec le paresseux de Zootopia…Bref !

De quoi parle-t’on ?

Si je vous dis peste, ça doit très certainement vous évoquer tout de suite la mort, la maladie, des épidémies et des symptômes assez peu agréables sur lesquels on reviendra. Autrement dit tout un tas de choses qui ne font pas franchement envie.

Et dans l’histoire on recense des dizaines et des dizaines de ces épidémies qualifiées de peste : depuis l’Antiquité et même encore jusqu’à ces dernières années dans certaines régions du monde. Pour autant la bactérie à l’origine de cette maladie particulièrement virulente et meurtrière n’a été isolée qu’à la fin du XIXème siècle, période de grands progrès de la médecine, par un médecin franco-suisse du nom d’Alexandre Yersin, lui-même élève de Louis Pasteur et envoyé en Chine lors d’une épidémie de peste. Il a donc laissé son nom à la bactérie qui a plus tard été baptisée Yersinia Pestis.

Il n'est pas mignon ce petit bacille ?
Il n’est pas mignon ce petit bacille ?

Étant donné qu’on ne connaît cette bactérie que depuis le XIXème siècle, nous ne sommes pas sûrs que toutes les épidémies qualifiées de peste à des époques antérieures aient bien été causées par celle-ci, le terme de peste a aussi pu servir par exemple pour désigner des épidémies meurtrières qu’on ne comprenait pas non plus à l’époque, comme des épidémies de choléra par exemple.

Mais s’il y a bien une épidémie de peste dont nous savons qu’elle est due à cette bactérie et qui a véritablement été à la fois la plus meurtrière et la plus étendue géographiquement, il faut bien sûr parler de cette peste noire qui a touché l’Europe au XIVème siècle, et en particulier l’épidémie qui se déroule entre 1347 et 1352.

La propagation de la peste noire dans la société médiévale européenne

Symptômes et mode de transmission

Avant de nous intéresser de plus près à cette épidémie du milieu du XIVème siècle, revenons un peu plus en détail sur cette maladie qu’est la peste et sa propagation. Vous le savez certainement la peste est une maladie qui nous vient des rongeurs et des petits mammifères qui sont les premiers à être touchés par la maladie. Alors ce sont évidemment en premier lieu les rats qui sont touchés par la maladie mais on peut aussi la retrouver chez les écureuils ou les marmottes par exemple.

On a donc pu dire que la peste se transmettait du rat à l’homme par les morsures de celui-ci. En réalité ce n’est pas comme ça que la maladie se propage. La transmission de la peste d’un rongeur vers un autre, ou vers l’homme, se fait en réalité par l’intermédiaire des puces. Les puces se nourrissant de sang et elles peuvent être contaminées en piquant un rongeur infecté.

Par la suite, en changeant d’hôte, par exemple vers un autre rat ou un homme, elles lui transmettent également la maladie en le piquant à son tour. Ce mode de transmission par la piqûre d’une puce est le plus fréquent. Il donne alors lieu à ce qu’on appelle la peste bubonique.

Représentation médiévale des bubons caractéristiques de la peste sous sa forme bubonique.
Représentation médiévale des bubons caractéristiques de la peste sous sa forme bubonique.

Un à quatre jours après la transmission la maladie se manifeste brutalement : le malade se sent très faible, il est vite atteint par une forte fièvre, des convulsions, des maux de tête, des diarrhées, mais aussi des vomissements. Un bubon qui est un gonflement caractéristique des ganglions, souvent présent dans les représentations de la maladie, apparaît aussi, il peut parfois y en avoir plusieurs. Cette forme bubonique de la peste est très mortelle, 40 à 70 % des malades n’y survivent pas sans un traitement moderne. Quant à ceux qui y survivent, il leur faut ensuite un long rétablissement.

La peste bubonique se transmet rarement d’un être humain à un autre, comme on l’a vu ce sont les puces qui ont le rôle le plus important. Mais cela peut arriver si la maladie atteint les poumons du malade.

Dans ce cas il peut également transmettre la maladie en toussant ou lors d’un crachat par exemple. On parle alors de peste pulmonaire si une autre personne est infectée. Mais cette forme de la maladie est encore plus violente.

Les premiers symptômes qu’on a déjà décrit (fièvre, maux de tête) peuvent intervenir quelques heures à peine après l’infection. Pire, cette peste mène très vite le malade vers le coma et une mort rapide en seulement quelques jours dans 100 % des cas sans un traitement moderne.

Il existe enfin une dernière forme de transmission de la peste, par le contact direct des bactéries de la peste avec le sang, par exemple par l’intermédiaire de petites plaies. On parle alors de peste septicémique et l’évolution de la maladie est là aussi très brutale et mène également rapidement à la mort du malade.

Alors il faut évidemment savoir que ces trois formes de la peste existent, elles sont chacune liées à un mode de transmission particulier, mais celle qui est la plus répandue est bien évidemment la peste bubonique. C’est donc celle qui nous intéresse le plus dans le cas de ces grands épisodes de peste comme celui du milieu du XIVème siècle siècle.

L’origine de la pandémie de 1347 et sa propagation

Passons donc aux choses sérieuses avec cette boucherie qu’est la peste noire de 1347 !

Cette année là, la maladie qui traverse l’Europe tue entre un tiers et la moitié de sa population de l’époque. C’est cette pandémie qui est qualifiée de « peste noire » en raison de son ampleur et de sa violence.

On peut trouver ses origines en Asie Centrale dans les années 1330, certainement dans l’actuel Kazakhstan. Dans les années 1340 elle se répand en direction du Sud, mais aussi vers le Nord et l’Ouest, en suivant le cours de la Volga. En 1347 elle atteint la Crimée et notamment la ville de Caffa qui est un comptoir de marchands italiens. Et à partir de là, plus rien ne peut l’arrêter pour dévaster le continent européen.

Propagation de la peste noire.
Propagation de la peste noire.

La maladie se répand très rapidement grâce aux navires marchands : elle atteint Constantinople puis l’Afrique du Nord et toute l’Europe de 1347 à 1352, même si certaines régions restent relativement épargnées comme l’Ouest de la Belgique ou le Sud de la Pologne.

Des recherches récentes amènent même à penser que cette pandémie de peste noire aurait pu s’étendre encore plus loin. Elle aurait pu, depuis l’Afrique du Nord, traverser le Sahara grâce aux caravanes marchandes et toucher les populations subsahariennes, ce qui correspondrait à de récentes découvertes archéologiques avec notamment l’abandon de nombreux sites peuplés en Afrique subsaharienne à cette époque.

Mais la peste ne disparaît pas d’Europe d’un seul coup en 1352. De nombreuses épidémies plus régionales continuent de toucher les différents pays européens jusqu’à la fin du XIVème siècle et même pendant les suivants. Par exemple la France est particulièrement touchée par quatre épidémies de peste au XVIIème siècle, 300 ans pourtant après la pandémie de 1347.

La société médiévale face à la peste noire

Pour en revenir à 1347, il faut bien comprendre que pour les Européens de l’époque, les raisons de la pandémie ne sont pas claires et il faut trouver une explication à l’apparition de cette maladie. Et pour ça on ne cherche pas à s’en remettre à la médecine mais à la religion.

Les lépreux étaient également mis à l'écart, et la peste ne va pas arranger leur cas.
Les lépreux étaient également mis à l’écart, et la peste ne va pas arranger leur cas.

Pour les Chrétiens, mais aussi pour les Musulmans, la peste est avant tout une expression de la colère divine. Suivant ce raisonnement il faut apaiser le mécontentement de Dieu, notamment par la prière mais aussi des processions et des appels aux Saints. En plus de ça, puisque la peste est considérée comme une punition divine, les pestiférés sont mis à l’écart et isolés, de la même façon que les lépreux. Et oui, puisqu’ils sont punis par Dieu, ils sont aussi mis à l’écart de la communauté des croyants. D’ailleurs les lépreux sont aussi accusés d’être à l’origine de la peste et pour cette raison, ils font l’objet de persécutions.

Plusieurs pogroms iront jusqu'à condamner des Juifs au bûcher.
Plusieurs pogroms iront jusqu’à condamner des Juifs au bûcher.

Tout comme les Juifs à la même époque, qualifiés de « semeurs de peste » et faisant l’objet de pogroms, c’est-à-dire des massacres et des pillages. Le premier pogrom lié à la peste noire aurait eu lieu en 1348 à Toulon, mais ils sont nombreux dans les années suivantes et ont lieu notamment à Strasbourg, Barcelone ou encore Bruxelles. Rien qu’à Strasbourg pas moins de 900 Juifs, la moitié que compte la ville, sont brûlés, accusés par la population de propager la peste…

Et pour le coup de tels événements se sont reproduits en de nombreux lieux et cela malgré le fait que les autorités, religieuses notamment comme le Pape Clément VI, rejettent publiquement ces accusations envers les Juifs. Bref, on se méfie de l’étranger, de l’autre et de façon plus générale de simples voyageurs, des médecins voire même des prêtres peuvent être accusés de répandre la peste tout au long de cette période.

Soigner la peste noire ?

Alors vous allez me dire : mais attends Ben, ils ont rien tenté de plus… ”pragmatique” pour sauver les gens ? Bah si, et justement on va y revenir aussi ! Évidemment les médecins médiévaux mettent en place leurs traitements habituels sur les malades de la peste : ils pratiquent la saignée, font transpirer les malades, quelquefois ils entaillent même le bubon, et tout cela sans aucun résultat. En fait les médecins ne comprennent pas la maladie et ignorent encore plus comment la soigner.

Donc en plus de proposer des traitements inefficaces ils font preuve d’une certaine imagination et vont jusqu’à donner des conseils d’alimentation à leurs patients comme consommer des bouillons, des poudres digestives ou encore des préparations pharmaceutiques, qui sont évidemment tous sans effet et à alterner avec des lavements tout aussi peu utiles pour freiner le développement de la maladie bien sûr.

Au XIVème siècle il y a donc une société médiévale qui voit la peste avant tout comme une punition divine et les médecins de l’époque ne lui donnent pas tellement tort puisqu’ils sont incapables de la soigner et d’apporter des solutions dans le traitement de la maladie.

Et non, ce n'est pas un costume médiéval !
Et non, ce n’est pas un costume médiéval !

Pour finir sur ces médecins de l’époque de la peste noire, vous connaissez très certainement ce costume caractéristique à bec d’oiseau du médecin de peste, qui est d’ailleurs le logo de la chaîne. Alors je préfère vous prendre de court : à l’époque de cette pandémie, au milieu du XIVème siècle, les médecins qui s’occupent des pestiférés ne portent pas encore ce costume censé les protéger de toute contamination. En fait ce costume a surtout été porté au XVIIème siècle donc bien plus tard, au cours des nombreuses épidémies de peste qui ont traversé l’Europe de l’époque moderne.

Isoler et éloigner les malades

Alors évidemment bien plus que de soigner les pestiférés, ce que les médecins ne savent de toute évidence pas faire à cette époque, on les met à l’écart, comme je l’ai déjà évoqué. A la fois bien sûr car ils visés par ce qui apparaît comme une punition divine, mais aussi tout simplement par crainte de la contagion. Et au final, c’est peut être pas bête de les mettre en quarantaine

Au départ les malades de la peste sont tout simplement assignés à domicile, ils n’ont plus le droit de sortir de chez eux. Mais ce n’est pas très efficace, ne serait-ce que parce que les malades vivent rarement seuls et donc cela n’empêche pas la propagation de la maladie.

Des hôpitaux de peste sont donc créés. Ils peuvent être soit créés de toutes pièces, soit en utilisant d’anciennes structures, qu’il s’agisse d’hôpitaux déjà existants ou de léproseries, lieux où on isolait déjà les lépreux. Par exemple à Toulouse l’actuel hôpital de La Grave, qui existe depuis le XIIème siècle, a accueilli de nombreux malades de la peste au Moyen-Âge et a même été agrandi dans ce but à l’époque moderne.

Au fil des épidémies se constituent donc de véritables lieux destinés à concentrer et isoler les malades du reste de la population pour éviter la contagion. Dans les villes ces mesures sont le plus souvent à l’initiative des autorités municipales qui tiennent à tenir les pestiférés le plus éloigné possible du reste de la population. Mais il y a parfois des méthodes d’éloignement des malades encore plus brutales.

A la toute fin du XIVème siècle et au début du XVème siècle, on a par exemple les cas des villes de Troyes et de Nancy qui décident tout simplement d’expulser les malades et leurs familles hors de la ville. Alors ce sont deux exemples un peu plus tardifs que la peste de 1347, mais c’est une méthode qui a dû déjà être utilisée auparavant et qui montre bien que tout était fait pour se protéger de la peste, quitte à laisser des gens livrés à eux-mêmes.

De la même façon, quelques décennies après cette première épidémie de 1347, les villes, et en particulier les ports de la Méditerranée, vont mettre en place des zones de quarantaine que l’on appelle des lazarets. Ces zones permettent de faire subir aux équipages des navires et à leurs cargaisons venues de régions infectées un temps de quarantaine qui évite la propagation de la maladie dans les villes portuaires. Ce système apparaît dans la ville de Raguse et s’étend rapidement à d’autres villes portuaires comme Marseille par exemple.

Mais malgré toutes ces mesures qui freinent la propagation de la peste celle-ci n’en frappe pas moins violemment l’Europe et surtout dans cette première épidémie de 1347 où les pertes humaines sont très importantes.

Le bilan de l’épidémie et ses répercussions

Alors la peste noire, quel bilan ? Positif ou négatif ? Pour ou contre ? En redevenant un peu plus sérieux, il est quand même intéressant de nous intéresser à ses répercussions dans plusieurs domaines.

L’impact sur la démographie européenne

Dans un premier temps il faut bien évidemment revenir sur la forte mortalité liée à cette maladie et les conséquences qu’elle a eu sur la démographie européenne.

Avant 1347, et même dès le XIIème siècle, les historiens estiment que la population européenne atteint une sorte de « maximum » ou de plafond qu’elle conserve jusqu’à l’épidémie de peste noire : les villes se sont beaucoup développées et les campagnes sont relativement pleines, à tel point que les productions agricoles avec les techniques de l’époque suffisent à peine à maintenir ces populations.

Pour cette période du XIVème siècle il y a un vrai manque de chiffres généraux mais les historiens estiment que cette seule épidémie de 1347 à 1352 a tué entre 30 et 50 % de la population européenne. C’est absolument énorme !

Alors ces estimations elles correspondent surtout aux chiffres disponibles pour certaines villes, même si on observe quand même des disparités.

En France de nombreuses villes comme Albi ou Aix-en-Provence ont perdu tout simplement la moitié de leur population entre le début des années 1340 et la fin des années 1350. En Allemagne Hambourg perd les deux tiers de sa population et Brême les trois quarts sur la même période. Cette mortalité est donc énorme et ça veut dire que sur la population de départ on se retrouve à la fin de l’épidémie parfois avec seulement une personne sur deux ou sur quatre dans les cas les plus extrêmes. Or comme je vous l’ai dis, c’est loin d’être fini en 1352 puisque d’autres épidémies de pestes plus localisées vont prendre le relais jusqu’à la fin du XIVème siècle, avec des taux de mortalité similaires.

Ça vous laisse une idée d’à quel point la population européenne a été diminuée par cette maladie.

Il faut ensuite tout le XVème siècle pour que les populations européennes se remettent lentement de ces nombreuses épidémies du XIVème siècle et ce n’est vraiment qu’au XVIème siècle que l’Europe connaît une nouvelle période de prospérité importante.

 Un contexte général de crise économique antérieur

Vous vous en doutez, cette diminution très importante de la population a eu une influence sur toute l’économie médiévale. En parallèle de la baisse de la population il y a évidemment une baisse générale de toutes les productions. Par exemple dans les campagnes, la mort d’une partie importante de la population paysanne abouti bien sûr à une baisse des productions agricoles, de la même façon que la mort de très nombreux artisans dans les villes raréfie leurs productions.

Pourtant l’Europe occidentale connaissait déjà une crise économique profonde, au moins depuis le début du XIVème siècle avec une baisse générale des productions et pas seulement des productions agricoles. La peste vient bien sûr s’ajouter à ces difficultés déjà antérieures en déréglant encore plus les échanges économiques, mais elle ne vient pas elle-même mettre fin à une période qui serait prospère. Elle survient dans un contexte déjà difficile.

Pour certains historiens la peste noire a même pu être une partie de la solution de la crise de l’agriculture dans des campagnes qui étaient très peuplées et où les terres manquaient avant l’épidémie, causant donc la pauvreté d’une partie non négligeable de la population et des famines récurrentes.

Au contraire, une fois l’épidémie passée de nombreuses terres sont libres et peuvent être exploités par les survivants qui se dispersent au lieu de rester en trop grand nombre sur une même terre familiale.

Mais dans le même temps la peste noire pose aussi des problèmes sur le plan économique, en plus de la baisse des productions. Puisque les morts ne paient pas d’impôts, la disparition d’une partie importante de la population veut aussi dire qu’un grand nombre de contribuables disparaît. Et ce alors que la peste noire engendre des coûts supplémentaires pour les autorités qui doivent, comme on en a déjà parlé, s’occuper des pestiférés, créer des lieux pour les accueillir… mais aussi embaucher toute une main-d’œuvre capable de les soigner, notamment les médecins de peste, ou au contraire, de transporter les très nombreux corps et les enterrer.

Or tout cela a un coût très important.

Il y a donc une contradiction entre d’un côté ces coûts qui augmentent, et de l’autre le nombre de contribuables qui baisse et cela aboutit à des problèmes.

En effet au Moyen-Âge l’impôt n’est pas individuel, on ne reçoit pas comme aujourd’hui une feuille d’imposition précise par foyer. Sans entrer dans le détail, l’impôt fonctionne en fait par répartition : le montant est décidé à l’avance par les autorités, et ensuite il est réparti entre les différents foyers. Et comme le montant final de l’impôt est décidé à l’avance puis réparti on a des exemples à cette époque de communautés villageoises qui demandent une diminution car on leur demande toujours la même somme alors que la moitié de la population sinon plus a disparu. Ce qui veut dire que dans ce cas la pression fiscale augmente énormément et n’est plus tenable pour les survivants de la peste qui sont incapables de payer de telles sommes.

Une étape dans le passage du Moyen-Âge à l’époque moderne ?

Mais au-delà des seules répercussions sur la population et l’économie médiévales la peste noire a des conséquences bien plus profondes selon certains historiens. Pour eux la peste noire peut être vue comme un élément déclencheur dans le passage du Moyen-Âge à la Renaissance et à l’époque moderne.

Ils estiment que la peste noire met fin à la situation de blocage que connaît l’Occident médiéval au XIVème siècle, avec comme on l’a vu une crise économique qui était déjà là, mais aussi des institutions et une organisation sociale stables qui évoluent beaucoup dans les siècles suivants.

La diminution de la population permet donc une diversification de l’économie. A la production généralisée de céréales pour répondre aux besoins d’une importante population succède la multiplication des pâturages pour l’élevage mais aussi des forêts et de l’activité des scieries. Au final tout cela aboutit à un niveau de vie globalement plus élevé et notamment une alimentation plus équilibrée qu’auparavant.

Et cela touche même les populations les plus pauvres, ce qui est d’ailleurs à l’époque commenté par les chroniqueurs qui critiquent ce qu’ils voient comme un « goût du luxe » déplacé de la part des pauvres. Manquerait plus que les pauvres nous volent notre caviar tient !

Pour ces historiens la peste noire a aussi un rôle important dans le développement des techniques à la fin du Moyen-Âge.

La baisse de la population pousse à chercher de nouvelles méthodes pour diminuer le besoin de main-d’œuvre qui est devenue plus chère à employer car plus rare. A la campagne l’élevage est une solution car la surveillance du bétail nécessite bien moins de travailleurs que le labourage et les travaux des champs à surface égale. Dans les villes il s’agit d’obtenir des machines plus efficaces permettant d’augmenter la productivité dans les différents domaines de l’artisanat.

L’essor de l’imprimerie en Europe dans la seconde moitié du XVème siècle en est un bon exemple, la machine remplace alors le travail long et fastidieux des copistes qui recopiaient les livres à la main, chaque livre coûtait donc très cher. Avec l’imprimerie les choses sont beaucoup plus rapides, il faut beaucoup moins de main-d’œuvre pour produire autant et le coût des livres diminue en conséquence.

Au-delà des conséquences économiques, cette épidémie de 1347 et celles qui touchent épisodiquement l’Europe pendant les siècles suivants, ont aussi des conséquences culturelles. Certaines sont d’ailleurs immédiates : la mort d’une grande partie de la population empêche les rites mortuaires habituels d’avoir lieu de façon normale. En plus, dans la société médiévale chrétienne, être enterré dans les règles du culte est essentiel, puisque c’est la garantie de pouvoir être ressuscité le jour du jugement dernier. Or dans une société touchée par la peste de nombreux obstacles empêchent ce déroulement « normal » des funérailles : d’abord parce que certains religieux eux-mêmes fuient ou sont tués par la maladie, ce qui rend difficile pour eux de donner l’extrême-onction à tous les nombreux mourants. Mais en plus le nombre élevé de morts bouscule tous les rites et les enterrements sont le plus souvent expéditifs, lorsque les corps ne sont pas tout simplement inhumés dans des fosses communes. Cette seule question des rites mortuaires est très importante dans une société croyante et religieuse et le fait de ne plus les respecter déstabilise un des piliers de cette société médiévale occidentale.

A plus long terme, la maladie et la mort inspirent une peur qui s’ancre dans tous les esprits. A cette époque la production culturelle nous montre une évolution dans la façon dont les individus perçoivent la mort. La mort est vue comme une horreur, une créature dévorant les vivants et capable de frapper à tout moment. Cela développe donc une certaine obsession des croyants pour leur salut : le culte des saints se développe, surtout celui de ceux qu’on estime protecteurs contre la peste comme Saint Christophe ou Sainte Rose de Viterbe, mais c’est aussi à partir de là que les plus riches font tout leur possible pour acquérir des reliques, être enterrés au sein des églises ou encore obtenir le plus de messes en leur honneur après leur mort. Cette crainte pour son salut et ces nouvelles façons de réclamer aux religieux des messes ou des indulgences font débat, et ces débats sont aussi une des causes qui mènent les Chrétiens au schisme du protestantisme au XVIème siècle, mais c’est un autre sujet.

Conclusion

Pour résumer tout ce qu’on vient de dire, prenez votre carnet de notes, la peste noire de 1347 est donc bien un bouleversement pour la société de la fin du Moyen-Âge. Cette maladie très virulente se répand en Europe grâce aux flux de marchandises et d’abord au transport maritime et cela malgré les différentes tentatives des autorités de l’époque d’empêcher sa propagation.

Non seulement elle crée un véritable traumatisme en amputant l’Europe de entre un tiers et la moitié de sa population d’alors. Mais en plus elle bouscule les structures économiques et les comportements culturels des Européens. On peut donc dire qu’elle a un impact très important et contribue même en partie, selon certains historiens comme David Herlihy, au passage de l’époque médiévale à l’époque moderne en mettant fin à plusieurs siècles de reproduction du même schéma de société.

Et si vous pensez que c’est la seule fois où une très grosse partie de la population a disparu à cause d’une maladie, détrompez-vous ! Je vous invite très fortement à aller faire un tour sur la chaîne de Dirty Biology qui vient de sortir en même temps que moi une vidéo sur les maladies que l’on s’est refilé les uns les autres notamment à cause de nos relations un peu trop étroites avec certains animaux… et vous allez le voir, c’est pas joli tous les jours !

Et voilà les amis ! C’est la fin de cet épisode sur la grande peste de 1347, hésitez pas à le partager, pas besoins cracher vos tripes ou d’exploser vos bubons pour ça, juste un petit clic ça suffit ! Merci à Tony Livet avec qui j’ai préparé cette émission, il tient la chaîne “L’Histoire en 5 minutes” et ça vaut le coup d’aller y faire un petit tour, je vous mets le lien en description !

Quand à nous on se retrouve très bientôt sur la chaîne pour de nouvelles aventures au fin fond de l’Histoire, Tchao !

En savoir plus

Laisser un commentaire