Les femmes dans la résistance

Mes chers camarades, bien le bonjour.

Ça fait quelques temps maintenant qu’on a commencé une série sur l’ordre de la libération et je vous invite à aller voir les épisodes précédents que je vous mets en description si vous les avez pas déjà vu ! Si je vous dis “Compagnons de la Libération”, vous avez sûrement en tête l’image d’un homme. Et pourtant, les compagnons de la Libération, ce sont aussi des femmes ! Comme Berty Albrecht, véritable héroïne de la résistance qui fut une des toutes premières à rejoindre le mouvement.. Car si l’on estime qu’à la fin de la seconde guerre mondiale, il y quelques centaines de milliers de résistants en France, ce qui est déjà peu par rapport à une population de plus de 38 millions d’habitants, en 1940 Berty et ses camarades de l’ombre étaient encore moins nombreux. Et vous allez voir, ça n’a pourtant pas découragé cette femme pleine de convictions.

Berty Wild-Albrecht

Née en 1893 à Marseille dans un milieu aisé, Berty Wild est une femme de terrain. C’est ainsi qu’elle obtient en 1912 son diplôme d’infirmière, qui va rapidement lui servir, puisqu’avec le déclenchement de la Première Guerre mondiale en 1914, elle va mettre ses compétences au service des hôpitaux militaires et s’occuper des soldats blessés. Une action déjà louable, mais qui n’est que le début d’une longue carrière au service des autres.

Photo de Berty Albrecht.
Photo de Berty Albrecht.

Lorsqu’en 1918, elle épouse le banquier Frédéric Albrecht, Berty Wild devient Berty Albrecht et part vivre entre la Hollande et l’Angleterre. Elle pourrait, bien sûr, profiter du train de vie confortable de son mari, mais ce serait sous-estimer Berty. Car en 1931, elle rentre à Paris, s’engage dans la Ligue des Droits de l’Homme, et dès 1933 fonde la revue Le Problème sexuel, qui s’attaque à des problématiques féministes centrales, comme le droit à la contraception et à l’avortement. Et son engagement ne fait que croître.

Car dans cette Europe des années 30 où le fascisme n’a de cesse de monter, elle commence à le combattre en s’occupant d’abord de ses victimes. Ainsi, elle aide à accueillir en France les réfugiés du fascisme : Juifs, opposants politiques aux nazis, ou républicains espagnols chassés par le régime de Franco. Et tout cela, sans pour autant cesser de s’occuper de sa vie professionnelle : depuis son retour en France, Berty Albrecht travaille dans des usines, où elle est parvenue à obtenir le poste estimé de surintendante, comprenez par là Assistante Sociale.

Lorsque la Seconde Guerre mondiale éclate, Berty estime qu’elle peut encore aller plus loin dans son engagement. Puisqu’elle est déjà expérimentée dans l’aide aux réfugiés en fuite, elle met ses compétence au service des prisonniers évadés, qu’elle aide à gagner la zone libre via la ligne de démarcation.

Son militantisme n’est plus seulement intense : il est dangereux. Berty Albrecht risque désormais sa vie pour les autres. Et sa vie, elle va la dédoubler.

Officiellement, Berty travaille pour le Ministère de la Production Industrielle et du Travail de Vichy, et depuis 1941, elle est installée à Lyon où elle est chargée de régler la question du chômage féminin. Elle fait ainsi ouvrir des ateliers de couture où les chômeuses peuvent aller travailler pour gagner leur vie dans cette période particulièrement difficile.

Affiche clandestine du MLN durant la guerre.
Affiche clandestine du MLN durant la guerre.

Mais ce que Vichy ignore, c’est qu’en réalité, Berty Albrecht est une résistante particulièrement active, membre du Mouvement de Libération Nationale d’Henri Frenay.

Et croyez moi quand je vous dis qu’elle ne chôme pas !

Elle use de ses talents et de son réseau pour faire rentrer recrues et fonds dans le mouvement. Quant à ses compétences de fondatrice de la revue féministe Le Problème sexuel, elle s’en sert pour aider à l’impression et à la diffusion de tracts et de revues de propagande pour la Résistance.

Berty Albrecht quand elle aime elle compte pas, c’est surement pour ça qu’elle est sur tous les fronts à la fois ! Mais le plus incroyable, c’est qu’elle veut malgré tout en faire toujours plus. Et va y arriver.

Car peu à peu, non seulement elle va utiliser ses réseaux pour mettre en contact des résistants en zone occupée avec ceux en zone libre, mais elle va aussi mettre en place un véritable service social pour les résistants. Si l’un d’entre eux vient à tomber ou à être emprisonné, le réseau de Berty vient en aide à sa famille. Une initiative inestimable !

Seulement, c’est justement parce qu’elle est si active que Berty Albrecht finit par attirer l’attention des autorités sur elle. Elle est arrêtée une première fois en janvier 1942, mais parvient à être relâchée. Avant d’être à nouveau arrêtée quelques mois plus tard. De là, elle doit désormais lutter pour sa propre liberté.

De grève de la faim en simulation de folie, elle parvient à être incarcérée dans un lieu moins défendu, permettant à un commando de résistants de venir la faire évader.

On lui propose alors d’aller se mettre en sécurité en Angleterre. Évidemment : elle refuse. Et retourne aider la Résistance.

Jusqu’au 28 mai 1943, où la Gestapo parvient à lui tendre un piège et à l’arrêter une dernière fois. Car après avoir été torturée, elle décide de s’échapper définitivement, en se donnant la mort. Trois jours après avoir été arrêtée, elle est transféré à la prison de Fresnes où elle se pend dans sa cellule la nuit même de son arrivée malgré la surveillance de ses geôliers.

Son corps ne sera retrouvé que deux ans plus tard dans le jardin de la prison, où les Allemands l’ont enterrée. Nommée Compagnon de la Libération, elle repose désormais au Mont Valérien à l’ouest de Paris.

Mais l’histoire de Berty Albrecht n’est que l’une des nombreuses histoires des femmes de la Résistance. Vous connaissez sûrement d’autres noms, comme celui de Lucy Aubrac, mais peut-être moins d’autres, comme Laure Diebold .

Laure Diebold

Cette secrétaire originaire d’Alsace qui maîtrise aussi bien le français que l’allemand est un atout de choix pour la Résistance. Et si elle travaille dans un premier temps pour des réseaux d’évasion et pour faire transiter des messages codés jusqu’à Londres, elle devient rapidement l’une des ombres d’un personnage majeur : Jean Moulin.

Photo de Laure Diebold.
Photo de Laure Diebold.

Ce dernier, en tant que représentant du Général de Gaulle en France, a besoin d’un secrétariat aussi efficace que brillant. Laure va s’illustrer sous le nom de code de “Mado” et travailler jour et nuit pour la Résistance. Son rôle en fait un pivot majeur de la Résistance, puisque toutes les informations passent par elle.

Aussi, lorsque les Allemands parviennent à l’arrêter en septembre 1943, tout semble perdu. Et pourtant : avec un aplomb bluffant, elle parvient à faire croire qu’elle ne connaissait rien des courriers qu’elle envoyait… et échappe à la torture. Non seulement elle fait bien son job, mais en plus, elle a des talents d’actrice !

Malheureusement si elle évite les sévices physiques, elle n’échappe pas à la déportation. Et oui, parce que la déportation, ce n’est pas une condamnation réservée aux Juifs ! Elle touche aussi les Tziganes, les homosexuels, les opposants politiques… et les Résistants.

Envoyée dans les camps, elle connaîtra entre autres l’horreur de Ravensbrück, camp de concentration réservé aux femmes où les prisonnières sont condamnées aux travaux forcés et sont arbitrairement battues ou exécutées par les SS.

Dans ces conditions de vie extrêmement précaires, Laure tombe gravement malade, et n’échappe aux fours crématoires que grâce à la protection d’un médecin tchèque.

Elle survivra à la dizaine de prisons et de camps nazis ou elle a été internée mais restera très fragile physiquement et ne mourra qu’en 1965, après avoir reçu de nombreuses décorations.

Simone Michel-Lévy

Toutes n’auront pourtant pas la “chance” de survivre à la déportation. Ce sera le cas, par exemple, de Simone Michel-Lévy.

Cette employée des PTT profite de son poste pour participer à l’organisation des échanges des messages clandestins dans toute la France. Par la route, en bateau et même par voie aérienne ou messages radio, elle met sur pied toute une organisation qui permet l’indispensable communication des réseaux entre eux.

Et ce, tout en travaillant le jour pour ne pas perdre sa couverture.

Ce n’est que parce qu’elle sera trahie qu’elle tombera, le 5 novembre 1943. Elle est torturée avant d’être déportée, mais même dans les camps où elle est condamnée aux travaux forcés dans une usine de munitions, elle poursuit avec d’autres la Résistance ! Elle sabote la chaîne au mépris de sa propre vie et parvient à détruire sa machine de travail avec deux codétenues.

Pour cela, elle est battue, puis condamnée à mort par les allemands qui la pendent le 13 avril 1945 avec ses deux camarades. 10 jours seulement avant que le camp ne soit libéré.

Simone Michel-Lévy est ainsi devenue l’une des six femmes Compagnon de la Libération, aux côté de Berty Albrecht et de Laure Diebold, mais aussi de Marie Hackin, Marcelle Henry ou encore Emilienne Moreau-Evrard.

Je vous mets les liens vers les biographies de ces femmes, en description de cette vidéo, et croyez-moi, ça vaut le détour !

Merci à tous d’avoir suivi cet épisode en partenariat avec l’Ordre de la libération, on se retrouve très bientôt pour de nouvelles émissions autour de la France combattante pendant la Seconde Guerre Mondiale.

A plus !

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