La fantasy et l’Histoire

Mes chers camarades bien le bonjour !

Aujourd’hui on va parler d’un sujet qui me fait envie depuis trèèèèès longtemps parce que j’en suis un grand fan : la fantasy ! Avec ses nains, ses elfes, ses dragons, sa magie et ses grandes terres tantôt vertes et colorées tantôt dévastées et noires comme la mort… Et ça tombe bien j’ai été accompagné sur cet épisode par William Blanc, un expert du médiévalisme, c’est à dire de la représentation du Moyen Âge ! Allez, prenez une bonne chopine et un peu de lambas, installez vous sur votre rondin de bois, et ouvrez grand vos esgourdes !

Le rejet de la modernité

La fantasy est en train de devenir un des genres majeurs de la culture populaire mondiale. Un genre dont le succès s’explique sans doute en partie parce qu’il renvoie à des moments bien précis de notre histoire. Mais lesquels ?

Le vieux papy Tolkien, une référence dans l'établissement du genre.
Le vieux papy Tolkien, une référence dans l’établissement du genre.

En fait, s’il est bien une période associée à la fantasy, c’est le Moyen âge. Ce lien s’explique de plusieurs manières. Tout d’abord, nombre de grands auteurs du genre étaient en effet de fins connaisseurs des textes médiévaux, voire même des spécialistes reconnus dans les milieux universitaires. William Morris publie ainsi des traductions modernisées des épopées nordiques (notamment la Volsunga Saga et l’Edda poétique) avant d’écrire, à la fin des années 1880, des textes qui figurent parmi les premières œuvres de fantasy. De son côté, J.R.R. Tolkien, l’auteur du Hobbit puis du Seigneur des Anneaux, créé sa propre version du mythe arthurien dans les années 1930 (mais publié de manière posthume en 2013), puis il participe à l’édition moderne de Sire Gauvain et le Chevalier vert et traduit Beowulf, deux classiques de la littérature médiévale anglo-saxonne composés respectivement aux XIVe et Xe siècles. L’influence de Beowulf se ressent d’ailleurs nettement sur ses romans et certains de ses personnages évoquent même parfois ce texte, comme les cavaliers de Rohan qui semble parler une langue proche de celle de ce poème médiéval.

Pourtant, il ne faudrait pas penser que la fantasy proposerait une simple copie conforme du Moyen Âge. Elle fait surtout référence à une époque médiévale fantasmée, le médiévalisme, composé d’un ensemble d’images types ou de clichés comme le donjon, le chevalier, la sorcière, etc… qui sont parfois grossis pour faire plus spectaculaire.

Les châteaux de Game of Thrones, comme le gigantesque Donjon rouge de Port-Réal (notamment comme il est représenté dans la série), sont bien plus grands que ceux qui ont pu être construits au Moyen âge. Il s’agit ici de signifier, à nous les téléspectateurs, que nous nous trouvons dans un autre monde, dans un ailleurs, mais un ailleurs totalement familier, un ailleurs proche…

On est pas bien dans la Comté... pardon, dans la campagne européenne médiévale ?
On est pas bien dans la Comté… pardon, dans la campagne européenne médiévale ?

Ce phénomène s’explique surtout par le fait que l’époque féodale est perçue dès la fin du XVIIIe siècle comme l’opposé de la société moderne qui apparaît suite aux immenses bouleversements provoquées par la révolution industrielle. Les campagnes sont alors désertées aux profits des villes qui grandissent et accueillent en leur sein de gigantesques usines. Pour certains, ces changements sont bénéfiques. Mais pour d’autres qui doutent des bienfaits des transformations qu’opère la Révolution industrielle, le Moyen Âge devient un objet de fascination, une antithèse et un refuge. On écrit alors, notamment en Angleterre, pays qui, le premier, subit les effets de la Révolution industrielle, des romans consacrés au Moyen âge (Walter Scott avec par exemple son livre Ivanhoé en 1819), des œuvres d’art (les peintres préraphaélites anglais du XIXe siècle) et même des bâtiments qui prennent des aspects néo-gothiques (Big Ben et le nouveau palais de Westminster).

A cette époque de grand changement, on redécouvre donc, au sens scientifique, la période médiévale. Mais ça se traduit surtout par un usage artistique de ce Moyen Âge en réaction à l’actualité. Je vous explique !

Photo de WIlliam Morris.
Photo de WIlliam Morris.

William Morris, devenu militant socialiste, célèbre dans ses récits de fantasy comme La source au bout du monde (publié en 1896) des sociétés rurales vivant en harmonie avec la nature qui les entoure pour mieux critiquer la pollution et l’exploitation humaine provoquées par la grande industrie. De la même manière, Tolkien créé son univers de la terre du Milieu en revenant malade des tranchées. Après avoir vu les horreurs de la bataille de la Somme en 1916 où plusieurs centaines de milliers de soldats périrent, il imagine dans la nouvelle La Chute de Gondolin un monde médiéval féérique où les forces du mal, qui représentent l’industrie et la destruction de la nature, finissent par être vaincues après avoir manqué de triompher.

Une période, des inspirations

Mais on peut se poser une question légitime : de quel Moyen âge parle-t-on ? On le sait, cette période de mille ans, qui va pour, simplifier, de la chute de l’Empire romain d’Occident à l’arrivée de Christophe Colomb en Amérique, est très vaste et regroupe des sociétés parfois très différentes. Or, les auteurs de fantasy ont rapidement usé de cette diversité pour donner une consistance à leur univers.

Discussion posée et rationnelle autour de Crécy depuis le très civilisé XVe siècle. Ou pas.
Discussion posée et rationnelle autour de Crécy depuis le très civilisé XVe siècle.
Ou pas.

Le monde de Warcraft semble ainsi opposer deux Moyen Âge. Celui de l’Alliance, avec ses grandes cités de pierre peuplées de guerriers et de chevaliers en armure de plates évoque plutôt le XVe siècle, alors que les orcs de la Horde semblent eux venir d’une époque médiévale plus ancienne. Leurs habits faits souvent de fourrure et de peaux de bêtes, leurs tentes en forme de yourte, leur nom même renvoie aux Mongols et à la Horde d’or du XIIIe siècle ou aux Huns et aux Hongrois des Ve et IXe siècles. Pourquoi ? Pour signifier de manière simple que l’Alliance représenterait une société plus civilisée alors que celle des orcs serait elle plus barbare, donc plus violente.

Là encore, il ne s’agit pas d’évoquer la moindre réalité historique.

Le monde du XVe siècle et de la guerre de Cent Ans est tout aussi brutal que celui d’Attila. Le but ici consiste simplement à jouer sur l’image que nous avons de ces époques qui associe les sociétés barbares à la violence (mais également à une forme d’honneur) et les grandes villes de la fin du Moyen Âge à un temps plus apaisé et rationnel.

Mais la fantasy ne se contente pas de s’inspirer du Moyen Âge occidental. En fait, si on regarde bien nombre d’univers du genre à la loupe, on se rend compte que plusieurs époques semblent coexister dans la plupart d’entre eux.

Un petit air de Ziggurat dans Game of Thrones.
Un petit air de Ziggurat dans Game of Thrones.

Dans le MMORPG Dark Age of Camelot sorti en 2001, on joue ainsi au sein de trois royaumes : Albion, Hiernia et Midgard, qui évoquent respectivement le Moyen âge classique, l’époque des Celtes antiques et le monde des Vikings. Le phénomène n’a rien de nouveau. Dans l’univers de l’âge hyborien créé par Robert E. Howard dans les années 1930 et où évolue le personnage de Conan, on rencontre ainsi des peuples évoquant les Amérindiens (les Pictes), des Égyptiens antiques (Les Stygiens), des guerriers celtisants (les Cimmériens), des chevaliers médiévaux (les Aquiloniens) et des flibustiers qui semblent tout droit sortis d’un roman de cape et d’épée consacré au XVIIIe siècle. Même chose dans Game of Thrones où des cités antiques dominées par des pyramides à degrés évoquant des ziggourats (Meereen) se mêlent à des villes médiévales comme Port-Réal alors que les îles de Fer renvoient à la fois aux Vikings et aux pirates de l’Océan atlantique.

Et ce mélange, on peut l’expliquer de différentes manières.

Tout d’abord, la présence de pirates dans le monde de Conan s’explique par deux choses. Tout d’abord au fait que Robert E. Howard vit difficilement de sa plume dans l’Amérique frappée par la crise de 1929, mais aussi, qu’il touche à tous les genres populaires, y compris les nouvelles de cape et d’épée. Devant souvent écrire vite, il se contente parfois de recycler des histoires se déroulant dans un cadre historique en récits de fantasy en ajoutant quelques éléments fantastiques.

Et d’ailleurs, l’inverse est aussi vrai ! Ne pouvant vendre à un éditeur la nouvelle « Le maraudeur noir » située dans le monde de Conan, Howard la réécrit et la replace dans les Caraïbes au XVIIIe siècle sous le titre « Les épées de la fraternité rouge ». Après la mort de l’auteur, le récit original modifié est finalement publié sous un nouveau titre et son action, cette fois, se déroule dans le monde hyborien. Mais une autre explication est, à mon avis, plus importante.

Le steampunk, de la fantasy à vapeur

Exemple typique de technologie steampunk : une maison montée sur plateforme tournante, alimentée à la vapeur.
Exemple typique de technologie steampunk : une maison montée sur plateforme tournante, alimentée à la vapeur.

Le but de la fantasy, vous l’aurez compris, n’est pas de représenter l’histoire comme elle était, mais de nous emmener vers un ailleurs, vers un autre monde qui ne ressemble pas à notre société moderne. Dans cette optique, n’importe quelle civilisation pré-industrielle peut faire l’affaire, de la préhistoire au Japon des samouraïs en passant par le XVIIe siècle, notamment avec la série de roman Les lames du Cardinal de Pierre Pevel qui se déroule à la même époque que Les Trois Mousquetaires d’Alexandre Dumas, les dragons en plus. Le XIXe siècle est lui aussi devenu un décor possible pour la fantasy, comme dans la trilogie À la croisée des mondes de Philip Pullman. En effet, dans notre société contemporaine régit par les technologies dématérialisées de l’information, les machines à vapeur apparaissent désormais presque aussi étranges et dépaysantes qu’un drakkar viking.

Cette imagerie, on la doit beaucoup à courant que vous êtes nombreux à connaitre, le steampunk. Et le steampunk depuis une dizaine d’années, il est de plus en plus présent, notamment dans les conventions de fantasy on l’on croise parfois autant de gens s’habillant en costumes steampunk que de cosplayeurs de Legolas.

A l’est, du nouveau

Puisque l’on parle du mélange des périodes historiques dans la fantasy, une mention particulière doit être faite de l’Orient des contes anciens, comme celui des Mille et Une nuits. Depuis le XIXe siècle, l’Orient rêvé (l’orientalisme) partage en effet avec l’époque féodale la caractéristique d’être les deux ailleurs de l’Occident industrialisé, placé pour le premier sur un plan géographique et pour le second sur un plan historique. Nombre d’auteurs et d’artistes fascinés par le médiévalisme ont ainsi produit des œuvres orientalistes. Victor Hugo, par exemple, publie en 1829 Les Orientales, avant d’écrire deux ans plus tard Notre-Dame de Paris. Ce lien se retrouve également dans la fantasy du XXIe siècle. On trouve par exemple parmi les premiers grands films associés au genre des œuvres très librement inspirées des contes du Levant, comme Le Voleur de Bagdad (1924), mais aussi, plus récemment, le film Aladdin avec Will Smith produit par les studios Disney. Dans Game of Thrones, les scènes montrant la Garde de nuit, lointaine évocation des ordres militaires comme les Templiers ou les Teutoniques, suivent parfois celles dépeignant les maisons closes de Port-Réal baignées par le soleil ou les jardins orientaux de Dorne qui ont été tournées, ce n’est pas un hasard, dans l’Alcazar de Séville, palais construit dans un style oriental propre à l’Andalousie médiévale.

Enfin, l’imbrication des périodes historiques occupe une dernière fonction dans les univers de fantasy.

Dans Le Seigneur des Anneaux, les quatre hobbits dont nous suivons les aventures, Frodo, Sam, Merry et Pippin, quittent au début de la trilogie la Comté qui évoque la campagne qu’ont connue les paysans occidentaux du premier XIXe siècle. Ils s’enfoncent alors dans la Terre du Milieu où ils rencontrent des cavaliers de Rohan rappelant, nous l’avons dit, des Anglo-saxons du Xe siècle, des chevaliers de Gondor, mais aussi des Drúedain évoquant les aborigènes ou des hommes préhistoriques. Ici, le déplacement géographique des quatre héros équivaut à un voyage dans le temps. Celui-ci nous entraîne progressivement de ce qui nous semble être le plus familier (la Comté) au plus lointain, et ça, aussi bien dans l’espace que dans le temps.

Le genre en dehors de l’Occident

Alors tout ça, c’est bien beau, mais vous allez me dire que la fantasy ne se fait pas qu’en occident, et vous avez raison ! Il existe une production de fantasy dans nombre de pays extra-Occidentaux, comme le Japon, la Chine et l’Inde. Or, ceux-ci n’envisagent pas l’Histoire de la même manière qu’en Europe ou en Amérique du Nord. Les notions d’Antiquité et de Moyen âge ne renvoient pas à la même chose là-bas qu’ici. D’ailleurs, ils n’ont parfois même pas d’équivalents. Mais du coup, quelles sont les périodes qui inspirent ces univers de fantasy de l’autre bout du monde ?

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Représentation des 'Pérégrinations vers l'Ouest' et du roi Singe.
Représentation des ‘Pérégrinations vers l’Ouest’ et du roi Singe.

Les auteurs locaux s’appuient tout d’abord sur des grands textes épiques et légendaires qui sont devenus, dans ces régions du globe, des classiques, exactement comme Tolkien a pu être influencé par Beowulf. Le roi singe Sun Wukong, l’un des personnages principaux du récit composé au XVIe siècle La Pérégrination vers l’Ouest, sert ainsi d’inspiration à de nombreux films et dessins animés. Par exemple, celui du mangaka japonais Osamu Tezuka, Alakazan, le petit Hercule (1960), mais aussi Dragon Ball, où il apparaît sous le nom Son Goku. En Chine, on ne compte plus les longs-métrages et les séries télévisées mettant en scène le roi singe et ses exploits. En Inde, c’est plutôt le Mahabharata, un texte épique sacré de l’hindouisme composé entre le IVe siècle avant notre ère et le IVe siècle après notre ère, qui sert de base à la fantasy du sous-continent, notamment au cinéma où une première adaptation sort dès 1913. Ce récit a inspiré également une très grande franchise de fantasy qui rencontre un énorme succès en Inde, La Légende de Baahubali commencé en 2015, véritable Seigneur des Anneaux local qui a attiré dans les salles des dizaines de millions de spectateurs et qui se décline maintenant en romans et en série animée.

Et ce qui est drôle, c’est que la fantasy orientale imite parfois celle produite en Occident !

Les créateurs japonais ont ainsi été fortement inspirés par les premiers jeux de rôles, comme Donjons & Dragons, qui a influencé la série de manga et d’anime Les Chroniques de la guerre de Lodoss (1988) qui reprend à son compte une imagerie rappelant le Moyen Âge européens. Vous connaissez pratiquement tous le manga One Piece, qui s’inspire lui de la piraterie du XVIIIe siècle.

Passer à l’âge suivant… ou pas

Pour résumer, vous l’aurez compris, la fantasy, quel que soit son lieu de création, se déroule presque tout le temps dans une civilisation pré-industrielle. C’est d’ailleurs pour ça que les univers de fantasy ne connaissent presque jamais d’évolutions techniques. Si si, je vous jure !

Prenons par exemple le monde créé par J.R.R. Tolkien. Durant les Trois âges de la Terre du Milieu qu’il a décrit et qui cumulent près de 7000 ans, la technologie,et l’organisation sociale reste strictement la même. Même chose dans Game of Thrones où plus de huit mille ans passent entre la construction du mur et les événements de la série sans qu’il n’y ait d’évolution scientifique majeure. À titre de comparaison, les mille ans du Moyen âge voient se produire d’importants bouleversements techniques et sociaux : l’invention de la féodalité, la cartographie, l’imprimerie, la généralisation de l’usage du papier et des livres pour n’en citer que quelques-uns. Bref, vous l’aurez compris les mondes de fantasy peuvent faire référence à l’histoire, mais ne connaissent pas d’évolutions historiques. À part les rebondissements nécessaires aux récits des romans dont ils servent de décors, ils sont littéralement sans histoire et restent bloqués dans un âge pré-industriel, dans un ailleurs éternel. La remarque vaut aussi pour Star Wars, qualifié par son propre créateur, George Lucas, d’univers de fantasy. Ainsi, dans la version Legend, c’est à dire dans l’univers étendu de Star Wars tel qu’on pouvait le connaître avant 2014 et la nouvelle trilogie, vingt-cinq mille années séparent la fondation de la République et la bataille de Yavin, vingt-cinq millénaires durant lesquelles la technologie, pourtant censée être celle d’une civilisation futuriste, ne progresse quasiment pas. Elle n’est ici qu’un élément de décor qui peut-être aisément remplacée par un autre moins avancé. Les quadripodes impériaux qui détruisent, dans L’Empire contre-attaque, la base rebelle de la planète Hoth, sont les lointains cousins des oliphants utilisés par les alliés de Sauron lors de leur assaut contre Minas Tirith. On remarque aussi que l’organisation politico-sociale qui régit l’univers de Star Wars, la République où se mélange allègrement des éléments de démocratie parlementaire directement inspirée du système américain et ordre de chevalier sorti tout droit d’un moyen âge idéalisé, ne changement également pas.

Le cas de Star Wars montre pourtant que la fantasy peut aussi inclure sans problème des éléments de décors qui, de prime abord, ne sont pas associés à des civilisations pré-industrielles. Et la même remarque peut-être faite pour la fantasy urbaine, qui se déroule dans un univers contemporain rappelant le nôtre où des éléments de merveilleux existent.

Fantasy urbaine, un genre très poli

L’exemple le plus connu est sans doute donné dans le cycle d’Harry Potter. Je ne vais pas vous en parler longuement, car j’ai déjà consacré une vidéo à cet univers. Mais on note tout de même que les éléments de fantasy de ce monde imaginaire (celui des sorciers) se déroulent souvent dans des décors faisant penser au Moyen Âge. Poudlard évoque ainsi un immense château féodal alors que les sorciers et les sorcières sont associés dans nos représentations culturelles, à tort toutefois, aux temps médiévaux. Quand Harry part de chez les Dursley pour aller rejoindre ses amis à l’école des sorciers, il effectue en réalité, exactement comme les Hobbits de la Comté, un voyage dans le temps en quittant notre monde contemporain pour entrer dans une version imaginaire de l’époque féodale, voyage dans le temps représenté par la locomotive à vapeur qui l’y conduit et qui évoque justement une ère révolue qui fait écho à celle des roman de fantasy steampunk.

Dans Harry Potter, on retrouve un schéma classique dans la fantasy urbaine : le monde médiéval, ou plus largement pré-industriel, magique, existe en marge de la société technologique contemporaine.

Il est souvent caché au commun de mortel et est parfois en train de disparaître, menacé d’être détruit par la Modernité, comme dans le roman puis la série American Gods de Neil Gaiman où l’on voit les dieux anciens, notamment ceux de la mythologie nordique, affronter dans un conflit occulte les nouvelles divinités de la globalisation, des médias et de l’ère informatique. Parfois, l’image qui est donnée de ce monde magique pré-industriel permet de développer un propos politique. Dans le cycle Twilight, le clan des Volturi qui règne sur la société des vampires est très ancien, issu de la plus haute antiquité. Les habits de ses membres renvoient quant à eux au XVIIIe siècle européen et illustrent le fait qu’ils se comportent comme des monarques de l’Ancien régime. Les vampires nés en Amérique, comme le héros Edward Cullen et sa famille, et vêtu de manière moderne, eux, sont plus ouverts et sont de véritables révolutionnaires voulant bousculer la vieille aristocratie vampirique.

Ouais, Twilight c’est politique. Tu l’avais pas vu venir hein ?

Parfois, les récits de fantasy ne se déroule pas à notre époque, mais ont pour décor le futur de notre planète après une catastrophe globale.

La série littéraire Shannara commencée à la fin des années 1970 par l’écrivain Terry Brooks a ainsi pour cadre la Terre, des milliers d’années après notre époque qui, après qu’une guerre nucléaire l’ait dévastée, replonge dans un Moyen âge où ont réapparu la magie et des peuples merveilleux comme les elfes. Cette idée n’est pas nouvelle. Depuis la fin du XIXe siècle, il est courant de penser que l’effondrement de la civilisation industrielle provoquera le retour à l’époque médiévale. Si, dans des films de science-fiction comme La planète des singes, celui-ci renvoie à un renouveau de l’obscurantisme religieux, il est au contraire dans la fantasy symbole d’un rapprochement avec la nature, comme c’est le cas dans le dessin animé Les sorciers de la guerre de Ralph Bakshi sorti en 1977. L’histoire de ces univers de fantasy n’est plus alors envisagée comme une progression linéaire ponctuée d’avancés technologiques et sociales, telle que l’a pensé la Modernité, mais comme un cycle, ainsi que l’imaginait les anciennes civilisations agricoles, cycle qui voit, après l’hiver, le retour du printemps. Car oui, la métaphore des grandes saisons qui ponctuent l’histoire du monde de Game of Thrones se retrouve au sein de nombre d’univers de fantasy, comme un moyen de nous rappeler que des ères de destructions sont toujours suivi par une renaissance….

ça fait réfléchir ! Merci à tous d’avoir suivi cet épisode, merci à William Blanc d’avoir accepté de travailler sur cet épisode avec moi.

Pour info, la BNF a mis en ligne mi-janvier une exposition virtuelle sur la fantasy qui se suit d’une série de conférence sur le sujet jusqu’en Mars. Sous la direction d’Anne Besson, William participe à l’initiative avec un autre collègue super cool, Romain Vincent, qui tient la chaîne “jeux video Histoire”. Bref, si ça vous intéresse ça va être génial, je vous invite à voir l’expo en ligne sur leur site web et vous y trouverez aussi toutes les dates des conférences sur la thématique qui s’y déroulent de mi-janvier à mars !

Si vous aimez la fantasy, l’épisode et l’expo se partagent sans modération bien évidemment et en attendant une prochaine collab avec William, on se retrouve très bientôt pour un nouvel épisode ! Salut !

Pour aller plus loin

Liste des extraits

  • Les Animaux fantastiques
  • Seigneur des Anneaux ; Les Deux Tours
  • Game of Thrones
  • Warcraft : le Commencement
  • Conan le Barbare
  • À la croisée des mondes (série télévisée)
  • Le voleur de Bagdad (1924)
  • Seigneur des Anneaux ; Le Retour du Roi
  • Dragon Ball Z
  • La Légende de Baahubali
  • Seigneur des Anneaux : La Communauté de l’Anneau
  • The Hobbit ; an unexpected journey
  • Rogue One
  • Harry Potter et le prince de sang mêlé
  • Harry Potter et la chambre des secrets
  • American Gods saison 2
  • Twilight
  • La Planète des singes (1968)

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