L’explorateur Zheng He

Mes chers camarades bien le bonjour !

J’ai commencé une série sur les grands marins qui ont marqué leur temps il y a quelques temps et j’ai reçu des dizaines de commentaires me demandant un épisode sur Zheng He ! Hors, on en avait déjà parlé il y a quelques années dans une émission Nota Bene, sauf que les titres des émissions sont pas forcément hyper pratique pour s’y retrouver quand on cherche quelque chose. Bref, on a décidé de retravailler le texte en ajoutant pas mal de trucs pour dédier un épisode entier à Zheng He parce qu’il le mérite largement ! Replongeons nous donc dans l’histoire médiévale chinoise, avec plus précisément comme point de départ la province du Yunnan.

De fils de gouverneur à eunuque

Le fondateur de la dynastie Yuan n'est autre que le célèbre Khan Kubilaï.
Le fondateur de la dynastie Yuan n’est autre que le célèbre Khan Kubilaï.

Le Yunnan, province sud de la Chine qui borde l’actuelle Birmanie, était un royaume indépendant (le Royaume de Dali, rien à voir avec le peintre) jusqu’aux invasions mongoles du XIIIe siècle. Invasions qui aboutissent carrément à la mise en place d’une dynastie mongole, celle des Yuan, sur l’ensemble de la Chine ! Et oui parce qu’on l’oublie parfois mais l’histoire mongole est bien loin de se limiter aux invasions à dos de cheval ou à la personne de Gengis Khan. Ils sont à l’origine de dynasties prestigieuses, que ce soit en Chine, au Moyen-Orient ou dans le sous-continent indien. Mais je m’égare déjà.

Depuis le milieu du XIVe siècle toutefois, l’autorité des Yuan est clairement renversée par de nombreuses révoltes et un nouveau pouvoir central se consolide ; la dynastie Ming. Il s’agit d’un retour au pouvoir de l’ethnie des Han, majoritaire alors que les Mongols restent toujours une minorité gouvernante, ce qui ne joue pas en leur faveur pour garder le trône impérial.

C’est ici que nous retrouvons Zheng He, notre futur amiral, fils du gouverneur de la province du Yunnan, qui est a priori destiné à suivre les traces de son père et lui succéder.

Membre d’une dynastie de dignitaires musulmans, dont l’origine légendaire les apparente même avec le prophète Muhammad, il est loin d’être un cas isolé. En effet, une importante population musulmane vit alors dans les régions sud de la Chine et la dynastie des Yuan s’appuie sur cette minorité pour fournir des gouverneurs, des fonctionnaires, etc.

Le père de Zheng He décide d’ailleurs de rester fidèle aux Yuan, ce qui ne manque pas de lui attirer quelques ennuis. L’armée impériale, donc la dynastie Ming, c’est bien vous suivez, décide tout simplement d’envahir la région pour récupérer ses terres et éliminer définitivement les soutiens de l’ancienne dynastie.

En 1381, durant l’invasion, le père de Zheng He est tué et le jeune homme alors âgé de 13 ans est… castré et mis au service de Zhu Di, un prince chinois. Il y gagne sa confiance et en 1402, à la suite de troubles de succession sur lesquels on ne va pas s’étendre, Zhu Di devient empereur sous le nom de Yongle. Zheng He est alors propulsé au cœur du pouvoir impérial.

Tout en gardant sa foi musulmane, il s’intéresse néanmoins au bouddhisme, ce qui le conduit, après avoir été nommé “Grand Eunuque impérial” à endosser un titre encore plus honorifique et décerné assez rarement : celui de “Sanbao taijian”, à traduire en français par “Grand eunuque aux trois joyaux”… J’avais fais une vanne de beauf à l’époque mais là en prenant du recul, je me dis qu’il y avait même pas besoin !

Au service de Yongle

Malgré lui Zheng est embarqué dans une formidable aventure puisque l’empereur Ming Yongle veut étendre son pouvoir. Tout d’abord, il lance cinq campagnes qu’il mène au nord contre les Mongols, notamment les restes de la dynastie Yuan. Oui, les Ming sont *un peu* rancunier.

Il tente ensuite d’ajouter à son empire le Vietnam, indépendant depuis alors près de 500 ans, ce qui ne sera qu’un succès temporaire.

Et enfin, et c’est ce qui nous intéresse aujourd’hui, il projette de lancer de grandes expéditions diplomatiques et commerciales un peu partout, afin de découvrir un maximum de territoires, tisser des liens commerciaux et faire reconnaître le statut de tributaire des autres peuples. Non content d’être rancunier, on peut dire qu’il a aussi la bougeotte l’empereur.

Il créé un institut de langues étrangères pour former des diplomates que la flotte pourra éparpiller un peu partout dans le monde, fait raser une bonne partie des forêts chinoises pour ajouter à la flotte déjà conséquente de ses prédécesseur plusieurs dizaines de nouveaux navires et décide de mettre le paquet sur les effectifs.

Les "bateaux trésors" chinois ; des navires immenses pour l'époque.
Les « bateaux trésors » chinois ; des navires immenses pour l’époque.

On se retrouve au final avec une flotte dédiée à l’exploration d’une centaine de navire, 30.000 hommes, des émissaires, traducteurs,… et son homme de confiance pour mener tout ce beau monde : Zheng He.

Alors oui, on peut être étonné de ce choix quand on sait que Zheng He n’a jamais mis les pieds sur un bateau, mais il est dans les bonnes grâces de l’empereur et est reconnu comme étant un bon meneur d’hommes. Ce qui s’avérera finalement assez utile.

Pour vous donner une petite idée de comparaison, quand presqu’un siècle plus tard l’Espagne décide d’explorer activement le continent américain, Christophe Colomb ne disposera jamais de plus de 17 navires et péniblement quelques milliers d’hommes. La Chine tout de suite on est dans d’autres proportions ! Ils rigolent pas !

Les grandes expéditions

Le 11 juillet 1405, la flotte part pour sa première expédition en direction de l’Océan Indien, une expédition qui est la première d’une longue liste : 7 en tout qui s’allongent sur une période de 28 ans. Avec ses navires qui peuvent accueillir plusieurs centaines d’hommes, des poulaillers et même des potagers, l’amiral parcourt des distances incroyables, multipliant les arrêts et les rencontre avec les pays étrangers. De nombreux peuples, au passage de la flotte, s’empressent de faire monter à bord des émissaires chargés de tributs pour la cour impériale.

Les différents trajets réalisés par l'amiral-explorateur.
Les différents trajets réalisés par l’amiral-explorateur.

Au total c’est plus de 300 messagers et pas moins de 9 rois que Zheng He ramène auprès de l’empereur, lui permettant d’ouvrir des relations avec beaucoup d’îles situés dans l’Asie du sud-est, en Indonésie par exemple avec l’île de Java et celle de Sumatra. Mais aussi avec le Siam, le Sri Lanka, l’inde puis encore plus loin l’Iran, le Yémen, l’Arabie saoudite et tout le long de la côte africaine jusqu’au Kenya en passant par la Somalie ! Au moins une partie de la flotte de l’amiral chinois, qui est rappelons le musulman, fait même un petit détour pour se rendre à la Mecque, rien que ça !

En plus de devenir un des plus grands navigateurs de l’histoire, Zheng He se paye également le luxe de briller sur le plan militaire même si nous l’avons précisé les expéditions sont dans leur grande majorité à but diplomatique. C’est ainsi que la plupart des pirates qui sévissent dans ces eaux à cette époque se font exterminer, dans la continuité finalement des objectifs commerciaux de l’expédition.

C’est sur que se retrouver face à 30.000 types sur leurs bateaux, ça calme un peu.

Même si dans la grande majorité des trajets il ne s’agit pas d’exploration pure et dure, les différentes dynasties chinoises entretenant des relations diplomatiques avec le Moyen Orient depuis des siècles, le bilan de ces expéditions est extrêmement positif pour la Chine et les voies commerciales ouvertes permettent de rassembler énormément de marchandises.

En 1414 par exemple, Zheng He ramène au pays une girafe qu’il avait prise au Kenya, un animal qu’on voit rarement en Chine, tellement rarement que la bête évoque à plusieurs personnes une créature mythologique présente dans le folklore local… Autant vous dire qu’ils sont heureux quand il ramène également des autruches ou des zèbres ! En plus, au delà de garnir la ménagerie, les nombreux tributs reçus témoignent du prestige impérial.

Bon, petit relâchement juste avant la 7ème expédition puisque l’empereur Yongle meurt et laisse place à un nouvel empereur. Et ce dernier trouve que ces âneries coutent décidément bien trop cher ! Il annule donc tout, laissant l’impressionnante flotte plusieurs années à quai. Mais il meurt assez rapidement et son successeur octroi une dernière expédition à l’amiral Zheng He alors qu’il est âgé de 62 ans.

Et c’est seulement au cours de cette ultime expédition que Zheng He meurt dans sa cabine après tant d’années de bons et loyaux services, rentrant par la même occasion dans la légende comme celui qui a établi une domination chinoise sur le commerce de l’océan indien pour de nombreuses années.

Sa postérité

Il alimente aussi les plus grands fantasmes de quelques “historiens” peu scrupuleux et des fans d’aventures. Certains pensent que l’amiral aurait poussé la chose légèrement plus loin, tout d’abord vers l’Australie, puis vers l’Afrique du sud en passant le cap de bon espérance et enfin vers l’Amérique qu’il aurait atteint près de 80 ans avant Christophe Colomb…

On peut encore trouver régulièrement des articles qui cherchent à créer un buzz sur cet explorateur mystère, à l’histoire cachée, le tout reposant parfois sur les cartes retrouvées qui ont été copiés sur des originales qui dateraient de l’époque !

Pour le coup, tout ça est faux, les trajets sont relativement bien documentés, notamment grâce aux rapports successifs qui seront rédigés après chaque expédition. Et vu le fric que ça devait couter, on comprend que l’administration chinoise ait demandé des comptes. De plus on l’a vu, on est très loin de quelques discrets navires ; il ne fait aucun doute qu’une armada de plusieurs dizaines de milliers d’hommes aurait laissé des traces si elle avait effectivement atteint l’Amérique.

Par contre, un aspect de l’extraordinaire destinée de cet amiral est parfois oublié, peut être volontairement, c’est qu’il était de confession musulmane. Et je dis pas ça pour faire la promotion de l’Islam, je suis pas là pour ça, mais il est en effet une trace éclatante de l’importance des liens entre l’islam et l’histoire chinoise. On l’oublie très souvent mais oui, il y en a des liens ! Et quand on connaît la situation très précaire des populations musulmanes en Chine actuellement, on comprend mieux pourquoi c’est un élément “oublié”.

Merci à tous d’avoir suivi cet épisode, j’espère que le cas de l’Amiral Zheng He restera dans vos mémoires. On se retrouve très bientôt pour un nouvel épisode, abonnez vous, la cloche, tout ça ! A plus !

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