Le dossier secret de l’US Army

Mes chers camarades, bien le bonjour,

On se retrouve aujourd’hui pour un épisode très particulier. Aujourd’hui, je vous invite à une plongée dans les dossiers secrets de l’histoire de l’US army pour tenter de détricoter une des batailles les plus célèbres de l’Histoire : Little Big Horn !

Cornut parlant de Little Big… Horn

En décembre 2018 déjà, je vous invitais à découvrir ce bouquin : « Little Big Horn, autopsie d’une bataille légendaire » de David Cornut, une référence sur cette bataille mythique. On a écrit cet épisode ensemble avec David Cornut, et vous allez voir, il y a de nombreuses questions qui demeurent, des intrigues politiques, des témoignages troublants, une étude de scène de crime à rebondissements… Bien sûr, l’affaire n’est pas close et vous n’avez ici qu’une thèse parmi beaucoup d’autres sur ce célèbre mythe des États-Unis. Cela fait 143 ans qu’historiens et chercheurs s’écharpent sur ce qui s’est réellement passé à Little Bighorn, donc nous n’allons pas clore ce dossier dans cette vidéo ! Mais nous allons ouvrir des pistes…

Nous sommes le 27 juin 1876, à l’Ouest des États-Unis, dans un territoire vierge que l’on situe aujourd’hui au Montana. En pleine Conquête de l’Ouest.

Sur plusieurs kilomètres, s’étendent deux cents douze corps mutilés. C’est le résultat de la bataille de Little Big Horn. 212 tuniques bleues et leur chef le lieutenant-colonel George Custer, soit toute une colonne, tués par des Amérindiens, des guerriers sioux et cheyennes du chef Sitting Bull, littéralement mis en pièces jusqu’au dernier homme. Il n’y a aucun survivant dans la colonne que commandait directement Custer.

"Restes" du fanion du 7e de cavalerie.
« Restes » du fanion du 7e de cavalerie.

Mais il reste beaucoup d’autres survivants. Custer avait divisé son régiment du 7e de cavalerie, composé de 650 hommes, en trois colonnes. La sienne a été massacrée, mais les autres troupes ont survécu. Les colonnes de secours récupèrent plus de quatre cents survivants et deux officiers supérieurs, Benteen et Reno.

On enterre les morts, on empile les carcasses de chevaux. Les officiers américains sont stupéfaits : C’est un désastre colossal, inimaginable pour l’armée américaine ! Et en plus contre les tribus amérindiennes. Pour eux, c’est l’humiliation.

La nouvelle du désastre arrive aux nouvelles du public en juillet 1876. La date est symbolique : les foules fêtent le centenaire de l’indépendance des États-Unis, il y a d’immense célébrations dans tout le pays. A Philadelphie, on présente une sorte d’exposition universelle où sont mis en scène des inventions, comme la moissonneuse-batteuse.

Et là boum : les tribus que l’on appelle « hostiles » ont écrasé le 7e régiment du général Custer, un héros national dans le pays. Il y a plus de deux cents morts ! Les États-Unis, qui se sent pousser des ailes de grande puissance, son test  humilié se face à ceux que l’on considère comme des sauvages ! Le public est abasourdi, Custer est considéré comme un martyr de la cause de la civilisation. On fait des chansons et des poèmes sur sa dernière bataille de Little Big Horn.

Lentement, le général en chef de l’US Army, Sherman, annonce à grand renfort de publicité que c’est la témérité de Custer qui a causé le massacre, mais aussi le manque de moyens de l’armée. Suite à cette déclaration, il en obtient justement des moyens : en moins d’un an, les guerriers de Sitting Bull et Crazy Horse, pourchassés par l’armée, sont ramenés dans les réserves.

Le président républicain Grant sort aussi de son silence sur Little Big Horn. Il écrit dans les journaux :

« Je considère le massacre de Custer comme un sacrifice d’hommes par Custer. »

Une brûlante controverse éclate. D’autres accusent la Maison-Blanche. Une commission enquête sur les officiers survivants, mais les disculpe rapidement.

Ce mythe va entrer dans tous les manuels scolaires américains. Buffalo Bill va la mettre en scène dans son Wild West Show. Sitting Bull, le grand chef indien devenu « vainqueur de Custer », fait le tour des journaux, avant d’être lui-même assassiné. On retrouve la bataille au cinéma, jusqu’à nos jours. Custer est tour à tour un héros, puis un crétin, puis, de nos jours, le symbole de l’officier imbécile, incompétent et raciste.

Little Big Horn devient une icône, une carte postale. L’explication de la bataille tient sur un post-it. des milliers d’Indiens, peut-être sept, huit, dix mille Indiens, étaient réunis près de la rivière Little Big Horn. Ambitieux, arrogant, imprudent, voire fou, Custer s’est lancé tête baissée dans une embuscade. Par miracle, une partie de ses hommes a survécu. L’autre a été massacrée par ses adversaires en moins d’une heure.

Vous avez toute l’histoire, c’est en tout cas ce que dit l’US army. Mais… si tout ça était une farce ? Un mensonge ? Un complot pour taire une vérité qui dérange ?
Aurais-je viré complotiste ? Non, pas encore… Mais Outre-Atlantique, Little Big Horn passionne des milliers de passionnés et de chercheurs qui se penchent sur cette bataille. Et ils découvrent des pépites.

Les experts : Little Bighorn

Comme dans toute affaire criminelle, commençons par analyser la scène de crime. En 1980 et jusqu’à récemment, des équipes d’archéologues ont fouillé le terrain de Little Bighorn pour trouver douilles, balles et reliques de la bataille. Leur but ? Reconstituer les mouvements de la colonne de Custer grâce aux balles et aux douilles. Le postulat est simple : les cavaliers de Custer possédaient une carabine à un coup Springfield et un Colt calibre 45, et les Indiens avaient de nombreuses carabines à répétition achetées à des marchands, des arcs et des hachettes. Les archéologues notent les découvertes, dressent les mouvements des cavaliers. On découvre aussi des crânes de soldats, des dentitions, et même une alliance sur le doigt d’un squelette !

Exemple de cartouches équipant les troupes de Custer.
Exemple de cartouches équipant les troupes de Custer.

En 1990, un de ces archéologues sort un livre très remarqué où il affirme que le peu de balles trouvées dans le site de la dernière résistance de Custer indique qu’il n’y en a jamais eu ! Première entorse au mythe ? D’autres archéologues pointent du doigt le pillage intensif de reliques de la bataille par des badauds. Comme on dit dans les séries policières, le champ de bataille a été contaminé – c’est-à-dire, des preuves importantes, des balles, des morceaux d’uniformes, des douilles, ont été volées par des collectionneurs. Les archéologues mettent à jour des photos des années 1940, où des dizaines d’amateurs sont photographiés en train de remplir des sacs de douilles sur le champ de bataille.

Aujourd’hui, certaines sont encore vendues sur Ebay, c’est moche !

En 2010, l’équipe d’archéologues écrit dans la revue officielle du champ de bataille que d’après les dernières études, l’intensité de la bataille est à nouveau considérée comme acharnée, y compris dans les dernières positions, où l’on a trouvé les corps de Custer et de ses hommes.

Voilà le dernier avis de ces sortes de policiers scientifiques, plus d’un siècle et demi après la bataille. Mais qu’en ont dit les premiers enquêteurs ?

Le premier enquêteur

Nelson Miles, commandant en chef de l'US Army.
Nelson Miles, commandant en chef de l’US Army.

Dès 1877, soit un an après la défaite, un colonel américain se rend sur le champ de bataille. Il s’appelle Nelson Miles, il est responsable de la réponse militaire au désastre de Custer. Il étudie le terrain, interroge des vétérans indiens et des officiers survivants. Il échange des lettres avec des chercheurs et la veuve de Custer. Et ce qu’il entend le stupéfait. Miles gagne des batailles, monte en grade. En 1889, il devient commandant en chef de toute l’US Army, et prend sa retraite dix ans plus tard. Il sort alors ces mémoires, et revient sur Little Big Horn. Et Il n’est pas tendre : il accuse ouvertement l’US Army d’avoir étouffé le dossier Little Big horn, je cite «Il est étrange qu’il n’y ait eu aucune enquête impartiale sur cette bataille. » Il va même plus loin : « Personne ne peut gagner une bataille avec les 2/3 de ses troupes à distance, alors que des coups de feu se font entendre. »

Le chef de l’US Army accuse clairement son institution d’avoir étouffé un cas de haute trahison lors d’une des défaites les plus emblématiques de son histoire. C’est proprement hallucinant. L’immense autobiographie de Miles embarrasse, la controverse fait rage.

Mais à quoi donc fait référence Miles en sortant une pareille bombe ? Qu’a donc découvert le chef de l’armée ?

Chers camarades détectives, ouvrons le dossier Little Big Horn !

Faites entrer l’accusé

Le principal accusé du désastre militaire est George Armstrong Custer. C’est un homme de 36 ans, fantasque, vain, adorant la publicité, mais pas seulement. Là déjà, des clichés tombent. Non, l’homme ne hait pas les Indiens. Au contraire, il parle leur langage, participe à des cérémonies religieuses, vit littéralement en Indien lors de précédentes expéditions. Il partage avec ses éclaireurs Crows, par exemple, la passion de la chasse. Il a dit en 1874 : «Si j’avais été Indien, j’aurais préféré vivre libre dans les Plaines plutôt que de vivre dans les réserves.» Nous n’irons pas jusqu’à dire que Custer est un progressiste. Non, en patriote, il est d’accord avec la colonisation et prend résolument le parti de son pays : il n’empêche : il ne méprise pas les Indiens. L’image sanguinaire qui lui colle à la peau n’est pas appuyée par les faits historiques : on a simplement utilisé sa notoriété pour lui mettre sur le dos les crimes d’autres personnes, ou lui en inventer. Je vous envoie vers le livre de Cornut sur le sujet pour une analyse détaillée de sa carrière dans les grandes Plaines. En deux mots : Custer respecte ses adversaires natifs, y compris militairement. Il appelle les Sioux « la meilleure cavalerie du monde ».

Au delà de ça, l’homme est loin d’être incompétent, bien au contraire.

Pendant la guerre de Sécession, onze ans avant Little Big horn, il était unanimement reconnu comme l’un des meilleurs généraux de cavalerie de l’armée. Il est l’homme le plus jeune à avoir été nommé général de toute l’histoire américaine. Il commandait trois mille homme à 25 ans. Custer, c’était synonyme de victoire.

« S’il y a un problème, tout le monde cherchait Custer du regard. »

Son supérieur direct le disait : « C’est l’homme le plus capable de la cavalerie.» Et les historiens sont d’accord : il était très bon.  Dans les Grandes Plaines, on considère Custer comme l’un des meilleurs éléments. Avant Little Big Horn, l’US army a fait des pieds et des mains pour l’avoir comme commandant du 7e de cavalerie.

Bref, vous voyez déjà, là le message officiel a un problème : Custer n’était pas un mauvais officier, tactiquement parlant. Il était compétent et reconnu. Comment alors expliquer le désastre ?

Le récit des témoins amérindiens

Reprenons l’enquête du chef de l’armée : Miles, qui fréquentait lui-même beaucoup d’Amérindiens lors de ses campagnes militaires et ses inspections lorsqu’il était commandant en chef, s’intéresse aux témoins oculaires amérindiens. D’autres chercheurs, souvent des officiers de l’US army dans des postes des Grandes Plaines, l’imite. Interviews après interviews, les témoins sioux et cheyennes, jusqu’au chef Sitting Bull lui-même, délient leur langue et les résultats sont choquants.

Ces témoins, dont la parole est souvent méprisée, ou changée par les journaux, donnent une image bien différente de la bataille : ils parlent d’une attaque surprise par Custer. Il n’y avait pas d’embuscade. Ils parlent d’affrontements de multiples positions. Ils disent qu’ils ont même pensé à la défaite.

Et pour une raison simple : ils n’étaient pas du tout des milliers de guerriers !

Ils dessinent des cartes, les mouvements de troupes de Custer, les positions de différentes tribus dans le village, les Cheyennes, les Sioux, des Arapahos aussi. Miles, mais aussi d’autres historiens et chercheurs après lui, comprennent que les guerriers indiens étaient beaucoup moins nombreux qu’imaginé auparavant. Ils n’étaient pas plus de mille cinq cents au grand maximum, peut-être mille engagés, avec une partie protégeant les civils du camp. Custer était à deux contre un, un ratio de force habituel dans les batailles passées contre les Indiens. Miles découvre que c’était exactement le nombre d’Indiens qu’il s’attendait à attaquer par surprise.

Fort de ces révélations et du travail en parallèle d’autres officiers, Miles retourne sur les lieux de la bataille avec des troupes : il veut étudier la cadence des cavaliers, le terrain, les chances de Custer.

Étrangement, personne dans l’armée ne parle du plan de Custer lors de la bataille. Une bataille sans plan ? C’est une idée dingue, mais c’est celle qu’avance l’US army. Il n’y avait rien à part des intentions, tout s’est terminé rapidement.

Miles étudie donc le terrain, reprend les cartes dessinées par les survivants. Il voit clairement un plan par Custer : prendre le village indien, au milieu, en tenaille. Un plan sensé puisqu’il aurait fait le même. Il écrit : « J’ai beaucoup d’admiration pour Custer. »

Des subordonnés étranges

ça commence à faire beaucoup : les guerriers sioux qui ne sont pas des milliers, un plan de bataille qui tient la route, un officier connu comme compétent… Vous me direz alors : le problème, il était où ? La faute à pas de chance ? Des adversaires brillants ? Et bien oui… et non !

Certes, les guerriers amérindiens ont été brillants, aucune discussion à ce sujet. Ils se sont battus bravement. Mais cela n’explique pas tout. Je vous le disais : deux cents soldats ont été tués avec Custer, alors que quatre cents autres, du même régiment, ont survécu sous le commandant du major Reno et du capitaine Benteen. Soit deux colonnes sur trois. C’est cela qui dérange vraiment le général Miles.

Et ce qui est d’autant plus intriguant, ce sont les problèmes personnels dans le 7e de cavalerie. Clairement, Custer ne fait pas l’unanimité. Certains officiers lui sont très loyaux, alors que d’autres le haïssent. Parmi ceux qui s’opposent à lui se trouvent précisément le major Reno et le capitaine Benteen. Etrange, mon cher Watson… Ne dit-on pas que le premier suspect est dans l’entourage de la victime ?

Nous ne sommes pas les seuls à le penser. Les suspicions sur ces deux officiers étaient si grande qu’en 1879, le major Reno a demandé une commission d’enquête de l’armée pour être disculpée. Celle-ci l’a lavé de tout soupçon après un an d’enquête. Mais pour Miles, qui a interrogé des témoins sous leur commandement, c’est clair : Benteen et Reno ont trahi Custer très tôt pendant la bataille. Pendant au moins deux heures, ils n’étaient attaqués par aucun Indien, alors qu’ils entendaient les coups de feu au loin. Un officier, le capitaine Thomas Weir, a essayé de se révolter devant l’inaction de Benteen et Reno, en vain. Il est mort de chagrin six mois après la bataille.

D’autres hommes livrent leur témoignage. Un éclaireur, George Herendeen, écrit par exemple : «Tout ce que vous lisez sur la bataille de Little Big Horn n’est faite que pour désinformer le public ! » Un homme de troupe, William Taylor ajoute dans une lettre : «Reno a monté son incompétence et Benteen son indifférence. Je n’utiliserai pas les mots plus laids auxquels j’ai si souvent pensé.»

Des témoins disent aussi avoir été mis sous pression par l’armée pour qu’ils se taisent. Mais Miles ne peut pas avoir accès à toutes les preuves. Les dossiers sur Little Big Horn sont scellés.

Témoins sous pression ?

Un avocat du Judge Advocate General nommé William Graham veut en avoir le cœur net. Soixante-quinze ans après Little Big Horn, il réussit à obtenir la levée des scellés sur des documents d’enquête.

Et les chercheurs font une drôle de tête. Ils se rendent compte que les témoignages des deux officiers, Benteen et Reno, sont souvent incohérents. Ils ont clairement menti sous serment. Pire, le FBI se penche sur les pièces à conviction d’une commission : on découvre de fausses signatures sur un document. Sur la carte elle-même de la bataille, on note que la taille du village indien a été multiplié, tout comme les distances.

Les chercheurs font d’autres découvertes – cette fois au niveau politique. Un tel scandale ne pouvait pas laisser Washington immobile.

Vous vous rappelez que je vous parlais des réactions publiques face au désastre et à la mort de Custer ? Ces officiels auraient des motifs inavouables.

Le général en chef de l’US Army, Sherman, disait que la défaite avait eu lieu à cause du matériel défectueux. Grand bien lui en a fait : il a pu ainsi obtenir des nouveaux crédits par le Congrès, et l’armée, qui se serait humiliée, s’est renforcée grâce à ce mensonge.

Quant au président Grant, son intervention n’aurait rien eu spontané : Juste avant Little Big Horn, Custer avait témoigné au Congrès contre la corruption de l’administration Grant lors d’une commission d’enquête. En étouffant l’affaire et en diffamant Custer, Grant aurait médiatiquement assassiné de manière définitive un ennemi politique.

Un dossier non-classé

Que s’est-il passé à Little Bighorn ? On ne le saura peut-être jamais, mais vous le voyez, de nombreuses questions restent sans réponse et les historiens se posent beaucoup de questions. La bataille génère des dizaines de livres chaque année, et des milliers depuis qu’elle a eu lieu !

Si vous voulez continuer l’enquête, je vous recommande encore une fois ce bouquin « Little Big Horn, autopsie d’une bataille légendaire ». Si vous pouvez lire l’anglais, vous pouvez aussi consulter vous-mêmes les documents originaux de la commission d’enquête vous faire votre propre opinion. Je vous mets tout ça dans la description. Alors, Custer coupable ou pas ? N’hésitez pas à me laisser votre avis dans les commentaires et à faire tourner cette enquête historique ! On se retrouve très bientôt pour un nouvel épisode ! Bye !

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